Art poétique, ch. m, o3. — On
lit dans une lettre de Diderot à Voltaire, écrite le 28 novembre 1760 ; « On dit que M"« Clairon demande un échafaud dans la décoration. Ne le souffrez pas, morbleu! C'est peutêtre une belle chose en soi; mais si le génie éève jamais une potence sur la scène, bientôt les imitateurs y accrocheront le pendu en personne. »
(T. XIX, p. 439. — Edit. Garnier.)
Ce grand homme en savait plus que les beaux esprits de nos jours.
J'ai crié, trente ou quarante ans, qu'on nous donnât du spectacle dans nos conversations en vers, appelées tragédies, mais je crierais bien davantage si on changeait la scène en place de Grève. Je vous conjure de rejeter cette abominable tentation ^
J'enverrai dans quelque temps Tancrède^ quand j'aurai pu y travailler à loisir; car figurez-vous que, dans ma retraite, c'est le loisir qui me manque. Fanime * suivra de près; nous venons de l'essayer en présence de M. le duc de Yillars *, de l'intendant de Bourgogne, et de celui de Languedoc. Il y avait une assemblée très choisie. Votre rôle est plus décent, et par conséquent plus attendrissant, qu'il n'était; vous y mourez d'une manière qu'on ne peut prévoir, et qui a fait un effet terrible, à ce qu'on dit. La pièce est prête. Je vais bientôt donner tous mes soins à Tancrède. Quand vous aurez donné la vie à ces deux pièces, je vous supplierai d'être malade, et de venir vous mettre entre les mains de Tronchin *, afin que nous puissions être tous à vos pieds.