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Voltaire avait formé, à Paris, en

1749 et 1750, une Iroupe d'amateurs et de débutants qui jouait, devant un public d'amis, les pièces du poète dans sa niaison de la rue Traversière. L'un des deux acteurs de celte troupe était Lekain. (Desnoiresterres, t. m, page 366-375.) — La mort de César, tragédie en trois actes et sans personnages de femmes, avait été représentée d'abord à l'hôtel de Sassenage, aux collèges d'Harcourt et de Mazarin en 1733 et en 1735; elle fut mise au théâtre le 29 août 1743 et eut sept représentations.

5. Euripide, né en 480, mort exilé en Macédoine, auprès du roi Archélaiis, en 402, s'enfermait, dit Aulu- Gelie, dans une caverne de l'ile de Salamine, pour écrire ses tragédies. Il avait composé soixante-quinze pièces dont il reste dix-huit tragédies et un drame satyrique. Voici le texte même d'Aulu-Geïle : « Philocherus refert in insula Salamine speluncam esse tetram horridam (quam nos vidimr.s), in qua Euripides tragœdias scriptilavit. . (XV, 20.

LETTRE LXXXVIII. — A M°ie DENIS.

A Gharlottembourg l, ce 24 août 1750.

Voici le fait, ma chère enfant. Le roi de Prusse me fait son chambellan % me donne un de ses Ordres, vingt mille francs de pension, et à vous quatre mille assurés pour toute votre vie, si vous voulez venir tenir ma maison à Berlin, comme vous la tenez à Paris. Vous avez bien vécu à Landau avec votre mari ^ ; je vous jure que Berlin vaut mieux que Landau, et qu'il y a de meilleurs opéras. Voyez, consultez votre cœur. Vous me direz qu'il faut que le roi de Prusse aime bien les vers. Il est vrai que c'est un auteur français né à Berlin *. Il a cru, toutes réflexions faites, que je lui serais plus utile que d'Arnaud ^

1. Ville de 9,000 habitants, à une lieue de Berlin, sur la Sprée, remarquable par la magnificence d'un château royal. De brillantes fêtes y eurent lieu, ainsi qu'à Berlin et à Polsdam, en ce mois d'août 1750, à roccasion de l'arrivée du margrave et de la margrave de Bayreuth, sœur de Frédéric.

2. Terme d'origine allemande [Kamtner, Chamarlinc) ; gentilhomme qui sert dans la chambre du roi, et dont Tinsigne est une clef. C'était l'équivalent de la charge de gentilhomme ordinaire de la cham bre du roi, accordée en d745 à Voltaire par Louis XIV et dont le poète s'était défait au mois de mai 1745, en la cédant pour 60,000 livres au comte Dufour. Toutefois, il fut autoriser à en garder le titre.

3. A répoque de son mariage, de 1738 à 1740, elle y avait tenu un assez grand état; son mari qui était commissaire ordonnateur des guerres, avait quatre cents officiers sous ses ordres. Il fut ensuite envoyé à Lille en 1741. Landau, place forte de 7,000 habitants, appartenait à la France. Prise par Louis XIV en 1G80, elle a été reprise par les traités de 1815.

4. Frédéric ne parlait et n'écrivait qu'en français, s II savait assez d'allemand, dit Macaulny. pour gronder ses domestiques ou pour donner le mot d'ordre à ses grenadiers; mais sa grammaire et sa prononciation étaient extrêmement défectueuses. Il avait de la peine à saisir lo sens de la poésie

allemande, si simple qu'elle fût. »

{Essais historiques, 1862, 2» série, p. 286.) — B Je n'entends pas assez l'allemand pour vous dire si la pièce que vous m'envoyez est bien traduite ou non », écrivait-il à Maupertuis, le 20 novembre 1752. Il écrivait à Voltaire : « on dit que la langue allemande est faite pour parler aux bêtes, d (26 juin 1750.) Il lui avait dit, en 1737 : « 11 ne reste d'autre ressource aux savants d'Allemagne que d'écrire dans des langues étrangères. »

5. Baculard d'Arnaud, jeune littérateur que Voltaire avait soutenu de ses encouragements et de ses bienfaits, dès Tannée 1736 (v. la Correspondance avec l'abbé Moussinot, mai 1736, octobre 1737, mars 1738, février 1730], et qui commençait à se faire un nom.

