Sous le coup d'un décret de prise de corps
5. La mère et ses deux filles vivaient à Lausanne, d'une pension de la République; le père vivait à Genève de son travail. Plus tard. Voltaire intéressa à leur sort Frédéric, l'impératrice Catherine, le roi de Danemark et le roi de Pologne, qui envoyèrent dos secours. » J'ai brelan de roi quatrième; mais il faut que je gagne la partie. » (9 juillet 1766.)
traire à la fureur du peuple, mais je crois qu'elle doit avoir confiance dans l'équité de votre parlement.
Si le cri public, le nombre des témoins abusés par le fanatisme, la terreur, le renversement d'esprit gui put empêcher les Calas de se bien défendre, firent succomber Calas le père, il n'en sera pas de même des Sirven. La raison de leur condamnation est dans leur fuite. Ils sont jugés par contumace, et c'est à votre rapport, monsieur, que la sentence a été confirmée par le parlement ^
Je ne vous cèlerai ^ point que l'exemple des Galas effraye les Sirven, et les empêche de se représenter. Il faut pourtant ou qu'ils perdent leur bien pour jamais, ou qu'ils purgent la contumace % ou qu'ils se pourvoient au conseil du roi*.
Vous sentez mieux que moi combien il serait désagréable que deux procès d'une telle nature fussent portés dans une année devant Sa Majesté ; et je sens, comme vous, qu'il est bien plus convenable et bien plus digne de votre auguste corps que les Sirven implorent votre justice. Le public verra que si un amas de circonstances fatales a pu arracher des juges l'arrêt qui fît périr Calas, leur équité éclairée n'étant pas entourée des mêmes pièges, n'en sera que plus déterminée à secourir l'innocence des Sirven.
Vous avez sous vos yeux toutes les pièces du procès : oserais-je vous supplier, monsieur, de les revoir? Je suis persuadé que vous ne trouverez pas la plus légère preuve contre le père et la mère; en ce cas, monsieur, j'ose vous conjurer d'être leur protecteur.
i. Cette décision était récente, comme on Va. vu plus haut. Elle ne jugeait pas l'affaire au fond, puisqu'elle n'avait pas été plaidée; elle confirmait simplement la condamnation par contumace.
2. C^ler est d'un style plus soutenu que cacher. Ce mot est d'un usage fréquent en poésie.
Je ne le célepns....
(Racine, Mithridate, v. 82.)
Je crois voir l'intérêt que vous voulez (Id., ibid., V. 289.) [celer.
3. Terme de pratique. La contumace est la non-comparution d'un prévenu devant le tribunal où il est déféré :
purger la contumace, c'est se présenter pour se faire juger contradictoirement, après avoir été condamné par contumace.
4. Ils essayèrent de se pourvoir en cassation devant le conseil du roi; mais ils furent renvoyés au parlement de Toulouse, parce que l'affaire n'avait pas été jugée au fond, et que le parlement de Toulouse revendiqua son droit de ressort et de compétence.
Me serait-il permis de vous demander encore une autre grâce? c'est de faire lire ces mêmes pièces à quelquesuns des magistrats vos confrères. Si je pouvais être sûr que ni vous ni eux n'avez trouvé d'autre motif de la condamnation des Sirven que leur fuite; si je pouvais dissiper leurs craintes, uniquement fondées sur les préjugés du peuple, j'enverrais à vos pieds cette famille infortunée, digne de toute votre compassion ; car, monsieur, si la populace des catholiques superstitieux croit les protestants capables d'êtreparricides par piété \ les protestants croient qu'on veut les rouer tous par dévotion, et je ne pourrais ramener les Sirven que par la certitude entière que leurs juges connaissent leur procès et leur innocence. J'aurais le bonheur de prévenir l'éclat^ d'un nouveau procès au conseil du roi, et de vous donner en même temps une preuve de ma confiance en vos lumières et en vos bontés. Pardonnez cette démarche que ma compassion pour les malheureux et ma vénération pour le parlement et pour votre personne me font faire du fond de mes déserts'.
J 'ai l'honneur d'être avec respect, monsieur, votre, etc.
1. Cette opiDion était, en effet, répandue dans le peuple du Midi de la France. • Mille bouches fanatiques s'ouvrirent dans ce même temps pour persuader au peuple que le» protestants étaient parricides par système, qu'un des dogmes de leur secte était le pouvoir donné aux pères d'égorger leurs enfants catboli(iues, ou qui menaçaient de le devenir. » Mémoire pour les Sirven (1771), p. 19, 20.
2. Retentissement fâcheux, scandale. Sens très usité de ce mot. — M""" de Sévigné : « J'ai réduit mon approbation au courage qu'il faut avoir pour soutenir i'eclat d'une telle affaire. « (T. vu, p. 177.) — « M. de Turenne est mal avec M. de Louvois; mais conme il est Itien avec le roi et M. Colbcrt, cela ne [ail -sucua éclat. »
(T. m, p. 343.) — Massillon : « Vous rendez la rupture difficile et l'éclat inévitable. » {Carême Pâques.)
3. 11 fallut attendre longtemps le dénouement de cette affaire. Sirven se constitua prisonnier le 31 août 1769, pour purger la contumace; la cause fut jugée de nouveau, au fond; le 16 novembre suivant, un arrêt rendu par un nouveau juge, fut favorable à l'accusé, et deux ans après, en 1771, ie parlement de Toulouse confirma cet arrêt. « Songez, écrivait Voltaire, qu'il ne fallut que deux heures pour condamner cette famille au dernier supplice, et qu'il a fallu neuf ans pour faire rendre justice à l'innocence. »
(Lettre au comte de Rochefort, décembre 1771.)
DE VOLTAIRE. 'Sba