V. page 280, note
3. Aménaîde a été condamnée à mort pour avoir écrit une lettre à un ennemi de l'Etat, au chef musulman Solaniir. On la conduit au supplice dans le troisième acte. On avait proposé, pour augmenter l'effet théâtral, de mettre en action ce supplice et de représenter Aménaîde montant à l'échafaud. — La Grève. On sait que, sous rancien régime, les exécutions capitales avaient lieu sur la place de l'Hôtelde-Ville, dite place de Grèv, parce qu'elle avait été primitivement sur le bord de la Seine, sur la grève, dont elle est maintenant séparée par un quai. Boileau a dit, à propos de certains poètes, punis pour des vers impies :
A la Qn, tous ces jeux que ratliéisme ' [élève.
Conduisent tristement le plaisant à la [Grève.
{Art poétique, ii, 189.)
scène française dégoûtante et horrible, et contentez-vous du terrible. N'imitons pas ce qui rend les Anglais odieux *. Jamais les Grecs, qui entendaient si bien l'appareil du spectacle, ne se sont avisés de cette invention de barbares. Quel mérite y a-t-il, s'il vous plaît, à faire construire un échafaud par un menuisier? en quoi cet échafaud se lie-t-il à l'intrigue? Il est beau, il est noble de suspendre des armes et des devises. Il en résulte qu'Orbassan% voyant le bouclier de Tancrède sans armoiries ', et sa cotte d'armes sans faveurs des belles, croit avoir bon marché de son adversaire ; on jette le gage de bataille, on le relève; tout cela forme une action qui sert au nœud essentiel de la pièce. Mais faire paraître un échafaud, pour le seul plaisir d'y mettre quelques valets de bourreau, c'est déshonorer le seul art par lequel les Français se distinguent, c'est immoler la décence* à la barbarie; croyez-en Boileau, qui dit :
Mais il est des objets que l'art judicieux Doit offrir à l'oreille, et reculer des yeux 8.
1. Odieux, choquants, révoltants, insupportables aux gens de goût.
Expression très française en ce sens et très usitée.
De festons odieirx ma fille couronnée.
(Racine, Iphigénie, v, 1694.) Pour faire jouer ce ressort odieux.
(Racine, Britannicus. v. 1089.)
«C'est à Lyon que notre marquis est
exilé; cette demeure n'est pa.s odieuse
pour lui, pourvu qu'elle ne soit pas
longue. » (M"» de Sévigné, ii, 496.)
— Voltaire s'est, d'ailleurs, souvenu
du mot d'Horace, exprimant, sur les
mêmes objets, la même impression :
Qnodcunque ostendis mihi sic , incre-
[diilns odi.
(Art poétique, 188.)
Une merveille absurde est pour moi sans
[appas.
(Bou.EAUj Art poét., m, 49.)
2. Chef syracusain, rival de Tancrède, vaincu, en champ-clos, par ce chevalier français,
3. Les armoiries, les devises, les « faveurs des belles » étaient la preuve et comme le trophée des exploits accomplis par le guerrier. Les débutants seuls ou les guerriers obscurs étaient
privés de ces marques distinctives de la valeur. On peut observer les mêmes usages chez les anciens, dans les temps héroïques. Les peintures et les ornements du bouclier retraçaient les hauts faits du héros. Le combattant dont le bouclier ne porte aucun insigne est un novice ou un lâche. Dans le neuvième livre de l'Enéide, Virgile nous représente Helenor, ûls d'un roi et d'une esclave :
Ense levis nndo, parmaque ihglorius alla, (V. 548.)
Servius met cette note :« Quasi tiro, quia picta arma jam probati in bellis habebant. »