La Fontaine, 1. IX, f. viii
boursoufflé Thébain qu'on dit sublime, vous vous remettiez à faire quelque tragédie ou quelque opéra français. Notre langue a autant de vogue qu'en avait autrefois la langue grecque. On parle français dans tout le Nord, où les Grecs étaient inconnus. Ranimez un peu nos muses, qui languissent en plus d'un genre ; soutenez notre honneur, qui se recommande à vous.
Je vous embrasse avec la plus tendre et la plus constante amitié. M""^ Denis se joint à moi.
LETTRE CXCYlll. — A M^e LA MARQUISE DU DEFFAND.
A Ferney, 24 mars 177i.
Je vous écris, madame, malgré le pitoyable état oii mon grand âge, ma mauvaise santé, et le climat dur où je me suis confiné, ont réduit mon corps et mon âme. Un officier suisse, qui part dans le moment, veut bien se charger de ma lettre. Songez que vous m'aviez mandé que vous alliez chez votre grand'maman *, il y a près de six mois ; j'ai cru toujours que vous y étiez. J'apprends que vous êtes à Paris. Vous m'aviez promis de me mettre aux pieds de votre grand'maman ^ et de son mari.
Je vous dis très sincèrement que je mourrai bientôt, mais que je mourrai de douleur si votre grand'maman et son très respectable mari pouvaient soupçonner un moment que mon cœur n'est pas entièrement à eux. Je l'ai déclaré très nettement à un homme considérable' qui ne passe pas pour être de leurs amis*. Je ne demande rien à personne, je n'attends rien de personne. Je repasse dans ma mémoire toutes les bontés dont votre grand'maman et son mari m'ont comblé ^ ; j'en parle tous les jours ; elles font encore la consolation de ma vie.
1. A Clianteloiip, chez la duchesse de Choiseul. — V. page 403, note 2.
2. Nous avons dit, plus haut, les misons de ce refroidissement survenu entre Voltaire et les exilés de Ciianteloup. V. page43o, notes 1, 2, 3, 4. etc.
3. Le duc de Richelieu. 11 l'avait aussi déclaré au duc de la Vrillièro,
ministre de la maison du roi. V. p. 435, note 2.
4. Le duc de Richelieu était le chef du parti qui avait soutenu à la cour M""> du Barry, lorsque sa faveur y était chancelante et son crédit combattu. V. page 431, note 3.