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LETTRE CLXXXIV. — A M. MOREAU

Ferney, 4 avril 1768.

La moitié de mes arbres est morte ^, monsieur ; l'autre moitié a été malade à la mort, et moi aussi. Le froid de ma Sibérie a pénétré quatre pieds sous terre. Il y a des climats qu'on ne peut apprivoiser. Je viens de remplacer tous les arbres morts. Il me reste quelques peupliers qui en produiront d'autres, et ils diront à leurs petits enfants les obligations que je vous ai.

Voulez-vous bien permettre, monsieur, que je vous envoie Quarante écus ^ ? C'est trop peu pour le bon office que vous m'avez rendu*. Ce petit ouvrage est d'un agriculteur qui réussit mieux que moi en arbres et en livres. Il se moque un peu des nouveaux systèmes de finances proposés par tant de gens qui gouvernent l'Etat pour leur plaisir, et des systèmes d'agriculture inventés dans

1. On lit dans le Journal de Collé, à la date d'avril 1768: « 11 a renvoyé tous les gens qui vivaient avec lui à sa terre; il a congédié même M""" Denis qui était à la tête de sa maison... Je sais qu'elle n'avait aucun ordre, et qu'il s'est cru dérangé dans ses affaires ; ce qui a été vériûé n'être point; je tiens ce dernier fait de son notaire; il n'y avait seulement que du manque d'ordre. « Eh! comment, m'a dit ce même notaire, M. de Laleu, comment pourrait-il être ruiné? Il a 80,000 livres de rente viagère, 40,000 livres de rente en biens fonds, et un portefeuille de 600,000 livres. » (T. 111, p. 377.)

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