La première édition, imprimée
secrètement en 1731, s'était introduite à Paris sans permission. Une seconde édition, à laquelle Brossette n'était pas étranger, avait paru à Lyon dans les mêmes conditions.
5. C'est la tragédie de Zaïre, composée en juin et jouée pour la première fois le 13 août suivant.
6. Lo sujet de cette pièce est une pure fiction, un roman : « Je n'ai pris dans riiistoire que l'époque de la guerre de saint Louis, a dit ailleurs Voltaire ; tout le reste est entièrement
pas l'amour galant et français. Mon amoureux n'est pas pas un jeune abbé^ à la toilette d'une bégueule; c'est le plus passionné, le plus fier, le plus tendre, le plus généreux, le plus justement jaloux % le plus cruel, et le plus malheureux de tous les hommes. J'ai enfin tâché de peindre ce que j'avais depuis si longtemps dans la tête, les mœurs turques opposées aux mœurs chrétiermes, et de joindre, dans un même tableau, ce que notre religion peut avoir de plus imposant et même de plus tendre, avec ce que l'amour a de plus touchant et de plus furieux. Je fais transcrire à présent la pièce; dès que j'en aurai un exemplaire au net, il partira pour Rouen, et ira h MM. deFormont et Cideville.
A peine eus-je achevé le dernier vers de ma pièce turcochrétienne, que je suis revenu à Ériphyle^ comme Perrin-Dandin se délassait à voir des procès. Je crois avoir trouvé le secret de répandre un véritable intérêt sur un sujet qui semblait n'être fait que pour étonner. J'en retranche absolument le grand-prêtre. Je donne plus au tragique et moins à l'épique, et je substitue, autant que je peux, le vrai au merveilleux. Je conserve pourtant toujours mon ombre, qui n'en fera que plus d'effet lorsqu'elle parlera à des gens pour lesquels on s'intéressera davantage. Voilà, en général, quel est mon plan. Je me sais bon gré d'en avoir arrêté l'impression, et de m'être retenu sur le bord du précipice dans lequel j'allais tomber comme un sot.
Adieu, je vous aime bien tendrement, mon cher ami ;
d'invention. » Zaïre, esclave chrétienne, élevée dans le sérail d'Orosmane, conquérant de Jérusalem, passionnément aimée de ce prince, et raimant elle-même, est sur le point d"ètre sultane, lorsque le secret de sa naissance est découvert : Nérestan son frère, et Lusignan, descendant des anciens rois de Jérusalem sont près d'elle, parmi les prisonniers d'Orosmane. Elle hésite entre la religion, sa famille et l'amour : olle donne un rendez-vous à Nérestan ;
Orosmane, qui voit en lui un rival, vient au rendez-vous, et furieux de jalousie, poignarde Zaïre.
1. Un de ces abbés mondains, comme il y en avait en ce temps-là, qui pourvus, par faveur, de quelque riche bénéfice ecclésiaslique dépensaient joyeusement et peu canoniqucmentà Paris les revenus de l'Eglise.
2. Cette jalousie d'Orosmane est, dans le poète français, un souvenir de VOthelloûe Shakespeare.
il faudra que vous reveniez ici, ou je retourne à Rouen ; car je ne peux plus me passer de vous voir.