A M. DE LA HARPE
A Ferney, 22 janvier 1773.
Mon cher ami, mon chei* successeur S votre éloge de Racine est presque aussi beau que celui de Fénelon % et vos notes sont au dessus de l'un et de l'autre. Votre très éloquent discours sur l'auteur du l^élémaque \o\is a fait quelques ennemis. Vos notes sur Racine sont si judicieuses, si pleines de gofit, de finesse, de foire et de chaleur, qu'elles pourront bien vous attirer encore des reproches ; mais vos critiques (s'il y en a qui osent paraître) seront forcés de vous estimer, et, je le dis hardiment, de vous respecter.
Je suis fâché de ne pas vous avoir instiuit plus tôt de ce que j'ai entendu dire souvent, il y a plus de quarante ans, cà feu M. le maréchal de Noailles % que Corneille
1. M"»" du Deff.ind occupait, depuis 17o0, un appartement dans la p.irtiu extérieure du couvent de Saint-Joseph (aujourd'hui, Ministère delà guerre).
2. Intime ami du Deffand, mort depuis plusieurs années. 11 avait été lié aussi avec Voltaire. — V. page 53, note i.
3. M"' du Deffand répondit très froidement à ces explications, san-; pourtant rompre entièrement. Elle écrivait à la duchesse de Choiseul, en cette même année 1772 : « Je n'entends plus parler de Voltaire, et je ne m'en soucie pas ; " elle disait à Wal-
pole, vers le même temps : " Je ne me S'iucie point d'entretenir cette correspondance (avec Voltaire) ; celle de Chanteloup me suflit. » (Sainte-Aulaire, t. I, oOS, 365, 476.)