‹ Lettres choisis du révérend père Pierre-Jean de Smet de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 18 sur 27 · QUE · texte numérisé non relu

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l'Ours-fou (1). Il faisait partie de la bande des chefs qui m'accompagnèrent en 1851 au grand Conseil indien, tenu à l'embouchure de la Rivière-aux- Chevaux, dans la vallée de la Fourche-du-Nord de la Platte. Il commence ainsi sa lettre :

- « À l'Homme de médecine des Blancs (c'est le titre qu'ils donnent au prêtre).

« Robe noire, notre Père et Ami,

« J'ai eu le bonheur de faire votre connaissance au Fort-Union, dans l'été de 1851; mais jignorais alors, en grande partie, les motifs de votre visite au milieu de nous; et, par conséquent, je n'ai pu vous ouvrir mon cœur et vous expliquer toute ma pensée. Au Fort-Union vous nous avez adressé la parole ; vous nous avez parlé du Grand Esprit et de sa belle loi; vous nous avez exprimé le désir de venir travailler parmi nous afin d'améliorer la triste condition dans laquelle

relles qui caractérisent cette contrée. Les geysers (surtout le grand geyser du FIREHOLE Basix), les sources thermales, les rivines, les chutes d’eau, les lacs, et une foule d’autres merveilles donnent à ce pays un attrait incomparable. La Roche- Jaune a été explorée en 1870-1871 ; et a donné jieu à la publication d'un livre, édité à Londres par James Richardson, et dont le Times, l'Edinburgh Courant et le Public Opinion ont fait le plus grand éloge. (Vote de la présente édilion )

(1) Ce nom lui fut donné à la suite d'une chasse dans laquelle il avait tué un ours d’une grandeur énorme et qui, avant d’être frappé à mort, faisait des rontorsions si extraordinaires qu'on

l'eüt dit atteint de folie. (Vote de la présente édition.)

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se trouvent nos pauvres et malheureuses tribus. Si je ne me trompe , vous nous donniez alors l'espoir que peut-être, après deux ou trois hivers, quelques Robes noires viendraient s'établir ici pour nous montrer à bien vivre et à bien élever nos enfants. Plus tard nous avons fait ensemble le voyage du Fort-Union jusqu'à la Platte. Pendant :e trajet, et depuis mon retour au fort, J'ai beaucoup appris et j'ai entendu parler de la belle loi du Grand Esprit, que vous êtes venu nous annoncer. Aujourd'hui je suis bien convaincu que l'adoption de cette loi changerait notre sort infortuné et nous rendrait heureux. Au grand Conseil, notre Père (le colonel Mitchel, surintendant des pays indiens) m'a dit que quelques Robes noires, si tels étaient mes désirs, viendraient dans le courant de cinq années. Robe noire, cinq années sont longues à attendre! Dans cet espace de temps , moi et plusieurs de mes enfants nous pourrions être entrés dans la région des âmes. Prenez-nous done en pitié. Les Robes noires ne devraient point tarder si longtemps à venir. Je vieillis ; avant de mourir, je voudrais voir commencer la bonne œuvre , et alors je m'en irai content. Mon pays, tranquille aujourd’hui, est en paix avec toutes les nations qui nous environnent. Nos anciens ennemis, les Pieds-Noirs, sont les seuls qui nous inspirent quelque crainte ; mais nous saurons vous protéger. Tout mon peuple vous appelle à haute voix et vous invite à venir

sans délai. Je conserve l'espoir que nous ne serons point trompés dans notre attente. Nous savons que les Robes noires se dévouent au bonheur et au bien-être des sauvages. Si, pour hâter la réalisation de ce projet, des moyens pécuniaires étaient nécessaires, J'emploierais volontiers une partie des annuités de ma nation pour y subvenir.

« Je m'aperçois que les buffles diminuent chaque année. Qu'allons-nous devenir sans votre secours ? Si nos enfants ne sont instruits à temps, ils disparaîtront avec le gibier. J’ai appris la nouvelle que les Longs Couteaux (Américains) ont acheté les terres des Chippeways, des Sioux et des Winnebagos jusqu'à la Rivière-Rouge, et des Pawnees, des Omahas et des Ottoes sur le Missouri. Les blancs s’approchent donc du nord et de l'est; c’est un motif de plus pour hâter votre arrivée. J'espère que ces paroles vous parviendront, que vous les écouterez, que vous penserez à notre situation. Faites ceci, Robe noire, à la demande de votre ami

€ L'Ours-rou, grand chef des Assiniboins. »

Que dites-vous de cette épître? n'est-elle pas originale et marquée au coin d’une noble simplicité ?

