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LETTRE LXXXIX. — A LA MÊME

A Polsdam, le 13 octobre 1750.

Nous voilà dans la retraite de Potsdam ; le tumulte des fêtes ^ est passé, mon âme en est plus à son aise. Je ne suis pas fâché de me trouver auprès d'un roi qui n'a ni cour ni conseil. Il est vrai que Potsdam est habité par des moustaches et des bonnets de grenadiers ; mais, Dieu merci, je ne les vois point. Je travaille paisiblement dans mon appartement, au son du tambour. Je me suis retranché les dîners du roi ; il y a trop de généraux et de princes. Je ne pouvais m'accoutumer à être toujours vis-à-vis

vclic sous les laves du Vésuve l'an 79 de J.-C, avaient été découvertes en 1713, à i'd mètres sous la ville d- Porti--! (golfe de Naplcs, à six. kilomètres de celte ville). L'Académie de Naples publia, de 1757 à 1792, en 9 vol. in-fol. les Âutichita di Enolano.

1. Allusion à un passnge d'une autre lettre du llrioùt, écrite à M" Denis : 0 J'ai oublié de vous dire que, quand je pris congé de M"' de Pumpadour à Compiègne, elle me clinrgea de présenter ses respects au roi de Prusse. On ne peut donner une commission plus agréable et avec pus de grâce; elle y mit toute la modestie, et des si i'o.sais, et des pardons au rot de Prusse, de prendre cette liberté. 11 faut apparemment que je me sois mal acquitté de ma LETTR. CH. DE VOLTAIRE.

commission. Je croyais, en homme tout plein de la cour de France, que le compliment serait bien reçu ; il me répondit sèchement : Je 7ie la connais pas. Ce n'est pas ici le pays du Lignnn. »

ï.V. page 195, note 1. Ces fêtes, les illuminations, le cairouscl, les représentations théâtrales qui à Berlin, à Potsdam, à Charlotlembourg, remplirent le mois d'août et une partie de septembre ont été décrites avec un enthousiasme fort exagéré par les Français qui étaient alors à Berlin, tels que Formey, se-^rétairo de l'.Académie et le chevalier de Ch;uot. Voltaire lui-même les décrit longuement dans sa Correspon'lance (jénéraie à celte date. — V. Dosnuireslerres, t. m, p. 432-440.

d'un roi en cérémonie, et à parler en public. Je soupe avec lui en plus petite compagnie *. Le souper est plus coui't, plus gai et plus sain. Je mourrais au bout de trois mois, de chagrin et d'indigestion, s'il fallait dîner tous jours avec un roi en public.

On m'a cédé, ma chère enfant, en bonne forme, au roi de Prusse*. Mon mariage est donc fait; sera-t-il heureux? Je n'en sais rien. Je n'ai pu m'empêcher de dire oui. Il fallait bien finir par ce mariage, après des coquetteries de tant d'années. Le cœur m'a palpité à l'autel. Je compte venir, cet hiver prochain, vous rendre compte de tout, et peut-être vous enlever. Il n'est plus question de mon voyage d'Italie ; je vous ai sacrifié sans remords le Saint-Père et la ville souterraine; j'aurais dû peut-être vous sacrifier Potsdam. Qui m'aurait dit, il y a sept ou huit mois, quand j'arrangeais ma maison avec vous, à Paris, que je m'établirais à trois cents lieues, dans la maison d'un autre? et cet autre est un maître! Il m'a bien juré que je ne m'en repentirais pas; il vous a comprise, ma chère enfant, dans une espèce de contrat qu'il a signé avec moi, et que je vous enverrai ; mais viendrez-vous gagner votre douaire de quatre mille livres?

J'ai bien peur que vous ne fassiez comme M"'^ de Rothembourg^, qui a toujours préféré les opéras de Paris à ceux de Berlin. 0 destinée! comme vous arrangez les événements, et comme vous gouvernez les pauvres humains !

1. Cette « petite compagnie » comprenait d'ordinaire les étrangers que Frédéric avait attirés chez lui : Chazot, d'Argens, Maupertuis, Algarotti, la Mettrie, lord Tyrconnel et Voltaire. « On m'a souvent assuré, raconte Zimmermann, qu'il était mille fois plus agréable, plus piquant, d'entendre converser ensemble Voltaire, Algarotti et d'Argens, que do lire le livre le mieux écrit et le plus intéressant.» (T. IV, p. 1, 2, 3, 107, lOS).

i. « Voltaire a fait écrire au roi de (France) par Sa M. prussienne une lettre où clledemandoit la permission de garder Voltaire à sa Cour. Le roi a répondu qu'il en éloit fort aise. Sa Majesté a dit à ses courtisans que

c'était un fou de plus à la Cour de Prusse et un lou de moins à la sienne. » — Mémoires du marquis d'Argenson, t. m, p. 349. (Edit. Janet.) Le roi fut pi'jué de ce départ, et en accordant l'autorisation ût prévenir Voltaire qu'il ne pourrait conserver le titre d'historiographe de France; cette charge fut donnée à Duclos.

(Jobez, la France sous Louis XV.

T. IV. p. 117.)

3. Femme du comte de Roltcmbourg, l'un des favoris du roi de Prusse; elle vivait ù Paris, et son rnari à Berlin. Le comte mourut à l'âge de quarante ans, au mois de janvier i7bi. (Lettre de Voltaire à M°>» Denis, du 18 janvier 1752.)

n est plaisant que les mêmes gens de lettres de Paris qui auraient voulu m' exterminer ^ ^ il y a un an, crient actuellement contre mon éloignement, et l'appellent désertion ^ Il semble qu'on soit fâché d'avoir perdu sa victime. J'ai très mal fait de vous quitter, mon cœur me le dit tous les jours plus que vous ne le pensez ; mais j'ai très bien fait de m'éloigner de ces messieurs-là.

Je vous embrasse avec tendresse et avec douleur,

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