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Epitre XI, vers

2. Exécuter, accomplir, suivre jusqu'au bout [exsequi), passer de la théorie à la pratique ; comme on dit exécuter un monument, un ouvrage, d'après un plan et un modèle. On dit

exécuter sa parole, la mettre à effet.

3. A et avec s'emploient indifféremment après comparer et compas 7'aison. Le sens particulier de la pensée et le tour de la phrase en décident seuls.

homme né dans des climats plus heureux. Le sujet manque à un Écossais tel que Thomson ; il n'a pas la même nature à peindre. La vendange chantée par Théocrite ^ par Virgile, origine joyeuse des premières fêtes et des premiers spectacles, est inconnue aux habitants du cinquante-quatrième degré. Ils cueillent tristement de misérables pommes sans goût et sans saveur, tandis que nous voyons sous nos fenêtres cent filles et cent garçons danser autour des chars qu'ils ont chargés de raisins délicieux : aussi Thomson n'a pas osé toucher à ce sujet, dontM.de Saint-Lambert a fait de si agréables peintures.

Un grand avantage de notre poète philosophe, c'est d'avoir moins parlé aux simples cultivateurs qu'aux seigneurs des terres qui vivent dans leurs domaines, qui peuvent enrichir leurs vassaux, encourager leurs mariages, et être heureux du bonheur d'autrui, loin de l'insolente rapacité des oppresseurs : il s'élève contre ces oppresseurs avec une liberté et un courage respectables.

Je sais bien qu'il y a des âmes aussi basses que jalouses qui pourront me reprocher de rendre à M. de Saint- Lambert éloges pour éloges, et de faire avec lui trafic d'amour-propre ^ Je leur déclare que je ne saurais l'en estimer moins, quoiqu'il m'ait loué : je crois me connaître en vers mieux qu'eux ; je suis siàr d'être plus juste qu'eux. Je raye les louanges qu'il a daigné me donner, et je n'en vois que mieux son mérite.

Je regarde son ouvrage comme une réparation d'honneur que le siècle présent fait au grand siècle passé, pour la vogue donnée pendant quelque temps à tant d'écrits barbares, à tant de paradoxes absurdes, à tant de systèmes impertinents, à ces romans politiques, à ces prétendus romans moraux dont la grossièreté, l'insolence et le ridicule étaient la seule morale, et qui seront bientôt oubliés pour jamais.

1. On a de Théocrite vingt-neuf Idylles (petits tableaux, scènes rustiques). Ce poète, né à Syracuse, vers l'an 290 avant J.-C, a vécu en Sicile, au temps d'Hicron H, dans la Grande-

Grèce et à Alexandrie, sous Ptolémée- Philadolphe.

2. L'éloge de Voltaire est dans le IV» chant des Saisons de Saint-Lambert.

Permettez-moi, monsieur, de vous parler à présent de la réflexion que vous faites sur les chaumières des laboureurs, sur ces cabanes^ sur ces asiles du pauvre ; vous condamnez ces expressions dans le poème des Saisons, que vous estimez d'ailleurs autant que moi.

Vous dites, avec très grande raison, qu'une cabane ne peut pas être le logement d'un agriculteur considérable ; qu'il faut des écuries commodes, des étables faites avec soin, des granges vastes et solides, des laiteries voûtées et fraîches, etc.

Oui, sans doute, monsieur, et personne n'est entré mieux que vous dans le détail de l'exploitation rurale ; personne n'a mieux fait sentir combien un laboureur doit être cher à l'Etat. J'ai l'honneur d'être laboureur, et je vous remercie du bien que vous dites de nous ; mais, puisqu'il s'agit ici de fermiers, comparez, je vous prie, les hôtels des fermiers généraux du bail de 1725 ^ avec les logements de nos fermiers de campagne, et vous verrez que les termes de chaumière, de cabane, ne sont que trop convenables; les logements des plus gros laboureurs en Picardie et dans d'autres provinces ont des toits de chaume.