En ce moment, des milliers de blancs envahissent le pays indien, depuis l'embouchure de la rivière Kansas jusqu'à l’£au qui coule. Deux grands et nouveaux territoires viennent d'être érigés par le gouvernement des États-Unis, sous les

noms de Terriloires de Kansas et de Nébraska (1). On ne connaît pas encore quels sont les arrangements pris pour protéger les différentes nations indiennes qui les habitent. On craint avec raison qu'elles ne soient de nouveaux délogées et relég uées plus avant dant les terres.

L'agitation et les préjugés contre notre sainte religion sont si grands dans l'Amérique, en ce moment, qu'à peine les feuilles catholiques de l'Europe peuvent nous arriver (2).

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(1) Le Kaxsas fut organisé en Territoire, le 30 mai 1854 ; et admis dans l'Union, comme État, le 29 janvier 1861. — Sa capitale est Topeka ; sa population (en 1870) était de 361,961 âmes ; sa superficie est de 80,000 milles carrés.

Le NÉBRASKA, organisé en Territoire le 30 mai 1854 ; admis comme État le 27 juillet 1866. — Sa capitale est Omaha City; sa population (en 1870) était de 116,888 âmes ; sa superficie est de 63,300 milles carrés. (Note de la présente édition.)

(2) Le Père De Smet fait allusion aux déplorables événements causés à cette époque par les menées des sociétés secrètes, et voici à quelle occasion. |

À la suite du concile plénier de Baltimore qui fut tenu en cette ville en 1852, le Souverain Pontife voulant témoigner desa sollicitude paternelle envers les catholiques de l'Amérique du Nord , résolut de leur envoyer, par l'intermédiaire d’un légat, sa bénédiction apostolique. Le prélat choisi à cet effet fut Mgr Cajetan Bedini, archevèque de Thèbes et nonce au Brésil, Outre qu’il devait être auprès des fidèles des Etats-Unis l'interprète des sentiments affectueux du Saint-Père pour eux, Mgr Bedini était chargé de constater en même temps l'état du catholicisme dans la vaste république américaine. Sa mission tait essentiellement temporaire. Mais on avait compté sans

Nous sommes à la veille des plus graves difficultés. L'esprit anticatholique s'accroît de jour en jour ; tous les ennemis de notre sainte religion se liguent contre elle. Comme dans toutes les persécutions, ils cherchent à soulever les masses par

les Sociétés secrètes dont les membres venus d'Europe en 1848 sont, comme on sait, les ennemis jurés de l'Eglise. — L'arrivée du nonce à New-York, au printemps de 1852, donna de l'ombrage à quelques protestants que les réfugiés ou démagogues italiens avaient excités contre Rome. Ajoutons-y les articles incendiaires de la Æ'poca d'Italia, organe des Carbonari, et les prédications furibondes de l’ex-barnabite Gavazzi, venu tout exprès de Londres pour tonner contre le Pape. Des Allemands de la pire espèce donnèrent aussi la main à tous ces aboyeurs contre l'Eglise et ils provoquèrent ensemble les plus grands désordres. Une nouvelle secte surgit en ce moment formée des anciens adeptes des Matives, et prit le nom de Ænow-Nothings. Ces fous furieux, adversaires déclarés de toute religion, se signalèrent pendant les années 1854, 1855, 1856, par des provocations, des outrages et des méfaits contre les catholiques au point que la force armée dut intervenir plusieurs fois pour protéger les propriétés et les personnes. Malgré cela, cinq ou six églises furent incendiées, des prêtres furent maltraités et poursuivis à mort ; en un mot on se crut un moment transporté aux plus mauvais jours de la Terreur en France. Les Américains, il faut le dire à leur honneur, se tinrent généralement en dehors de tous ces excès et ne participèrent que très faiblement aux troubles dont l'Amérique fut alors le théâtre. Cette rage diabolique des Knon-Nothings contre l'Eglise, semblable à un Cyclone destructeur mais passager, dura peu de temps ; le calme revint peu à peu complétement dans les Etats de l'Union où les catholiques avaient été momentanément persécutés. (Note de la présente édition.)

des mensonges et des calomnies atroces. Dans ces derniers jours , trois églises catholiques ont été détruites et chaque gazette nous parle de quelque nouveau soulèvement dans l'une ou l’autre partie des États. Les démagogues européens travaillent de toutes leurs forces pour établir sur le sol libre de l'Amérique leurs maximes d'intolérance et de persécution. De tous les tyrans, ces hommes sans foi ni loi sont les plus terribles et les plus à craindre.

Cincinnati, collége Saint-François Xavier, 28 juillet 1854.

Dans ma dernière lettre, datée du 16 de ce mois, en vous envoyant la traduction de l’adresse du Grand Chef des Assiniboins, appelé l’'Ours- jou, Je vous ai promis une notice sur les opinions superstitieuses de cette nation. Je viens aujourd’hui remplir ma promesse.

