‹ Lettres choisiesChapitre 77 sur 456 · L'abbé d'Olivet, dont le nom était · texte numérisé non relu

L'abbé d'Olivet, dont le nom était

savez, et que j'aime comme si vous n'étiez pas mon maître, sachez que, si j'étais resté à Paris % je vous aurais vu très souvent, et que, puisque je me suis confiné à la campagne, il faut que je sois avec vous en commerce de lettres : car, de près ou de loin, je veux que vous m'aimiez et que vous m'instruisiez. Dites-moi donc, mon très cher abbé, quelle fortune a faite V Histoire du vicomte de Turenne'^. Daignez médire si Y Histoire ancienne de Rollin ne commence pas à lasser un peu le public'. Les tréteaux de Melpomène et de Thalie * retentissent- ils de fadaises amusantes ou sifflées ? Mettez un peu au fait, je vous en prie, un pauvre solitaire qui

Ârmis

Herculis ad postera fixis, latet abditus agro *.

Mais, si vous voulez me faire un véritable plaisir, mandez-moi à quoi vous occupez votre loisir. Allez-vous

lûter silvas Academi quaerere verum 6?

Vous occupez-vous de philosophie ancienne et moderne.

Thoulier d'Olivet, avait été le préfet ou le surveillant de Voltaire au collège Louis-le-Grand. Excellent humaniste, en latin comme en français, traducteur assez fidèle et assez élégant, pour ce temps-là, il quitta la compagnie de Jésus, vers 1714, lorsqu'on voulut le charger d'écrire l'histoire littéraire de cette société. Il se sécularisa sous le nom d'abbé d'Olivet, se livra avec zèle à ses travaux personnels, traduisit Cicéron et Démosthènes, donna des Traités de prosodie, des Essais de grammaire, entra en 1723 à l'Académie, dont il continua l'histoire commencée par Pelisson, et après avoir joui d'une grande autorité de savoir et de goût, comme arbitre des contestations grammaticales, il mourut à 86 ans, en 1768. — Pierron, les Maîtres de Voltaire, pages 138-155,

1. 11 avait quitté Paris, après quelques semaines de séjour, et était allé à Lunéville, puis de là à Cirey, en passant par Wassy.

2. Le chevalier de Ramsay venait de publier, cette même année, une Histoire de Turenne, en 2 vol. in-4«'. Ce

chevalier, écossais et protestant do naissance, était venu en France où Fénelon l'avait converti ea 1709. H fut gouverneur du prince de Turenne et devint plus tard son intendant. Trois ans après, en 1737, l'abbé Raguenet écrivit aussi une Vie de Turenne. Né en 1686, il mourut en 1743.

3. Rollin avait publié en 1730 les deux premiers volumes de son Histoire ancienne, qui eurent un grand succès, non seulement en France, mais en Europe. Les onze autres suivirent, jusqu'en 1738. Il donna ensuite, jusqu'à l'époque de sa mort en 1741, les cinq premiers volumes de son Histoire romaine. Né en 1661, Rullin avait été professeur au collège du Plessis, au collège de France, recteur de l'Université, principal du collège de Beauvais, de 1687àl712. Il publia en 1715 une édition classique de Quintilien, et en 1726, le Traité des Etudes.

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