Rien n'est plus beau, à mon gré, qu'une vaste maison rustique dans laquelle entrent et sortent, par quatre grandes portes cochères, des chariots chargés de toutes les dépouilles de la campagne ; les colonnes de chêne qui soutiennent toute la charpente sont placées à des distances égales sur des socles de roche ; de longues écuries régnent à droite et à gauche. Cinquante vaches proprement tenues occupent un côté avec leurs génisses, les chevaux et les bœufs sont de l'autre ; leur pâture tombe dans leurs crèches du haut de greniers immenses ; les granges où l'on bat les grains sont au milieu ; et vous

i. 11 faut lire, peut-être, 1726. — Les fermiers généraux étaient, comme OD sait, une association de soixante financiers auxquels le gouvernement cédait, par un bail renouvelable à certaines époques et moyennant une somme annuelle déterminée, l'exploi-

tation des impôts de consommation.

La concession fut faite en 1720 au prix de 55 millons de livres par an; on la renouvela, en 1726, moyennant 80 millions; en 1774, les fermiers-généraux payèrent 135 millions; ils payaient 180 millions en 1789.

savez que tous les animaux, logés chacun à leur * place dans ce grand édifice, sentent très bien que le fourrage, l'avoine qu'il renferme, leur appartiennent de droit.

Au midi de ces beaux monuments d'agriculture sont les basses-cours et les bergeries ; au nord sont les pressoirs, les celliers, la fruiterie ; au levant, les logements du régisseur et de trente domestiques ; au couchant s'étendent les grandes prairies pâturées et engraissées par tous ces animaux, compagnons du travail de l'homme.

Les arbres du verger, chargés de fruits à noyaux et à pépins, sont encore une autre richesse. Quatre ou cinq cents ruches sont établies auprès d'un petit ruisseau qui arrose ce verger^ ; les abeilles donnent au possesseur une récolte abondante de miel et de cire, sans qu'il s'embarrasse de toutes les fables qu'on a débitées sur ce peuple industrieux, sans rechercher très vainement si cette nation vit sous les lois d'une prétendue reine.

Il y a des allées de mûriers à perte de vue ; les feuilles nourrissent ces vers précieux qui ne sont pas moins utiles que les abeilles.

Une partie de cette vaste enceinte est fermée par un rempart impénétrable d'aubépine proprement taillée, qui réjouit l'odorat et la vue.

La cour et les basses-cours ont d'assez hautes murailles.

Telle doit être une bonne métairie ; il en est quelquesunes dans ce goût vers les frontières que j'habite ; et je vous avouerai même sans vanité que la mienne ressemble en quelque chose à celle que je viens de vous dépeindre; mais, de bonne foi, y en a-t-il beaucoup de pareilles en France ^ ?

1, « Chacun prend leur, leurs, dans deux cas : 1" lorsqu'il précède le régime direct; 2» lorsque le verbe n'a point (et c'est ici le cis) ou ne saurait avoir de régime direct : i ils s'en sont allés chacun de leur côté. » (Grammaire selon l'Académie, 47« édition, p. 143.)

i. Virgile :

At liquidi fontes et stagna virentia miisoo Adsiut, et tennis fngiens per gramina

(rivus, easter [innmbret.

{Georg., iv, v. 18-21.)

3. Comparez à l'éloquente description qui précède, ce fragment d'une lettre de l'abbé Barthélémy (l'auteur

Vous savez bien que le nombre des pauvres laboureurs et des métayers*, qui ne connaissent que la petite culture, surpasse des deux tiers au moins le nombre des laboureurs riches que la grande culture occupe.

J'ai dans mon voisinage des camarades qui fatiguent un terrain ingrat avec quatre bœufs, et qui n'ont que deux vaches : il y en a dans toutes les provinces qui ne sont pas plus riches. Soyez très sûr que leurs maisons et leurs granges sont de véritables chaumières où hcibite la pauvreté : il est impossible qu'au bout de l'année ils aient de quoi réparer leurs misérables asiles ; car, après avoir payé tous les impôts, il faut qu'ils donnent encore à leurs curés la dîme du produit clair et net de leurs champs, et ce qui est appelé dîme ^ très improprement est réellement le quart de ce que la culture a coûté à ces infortunés.

