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AU MÊME

Sur un portrait de l'auteur qu'il avait fait graver.

A Ferney, le il décembre 1765.

J'ouvre une caisse, monsieur; j'y vois, quoi? moi-

noms de choses sans préposition ; telle est la règle. Quelquefois, cependant, ce verbe régit les choses avec la préposition à, lorsqu'elles sont pour ainsi dire personnifiées, ou lorsqu'elles représentent, comme dans le cas présent, la personne qui parle. Pardonnez à ma petite morale, est l'équivalent de : « Pardonnez à moi, votre ami, vous faisant cette petite morale. » On dit de même : pardonnez à ma franchise, à mon amitié, etc.

Pardonnez à leur impatience.

(Racine, Andromaque, v. 1523.) Ah ! rintimé, pardonne à mes sens [étonnés (1d., Plaideurs, v. 345.) Pardonne à des maux dont toi seul as [pitié.

(Id., Andromaque, v. 796.)

1. En 1765, Voltaire adressa une épitre à M"« Clairon ; elle se termine par ses deu.x vers :

...Et fuyant a regret son parterre et ses

[loges

Melpomène avec toi fuit chez les Ailo-

[broges.

Il fit aussi, en son honneur et en sa présence, le 11 « auguste » de cette même année, la veille de Sainte- Claire, une chanson intitulée Couplett d'un jeune homme (de soixante-douze ans) ; elle commence ainsi :

Dans la grandVille de Paris, On se lamente, on fait des cris, Le plaisir n'est plus de saison; La cûmédie N'est plus suivie :

Plus de Clairon.

Ce sont « les versiculets • dont il parle au marquis de Villette.

2. Ecuyer du prince de Condé. On a recueilli quelques lettres de Voltaire à ce comte dans les deux volumes publiés par M. de Cayrol en 1857.

Elles vont de 1761 à 1771. Le comte de laTournelle accompagnait en Bourgogne le prince de Condé, gouverneur de cette province, lorsque l'altesse sérénissime y venait présider les étals.

Le marquis de Villette possédait une terre en Bourgogne, et l'on voit comment des relations s'étaient facilement formées entre le comte, le marquis et Voltaire.

même en personne, dessiné d'une belle main. Je me soutiens très bien que

Ce DanzeU, beau comme le jour, Soutien de l'amoureux empire, A, dans mon champêtre séjour, Dessiné le maigre contour D'un vieux -visage à faire rire -.

En vérité c'était l'Amour S'amusant à peindre un satyre Avec les crayons de La Tour 3.

Il est vrai que dans l'estampe * on me fait terriblement montrer les dents. Gela fera soupçonner que j'en ai encore.. Je dois au moins en avoir une contre vous de ce que vous avez passé tant de temps sans m'écrire.

Bérénice disait à Titus :

Voyez-moi plus souvent, et ne me donnez rien 5. Je pourrais vous dire :

Écrivez-moi souvent, et ne me peignez point. Mais je suis si flatté de votre galanterie, que je ne peux

1. Le clievalier de Boufflers voyageait alors en Suisse sous le pseudonyme de Danzel et se faisait passer pour un dessinateur françfiis, vivant de son crayon. Il visita Ferney pendant l'hiver de 1764-1765, et fit une esquisse de Voltaire. — Ce chevalier était le fils de la marquise de Boufflers que Voltaire avait fort connue à la cour de Lunévilie, dont elle faisait les honneurs. Né en 1737, il mourut en 1815. Spirituel en vers et en prose, tour à tour abbé libertin, soldat philosophe, courtisan frondeur, il promena pendant cinquante ans par le monde sa destinée capricieuse, ses saillies et sa bonrio mine. La Harpe Va. surnommé le plus errant des chevaliers. On a de lui des poésies fugitives, des contes en prose, et des lettres sur la Suisse.

2. Ce petit dessin de Voltaire avait été crayonné, à la fin de décembre, et envoyé par l'auteur à la marquise sa mère pour ses étrennes. « Ce n'est, lui écrivait-il, qu'une ébauche hâtée, à la lumière, et au travers des gri- j

maces qu'il fait toujours quand on veut le peindre. » (Lettre du chevalier à la marquise, VllI, p. 42.) Voltaire, lui aussi, avait écrit à M"" de Boufflers pour la féliciter des talents de son fils : « Je crois qu'il ira loin. J'ai vu des jeunes gens de Paris et de Versailles, mais ils n'étaient que des barbouilleurs auprès de lui... Il a fort réussi en Suisse, où il y a actuellement beaucoup d'esprit. » (Lettre du 15 décembre 1754.)

3. La Tour a surtout excellé dans le paste! et il sut donner à ce genre si fragile un éclat extraordinaire. Né à Saint-Quentin en 1704, il mourut en 1788, 11 avait fait, vers 1735, un beau portrait de Voltaire, quiaété gravé en 1762 par Ficquet. — Ficquet, né en 1731, mort en 1794, a gravé les portraits d'un certain nombre de nos grands écrivains.

4. Le marquis de Villette avait fait graver, en estampe, le dessin fait par Danzel-Boufflors.

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