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3. Fils du célèbre maréchal de ce nom; il était alors gouverneur de la Provence. Le duc de ViUars était venu à Genève consulter le médecin Tronchin. « Figurez-vous que M. le duc de Villars occupe cette pf-tite maisonnette (les Délices) avec tout son train. Je la lui ai prêtée pour être plus à
portée du docteur Tronchin, qui donne une santé vigoureuse à tout le monde, excepté à moi. » (Lettre du 30 septembre 1761.)
5. Né en 1727, Turgot, fils d'un prévôt des marchands de Paris, avait alors trente-trois ans. 11 avait été destiné à l'état ecclésiastique, dans sa jeunesse, et c'est du séminaire qu'il publia, à vingt-deux ans,en 1749, une Lettre sur le papier-monnaie. Nommé prieur de la Sorbonne en 1749, il fit en latin l'éloge du progrès du genre /lurnain, et posa dans son discours le principe de la perfectibilité indéfinie de notre nature. En 1752, il quitta les ordres, se fit recevoir conseiller au Parlement et maitre des requêtes. 11
quand la messe est dite ; mais nous la recommencerons pour vous *. Cette chapelle est un théâtre de polichinelle, 011 nous jouons des pièces nouvelles avant qu'on les abandonne au bras séculier de Paris ^. Vous n'aurez qu'à commander, et la troupe sera à vos ordres ".
Vous venez, monsieur, par un vilain temps dans un pays qu'il ne faut voir que dans le beau temps ; son seul mérite consiste dans des vues charmantes.
Vous voulez voir Genève : il n'y a que des marchands occupés de gagner trois sous sur le change, des prédicants * calvinistes durs et ennuyeux, mais une cinquantaine de gens d'esprit très philosophes. Il ne vient que des malades pour consulter Tronchin, et vous vous portez bien. Les cabarets y sont très mauvais et très chers. Les portes de la ville se ferment à cinq heures, et alors un étranger est embarrassé de sa personne. La campagne est très agréable ; mais ce n'est pas au mois de novembre.
Vous voyez, monsieur, que je ne veux pas vous surfaire ^
Je suis dans ma chaumière, on la nomme les Délices ^,
écrivait dès 1753, dans V Encyclopédie sur léconomie politique, les finances et le commerce : son adliésion aux doctrines philosophiques était dès lors acquise, mais celait encore un adhérent timide à qui ses fonctions dans le Parlement iraposaientbeaucoup de réserve et commaudaient beaucoup de prudence. 11 fut nommé, l'année suivante, 1761, à l'intendance de Limoges.
1. Cette lettre est tirée du recueil inédit publié par M. de Cayrol, en 1857, T. pf, p. 313 (Didier). C'est le commencement d'une correspondance, d'ailleurs fort courte, entre Voltaire et Turgot. Dans l'édition Beuchot, la première lettre du patriarche, au célèbre économiste est datée de décembre 1775.
2. Il s'agit des représentations dramatiques que Voltaire donnait sur son théâtre des Délices et auxquelles il invitait, avec les Genevois de distinction, les visiteurs qui commençaient à affluer de France à Ferney. — Voltaire semble, par ces métaphores, faire une allusion discrète au premier état de Turgot, à ces fonctions ecclésias-
tiques qu'il avait abandonnées depuis peu.
3. On essayait sur ce théâtre particulier les pièces récemment composées par Voltaire, avant de les hasarder, à Paris, sur la scène du théâtre français.
4. Terme de dénigrement dont l'auteur se sert pour désigner le consistoire des ministres protestants qui lui étaient hostiles et que l'établissement d'un théâtre scandalisait.
0. Expression elliptique : vous surfaire le pays que j'habite. Surfaire s'emploie ainsi dans un sens neutre et sans régimeexprimé, comme dans ce passage de Molière : « Non, en conscience, vous payerez cela; je ne suis pas homme à surfaire. » (Médecin malgré lui, i, 6.) On dit aussi, et très correctement dans le même sens et avec la même ellipse : « Ne me surfaites pas, vous leur avez surfait. »
(L'Académie.)
6. Les Délices étaient sur le territoire de Genève; quand Voltaire y habitait, il était républicain; il redevenait seigneur de Ferney, comte de Tournay et gentilhomme ordinaire du roi, en passant la frontière. Dans
parce que rien n'est plus délicieux que d'y être libre et indépendant. Elle est située sur le chemin de Lyon, à une portée de canon de la ville de Calvin. Vous verrez une longue muraille, une porte cà barreaux verts, un grand berceau vert sur cette muraille. C'est là mon bouge. Je vous conseille, monsieur, et je vous supplie d'y descendre,
Atque humiles habitare casas*.
Vous ne serez pas logé magnifiquement; il s'en faut beaucoup *. En qualité de comédiens, nous n'avons que des loges; et, comme reclus, nous n'avons que des cellules. Nous logerons vos équipages, vos gens ; personne ne sera gêné. Vous aurez des livres, et, si vous voulez, même des manuscrits que vous ne trouverez point ailleurs.
Si vous voulez voir Genève, vous verrez cette ville de vos fenêtres, et vous irez tant qu'il vous plaira. Voilà, monsieur, ma déclaration et mes très humbles prières. Je ne puis trop vous remercier de l'honneur que vous daignez me faire, et vous savoir assez de gré de votre voyage philosophique.
Vous vous accommoderez de notre médiocrité et de notre liberté républicaine.
Omittes mirari beataî Fumum et opes slrepitumque Roniœ ».
Vous verrez un vieux rimailleur philosophe, enchanté de rendre tout ce qu'il doit à un homme de votre mérite*.
sa belle ode de 1755, l'Auteur arrivant dans sa terre, près du lac de Genève, il avait dit :
Mon lac est le premier : c'est snr ses
[bords heureux
Qu'habite des hnmains la déesse éternelle,
L'àuie des grauds tiaraux, l'objet des
[nobles vœux.
Que tout mortel embrasse, on désire, ou
Lrap()elle...
La Liberté.