LETTRE CXV. — AU MÊME
Aux Délices, le 4 juin 1757.
Ma conscience m'oblige % monseigneur, de vous présenter les remontrances^ démon parlement : ce parlementestle parterre. Je suis assassiné de lettres qui disent
1. Le 26 mai, Voltaire écrivit encore à Richelieu au sujet de Tamiral, qui avait été, malgré la lettre du général français, condamné et fusillé : « Feu Tamiral Byng vous assure de ses respects, de sa reconnaissance et de sa parfaite estime; il est très sensible à votre procédé et meurt consolé par la justice que lui rend un si généreuxsoldat, so gpHPi'oux a soldier ; ce sont les propres mots dont il a chargé son exécuteur testamentaire; je les reçois dans ce moment, en arrivant à Monrion, avec les pièces inutilement justificative? de cet infortuné. »
2. Allusion à l'attentat de Damien?, aux querelles du parlement, au changement du ministère, qui avaient signalé les premiers mois de la présente année. V. page 255, notes 3 et 4.
3. Les quatre premiers gentilshommes de la chambre se succédaient tous les quatre ans dans l'exercice de
cette charge: le tour du maréchal duc de Richelieu était venu depuis le !"■ janvier.
4. Après les verbes qui marquent contrainte ou obligation, on emploie à ou de avec l'infinitif :
Mais, cnQn, je Tai vu, vu de mes yeux, [vous dis-je :
Et ne vois rien qui vous obliije D'en douter un moment après t-e ipie jo [dis.
(L\ Fontaine, Fables, IX, i.) « Henriette, d'un si grand cœur, csl contrainte de demander du secours..»
(BossuET, Or. fun. de la Reine d'Angleterre.)
5. Allusion aux remontrances que le Parlement de Paris présentait au roi, en matière de création de nouveaux impots et, en général, sur toutes les questions qui intéressaient l'Etat; ce qui lui conférait un droit d'ingérence en matiiM-e politique. Ces re-
que Lekain ' est le seul acteur qui fasse plaisir, le seul qui se donne de la peine, et le seul qui ne soit pas payé. On se plaint de voir des moucheurs de chandelles^ qui ont part entière^ dans le temps que celui qui soutient le théâtre de Paris n'a qu'une demi-part. On s'en prend à moi; on dit que vous ne faites rien en ma faveur, et on croit que je ne vous demande rien ; cependant je demande avec instance. Je conviens que Baron * avait un plus bel organe que Lekain et de plus beaux yeux; mais Baron avait deux parts; et faut-il que Lekain meure de faim, parce qu'il a les yeux petits et la voix quelquefois étouffée? Il fait ce qu'il peut; il fait mieux que les autres : les amateurs font des vers à sa louange; mais il faut que son métier lui procure des chausses, il n'a que la moitié d'un cothurne; je vous conjure de lui donner un cothurne tout entier.
J'aimerais mieux vous écrire en faveur de quelque Prussien que vous auriez fait prisonnier de guerre vers Magdebourg"; mais puisqu'à présent vous êtes occupé d'emplois pacifiques, souffrez que je vous parle en faveur d'Orosmane, de Mahomet et de Gengis-kan^ Les héros doivent-ils laisser mourir de faim les héros? On dit que vos chevaux manquent de fourrage en Westphalie et
niontrances, au dix-huitième siècle, étaient vives et fréquentes; elles provoquèrent plus d'une fois un violent conflit entre le Parlement et la royauté. — Les affaires des théâtres et la haute direction de ce que Voltaire appelait « le tripot comique » rentraient dans les attributions du premier gentilhomme de la chambre en exercice.