Sur Milton, Pope et Locke, voy
pages ibet49, notes 1 et2. — Dryden, né en i631,morten 1701, auteur destances héroïques, de satires, de comédies, de préfaces et de dialogues sur la poésie dramatique.
3. Oq appelait régiment de la calotte une association burlesque fondée sur la fin du règne de Louis XIV.
Elle devait être exclusivement composée d'extravagants de toute sorte {calotin était synonyme de fou). Les attributs de l'association étaient une calotte de plomb et des grelots. Quiconque, parmi les personnages en vue, homme politique, financier, mi- J
litaire ou écrivain, avait commis quelque sottise éclatante, recevait un brevet satirique de membre de la calotte.
De là le nom de calottes données à certaines satires qui allaient souvent jusqu'à l'extrême licence. On a des Mémoires pour servir à l'histoire de la colotte, rédigés par Desfontaines, Piron, Gacon, Grécourt, Roy, etc.
4. Le plus savant et le plus hardi des libies-penseurs français du dix-septième- siècle. Originaire du comté de Foix et né protestant, il se convertit au catholicisme qu'il abjura; puis il se réfugia en Hollande où il professa la philosophie et Thistoire.
Ses plus remarquables écrits sont les iVouvelles de la République des lettres qu'il commonça en iGS4 et le Bictionnaire historique qu'il publia de 1695 à 1697. 11 mourut en 1706, à Rotterdam, âgé de b9 ans.
D. Le prévôt des marchands n'était dans Torigine que le chef [prsspositus) des marchands de reau ou de la hanse parisienne. Avec le temps son pouvoir s'accrut, et il devint le maire ou le
Paris^ dans laquelle il y a près de huit cent mille hommes : vous ne vivez pas avec tout ce chaos : vous y choisissez quelque société et vous en changez. On traile les livres de même; on prend quelques amis dans la foule. Il y aura sept ou huit mille controversistes, quinze ou seize mille romans, que vous ne lirez point; une foule de feuilles périodiques que vous jetterez au feu après les avoir lues. L'homme de goût ne lit que le bon, mais l'homme d'Etat permet le bon et le mauvais.
Les pensées des hommes sont devenues un objet important de commerce. Les libraires hollandais gagnent un million par an, parce que les Français ont eu de l'esprit. Un roman médiocre est, je le sais bien, parmi les livres ce qu'est dans le monde un sot qui veut avoir de l'imagination. On s'en moque, mais on le souffre. Ce roman fait vivre et l'auteur qui l'a composé, et le libraire qui le débile, et le fondeur, et l'imprimeur, et le papetier, et le colporteur, et le marchand de mauvais vin, à qui tous ceux-là portent leur argent. L'ouvrage amuse encore deux ou trois heures quelques femmes avec lesquelles il faut de la nouveauté en livres, comme en tout le reste. Ainsi tout méprisable qu'il est, il a produit deux choses importantes, du profit et du plaisir.
Les spectacles méritent encore plus d'attention. Je ne les considère pas comme une occupation qui retire les jeunes gens de la débauche; cette idée serait celle d'un curé ignorant. Il y a assez de temps, avant et après les spectacles, pour faire usage de ce peu de moments qu'on donne à des plaisirs de passage, immédiatement suivis du dégoût. D'ailleurs on ne va pas aux spectacles tous les jaurs, et dans la multitude de nos citoyens il n'y a pas quatre mille hommes qui les fréquentent avec quelque assiduité.
Je regarde la tragédie et la comédie comme des leçons
premier magistrat de Paris et put jouer un rôle prépondérant aux époques de troubles et de révolution. Il était assisté d'un conseil d'écbevins (en latin, scabini.) Les échevins, les
quarteniers ou chefs de quartier, les délégués des bourgeois nés à Paris élisaient le prévôt tous les trois ans, et, dans les derniers temps de la monarchie, pour huit ans.
