Jlorace, Od., HI, xxix
4. Voici en quels termes, d'Alembert, dont Turgot était le collaborateur à l'Encyclopédie, avait annoncé sa visite et présenté cet adhérent nouveau à Voltaire : « Vous aurez bientôt une autre visite dont je vous préviens; c'est celle de M. Turgot, maître des requêtes, plein de philoso- [.liic, de lumières et de connaissances, et fort de mes amis, qui veut aller vous voir en bonne fortune; car, jropter metum Judieorum, il ne faut pas qu'il s'en vante trop, ni vous non plus. » (Lettre du ti septembre 17G0.)
J'ai l'honneur d'être, avec les sentiments les plus respectueux, votre très humble et très obéissant serviteur.
P. S. Permettez que je présente mes respects à M. de la Michnudière.
LETTRE CXXX. — A lîfl. LE BRUN*.
A Ferney, 7 novembre 17C0.
Ju VOUS ferais, monsieur, attendre ma réponse quatre mois au moins, si je prétendais la faire en aussi beaux vers que les vôtres ^. Il faut me borner à vous dire en prose combien j'aime votre Ode et votre proposition. Il convient assez qu'un vieux soldat du grand Corneille tache d'être utile à la petite-fille de son général '. Quand on bâtit des châteaux et des églises, et qu'on a des parents pauvres à soutenir, il ne reste guère de quoi faire
1 . Ecouchard-Lebrun, dit le lyrique, no en 1729; mort en 1807. 11 était alors ù ses débuts et s'était révélé en 1755 par une ode sur le Désastre de Lisbonne. 11 fut quelque temps secrétaire des commandements du prince de Conti. 11 a laissé environ cent quarante odes et six cents épigrammes, sans compter des élégies, des épîtres assez médiocres, quelques poésies morales ou didactiques et des pamphlets contre Fréron.ll avait rencontré M"" Corneille chez l'auteur du Parnasse français, Titon du Tiliet, et l'dée lui vint d'inté resser Voltaire au sort de cette descendante du grand poète. Il lui adressa sa requête sous la forme d'une ode de trente-trois strophes où l'on remarque plus d'un passage éloquent. Une lettre explicative accompagnait cette ode et la complétait. Voltaire répond à Tune et à l'autre.
2. Voici quelques vers de cette ode où Corneille, apparaissant à sa petitenièce, lui conseill.iit de chercher un appui auprès de Voltaire :
Ui» rival de mon nom (si quelqu'un le peut
[être).
Voilà le protecteur que tu dois recon-
[naitre ;
Tu peux en limplorant l'élevtr jnsiinà
itoi.
LETTlî. t;il. Dli VOL r\ IRE.
Voltaire est ce rival, du moins si j'ose [croire Les récits (pie la gloire Sur la rive des morts en sema jusqu'à moi.
3. Voltaire, inexactement renseigné sur le degré de parenté qui existait entre Corneille et cette jeune fille, croyait alors qu'elle descendait de ce grand homme en ligne directe ; il n'en était rien. Le père de M"" Corneille était le petit-fils d'un Pierre Corneille oncle du poète. Voici le résumé de cette généalogie : Pierre et Thomas Corneille (les Jeux poètes; étaient fils d'un Pierre Corneille, maître des eaux et forêts de la vicomte de Rouen qui avait eu deux frères, dont l'un s'appelait Pierre comme lui et comme son fils aine le poète. Voilà de quel Corneille la protégée de Lebrun était la petite-fille.
Le prénom de Pierre, très commun dans toute cette famille, avait fait illusion. Le père de M''* Corneille, tombé dans la misère, était mouleur de bois à Paris, et gagnait 48 livres par mois. Titon du 't'iUet, informé de ces faits, excita la pitié et la bienveillance de quelques gens de lettres qui cherchèrent à tirer de cette pénible silUHtion le porc et la fille. M"" Corneille était née en 1742.
ce qu'on voudrait pour une personne qui ne doit être secourue que par les plus grands du royaume.
Je suis vieux ; j'ai une nièce qui aime tous les beauxarts, et qui réussit dans quelques-uns : si la personne dont vous me parlez, et que vous connaissez sans doute, voulait accepter auprès de ma nièce l'éducation la plus honnête, elle en aurait soin comme de sa fille, je chercherais à lui servir de père; le sien n'aurait absolument rien à dépenser pour elle ; on lui paierait son voyage jusqu'à Lyon. Elle serait adressée à Lyon, à M. Tronchin % qui lui fournirait une voiture jusqu'à mon château, ou bien, une femme irait la prendre dans mon équipage. Si cela convient, je suis à ses ordres, et j'espère avoir à vous remercier, jusqu'au dernier jour de ma vie, de m'avoir procuré l'honneur de faire ce que devait faire M. deFontenelle ^ Une partie de l'éducation de cette demoiselle serait de nous voir jouer quelquefois les pièces de son grand-père, et nous lui ferions broder les sujets de Cinna et du Cid,
J'ai l'honneur d'être, avec toute l'estime et tous les sentiments que je vous dois, monsieur, votre, etc.