‹ Lettres choisiesChapitre 389 sur 456 · LETTRE CLXXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXXVI

A M. B0URET3.

A Ferney, le 13 auguste 1768.

Monsieur, M. Marmontel % votre ami et le mien, vous a dit sans doute, ou vous dira combien notre langue répugne au style lapidaire*, à cause de ses verbes auxiliaires et de ses articles. Il vous dira qu'une épigraphe^ en vers est encore plus difficile, et que de cent il n'y en a pas une de* passable, excepté celles qui sont en style burlesque : tant le génie de la nation est tourné à la plaisanterie !

Il est triste d'emprunter deux vers d'un' ancien auteur )atin pour Louis XV. Répéter ce que les autres ont dit, c'est ne savoir que dir e ; de plus, le roi viendra chez vous ;

1. n était accusé d'avoir dérobé à Voltaire, pendant son séjour à Ferney, le manuscrit du poème sur la Guerre de Genève et d'en avoir donné des copies. M"' Denis, M. et M""' Dupuits n'étaient pas non plus exempts de reproches, sur ce larcin, ni d'une certaine connivence ou complicité; de là, l'explosion de colère de Voltaire qui les renvoya tous de Ferney et, pour un temps du moins, ût maison nette.

(Longchamp et 'Wagnière, Mémoires sur Voltaire, 1826, t. T, p. 270.)

2. Sur ce fermier général, V. page 2-^5, note 4. — H avait demandé à Voltaire une inscription en vers français pour un buste du roi placé dans sa maison que le roi devait visiter.

Page 1