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Le 20 janvier 1714, Voltaire fut

placé par son père chez un procureur au Cluitelet, maître Alain, rue Pavée- Saint- Bernard, près les degrés de la place Maubcrt. Pendant qu'il s'y formait à la pratique des affaires, il s'y lia avec un jeune clerc intelligent et paresseux, nommé ïhieriot, dont il fit soh confident et qui resta jusqu'à la fin son correspondant. Ce Tliieriot quitta bientôt, lui aussi, l'étude enfumée de maître Alain et mena à Paris la vie errante d'amateur de théâtre et de belles-lettres, de colporteur de nouvcUos, de commensal et de familier de quelques financiers qui se piquaient de bel esprit. Les secours et l'appui de Voltaire l'aidaient à subsister.

0. La Source, maison de campagne, en Anjou, située dans UL paysage

liiigbrocke et chez M^^^ de Villette. J'ai trouvé dans cet illustre Anglais toute l'érudition de son pays, et toute la politesse du nôtre. Je n'ai jamais entendu parler notre langue avec plus d'énergie et de justesse. Cet homme, qui a été toute sa vie plongé dans les plaisirs et dans les affaires , a trouvé pourtant le moyen de tout apprendre et de tout retenir. Il sait l'histoire des anciens Egyptiens comme celle d'Angleterre. Il possède Virgile comme Milton^ ; il aime la poésie anglaise, la française et l'italienne ; mais il les aime différemment, parce qu'il discerne parfaitement leurs différents génies.

Après le portrait que je vous fais de milord Bolingbrocke, il me siéra peut-être mal de vous dire que ]\lme ^Q Villette et lui ont été infiniment satisfaits de mon poème-. Dans l'enthousiasme de l'approbation, ils le mettaient au-dessus de tous les ouvrages de poésie qui ont paru en France ; mais je sais ce que je dois rabattre de ces louanges outrées. Je vais passer trois mois à en mériter une partie. Il me paraît qu'à force de corriger, l'ouvrage prend enfin une forme raisonnable. Je vous le montrerai à mon retour, et nous l'examinerons à loisir. A l'heure qu'il est, M. de Ganillac Me lit et me juge. Je vous écris en attendant le jugement. Je serai demain à Ussé*, où je compte trouver une épître de vous. Je suis

ravissant, et ainsi nommée d'une source, a la plus belle et la plus claire qui soit en Europe », disait Bolingbroke, son propriétaire, qui venait d'en faire l'acquisition en 1719. Ce lord, ancien ministre tory, disgracié à l'avènement de Georges l" (1714), proscrit par le parlement et dépouillé de ses biens, avait passé en France où il s'était rallié au prétendant Jacques IK, qu'il abandonna bientôt. Il avait épousé, en 1720, la marquise de la Villette, une veuve de cinquante-cinq ans, nièce de M™^ de Maintenon. 11 obtint son rappel en Angleterre, l'année suivante, 1723.

Voltaire lui avait été présenté par son ami de collège, d'Argental, dont Bolingbroke fréquentait la famille. On a de Bolingbroke des Lettres historiques, politiques, philosophiques et par-

ticulières, en français. (Paris, 1808.) Il revint en France en 1736 et mourut en 1751.

1. L'auteur du Paradis perdu, ardent républicain, publiciste énergique et véhément, placé avec Shakespeare au premier rang des poètes de l'Angleterre, était mort en 1674, à l'âge de soixante-six ans. H était devenu aveugle eu 1632.

2. La Henriade, ou le poème de la Ligne, désormais terminé, et dont se préparait alors la première édition.

3. Ami du régent, alors exilé à Blois par l'influence du cardinal Dubois. A la mort de celui-ci, le régent rappela Canillac en lui écrivant ces mots : «Morte la bête, mort le venin. » — Mém. de Marais, t. U, p. 299.

4. Château situé au confluent de l'Indre et de la Loire. Le marquis

très malade, mais je me suis accoutumé aux maux du corps et à ceux de l'àme : je commence à les soulFrir avec patience, et je trouve dans votre amitié et dans ma philosophie des ressources contre bien des choses. Adieu.

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