‹ Lettres choisiesChapitre 433 sur 456 · Sur la scène tragique.— V. p. 348, note · texte numérisé non relu

Sur la scène tragique.— V. p. 348, note

5. L'éloge de Racine est de 1772, celui de Fénelon est de 1771. Ces deux discours avaient été couronnés par l'Académie française.

6. Sur ce personnage, mort en 1766, V. page 213, note 4. — Sur la préférence de Voltaire pour Racine, V.

Vages 312 et 415, note 2.

DE VOLTAIRE. 4i7

tomberait de jour en jour, et que Racine s'élèverait. Sa prédiction a été accomplie, à mesure que le goût s'est formé : c'est que Racine est toujours dans la nature, et que Corneille n'y est presque jamais.

Quand j'enl repris le Commentaire sur Corneille^ ce ne fut que pour augmenter la dot que je donnais à sa petitenièce, que vous avez vue * ; et en effet M''® Corneille et les libraires partagèrent cent mille francs que cette première édition valut. Mon partage fut le redoublement de la haine et de la calomnie de ceux que mes faibles succès rendaient mes éternels ennemis. Ils dirent que l'admirateur des scènes sublimes qui sont dans Cinna, dans Polyeucte^ dans/e Cid^ dans Pompée, dans le cinquième acte de Bodogime, n'avait fait ce commentaire que pour décrier ce grand homme. Ce que je faisais par respect pour sa mémoire, et beaucoup plus par amitié pour s;i nièce, fut traité de basse jalousie et de vil intérêt par ceux qui ne connaissent que ce sentiment; et le nombre n'en est pas petit.

J'envoyai presque toutes mes notes à l'Académie ; elles furent discutées et approuvées. 11 est vrai que j'étais effrayé de l'énorme quantité de fautes que je trouvais dans le texte; je n'eus pas le courage d'en relever la moitié, et M. Duclos - me manda que, s'il était chargé de faire le commentaire, il en remarquerait bien d'autres. J'ai enfm ce courage. Les cris ridicules de mes ridicules ennemis, mais plus encore la voix de la vérité, qui ordonne qu'on dise sa pensée, m'ont enhardi. On fait actuellement une très belle édition in-quarto de Corneille et de mon commentaire. Elle est aussi correcte que celle de mes faibles ouvrages est fautive. J'y dis la vérité aussi hardi' ment que vous.

1. A Ferney, où La Harpe av.iit séjourné en 1765 et 1767, et d'où il avait dû s'éloigner pour des raisons ç^îe nous avons fait connaître. — V. page 409, note 1. Une réconciliation entre Voltaire et lui s'était faite, après le retour de M">« Denis à Fer-

ney, en 1768. — Sur la nièce de Corneille et sur le Commentaire, écrit en 1761, V. pages 294 et 316, notes 2 et 3. 2. Qui était alors secrétaire perpétuel de l'Académie française et qui mourut en 1772, — V. page 172, noie t.

Qui n'a plus qu'un moment à vivre N'a pins rien à dissimuler'.

Savez-vous que la nièce de notre p^re du lh(^ûtre se fâche quand on lui dit du mal de Corneille? mais elle ne peut le lire : elle ne lit que Racine. Les sentiments de femme l'emportent chez elle sur les devoirs de nièce. Cela n'empêcliepas que, nous autres hommes qui faisons des tragédies, nous ne devions le plus profond respect à notre père. Je me souviens que quand je donnai, je ne sais comment, Œdîpe^ étant fort jeune et fort étourdi % quelques femmes me disaient que ma pièce (qui ne vaut pas grand'chose) surpassait celle de Corneille (qui ne vaut rien du tout); je répondis par ces deux vers admirables de Pompée :

Restes d'un demi-dieu dont jamais je me puis Egaler le grand nom, tout vainqueur que j'en suis^.

Admirons, aimons le beau, mon cher ami, partout où il est ; di testons les vers visigoths dont on nous assomme depuis si longtemps, et moquons-nous du reste. Les petites cabales ne doivent point nous elTrayer : il y en a toujours à la cour, dans les cafés, et chez les capucins. Racine mourut de chagrin, parce que les jésuites avaient dit au roi qu'il était janséniste. On a pu dire au roi, sans que j'en sois mort, que j'étais athée, parce que j'ai fait dire à Henri IV :

Je ne décide point entre Genève et Rome*.

Je décide avec vous qu'il faut admirer et chérir les pièces parfaites de Jean, et les morceaux épars, inimitables de Pierre. Moi qui ne suis ni Pierre ni Jean, j'aurais voulu vous envoyer ces Lois de Minos ^ qu'on repré-

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