L'Homme aux quarante écus, qu'il venait de publier
4. On disait, dans la langue classique, « rendre un bon office », là où nous disons aujourd'liui, « rendre un service. » — M""" de Sévigné : « 11 me semble que si j'étais avec yous je lui rendrois de grands offices, rien qu'en redressantvotreimagination.»(t. VIH, p. 481.)— Corneille :
Gardes, oseriez-vous me rendre un bon [office ?
{Pohjcucle, a. IV, s. i.)
Riicine : « Rendre de mauvais offices auprès du premier ministre.» (Œuvres diverses, t. IV, p. 412.)
les entrailles de l'Opéra et de la Comédie. Mon ignorance d'ailleurs ne me permet pas de vous garantir tout l'ouvrage.
J'ai l'honneur d'être avec bien de la reconnaissance, monsieur, votre, etc.^
LETTRE CLXXXV. — A M. & M^e QE FLORIAN».
Ferney, 4 avril 1768.
H est juste et nécessaire, mes chers Picards*, que je vous parle avec confiance. Vous voyez les tristes effets de l'humeur. Vous savez combien IVP^ Denis en a montré quelquefois avec vous. Rappelez-vous la scène qu'essuya M. de Florian. Elle m'en a fait éprouver encore une non moins cruelle. Il est triste que ni sa raison ni sa douceur ordinaire ne puissent écarter de son âme ces orages violents qui bouleversent quelquefois et qui désolent la société. Je suis persuadé que la cause secrète de ces violences qui lui échappaient de temps en temps était son aversion naturelle pour la vie de la campagne, aversion qui ne pouvait être surmontée que par une grande affluence de monde, des fêtes, et de la magnificence. Cette
1. Voici la réponse que fit à cette lettre Moreau de laRochette : « Comment, monsieur, pouvez-vous habiter un chien de climat comme celui dont vous me parlez? Vous êtes donc toujours ou transi ou brûlé, ou vous vivez, avec le thermomètre de Réaumur, dans une serre? Pourquoi ne venezvous pas habiter les bords de notre rivière de Seine, qui sont si agréables? Je ne doute pas que votre habitation ne soit charmante; mais si je vous tenais ici pendant vingt-quatre heures dans un terrain de bOO à 600 arpents de bruyère que j'ai défrichés depuis quinze ans, qui est situé près de la forêt de Fontainebleau, sur le bord de la Seine, et qui est cultivé tous les jours par cent enfants trouvés, qui sautent, comme les chamois de vos montagnes, le soir et le matin en allant à l'ouvrage, vous verriez, monsieur, qu'il ne nous manque pour être heureux que les bons soupers de M- André (le héros de l'Homme aux qua-
rante écus.)— 28 avril 1768. » Mémoires de la Société académique de l'Aube, t. VI, p. 83.
2. La seconde nièce de Voltaire, Elisabeth Mignot (V. page 33, note 5), mariée en 1738 à Nicolas de Dompierre, seigneur de Fontaine- Hornoy, président trésorier de France au bureau des finances d'Amiens, avait épousé, en secondes noces, en 1762, le marquis de Florian, frère aine du père de l'auteur à' Estelle et Némorin. M""" de Fontaine 'c'est sous ce nom qu'elle figure d'abord dans la correspondance de son oncle) était devenue morquise de Florian. Elle mourut en 1772.
3. Ils étaient alors à leur château d'Hornoy, que la marquise tenait de son premier mari, et qui est situé à huit lieues d'Amiens. — Voltaire leur explique les vraies causes du départ de M""» Denis, sœur de la marquise de Florian.
vie tumultueuse ne convient ni à mon âge de soixantequatorze ans, ni à la faiblesse de ma santé. Je me voyais d'ailleurs 1res h l'étroit par la cessation du payement de mes rentes, tant de la part de M. le duc de Wurtemberg* que de celle de M. le marécbal de Richelieu*, et de quelques autres grands seigneurs. Elle est allée à Paris recueillir quelques débris, tandis que je m'occuperai des affaires d'Allemagne. Malgré ce dérangement actuel, je lui fais tenir à Paris vingt mille livres de pension; elle possède d'ailleurs douze mille livres de rente ; elle en aura beaucoup davantage ; je mourrais avec trop d'amertume si aucun de mes proches pouvait, à ma mort, m'accuser de l'avoir négligée. Je n'en ai pas assez fait pendant ma vie ; mais si je peux végéter encore deux années, j'espère que je ne serai pas inutile à ma famille. Je voulais vendre le château que j'ai fait bâtir pour votre sœur% afm de lui procurer tout d'un coup une somme considérable d'argent comptant, et je me privais volontiers des agréments de ce séjour, qui sont très grands sept à huit mois de l'année. Elle n'a pas saisi assez tôt une occasion favorable et unique qui se présentait. Elle a malheureusement manqué un marché qui ne se retrouvera jamais. Pour moi, il ne me fautqu'une chambre pour mes livres, et une pour me chauffer pendant l'hiver. Un vieillard n'a pas de goûts chers.
Je sais tous les discours qu'on a tenus à Paris, tout ce qu'on a inséré dans les gazettes. Je suis accoutumé à ces sottises, qui s'anéantissent en deux jours*. La Harpe a malheureusement donné lieu à tout cela par son inlidé-
1. V. page 210, note 2. Sur l'état de 1775, le duc de Wurtemberg figure pour une rente annuelle de soixantedeux mille livres, et pour un arriéré de soixante-dix mille livres.