‹ Lettres choisiesChapitre 336 sur 456 · A. II, s. m · texte numérisé non relu

A. II, s. m

3. De Belloy est le premier poète tragique qui ait traité, en France, et mis sur la scène des sujets nationaux.

4. V. page 329, note 9. Comme Calas, Sirven était protestant. 11 exerçait à Castres la profession d'arpenteur géomètre et de feudiste.

(Un feudiste avait le soin et la garde des registres féodaux contenant le dénombrement et la nature des héritages de la censive d'un seigneur, c'est-à-dire le cadastre des terres qui payaient un cens ou une redevance au seigneur.) Il avait trois filles dont une manifesta l'intention de se convertir au catholicisme, entra dans un couvent et en sortit quelques mois après pour rentrer dans sa famille. Exaltée et maladive, sujette

Sirven, condamnée à Castres, sur l'accusation ou plutôt sur le soupçon du même crime qu'on imputait aux Calas. Le père et la mère sont accusés d'avoir noyé leur filie dans un puits par principe de religion. Tant de parricides ne sont pas heureusement dans la nature humaine; il peut y avoir eu des dépositions formelles contre les Calas; il n'y en a aucune contre les Sirven ^ J'ai vu le procès-verbal, j'ai longtemps interrogé cette famille déplorable*; je peux vous assurer, monsieur, que je n'ai jamais vu tant d'innocence accompagnée de tant de malheurs^: c'est l'emportement du peuple du Languedoc contre les Galas qui détermina la famille Sirven à fuir, dès qu'elle sévit décrétée '. Elle est actuellement errante, sans pain, ne vivant que de la compassion des étrangers \ Je ne suis pas étonné qu'elle ait pris le parti de se sous-

à des hallucinations, à des crises de nerfs, à de courtes démences, elle s'enfuit une seconde fois, et son cadavre fut un jour retrouvé dans un puits du village de Saint- Alby, à deux lieues de Castres, où sa famille s'était établie récemment et passagèrement (3 janvier 1762). Le juge, ou procureur fiscal de Mazamet (aujourd'hui chef-lieu de canton du Tarn, à 17 kilomètres de Castres) instruisit l'affaire. Bien que tous les témoins entendus eussent déposé en faveur des Sirven, et qu'aucune preuve n'existât contre eux, un décret de prise de corps fut lancé contre le père, la mère et les deux filles : redoutant le sort ries Calas, ils s'enfuirent et se réfugièrent à Genève dans le courant de 1762. Le 29 mars 1764, une sentence dn juge de Mazamet déclaraSirven et sa femme coupables du meurtre de leur fille; le 14 septembre suivant, ils furent exécutés en effigie, et le parlement de Toulouse confirma la sentence.

1. Sur quarante-cinq témoins entendus, pas un seul qui ne fût favorable aux Sirven.

2. Digne de pitié, qui mérite qu'on pleure sur elle, t Déplorable, dit d'Olivet, est un mot qui ne s'applique qu'aux choses, et le Dictionnaire de l'Académie en avertit expressément. »

Aujourd'hui, l'usage est conforme à cette décision de l'Académie ; ce mot ne s'emploie guère dans l'acception

où il est pris ici ; mais nos écrivains classiques, les poètes surtout, s'en servaient, comme le fait Voltaire dans cette lettre, et l'appliquaient aux personnes comme aux choses. • 11 y a partout de quoi rire et de quoi pleurer. Le monde est ridicule, et j'en ris. 11 est déplorable, et vous en pleurez. ■ [F Én^i^on, Dialogue des Morts, i, 3.)

Prêt à suivre partout le déplorable Oreste. (Racine, Andromaqw, a. I, s. i.)

Vous voyez devant vous un prince dé- (Id., Phèdre, v. 629.) [plorahle.

Infortunés tons deux, dipnes qu'on vous (Id., Thébaîde, v. 1237.) [dcplûre.

3. « Figurez-vous quatre moutons que les bouchers accusent d'avoir mangé un agneau; voilà ce que je vis. Il m'est impossible de vous peind:e tant d'innocence et de malheur. »

Telle fut la première impression de Voltaire en présence des réfugiés.

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