Acte V, scène i
46 LETTRIÎS CHOISIES
Le style faible, non seulement en tragédie, mais en toute poésie, consiste encore à laisser tomber ses vers deux à deux, sans entremêler de longues périodes et de courtes, et sans varier la mesure; à rimer trop en épithètes ; à prodiguer des expressions trop communes ; à répéter souvent les mômes mots ; à ne pas se servir à propos des conjonctions qui paraissent inutiles aux esprits peu instruits, et qui contribuent cependant beaucoup à l'élégance du discours :
Tantum séries juncturaque pollet"^!
Ce sont toutes ces finesses imperceptibles qui font en même temps et la difficulté et la perfection de l'art :
In tenui labor; at tennis non gloria^.
J'ouvre dans ce moment le volume des tragédies de M. de Campistron, et je vois à la première scène de VAlcibiade :
Quelle que soit pour nous la tendresse des rois, Un moment leur suffit pour faire un autre choix.
Je dis que ces vers, sans être absolument mauvais, sont faibles et sons beauté.
Pierre Corneille, ayant la même chose à dire, s'exprime ainsi :
Et malgré ce pouvoir dont l'éclat nous séduit,
Sitôt qu'il nous veut perdre, un coup d'œil nous détruit».
Ce quelle que soit de VAlcihiade fait languir le vers : de plus, un moment leur suffit pour faire un autre choix^