‹ Lettres choisiesChapitre 148 sur 456 · LETTRE LXXIII. — A M. DE VAUVENARGUES · texte numérisé non relu

LETTRE LXXIII. — A M. DE VAUVENARGUES

Paris, décembre 1744.

L'étcat OÙ VOUS m'apprenez que sont vos yeux a tiré, monsieur, des larmes aux miens ; et l'éloge funèbre que vous m'avez envoyé ^ a augmenté mon amitié pour vous, en augmentant mon admiration pour cette belle éloquence avec laquelle vous êtes né. Tout ce que vous dites n'est que trop vrai, en général. Vous en exceptez sans doute l'amitié. C'est elle qui vous a inspiré, et qui a rempli votre âme de ces sentiments qui condamnent le genre humain. Plus les hommes sont méchants, plus la vertu est précieuse ; et l'amitié m'a toujours paru la première de toutes les vertus, parce qu'elle est la première de nos consolations. Voilà la première oraison funèbre que le cœur ait dictée, toutes les autres sont l'ouvrage de la vanité. Vous craignez qu'il n'y ait un peu de déclamation. Il est bien difficile que ce genre d'écrire se garantisse de ce défaut; qui parle longtemps, parle trop sans doute. Je ne connais aucun discours oratoire * où il n'y ait des longueurs. Tout art a son endroit faible; quelle tragédie est sans remplissage, quelle ode sans strophes inutiles? Mais, quand le bon domine, il faut être satisfait * ; d'ailleurs ce n'est pas pour le public que vous avez écrit, c'est pour vous, c'est pour le soulagement de votre

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