V. page 153, note
6. Sur le sens de cette allusion, voir page 186, notes Set 6. — « Ce retard do qniiizj jours parait difficile à admettre. » (Desnoiresterres, t. iii, p. 429.
été arreti'S quinze jours entiers ; j'aurais dû consacrer ces quinze jours à Aurélie % et je ne les ai employés qu'à me donner des indigestions*. Je vous fais ma confession, mes anges. Enfin me voici dans ce séjour autrefois sauvage, et qui est aujourd'hui aussi embelli par les arts qu'ennobli par la gloire. Cent cinquante mille soldats victorieux, point de procureurs, opéra, comédie, philosophie, poésie, un héros philos phe et poole, grandeur et grâces, grenadiers et muses, trompettes et violons, repas de Platon, société et liberté! Qui le croirait? Tout cela pourtant est très vrai, et tout cela ne m'est pas plus précieux que nos petits soupers. Il faut avoir vu Salomon dans sa gloire ; mais il faut vivre auprès de vous, avec M. de GhoiseuP et M. l'abbé deChauvelin. Que cette lettre, je vous en prie, soit pour eux ; qu'ils sachent à quel point je les regrette, môme quand j'entends Frédéric le Grand. Je suis tout honteux d'avoir ici l'appartement de M. le maréchal de Saxe *. Ou a voulu mettre l'historien dans la chambre du héros '\
A. de pareils honneurs je n'ai point dû m'attendre; Timide, embarrassé, j'ose à peine en jouir. Quinte-Curce ^ lui-même aurait-il pu dormir, S'il eût osé coucher dans le lit d'Alexandre?
1. C'ost-à-dire à Borne sauvée, que rauteur achevait et perfectionnait, et qui fut jouée sur le Tliéàtre-Français, le 24 février 1752. Dans celte pièce, Aurélie est l'épouse de Catilina.
2. Mot qui rappelle celui de la reine Marie Lcczinska écrivant à sa dame d'honneur, la duchesse deLuynes, un jour qu'elle était malade, après avoir soupe toute seule ; a j'ai bien mérité tout cela; mais que faire, quand on s'ennuie? 11 faut bien se donner des indigestions ; cela fait toujours de l'occupation . » {Mémoires du duc de Luynes, t. I, p. 39, 42, t. IX, p. 22-2, 246.)
3. Né en 1719, mort en 1785. Envoyé à Vienne en 1756, il conclut un traité d'alliance avec l'Autriche contre la Prusse, et remplaça le cardinal de Bernis au ministère des afTaires étrangères en 1758. Il fut c-éé duc et pair en 1761. Disgracié en 1770, il se retira à Chanleloup et ne revint p'ius au
pouvoir. Pendant sa longue faveur, il protégea Voltaire. — L'abbé de Chauvel(n;v. page 177, note 1.
4. Le comte de Saxe, venu en France ea 1720. Nommé général en chef de l'armée du Nord et maréchal de France en 1743, il gagna les batailles de Fontenoy, de Raucoux et de Lawfeld et prit Berg-op-Zoom. Après la conclusion de la paix de 1748, îl visita Frédéric qui le reçut avec magnificence et l'appelait « le professeur de tous les généraux. » Né en 1696, il mourut en 1750.
5. Voltaire écrivait alors l'histoire de la Guerre de la successio7i d'Autriche (1741-1748.)
6. L'époque où vivait le brillant mais peu exact historien d'Alexandre est incertaine; les uns la placent sons sous le règne d'Auguste, les autres, au temps de Constantin.
Mais dans quel lit couchez-vous, vous autres? Est-ce auprès du Bois de Boulogne ' ? est-ce à Plombières^ ? estce à Paris? M""" d'Argental a-t-elle eu besoin des eaux? Il y a un mois que j'ignore ce que j'ai le plus d'envie de savoir. On m'a mandé que \ Esprit et le Sentiment de M""" de Graffigny ^ avait réussi. Ma troupe a joué chez moi Jules César *. Mais je ne sais point ce que font mes anges ; j'ai attendu, pour leur écrire, que je fusse un peu stable, et que je pusse recevoir de leurs nouvelles. J'en attends avec la double impatience de l'absence et de l'amitié.
Adieu, mes anges; mon Frédéric le Grand fait un peu de tort à Aurélie. Il prend mon temps et mon âme. La caverne d'Euripide * vaut mieux, pour faire une tragédie, que les agréments d'une cour. Les devoirs et les plaisirs sont les ennemis mortels d'un si grand ouvrage.
Conservez-moi tous des bontés qui me feront adorer votre société, et chérir poemata tragica et omnes has nugas jusqu'au dernier moment de ma vie.
1. A Neuilly, où M. et M"»» d'Aigental avaient une maison de plaisance.
2. Ces amis de Voltaire faisaient de fréquents voyages à Plombières pour leur santé.
3. Cette dame, originaire de Lorraine, avait séjourné quelques mois à Cirey en 173S, et y avait connu Voltaire. Elle habitait alors Paris. — Sa comédie de Cénie, en cinq actes et en prose, avait été jouée le 25 juin 175U. Elle eut vingt-cinq représentations. Le bruit de ce succès était venu jusqu'à Voltaire qui dé>igne ici la pièce par un sous-titre. M"" de Graflîgny avait publié en 1747 les Lettres Péruviennes, qui réussirent beaucoup; sa réputation tomba avec la Fit le d'Aristide, autre comédie en prose, qu'elle donna le 29 avril 1759 et qui fut retirée après la troisième représentation. .M™» de Graffigny en mourut de chaprin, la même année.
Elle était née en 1694.