‹ Lettres choisiesChapitre 160 sur 456 · LETTRE LXXXI. — A M. L'ABBÉ D'OLIVET · texte numérisé non relu

LETTRE LXXXI. — A M. L'ABBÉ D'OLIVET

Novembre 1740,

Ne crois pas m'échapper, consul que je dédaigne; Tyran par la parole, il faut finir ton règne s.

1. Second fils du prarde des sceaux et ministre des affaires étrangères, Cliauvelin, qui fut exilé par le cardinal parce qu'on le soupçonnait de vouloir la chute du tout-piiissantministre. — 1/abbé de Chauvelin, né en 1716, était chanoine de Notre- Dame et conseiller-clerc au Parlement de Paris. Ardent ennemi des Jésuites, il prit une part active à leur condamnation en 1762 ; il mourut en 1770. Passionné pour le théâtre, et fort assidu au foyer de la Comédie- Française, il s'était intéressé à Sémiramis, pendant l'absence de M. d'Argental.

2. Louis XV avait déclaré qu'il se chargeait de la dépense du spectacle en considération de feu M"" la Daupliine (Marie-Thérèse d'Espagne, v.

page, note), pour qui la pièce avait été faite, et il avait donné cinq mille francs pour cette dépense ; certains chroniqueurs élèvent ce chiffre à huit ou dix mille francs.

3. Sémiramis fut jouée le 29 aoiît 1748; elle fit peu d'effet. A la première représentation, la sentinelle

placée à rentrée de la scène (qui étnit alors obstruée de spectateurs), voyant tout passage fermé, mémeaux acteurs, se mit à crier tout haut : « Place à VOmbre, messieurs, s'il vous plaît, place kVOmbre ! »(a. III, se. vi.). — De là, mille quolibets dans le parterre. La pièce eut cependant quinze représentations consécutives, et six représentations à la reprise ; ce qui produisit une recette totale de 43,460 livres. — Desnoiresterres, t. III, p. 193. — 230 237.

4.V. page 78, note 4. — Voltaire était alors à Paris, où il habitait rue Traversière, depuis la mort de M"" du Cliàtelet (10 septembre 1749). 11 travaillait à sa tragédie de liome sauvée, commencée au mois d'août précédent à Lunéville, dans le dessein défaire échec au Ca^î^HG de Crébillon, qui avait été joué le 20 décembre 1748, et assez froidement accueilli, malgré la protection déclarée de la Cour et les effurts des nombreux partisans de l'auteur.

.^. Ces vers ont été supprimés dans le monologue de Catilina, au l" acte de Rome sauvée.

Mon cher maître *, ce tyran par la parole est-il, ou une hardiesse heureuse, ou une témérité condamnable? mettez, s'il vous plaît, votre avis au bas de ce billet.

Réponse de l'abbé d'Olivet

Je ne vois rien là qui ne soit très grammatical. Je vous rends les papiers que vous m'avez confiés, et qui sûrement ne sont pas sortis de mes mains.

LETTRE LXXXII. — A W|me LA DUCHESSE DU WIMNE».

Le 26 novembre 1749.

Promesse»

Je soussigné, en présence de mon génie et de ma protectrice, jure de lui dédier, avec sa permission, Electre et Catilina *, et promets que la dédicace sera un long exposé de tout ce que j'ai appris dudit génie dans sa coui' \

Fait au palais des Arts et des Plaisirs ^.

Le Protégé.

1. L'abbé d'Olivet avait publié une traduction des Catilinaires en 1727, des Essais de grammaire et des liemarques grammaticales sur Racine en 1738.

2. Louise de Bourbon, petite-fille du grand Condé, née en 1676, morte en 1753. Elle avait épousé le fils légitimé de Louis XIV et de M""> de Montespan, le duc du Maine, qui était né en 1670 et qui mourut en 1736. Pendant un demi-siècle, elle tint une cour brillante à Anet et à Sceaux, où la meilleure compagnie de Paris et les beaux esprits les plus distingués affluaient. Voltaire y avait été admis fort jeune, dès le temps où il composait Œdipe; M"" du Deffand Jui avait même proposé, en 1732, d'acheter une cliarge d'écuyer près de la princesse. Dans la période de sa vie où nous sommes arrivés, nous le voyons visiter la duchesse au mois d'août 1746, puis l'année suivante à pareille date ; il y composa plusieurs contes en prose, entre autres Zadig, Babouc, Micromégas, pour distraire son altesse sérénissime, au mois d'octobre 1747. Enfin, lorsqu'il eut perdu M"»» du Châtelet, et qu'il eut quitté Lu néville et Cirey pour Paris, en at-

tendant le moment de partir pour la Prusse, il fit Borne sauvée et Oreste, sur le conseil de cette même altesse : Bome Sauvée fut représentée sur le théâtre de Sceaux, le 22 juin 1753 ; Voltaire y joua le rôle de Cicéron.

3. C'est-à-dire Oreste et Bome sauvée. Il avait commencé Oreste au mois de septembre 1749, un mois après avoir ébauché Bome sauvée.

« Me voilà, disait-il, avec la charge de raccommodeur de moules dans la maison de Crébillon. » (Lettre du 14 août 1749.)

4. Ces deux pièces sont, en effet, dédiées à la duchesse du Maine; Oreste, qui fut représenté à Paris le 12 janvier 1750, sur la scène de la Comédie française, est précédé d'une ample dissertation sur la tr.igédie, ancienne et moderne. L'épitre dédicatoire débute ainsi : « Vous avez vu passer ce siècle admirable à la gloire duquel vous avez tant contribué par votre goût et par vos exemples. » — Oreste fut abandonné après neuf représentations laborieuses. Quant à Bome sauvée, elle ne parut sur le Théâtre français que le 24 féviier 1752 et obtint onze représentations.

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