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LETTRE CXLVIII. — A M. DUCLOS

Au château de Ferney, 12 février 1763.

Je croirais, monsieur, manquer à mon devoir, si je ne donnais part à l'Académie du mariage de l'unique héritière du nom de Corneille* avec M. Dupuits*, jeune gentilhomme plein de mérite, cornette ' de dragons dans le régiment de M. le duc de Chevreuse*, gouverneur de Paris. Ses terres touchent aux miennes ; rien n'était plus convenable. C'est un établissement avantageux. NP^® Corneille en est en partie redevable à la protection de l'Académie, qui a honoré en elle le nom du grand Corneille, et qui a favorisé les souscriptions de l'édition à laquelle je travaille conlinuellement, en faveur de sa nièce ^

l.V. page 293, notes 1,2 et 3.— Un premier piétendant, M.de Vaugrenant, s'était présenté vers la fin de 1762.

L'appât de la dot présumée l'avait attiré; il fut éconduit. M"' Corneille avait alors 20 ans.

2. M. Dupuits de la Chaux, cornette dans la colonneile générale, avait vingt-trois ans et demi, et possédait environ huit mille livres de rentes en fonds de terre, prùs de Ferney.

3. On appelait ainsi rofûcier qui portait la cornette (pièce de taffetas carrée, de couleur variable), c'est-àdire l'étendard de tout corps de cavalerie, régiment, escadron ou compagnie, surtout dans la cavalerie légère.

4. Fils aîné du duc de Luynes, l'auteur des Mémoires, mort en 1748, arrière petit-fils dn duc de Chevreuse, l'ami de Fénelon, mort en 1712. Ce

duc, né en 1717, était lieutenant- général des armées du roi, colonel général des dragons et gouverneur de Paris; i! se distingua dans la guerre de Sept ans et contribua au salut de l'armée après la perle de la bataille de Minden, en 1759. L'officier Dupuits était cornette dans le régiment de dragons dont le duc de Chevreuse colonel général de cette arme, était le propriétaire. Il est ainsi décrit dans une lettre du 23 janvier 1763 : « Gentilhomme très aimable, de mœurs charmantes, d'une très jolie figure. »

5. Voltaire donna en dot à M"° Corneille, 20,000 francs, 1,400 livres de rentes viagères, environ 40,000 livres, produit présumé des souscriptions au Commentaire de Corneille. 1\ offrit en outre do loger et de nourrir le marié et la mariée. « Je garderai chez moi futur et future; je serai patriarche, si vous nous approuvez, i {Ibid.)

Je crois qu'il serait honorable pour la littérature que l'Académie daignât m'autoriser à signer pour elle au contrat de mariage. Le nom de Corneille peut mériter cette distinction. Vous me donneriez permission, monsieur, de mettre le nom du secrétaire perpétuel, de la part de l'Académie * ; ou bien vous auriez la bonté de m'envoyer les noms de messieurs les académiciens présents, en m'autorisant à honorer le contrat de leurs signatures. Ce dernier parti me paraît d'autant plus convenable que je compte signer pour M. le maréchal de Richelieu, comme doyen de l'Académie*. J'attends les ordres de l'Académie, en laissant pour leur exécution une place dans le contrats

Je vous prie, monsieur, de présenter à nos confrères mon profond respect.

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