‹ Lettres choisiesChapitre 142 sur 456 · Dans la satire IX', A mon Esprit · texte numérisé non relu

Dans la satire IX', A mon Esprit

Et «lu'à moins d'être au rang d'Horace ou [de Voiture,

On rampe dans la fange avec l'abbé de V. 27. [Piu?e.

f Le goût de Boileau pour Voiture est une énigme pour ceux qui adoptent ses autres jugements, presque toujours si équitables.» (d'Alembert.) — Cette énigme s'explique. Voiture, né en 1598, mort en 1648, était l'un des esprits les plus distingués de la première moitié du dix - septième siècle. 11 avait longtemps donné le ton à la littérature et à la société. Ses défauts, qui étaient en partie ceux de ses contemporains, choquaient moins qu'aujourd'hui et n'obscurcissaient pas ses qualités, qui sont réelles. Voiture était trop admiré de son vivant ; aujourd'hui, il est trop déprécié. Boileau, dans ce passage, fait surtout une allusion à la réputation de Voiture qui était encore entière, et qui n'avait pas été efiFacée encore parla gloire naissante des génies accomplis du règne de Louis XIV.

6. Sont, etc. Le peu est ici synonyme de les quelques agréments. Il a un sens positif comme paulum en latin, et non un sens négatif comme parum. Aussi le verbe doit-il s'accorder avec agréments et se mettre au pluriel.

froids raisonnements, et même des choses si touchantes ' , qu'il doit être respecté avec ses défauts. Ce sont des tableaux de Léonard de Vinci ' qu'on aime encore avoir à côté des Paul Véronèse et des Titien. Je sais, monsieur, que le public ne connaît pas encore assez tous les défauts de Corneille; il y en a que l'illusion confond encore avec le petit nombre de ses rares beautés.

Il n'y a que le temps qui puisse fixer le prix de chaque chose; le public commence toujours par être ébloui.

On a d'abord été ivre des Lettres persanes dont vous me parlez ^ On a négligé le petit livre de la Décadence des Romains, du même auteur * ; cependant je vois que tous les bons esprits estiment le grand sens qui règne dans ce livre d'abord méprisé, et font assez peu de cas de la frivole imagination des Lettres persanes, dont la hardiesse, en certains endroits, fait le plus grand mérite. Le grand nombre des juges décide, à la longue, d'après les voix du petit nombre éclairé ; vous me paraissez, monsieur, fait pour être à la tête de ce petit nombre. Je suis fâché que le parti des armes, que vous avez pris, vous éloigne d'une ville oii je serais à portée de m'éclairer de vos lumières ; mais ce même esprit de justesse qui vous fait préférer l'art de Racine à l'intempérance ^ de Corneille, et la sagesse de Locke ^ à la profusion de Bayle, vous servira dans votre métier. La jus-

1. I Ni le touchant, ni le pathétique n'ont manqué à Corneille. Quelle plus grande tendresse que celle qui est rè-

5)andue dans tout le Cid, dans Poyeucte et dans les Boraces? » (La

BRUVÈHE,/i?VZ.)

2. Né en 1452, mort en 1519. Son chef-d'œuvre était la Cène qu'il avait peinte pour un réfectoire de Dominicains. François I'"' l'attira en France en 1515 et le logea à Amboise. Son dessin est un peu sec, et il n'est pas irréprochable comme coloriste. — Paul Véronèse, né en 1528, mourut en 1588. lï vécut à Venise. — Le Titien, le premier des coloristes, né en 1477, mourut en 1576. Il vécut à Venise, à Ferrare. à Home et à Flo-

3. Elles parurent en 1721. Les institutions, les mœurs, les lois y sont jugées, et la religion y est attaquée avec une liberté à laquelle on était peu accoutumé et qui flattait l'esprit sceptique et frondeur de la Régence.

« C'est le plus profond des livres frivoles », a dit M. Villemain.

4. Les Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains parurent en 1734.

5. L'intempérance : ce qui est opposé à la modération, à la juste mesure. Une intempérance de génie, ua génie qui ne sait pas se régler.

6. L'auteur de Y Essai sur l'entendement humain vécut de 1632 à 1704. — Bayle, V. page 69, note 4.

tesse sert à tout, J'imagine que M. de Catinat * aurait pensé eomme vous.

J'ai pris la liberté de remettre au coche de Nancy un exemplaire que j'ai trouvé d'une des moins mauvaises éditions de mes faibles ouvrages ; l'envie de vous offrir ce petit témoignage de mon estime l'a emporté sur la crainte que votre goût me donne. J'ai l'honneur d'être, avec tous les sentiments que vous méritez, monsieur, votre, etc.

Page 1