de vertu, de raison et de bienséance * . Corneille, ancien Romain parmi les Français, a établi une école de grandeur d'âme; et Molière a fondé celle de la vie civile. Les génies français formés par eux appellent du fond de l'Europe les étrangers qui viennent s'instruire chez nous et qui contribuent à l'abondance de Paris. Nos pauvres sont nourris du produit de ces ouvrages, qui nous soumettent jusqu'aux nations qui nous haïssent. Tout bien pesé, il faut être ennemi de sa patrie pour condamner nos spectacles. Un magistrat qui, parce qu'il a acheté cher un office de judicature % ose penser qu'il ne lui convient pas de voir Cinna, montre beaucoup de gravité et bien peu de goût^
Il y aura toujours dans notre nation polie de ces âmes qui tiendront du Goth et du Vandale * ; je ne connais pour vrais Français que ceux qui aiment les arts et les encouragent. Ce goût commence, il est vrai, à languir parmi nous; nous sommes des sybarites. Nous jouissons des
1. Voltaire exprime ici, sous une forme concise et vigoureuse, une pensée déjà exprimée par Racine et par Boileau. « Ce que je puis assurer, dit Racine, dans la préface de Phèdre, c'est que je n'ai point fait de pièce où la vertu soit plus mise en jour que dans celle-ci; les moindres fautes y sont sévèrement punies; la seule pensée du crime y est regardée avec autant d'horreur que le crime même ; les faiblesses de Tamour y passent pour de vraies faiblesses; les passions n'y sont p^ ésentées aux yeux que pour montrer tout le désordre dont elles sont cause, et le vice y est peint partout avec des couleurs qui en font connaître et haïr la difformité. » — A ces réflexions, comparez les vers de Boileau, Art poétique, iv, 95, 110.
2. Les charges de judicature, dans l'origine, étaient confiées par le roi et n'étaient point irrévocables. Au seizième siècle, François I" et ses successeurs, pressés d'argent, les vendirent. On achetait donc un office de conseiller au Parlement, de juge au Châtelet ou dans un tribunal quelconque, pourvu qu'on obtînt, au préalable, l'agrément du roi et celui du corps ou de la compagnie où l'on voulait entrer. Suivant les temps, le prix
de ces offices variait. Au dix-huitième siècle, une charge de consailler au Parlement valait environ 50,000 livres; un office de juge au Châtelet se payait 30,000 livres. Ces emplois ainsi achetés étaient inamovibles ; ils pouvaient même se transmettre à un héritier, moyennant un droit payé au moment de la cession de l'office, et qu'on appelait le droit de la. paillette, du nom dePaulet, secrétaire du Parlement, sur la proposition de qui cette mesure avait été adoptée en 1604. Ajoutons que le roi restait maître de révoquer un magistrat, sauf à lui rembourser le prix de son office. L'exercice de la magistrature, qui alors n'était pas gratuit, rapportait aux juges des émoluments, d'ailleurs peu considérables, qu'on appelait e'pices.
3. Les magistrats n'allaient point au théâtre, ce plaisir et ce lieu leur paraissant indignes du sérieux de leurs fonctions.
4. Ce sont ces Français-là que Voltaire, ailleurs, appelle des Welches.
— Les Goths, dans les grandes invasions du cinquième siècle s'établirent dans le sud-ouest, et les Vandales ne firent que traverser la Gaule en 400 pour aller envahir l'Espagne.
veilles des grands hommes qui ont travaillé pour nos plaisirs et pour ceux du siècle à venir, comme nous recevons les productions de la nature; on dirait qu'elles nous sont dues. Il n'y a que cent ans que nous mangions du gland* ; les Triplolèmes- qui nous ont donné le froment le plus pur nous sont indifférents; rien ne réveille cet esprit de nonchalance pour les grandes choses, qui se mêle toujours avec^ notre vivacité pour les petites.
Nous mettons tous les ans plus d'industrie et plus d'invention dans nos tabatières et dans nos autres colifichets, que les Anglais n'en ont mis à se rendre les maîtres des mers, à faire monter l'eau par le moyen du feu, et à calculer l'aberration de la lumière. Les anciens Romains élevaient des prodiges d'architecture pour faire combattre des bêtes ; et nous n'avons pas su depuis un siècle bâtir seulement une salle passable, pour y faire représenter les chefs-d'œuvre de l'esprit humain. Le centième de l'argent des caries* suffirait pour avoir des salles de spectacles plus belles que le théâtre de Pompée; mais quel homme dans Paris est animé de l'amour du bien public? On joue, on soupe, on médit, on fait de mauvaises chansons, et on s'endort dans la stupidité, pour recommencer le lendemain son cercle de légèreté et d'indifférence. Vous, monsieur, qui avez au moins une petite place dans laquelle vous êtes à portée de donner de bons conseils, tâchez de réveiller cette léthargie barbare, et faites, si vous pouvez, du bien aux lettres, qui en ont tant fait à la France.
1. Jugement trop sévère. Au temps de Voltaire, on avait le tort d'oublier ou d'ignorer les mérites de notre anciennc'littérature et de la condamner sans la bien connaître. Tout disparaissait devant léclat et la perfection des chefs-d'œuvre de la seconde moitié du dix-septième siècle.
2. Triptolème, roi d'Eleusis, apprit de Ccrès l'art de cultiver la terre et renseigna aux Athéniens.