‹ Lettres choisiesChapitre 206 sur 456 · V. page 175, note · texte numérisé non relu

V. page 175, note

5. Parti de Colmar le 8 juin pour se rendre à Plombières, Voltaire s'était arrêté pendant trois semaines à

Senones, auprès de dom Calmet pour consulter la bibliothèque de l'abbaye, n travaillait alors à l'Essai sur 'les mœurs. Il quitta Senones au commencement de juillet et rejoignit à Plombières M. et M™* d'Argental qui y prenaient les eaux.

6. Le 24 juin, il avait écrit à d'Ar« gental : a Voilà qui est bien plaisant d'être au couvent, et de dire Bénédicité, au lien d'être avec vous ! Je m'occupe avec dom Mabillon, dom Martène, dom Thuillier, dom Ruionaît. »

mon âme que je n'en trouve à "Plombières pour mon corps ^ Vos ouvrages et votre bibliothèque m'instruisaient plus que les eaux de Plombières ne me soulagent *. On mène d'ailleurs ici une vie un peu tumultueuse, qui me fait chérir encore davantage cette heureuse tranquillité dont je jouissais avec vous. J'ai pris la liberté de faire mettre à part quelques livres des savants d'Angleterre pour votre bibliothèque ; mais on n'a envoyé chez Debure ^ que les livres écrits en langue anglaise. J'ai donné ordre qu'on y joignît les latins. Ce sont au moins des livres rares, qui seront bien mieux placés dans une bibliothèque comme la vôtre que chez un particulier. Il faut de tout dans la belle collection que vous avez. Je vous souhaite une santé meilleure que la mienne, et des jours aussi durables que votre gloire, et que les services que vous avez rendus à quiconque veut s'instruire. Je serai toute ma vie, avec le plus respectueux et le plus tendre attachement, monsieur, votre, etc. V,

LETTRE CIY. — A M. DE BRENLES*.

APranginsB, 9 février 1755.

Que de peines, monsieur, pour avoir ce tombeau que je cherche ! Je vois bien que la maison de M. d'Hervart est

1 . « 11 y a dans ce désert sauvage une bibliothèque presque aussi complète que celle de Saint-Germain-des- Prés de Paris... Je suis au milieu de douze mille volumes... Vous souvenez-vous de M. le duc de Brancas qui s'était fait dévot au Bec? Je me suis fait savant à Sénones, et j'ai vécu délicieusement au réfectoire. «(Lettre à Richelieu, 6 août 1754.)

2. « Je voulais finir celte Histoire universelle (forme première de V Essai sur les mœurs), dont Votre Altesse sérénissirae a un manuscrit, et c'est une assez bonne ruse de guerre d'aller chez ses en nemis se pourvoir d'artillerie contre eux. » (Lettre à la Duchesse de Saxe-Gotha, 24 octobre 1754.)

3. Les Debure étaient de savants bibliographes, libraires de l'Académie dos inscriptions à Paris. On leur doit d'excellents catalogues et des recherches sur les livres rares et singuliers.

4. Jurisconsulte distingué, homme d'esprit et poète, habitant Lausanne.

Depuis un an il pressait Voltaire de venir se fixer en Suisse, et Voltaire lui écrivait, le 12 février 1754: « Lausanne m'a paru un pays fait pour un solitaire et pour un malade. »

5. Au château de Prangins, dans le paysdeVaud, l'un des vingt-deux cantons delà Suisjie, ayant Lausanne pour capitale. — Voltaire avait quitté Colmar le il novembre 1754, et, traversant, Dijon et Lyon, il était arrivé le 10 décembre à Genève : de là, il s'était rendu à Prangins que son propriétaire, M.Guiguer, avait mis à sa disposition, pour lui donner le temps de faire choix dune résidence définitive. Il y resta jusqu'au mois de mars 1755. Ce château était une construction imposante, offrant treize fenêtres de façade; l'appartement de Voltaire était situé dans l'aile gauche, du côté de Lausanne.

trop considérable pour moi^; j'ai très peu de bien libre, j'ai perdu le tiers de mes rentes à Paris ^, et ma fortune est, comme ma réputation, un petit objet qui excite beaucoup d'envie. Si je peux parvenir à posséder très précairement * Saint- Jean l'été *, et Monrion l'hiver % ou bien Prélaz % je me tiendrai heureux. Je n'aurai besoin l'hiver que de vous et de bons poêles. Être chaudement avec un ami, c'est tout ce qu'il faut. Je redoute le monde, et les derniers jours de ma vie doivent être consacrés à la solitude et à l'amitié. Je vous avertis d'avance que mon commerce a besoin de la plus grande indulgence. Des souffrances presque continuelles me réduisent à des assujettissements bien désagréables dans la société. Cette pauvre âme, ce sixième sens dépendant des cinq autres, se ressent de la décadence de la machine. Vous verrez un arbre qui a produit quelques fruits, et dont les branches sont desséchées. Votre philosophie n'en sera point rebutée; elle connaît la misère humaine. Je vous jure que, si j'acquiers les beaux jardins de Saint-Jean, c'est pour ma nièce; et si je peux avoir Monrion, c'est pour vous. Il sera assez singulier que ce soient les environs de la sévère Genève qui soient voluptueux, et que la simplicité philosophique soit le partage des environs de Lausanne. Je vous serai très obligé si vous voulez toujours entretenir M. de Giez dans la disposition de me louer la maison et

1. « On me parle de la belle maison de Hauteville, dans le voisinage de Vevai. On dit que M. d'Hervart pourrait s'en accommoder avec moi et me passer un bail de neuf années. »

(Lettre du 31 janvier 1755.)

2. n fait allusion, sans doute, à ses pensions sur le trésor royal qui ne lui étaient plus payées, ainsi qu'à son traitement d'historiographe qui avait été supprimé. Pent-ètre aussi éprouvait-il quelque difficulté, à cause de son absence et de son exil, à recevoir ses rentes sur l'Hôtel-de-Ville.

3. Les lois de Genève défendaient aux catholiques d'acquérir, à titre définitif, des propriétés sur le territoire de la république.

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