Imprimeur de Rouen. V.page41, note
3. Claude Brossette, né à Lyon en 1671, fut avocat général, puis échevin de cette ville. Homme de goût, passionné pour les belles-lettres, il établit une académie à Lyon en 1700.
Son admiration pour les ouvrages de Boileau lui gagna l'amitié du satirique avec lequel il entretint une correspondance suivie, do 1699 à 1701 ; elle a été publiée en 1770. Il mourut en 1743. 11 a donné, avec notes et éclaircissements, deux éditions de
Je ne sais rien de si honorable pour les ouvrages de M. Despréaux que d'avoir été commentés par vous, et lus par Charles XII. Vous avez raison de dire que le sel de ses satires ne pouvait guère être senti par un héros vandale, qui était beaucoup plus occupé de l'humiliation du czar et du roi de Pologne * que de celle de Chapelain et de Cotin^ Pour moi, quand j'ai dit que les satires de Boileau n'étaient passes meilleures pièces, je n'ai pas prétendu pour cela qu'elles fussent mauvaises. C'est la première manière de ce grand peintre, fort inférieure, à la vérité, à la seconde, mais très supérieure à celle de tous les écrivains de son temps, si vous en exceptez M. Racine. Je regarde ces deux grands hommes comme les seuls qui aient eu un pinceau correct, qui aient toujours employé des couleurs vives, et copié fidèlement la nature^. Ce qui m'a toujours charmé dans leur style, c'est qu'ils ont dit ce qu'ils voulaient dire, et que jamais leurs pensées n'ont rien coûté à l'harmonie ni cà la pureté du langage. Feu M. de La Motte, qui écrivait bien en prose, ne parlait plus français quand il faisait des vers. Les tragédies de tous nos auteurs, depuis M. Racine, sont écrites dans un style froid et barbare ; aussi La Motte et ses consorts* faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour
Boileau en 1716 et une édition de Bégnier en i729. Son commentaire sur Molière est perdu.
1. Une ligae formée de Frédéric IV, roi de Danemark, du roi de Pologne Auguste II et de Pierre le Grand, attaqua Charles XII en 1701 : Auguste et Pierre turent battus, le second à Narva et le premier à la Duna et à Clissow en 1701 et 1702. Charles XH, né en 1682, régna de 1697 à 1718.
Vaincu par les Russes à Pultawa en 1709, il fut tué en Norvège, au siège de Frédéricshall.
2. Chapelain, né en 1595, mort en 1674, a laissé des odes, des mélanges et un poème épique, la Pucelle, publié en 1656, auquel il doit l'immortalité du ridicule. (Boileau, Discours au roi, V. 26. — Sat., m, 178. — - Sat., IX, 123, 203, etc.). — Cotin, né en 1604, mourut en 1682. Conseiller
et aumônier du roi, il composa la Pastorale sacrée, paraphrase du Cantique des Cantiques, un recueil de rondeaux, des Poésies chrétiennes, des Œuvres galantes en pi-ose et en vers. Il avait prêché le carême pendant seize ans à Paris. Ennemi de Molière et de Boileau, il employait son crédit à la cour à les décrier.
Molière l'a introduit dans la comédie des Femmes savantes sous le nom de Tricotin, auquel il substitua ensuite celui de Trissotin. (Boileau, Sat., m, 60. —Sat., IX, 130, 197, 291, etc.).
3. C'est-à-dire, fidèlement exprimé la vérité des passions et des caractères. La Fontaine a dit de Molière, dans le même sens : « qu'il ne quittait pas la nature d'un pas. »
4. Ses consorts, ses partisans, ceux qui avaient le même intérêt que lui dans la question, — soutenaient la
rabaisser Despréaux, auquel ils ne pouvaient s'égaler. Il y a encore, à ce que j'entends dire, quelques-uns de ces beaux esprits subalternes qui passent leur vie dans les cafés^ , lesquels font àla mémoire de M. Despréaux le même bonneui' que les Chapelain faisaient à ses écrits, de son vivant. Ils en disent du mal, parce qu'ils sentent que si M. Despréaux les eût connus, ils les auraient méprisés autant qu'ils méritent de l'être. Je serais très fâché que ces messieurs crussent que je pense comme eux, parce que je fais une grande différence entre ses premières satires et ses autres ouvrages. Je suis surtout de votre avis sur la neuvième satire^ qui est un chef-d'œuvre, et àouiVÉpit)'e aux Muses^, de M. Rousseau, n'est qu'une imitation un peu forcée. Je vous serai très obligé de me faire tenir la nouvelle édition des ouvrages de ce grand bomme, qui méritait un commentateur comme vous. Si vous voulez aussi, monsieur, me l'aire le plaisir de m'en- \ oyev VU istûire de Charles XII ^ de l'édition de Lyon*, je serai fort aise d'en avoir un exemplaire.