Il avait publié les Amusements du cœur et de l'esprit, une épilre à Manon, des chansons, des odes, une tragédie, la Saint- Barthélémy , et la cumédie du Mauvais riche; en 1739, il mit un avertissement en tète d'une édition complète des œuvres de Voltaire. Lorsque Frédéric ne voulut plus de Thieriot pour correspondant littéraire. Voltaire lai fit agréer ce d'Aruaud qui reçut du prince une ])ension de mille 'livres (juin 174S).

Né en 1718, d'une famille noble du Comtat Venaissin, il mourut en 1805.

(Jal, Dictionnaire critique, g\.g. 1857, p. 91, 92.) — Dulord, Histoire de la détention des philosophes, etc. T. ii, 151, 152.

Je lui ai pardonné, comme à Hcurlaud*, les pctils vers galanls que Sa Majesté prussienne avait faits pour mon jeune élève, dans lesquels il le Irailait de soleil levant fort lumineux, et moi de soleil couchant assez pâle *. Il égratigne encore quelquefois d'une main, quand il caresse de l'autre ^ ; mais il n'y faut pas prendre garde de si près. Jl aura le levant et le couchant auprès de lui, si vous y consentez; et il sera, lui, dans son midi^ faisant de la prose et des vers tant qu'il voudra, puisqu'il n'a point de batailles ta donner. J'ai peu de temps à vivre. Peut-être est-il plus doux de mourir à sa mode, à Potsdam, que de la façon d'un habitué de Paris. Vous vous en retournerez après cela avec vos quatre mille livres de douaire *. Si ces propositions vous cor-venaient, vous feriez vos paquets au printemps, et moi j'irais, sur la fin de cet automne, faire mon pèlerinage d'Italie, voir Saint-Pierre de Rome^, le pape, la Vénus de Médicis, et la ville souterraine ^ J'ai toujours sur le cœur de mourir sans voir

1. L'un des aclems de la tioupc d'amateurs à laquelle apparteiuiil LtUaiii, et qui s'était formée à Paris en 174S, 1749 (V. p. 194, note 4). Ce Heurtaud avait un rôle avec Lekain dans la comédie du Mauvais Biche, rcprésenlée à l'hôtel de Tonnerre en février 1750 ; il faisait Scïde dans Mahomet qui fut joué à la même époque, dans la maison de Voltaire, rue Traversière. — Ami de d'Arnaud, il avait eu le tort, sans doute, de prôner les vers qi;e Frédéric avait composés à la louante de ce jeune et fort médiocre poète.

1. Pendant l'été de celle année 1750, un échange de vers avait eu lieu entre d'Arnaud et Frédéric : le roi y appelait celui-ci un soleil levant cl traitait Voltaire de soleil couchant (en faisant sans doute, allusion à SCS cinquante-six ans) :

Dtjà rA(K>ilon (le la France

S'achemine à la décndence ;

Venez briller à votre tour ;

Elevez-voiiF, s'il baisse encore ;

Ainsi le couchant d'un beau jour

l'iomct nnc |)lus belle aurore.

Frédéric, en même temps, lui envoyait deux mille livres et l'attirait à Berlin où il le nomniamembre de son Académie. Gonflé de vanité par cette

injurieuse et sotie comparaison, d'Arnaud se rendit insupportable et se ht renvoyer de Prusse l'année suivante :

il se réfugia à Dresde, et fut nommé conseiller de légation par le roi de Saxe. [Mémoires de Marmontel, t. i.

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