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LETTRE XXVI. — A M. DE CIDEVILLE

25 d'août.

Mes chers et aimables critiques, je voudrais que vous pussiez être témoins du succès de Zaïre; vous verriez que vos avis ne m'ont pas été inutiles, et qu'il y en a peu dont je n'aie profité. Souffrez, mon cher Cideville, que je me livre avec vous en liberté au plaisir de voir réussir ce que vous avez approuvé. Ma satisfaction s'augmente en vous la communiquant. Jamais pièce ne fut si bien jouée que Za^Ve, à la quatrième représentation*. Je vous souhaitais bien là : vous auriez vu que le public ne hait pas votre ami. Je parus dans une loge, et tout le parterre me battit des mains. Je rougissais, je me cachais, mais je serais un fripon si je ne vous avouais que j'étais sensiblement touché. Il est doux de n'être pas bonni dans son pays * ; je suis sûr que vous m'en aimerez davantage. Mais, messieurs, renvoyez-moi donc Eriphyle, dont je ne peux me passer, et qu'on va jouer à Fontainebleau-. Mon Dieu, ce que c'est que de choisir un sujet intéressant! Eriphyle est bien mieux écrite que Zaïre; mais tous les ornements, tout l'esprit, et toute la force de la poésie, ne valent pas, à ce qu'on dit, un trait de sentiment ^ Renvoyez-moi cependant mon paquet par le coche. J'en ai un besoin extrême ; mais j'ai

1. Les trois premières représentations avaient été troublées, agitées; le jeu des acteurs y fut médiocre.

Satisfaction d'autant plus douce qu'elle suivait de près l'amertume de l'exil et de la Bastille, et la fai?ait oublier. — Zaïre n'eut que neuf représentations dans sa nouveauté ; elle fut reprise le 12 novembre, et jouée vingt fo's de suite, ce qui alors était inouï.

2. Le poète suivit la cour à Fontainebleau, en octobre 1732, sous le patronage du duc de Richelieu.

3. M Je tiens de la bouche de Voltaire, nous dit La Harpe, que les plus beaux esprits de ce temps , que M"" de Tencin rassemblait chez elle, et à leur tête, Fonlenellc et La Motte, l'engagèrent à lui conseiller do ne plus s'obstiner à suivre la carrière dramatique pour laquelle il ne semblait pas fait, et d'ap[)liquer à d'autres genres le grand talent qu'il avait pour la poésie... Je demandai à Voltaire ce qu'il avait répondu àcebeau conseil. Rien^ me dit-il^ mais je donnai Zaïre.

encore plus besoin de vos avis. Adieu, mes chers Gideville et Formont.

Quod si me tragicis vatibus insères, Sublimi feriam sidéra vertice.

HoR., Od., I, I, 36.

Je vous demande en grâce de passer chez Jore, et de vouloir bien le presser un peu de m'envoyer les exem-

plaires de l'édition de Hollande brasse bien tendrement.

Adieu ; je vous em-

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