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LETTRE VII. — A RI. DE GÉNONVILLE

Ami, que je chéris de cette amitié rare Dont Pylade a donné l'exemple à l'nnivers,

Et dont Chaulieu3 chérit La Fare; Vous pour qui d'Apollon les trésors sont ouverts,

Vous dont les agréments divers,

L'imagination féconde, L'esprit et l'enjouement, sans vice et sans travers, Seraient chez nos neveux célébrés dans mes vers, Si mes vers, comme vous, plaisaient à tout le monde : Votre épitre a charmé le pasteur* de Sulli; Il se connaît au bon, et partant il vous aime; Votre écrit est par nous dignement accueilli.

Et vous serez reçu de même.

11 est beau, mon cher ami, de venir à la campagne, tandis que Plutus tourne toutes les têtes à la ville. Êtesvous réellement devenus tous fous à Paris ? Je n'entends parler que de millions ; on dit que tout ce qui était à son aise est dans la misère, et que tout ce qui était dans la mendicité nage dans l'opulence. Est-ce une réalité? Est-ce une chimère? La moitié de la nation a-t-elle trouvé

1. C'est le nugas, nugarum, des ialins, ce que Voltaire appelle aussi, et fort souvent, ses « petites drôleries. 1)

2. De la Faluère de Génonville, conseiller au parlement de Paris à vingt-six ans, rimeur spirituel et délicat, le plus intime ami de Voltaire à cette époque, fut enlevé quatre a«s après, en septembre 1723, par la petite vérole. Duvernet, l'un des biographes de Voltaire, a dit de lui ; « C'était un jeune homme de la plus grande espérance, et qui eût fait honneur à la magiâtralure, si la philosophie ne lui eût pas attiré quelques disgrâces de la part de ses confrères, u (Page 45.) Voltaire lui adressa une épitre envers, dans cette année 1719, et dix ans après, dans une pièce intitulée : Aux mânes de M. de Génonville,

il exprima ses regrets avec éloquence.

3. Chaidieii, voy. p 6. — La Fare^ né en 1624, mort en 1712. lï avait d'abord servi avec honneur et s'était battu en Autriche et en Hollande; la seconde moitié de sa vie se passa dans la mollesse et les plaisirs. Comme Chaulieu, il a laissé quelques poésies légères qui ne manquent ni de naturel ni de facilité. 11 écrivit aussi un opéra de Penthée, et Ton a de lui des Mémoires assez frondeurs sur le règne de Louis XIV. Voltaire, dans le Temple du Goût, Tassocie à Chaulieu.

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