Cependant, quand un paysan trouve un seigneur qui le met en état d'avoir quatre bœufs et deux vaches, il croit avoir fait une grande fortune : en effet, il a de quoi vivre, et rien au dehà; c'est beaucoup pour lui et pour sa famille; et cette famille connaît encore la joie ; elle chante dans les beaux jours et dans les temps de récolte.

Ne sachons donc pas mauvais gré, monsieur, à l'aimable auteur des Saisons d'avoir parlé des chaumières de mes camarades les laboureurs. Il est certain qu'ils se-

è! Anacharsis) sur l'exploitation agricole de Chanteioiip (près d'Amboise, dans le Loiret) où Choiseul, tombé du ministère, fut exilé, par ordre du roi le 24 décembre 1770 : « Me voilà dans ma chambre, plume en main et bonnet en tête ; ce dernier allume sur mon front la lampe du génie, comme dit Diderot.... Nous comptons sur trente mille gerbes de blé et autant d'avoine; nous aurons de quoi manger toute l'année. La ferme est dans un mouvement continuel; soixante moissonneurs, quarante laboureurs, charretiers, batteurs en grange, tout cela déjeunant, dînant, goûtant, soupant aux dépens du fermier général, qui est enchanté de ses succès. Dans la vacherie, des ruisseaux de lait, comme dans la terre promise : cinq

cents pintes par jour... » (Lettre à M"»" du Defifand, t. II, p. 486.— 1773. Edit. Sainte-Aulaire.)

i. Le métayer est un fermier qui donne pour fermage la moitié des fruits ou récoltes.

2. La dîme, c'est-à-dire le dixième des récoltes, décima pars. Ce prélèvement avait passé, des coutumes juives, dans les usages de l'Eglise chrétienne.

En 585, le deuxième concile de Màcon excommunia ceux qui ne paieraient pas la dîme ; les capitulaires de Charlemagne les envoient devant les juges séculiers. Depuis lors la dime fut exactement payée en France jusqu'en 1789. — Les Romains connaissaient aussi la dime, impôt du dixième des récoltes [decuma) prélevé sur les terres arables des pays conquis.

raient tous plus à leur aise, si les seigneurs habitaient leurs terres neuf mois de l'année, comme en Angleterre ; non seulement alors les possesseurs des grands domaines feraient quelquefois du bien par générosité à ceux qui souffrent, mais ils en feraient toujours par nécessité à ceux qu'ils feraient traYailler. Quiconque emploie utilement les bras des hommes rend service à la patrie.

Je sais bien qu'il y a plus de deux cent mille âmes à Paris qui s'embarrassent fort peu de nos travaux champêtres. De jeunes dames, soupant au sortir de l' Opéra- Comique, ne s'informent guère si la culture de la terre est en honneur ; et beaucoup de bourgeois qui se croient de bonnes têtes dans leur quartier pensent que tout va bien dans l'univers, pourvu que les rentes sur l'Hôtel de ville soient payées ; ils ne songent pas que c'est nous qui les payons, et que c'est nous qui les faisons vivre.

Le gouvernement nous doit toute sa protection : c'est un crime de lèse- humanité de gêner nos travaux, c'en est un de nous condamner encore, dans certains temps de l'année, à une honteuse et funeste oisiveté deux ou trois jours de suite * : on nous oblige de refuser, après midi, à la terre, les soins qu'elle nous demande, après que nous avons rendu le matin nos hommages au ciel : on encourage nos manœuvres à perdre leur raison et leur santé dans un cîibaret,au lieu de mériter leur subsistance par un travail utile. Cet horrible abus a été réformé en partie ; mais il ne l'a pas été assez ; eh I qui peut réformer le tout ?

Est quadam prodire tenus, si non datur ultra».

Je n'en dirai pas davantage, monsieur, sur des sujets que vous et vos associés ^ avez si bien approfondis pour l'avantage du genre humain.

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