‹ Lettres choisiesChapitre 39 sur 456 · Né en 1651, mort en 1722; tra · texte numérisé non relu

Né en 1651, mort en 1722; tra

ducteur à.' Horace, de Xa poétique d Ar ristote, de l'Œdipe, de Y Electre de Sophocle, et de plusieurs Dialofjues de Platon, membre de l'Académie des inscriptionset belles-lettres, secrétaire perpétuel de l'Académie française. Sa femme, M"" Dacier, non moins savante que lui, soutint une lutte ardente en faveur des ancit-ns contre les partisans des modernes. Née en 1051, elle mourut en 1720.

je gâtai ma pièce, pour leur plaire, en affaiblissant par des sentiments de tendresse un sujet qui le comporte si pcu^ Quand on vit un peu d'amour, on fut moins mécontent de moi ; mais on ne voulut point du tout de cette grande scène entre Jocaste et OEdipe : on se moqua de Sophocle et de son imitateur. Je tins bon ; je dis mes raisons. J'employai des amis ; enfin ce re fut qu'à force de protections que j'obtins qu'on jouerait Œdipe.

11 y avait un acteur nommé Quinault (Dufresne)% qui dit tout haut que, pour me punir de mon opiniâtreté, il fallait jouer la pièce telle qu'elle était, avec ce mauvais quatrième acte tiré du grec. On me regardait d'ailleurs comme un téméraire d'oser traiter un sujet où Pierre Corneille avait si bien réussi. On trouvait alors Y Œdipe de Corneille excellent : je le trouvais un fort mauvais ouvrage, et je n'osais le dire; je ne le dis enfin qu'au bout de dix ans, quand tout le monde est de mon avis^

11 faut souvent bien du temps pour que justice soit rendue : on l'a faite un peu plus tôt aux deux Œdipes de M. de La Motte*. Le R. P. de Tournemine*^ a dû vous

i. En 1717, J.-B. Rousseau, informé par son correspondant Brossette que l'Œ'i'iï/vc de Voltaire était en répétition à la Comédie-Française, lui écrivait de Vienne : « 11 y*a longtemps que j'entends dire merveilles de l'Œdipe du petit Arouet. J'ai fort bonne opinion de ce jeune homme, mais je raeurs de peur qu'il n'ait affaibli le terrible de ce grand sujet en y mêlant de l'amour, u — Lettres de ïiouxseun sur différents svjets de liUératvre, t. II, p. 16b, 170. — Voltaire n'avait pas toujours été si juste envers So- ])hocle. Sa lettre sur l'Œdipe grec, placée en léte de la premicie édition de sa pièce (1719j, attestait un goût moinssûr et une moins sincère admiration pour son modèle.

i. Quinault, dit Dnfrc=nc, mort en 1767, avait débuté au théâtre en 1712; il y rétablit le vrai goût de la déclamation qui s'était perdu depuis la retraite de Baron. 11 était d'un orgueil c'émcsuré.

3. L'Œdipe, de Corneille, fut jduéon iCi'6'j avec succès et la réputation de cette pièce s'est soutenue longtemps.

La Bruyère la cite avec éloge dans le chapitre des Ouvrages de l'esprit et dans son discours de réception à l'Académie française; Saint-Evremond dit qu'elle doit comj)ter parmi les chefs-d'œuvre de l'art. — Même, après 1730, tout le monde n'était pas de l'avis de Voltaire et la pièce de Corneille comptait encore des admirateurs : La Grangc-Chancel, en 1744, proposait aux comédiens français d'en retoucher les parties surannées alin de conserver au théâtre un chef-d'œuvre de plus.

[Revue rétrospective, 1837, t. xi,p. 154, 155.)

4. La Motte donna deux C^rfi^je.? en 1726, l'un en rime et l'autre en prose non rimée. l'Œdipe rimé fut représenté deux fois; lautre n'a jamais été joué.

5. Né à Rennes en 1661, d'une famille noble et ancienne, le P. de Tournemine après avoir longtemps professé fut appelé à Paris, au commencement du siècle, pour prendre la direction des il/'-HJOîVes de Trévoux, sorte de revue philologique, littéraire et scientifique, qui s'imprimait à Tré-

communiquer la petite préface dans laquelle je lui livre bataille. M. de La Motte a bien de l'esprit : il est un peu comme cet athlète grec qui, quand il était terrassé, prouvait qu'il avait le dessus K

Je ne suis de son avis sur rien ; mais vous m'avez appris à faire une guerre d'honnête homme. J'écris avec tant de civilité contre lui, que je l'ai demandé lui-même pour examinateur^ de cette préface, oii je tâche de lui prouver son tort à chaque ligne ; et il a lui-même approuvé ma petite dissertation polémique. Yoilà comme les gens de lettres devraient se combattre ; voiLà comme ils en useraient, s'ils avaient été à votre école ; mais ils sont d'ordinaire plus mordants que des avocats, et plus emportés que des jansénistes ^ Les lettres humaines sont devenues très inhumaines ; on injurie, on cabale, on calomnie, on fait des couplets. Il est plaisant qu'il soit permis de dire aux gens par écrit ce qu'on n'oserait pas leur dire en face ! Vous m'avez appris, mon cher Père, à fuir ces bassesses, et h savoir vivre comme à savoir écrire.

Les Muses, filles du Ciel, Sont des sœurs sans jalousie :

Elles vivent d'arabrosie*,

voux, mais qui se faisait à Paris, et qui n'avait pas encore un an d'existence. 11 habita jusqu'en 171S le collège Louis-le-Grand, sans y faire de classe : il présidait aux conférences, auxexaraens, auxséances académiques et dirigeait ou inspirait la haute littérature. Très savant en grec, en latin, et même en hébreu, archéologue et connaisseur en fait d'objets d'art, assez bon physicien et mathématicien, philosophe instruit, sans originalité ni profondeur, doué d'une sorte de savoir universel, il était, avec cela homme d'esprit et d'imagination. II publia, en 1712, la première édition, du Traité de l'existence de Dieu, de Fénelon. C'était un [lartisan déclaré de Corneille et un ennemi de Racine.

11 finit sa carrière dans la bibliothèque de la maison professe et mourut en 1739. — Pierron, Voltaire et ses maîtres, pages 120-137.

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