Dans le tableau des tribus indiennes qui habitent le haut Missouri, le lecteur peut trouver des notions sur le nombre des loges de la nation des Assiniboins, leurs handes, les contrées où ils vivent et la langue qu’ils parlent. Ici je me contenterai de faire : nnaître leur religion.

Le paganisme inu:en des Assiniboins existe plus

ou moins le même, quant au fond, dans la plupart des tribus sauvages qui peuplent les plaines et les forêts du haut Missouri.

Enveloppés dans les ténébres de l'idolâtrie, ces peuples n'ont aucune idée claire de leur origine et de leur destinée. Sur ces graves questions : D'où suis-je venu ? et quel sera mon sort après cette vie? les conjectures sont très-variées parmi les tribus qui n'ont jamais reçu la moindre notion des grandes vérités de l'Évangile. Tous les Indiens admettent l'existence d'un Grand Esprit, ou d'un Être suprême qui gouverne tout, décide de toutes les affaires importantes qui arrivent en ce monde, et manifeste son action même dans les événements les plus ordinaires. Mais ils n’ont pas la moindre idée des attributs du Créateur. Ils croient qu'ils peuvent obtenir ses faveurs pour l'accomplissement de leurs projets, quelle que soit leur nature, bonne ou mauvaise, par des présents, des macérations corporelles, des pénitences, des jeûnes, etc. En voici une preuve : chaque printemps, au premier coup de tonnerre, qu’ils appellent {a voix du Grand Esprit, qui leur parle des nuages , les Assiniboins offrent des sacrifices ; les uns brûülent du tabac, présentent au Grand Esprit des morceaux exquis de chair de buffle, qu'ils jettent sur des tisons ardents ; d’autres se font des incisions dans les parties les plus charnues du corps et vont jusqu'à se couper les doigts pour les offrir en sacrifice. Le tonnerre est, après le soleil, leur plus grand Wah-

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kon (incompréhensible). Ils l’écoutent ; et ils interprétent sa pensée lorsque, après un orage, ils apercoivent quelquefois les effets de la foudre sur les arbres, sur l'homme, sur les chevaux. Le tonnerre est pour eux un objet de crainte sur lequel ils n'ont aucun pouvoir ; par conséquent, ils lui font des sacrifices afin d'être épargnés.

Il est rare que dans le courant d’une année une famille ne soit visitée par quelque malheur ou accident, comme les maladies, la perte d'amis qui meurent de mort naturelle ou victimes de leurs ennemis, le vol de chevaux, quiconstituent leur plus grand trésor, la rareté du gibier, qui les soumet à des jeûnes rigoureux, et cause même souvent la famine. À la moindre infortune, le père de famille présente le calumet au Grand Esprit, et le supplie, dans sa prière, d'avoir pitié de lui, de ses femmes et de ses enfants. Il promet de sacrifier une partie de ses biens dès que le Grand Esprit fera entendre sa voix, c'est-à-dire au premier coup de tonnerre du printemps , dans l'espoir de trouver protection contre tous les périls le reste de l'année.

Lorsqu'une grande assemblée peut avoir lieu, les différents camps ou tribus de la nation se réunissent au commencement du printemps, autour d'une source, pour offrir de commun accord leurs dons et leurs sacrifices. C’est la cérémonie religieuse par excellence ; les Assiniboins y attachent le plus haut prix. Ils en parlent beaucoup, longtemps d'avance, et ils la voient arriver avec une vive

joie mêlée à des sentiments religieux de respect et de vénération. Pour assister à cette grande solennité, souvent trois à quatre cents loges, soit autant de familles, se réunissent dans une plaine ou un autre endroit convenable aux différentes cérémonies. Un seul individu est nommé grand prêtre. I] dirige tous les détails religieux de la fête. Une espèce de salle est construite avec une trentaine de loges de peaux de buffles. Chaque loge se compose de vingt à vingt-quatre peaux, tendues sur un grand nombre de poteaux plantés en terre, à la hauteur de sept ou huit pieds au-dessus du sol. Au sommet de ces poteaux sont attachées des perches placées en travers, au nombre de plusieurs centaines ; chaque individu y attache l'objet qu'il: désire offrir en sacrifice. Ces objets consistent en fourrures de différents animaux, superbement travaillées, garnies de graines ou perles en porcelaine et en verre, ornées de plumes colorées ; viennent ensuite des colliers de différentes grandeurs ; des habits et ornements de toutes espèces, le tout étalé de manière à présenter aux yeux des sauvages une sorte d'exposition riche et varlée. Vis-à-vis de cette salle, à laquelle ils donnent le nom de Grande loge de médecine, ils dressent une haute perche, à laquelle tous les chefs et soldats attachent leurs sacs de médecine contenant les idoles ; leurs flèches, leurs carquois et les trophées remportés sur les ennemis, surtout les chevelures. Le mât ou la perche est un arbre, dont

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