‹ Lettres choisiesChapitre 325 sur 456 · Sur cette expression, V. page 348, note · texte numérisé non relu

Sur cette expression, V. page 348, note

pendant six mois, avec une extinction de voix qui m'empêche de dicter, il faut pourtant que je vous dise, mon cher confrère*, combien vos lettres me font de plaisir. Vous avez l'esprit juste et vrai, votre goût est sûr % vous n'êtes dupe d'aucun préjugé; vous avez bien raison de dire que je n'ai pas remarqué toutes les fautes de Corneille, et cependant on crie sur la moitié que j'ai observée avec des regards très respectueux ; mais les clameurs ne sont pas des raisons. Voudrait-on que j'eusse fait aux beautés de Corneille l'outrage d'encenser les défauts, et qu'à côté de ses admirables scènes (je ne dis pas de ses admirables pièces) j'eusse placé Théodore, Pertharite, Anchomède, la Toison d'Or, Tite et Bérénice, Othon, Pulchérie, Agésilas, Suréna^ ? J'ai jugé les ouvrages, et non l'auteur. J'ai dit ce que tout homme de goût se dit à lui-même quand il lit Corneille, et ce que vous dites tout haut, parce que vous avez la noble sincérité qui appartient au génie. N'est-il pas vrai que le grand tragique ne se rencontie que dans la dernière scène de liodogune'*'! Mais ce sublime, sur quoi est-il fondé ? sur quatre actes bien défectueux. Pourquoi Racine a-t-il été si parfait, sans pourtant faire aucun tableau qui approche de la dernière scène de Bodogunel c'est que le goût joint au génie ne produit jamais rien de mauvais. C'est à vous, mon cher confrère, à ^ réunir ce que la nature partagea entre ces deux grands hommes.

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