Le comte de Lally-ToUendal
à la vérité ^ mais dont l'innocence m'est démontrée par les pièces mêmes du procès. Je pourrais produire vingt barbaries pareilles, et les rendre exécrables à la postérité. J'aurais mieux aimé mourir dans le canton de Zug ^ ou chez les Samoïèdes, que de dépendre de tels compatriotes. Il n'a tenu qu'à moi autrefois d'être leur confrère'; mais je n'aurais jamais pensé comme eux.
Je vous ouvre, madame, un cœur qui ne sait rien dissimuler, et qui est cent fois plus touché de vos bontés qu'ulcéré de leurs injustices atroces et de leur despotisme insupportable.
Je ne me flatte pas, madame, que les circonstances 011 nous sommes, vous et moi, vous permettent de m'écrire. Il est vrai que si vous me faites dire un mot par votre petite-fille*, je mourrai plus content; mais si vous gardez le silence, je n'en serai pas moins à vos pieds; je ne vous serai pas moins dévoué avec une reconnaissance aussi vive que respectueuse.
LETTRE CXGVI. — A M«>e QE SAINT-JULIEN».
A Ferney, 22 jaavier 1772.
Le vieillard, madame, que vous honorez de tant de bontés, vous parlera aussi librement dans sa lettre que
d'origine iriandaise, né en 1702, décapité par sentence du parlement de Paris en 1766. Nommé gouveineurgénéral des établissements français dans l'Inde il avait perdu Pondicliéry, faute de ressources, et faute d'être secondé par les officiers placés sous ses ordres. Accusé de trahison et de concussion, il fut condamné sans avoir pu obtenir de défenseur. Le parlement, en 1778, revisa le procès, par ordre de Louis XVI, cassa l'an et de 1766 et réhabilita la mémoire du comte de Lally, pour qui Voltaire avait écrit un facium éloquent.
1. Le caractère violent et despotique de Lally, ses désastres, et les malheurs qui en résultèrent avaient soulevé contre lui la colonie française des Indes.
li:tti;. ch. de voLTAir.t;.
2. L'un des huit cantons de la confédération helvétique, situé entre ceux de Zuricli, deSchwitz et d Argovie. 11 compte dix-huit mille habitants. — Les Hcvjiùiédes, ou Samoyèdes, peuplade russe, qui habitent dans le ;,'uuvernement d'Archangel, près de l'océan Glacial.
3. M. Arouet, en 1714, avait eu l'intention d'acheter à son tils un oflJce de judicature, la charge d'avocat du roi. Le jeune homme répondit qu'il a ne voulait pas d'une considération vénale et qu'il saurait s'en faire une qui ne coulerait rien. » (Duvernet. Vie de Voltaire, p. 25.