LETTRE XXXVI. — A M. DE CIDEVILLE
Paris, ce 16 avril 1735.
Vraiment^ mon cher ami, je ne vous ai point encore remercié de cet aimable recueil que vous m'avez donnée Je viens de le relire avec un nouveau plaisir. Que j'aime la naïveté de vos peintures! que votre imagination est riante et féconde! et, ce qui répand sur tout cela un charme inexprimable, c'est que tout est conduit par le cœur. C'est une espèce de profanation à moi de ne vous écrire que de la prose, après les beaux exemples que vous me donnez ; mais, mon cher ami,
Carmina secessum scribentis et otia quserunt.
OviD., Trist.j el. i, v. 41,
Je n'ai point de recueillement dans l'esprit; je vis de dissipation depuis que je suis à Paris ;
Tendunt extorquere poemata
HoR., Eih, II, II, 57.
mes idées poétiques s'enfuient de moi. Les affaires et les devoirs m'ont appesanti l'imagination; il faudra que je fasse un tour à Rouen pour me ranimer. Les vers ne sont plus guère à la mode à Paris. Tout le
de couvent de la marquise du Cliàtelet. Elle habitait presque toujours le château de Cirey où son rôle habituel était de se tenir tranquille dans son appartement et de faire toutes les volontés de la marquise. Voltaire qui appréciait son bon sens, sa patience et son amitié, l'appelait familièrement gt'os chat. Elle était alors en visite à la Neuville. — La terre du a Champ bonia » était aux portes de Wassy,
LETTH. en. DE VOLTAIRE.
sur la route de Cirey, par Doulevant.
1. Le 2 mars de cette année, le lieutenant de police, Hérault, avait autorisé Voltaire à revenir à Paris : l'affaire des Lettres philosophiques était terminée et le péril de l'emprisonnement écarté. Le 30 mars, Voltaire, parti de Cirey, arrivait à Paris ; il y resta jusque vers le 6 mai suivant.