‹ Lettres choisiesChapitre 238 sur 456 · La margrave de Bayreuth. — V · texte numérisé non relu

La margrave de Bayreuth. — V

la duchesse de Saxe-Gotha, le 9 mars ' page 202, note 6.

LETTR. CH. DE VOLTAIRE. i ; j

sans lequel il est difficile aux Pyrrhus et aux Cinéas d'être heureux. Nous répétâmes hier une tragédie; si vous voulez un rôle, vous n'avez qu'à venir. C'est ainsi que nous oublions les querelles des rois, et celles des gens de lettres, les unes affreuses, les autres ridicules.

On nous a donné la nouvelle prématurée d'une bataille entre M. le maréchal de Richelieu et M. le prince de Brunswick^ Il est vrai que j'ai gagné aux échecs une cinquantaine depistoles^ à ce prince; mais on peut perdre aux échecs et gagner à un jeu où l'on a pour seconds trente mille baïonnettes. Je conviens avec vous que le roi de Prusse a la vue basse et la tête vive ; mais il a le premier des talents au jeu qu'il joue, la célérité. Le fonds de son armée a été discipliné pendant plus de quarante ans. Songez comment doivent combattre des machines régulières, vigoureuses, aguerries, qui voientleur roi tous les jours, qui sont connues de lui, et qu'il exhorte, chapeau bas, à faire leur devoir. Souvenez-vous comme ces drôles-là font le pas de côté et le pas redoublé; comme ils escamotent les cartouches en chargeant; comme ils tirent six à sept coups par minute. Enfin, leur maître croyait tout perdu, il y a trois mois; il voulait mourir, il me faisait ses adieux en vers et en prose' ; et le voilà qui, par sa célérité et par la discipline de ses soldats, gagne deux grandes batailles * en un mois, court aux Français, vole aux Autrichiens, reprend Breslau, a plus de quarante mille prisonniers^ et fait des épigrammes. Nous verrons comment finira cette sanglante tragé-

1. Ferdinand, duc de Brunswick, ne en 1721, mort en 1792. 11 entra dans l'armée prussienne en 1739, fut chargé en 1737 de commander l'armée anglobanovrienne. après la rupture de ia capitulation de Closter-Zcvcn et la reprise des hostilités, au mois de décembre. Richelieu ayant été rappelé en France, aucune bataille ne fui livrée par lui au prince de Brunswjck; mais au mois de juin 1758 le comte de Clermont, son successeur, fut battu àCrevelt par ce prince.

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