Sur l'emploi de que dans ces locutions,V.p. 110, note
6. Frédérique-Wilhelmine, l'une des trois sœurs du roi de Prusse, mariée au margrave de Bayreuth. — V.
p. 195, note 1. Voltaire avait plusieurs fois visité sa petite cour et vanté son esprit délicat. Les deux autres sœurs du roi étaient les princesses Ulrique et Amélie. — La margrave avait eu l'idée, en 1750, de faire venir à sa cour M">« de Grafûgny. (Lettre du 22 août à M"" Denis.)
pour votre ami ; maïs, puisqu'on tarde tant, je ne peux p;is tarder à vous remercier de vous être souvenu de moi.
Quand vous recevrez une seconde lettre de moi, ce sera sûrement l'exécution de vos volontés, et M. de Liébaud pourra partir sur-le-champ ^ Si je ne vous écris point, c'est qu'il n'y aura rien de fait.
Mon cher Panpan, mettez -moi, je vous prie, aux pieds de la plus aimable veuve^ des veuves. Je ne l'oublierai jamais, et quand je retournerai en France, elle sera cause que je prendrai ma route par la Lorraine. Vous y aurez bien votre part, mon cher et ancien ami. Je viendrai vous prier de me présenter à votre académie.
Notre séjour à Postdam est une académie perpétuelle. Je laisse le roi faire le Mars tout le matin, mais le soir il fait l'Apollon, et il ne paraît pas à souper qu'il ait exercé cinq ou six mille héros de six pieds; ceci est Sparte et Athènes; c'est un camp et le jardin d'Épicure; des trompettes et des violons, de la guerre et de la philosophie. J'ai tout mon temps à moi; je suis à la cour, je suis libre ^; et, si je n'étais pas entièrement libre, ni une énorme pension, ni une clef d'or qui déchire la poche, ni un licou qu'on appelle cordon d'un oindre, ni môme les soupers avec un philosophe qui a gagné cinq batailles, ne pourraient me donner un grain de bonheur. Je vieillis, je n'ai guère de santé, et je préfère d'être à mon aise avec mes paperasses, mon Catîlina^ mon Siècle de Louis XI F, et mes pilules, aux soupers des rois, et à ce qu'on
i. 11 désirait, sans doute, une place de lecteur et de secrétaire auprès de quelque prince d'Allemagne. « La plupart des cours d'Allemagne, disait Voltaire, sont actuellement comme celles des anciens paladins, aux tournois près; ce sont de vieux châteaux où Ton cherche l'amusement. » (Ibid.)
i. M"" de Boufflers de Lorraine, toute-puissante à la cour de Stanislas.
Collé, dans ses Mémoires, s'exprime ainsi sur Devaux : « Il est depuis longtemps le souffre-douleur de M°>« la marquise de Boufflers de Lorraine, et est chez elle comme uu(i espèce de
valet de chambre bel-esprit. » (T. Il, p. 163.) — Fille du prince de Craon, la marquise eut pour fils le spirituel abbé, chevalier, puis marquis de Boufflers, né en 1737 à Lunéville, mort en 1815, auteur de poésies légères et du conte d' Aline, reine de Golco?ide[i7&i), académicien en 1788, député à l'Assemblée constituante en 1789.
3. Les relations du poète et du roi étaient, à cette date, devenues meilleures. On avait passé l'éponge sur les difficultés et les tracasseries qui avaient rempli Thiver précédeat.
appelle honneur et fortune. Il s'agit d'èlre content, d'êlre tranquille; le reste est chimère. Je regrette mes amis, je corrige mes ouvrages, et je prends médecine. Voilà ma vie, mon cher Panpan. S'il y a quelqu'un par hasard dans Lunéville* qui se souvienne du solitaire de Postdam, présentez mes resprcls à ce quelqu'un.
Il a été un temps où tout ce qui porte le nom de Beauvau me prenait sons sa protection ; ce temps est-il absolument passé? M""® la marquise de Boufflfrs daignet-elle me conserver quelques bontés? serait-elle bien aise de me revoir à sa cour? serait-elle assf z bonne de dire au roi de Pologne, qui ne s'en souciera peut-être guère, que je serai toute ma vie pénétré des bontés et des vertus de Sa Majesté ^ ? C'est le meilleur des rois, car il fait tout le bien qu'il peut faire.
Adieu, mon très cher Panpan. Aimez toujours les vers, et n'aimez que les bons; et conservez quelque bonne volonté pour un homme qui a toujours été enchanté de votre caractère. Vale et me ama,
LETTRE XCIII. — A Mme DENIS
A Berlin, le 2 septembre 1751.
J'ai encore le temps, ma chère enfant, de vous envoyer un nouveau paquet. Vous y trouverez une lettre de La Métrie^ pour M. le maréchal de Richelieu*; il implore sa protection. Tout lecteur qu'il est du roi de Prusse, il biûlc de retourner en France. Cet homme si gai et qui passe pour rire de tout, pleure quelquefois comme un
1. Voltaire avait srjonrné assez îtotivcnt, avec M""» du Cliâtelet, à Lunévillp, surtout on 1747, 1748 et 1749.
2. Sur ce roi, et sur ses rapports avec Voltaire, V. page 97, note 5 et page 176, note 3.
3. Médecin matérialiste, auteur de rifùmyne mnchiue, qm i)B.ral en 1748.
Jic à Saint-MaJo en 17U9, élève de Boerhaave, il fut nommé en 1742 médecin du régiment des gardes-fran-
çaises et assista aux batailles de Detr.ugen et de Fontenoy. Son histoire naturelle de l'âme [M Vu), et ses attaques contre la Fariilté le forcèrent à s'exiler en Uelgique. Chassé de Leyde, à cause de son atliéisme, il se refut:i.i auprès du roi de Prusse qui le notnma son lecteur et lui fit une pension. Il mourut d'indigestion, en cette même année 1751.