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serrés dans d'étroites limites, n'ayant pour subsister que le produit de leur ferme, dont la plupart ne connaissent qu'imparfaitement le travail. Encore cet état n'est-il que précaire. À moins qu'ils ne se hâtent de diviser leurs terres et de se faire citoyens américains, ils sont en danger de tout perdre et de n'être pas plus considérés que des vagabonds. Que l'avenir est chargé d'orages et gros de tempêtes pour ces tribus infortunées ! Les forcer ainsi à passer subitement, sans transition ni préparation, de la vie nomade à celle d'une soi-disant colonisation, parquer ou resserrer dans des espaces trop restreints pour eux ces terribles enfants de la nature, c'est un grand mal ; mais un mal qu'il faut braver, puisqu'on ne peut y porter remède. Ceux d'entre eux qui semblent même les plus avancés dans la civilisation sont peu préparés à faire face à toutes les exigences de leur situation si nouvelle.
« Pour vous former une idée juste de leur position critique et des tristes conséquences qui vont enrésulter, à moins d’une protection spéciale de la divine Providence, imaginez-vous que deux sociétés, l’une représentant les mœurs et les coutumes des temps barbares, l'autre, toute la splendeur de la civilisation moderne, viennent en contact. Combien d'années s'écouleront avant qu'il y ait une fusion parfaite entre les deux sociétés, avant qu'elles soient à l'unisson, qu'elles vivent en parfaite harmonie ? Il faudra bien du temps pour que
la société barbare s'élève à la hauteur de la société civilisée. Ni la première, ni la seconde, ni la troisième génération, malgrétous leurs efforts, n'arriveront à cet heureux résultat. Avant donc quil y ait fusion parfaite entre les deux sociétés, la société civiliséeauratout l'avantage sur la société barbare; elle l'aura entièrement à sa merci, et tâchera de la faire servir à toutes ses volontés. La société barbare ne jouira plus d'aucune considération ; elle perdra ses priviléges et ses droits, et sera réduite à n'être plus que le jouet des caprices de la société dite civilisée. En un mot, la barbarie ne peut pas mieux se soutenir en présence de la civilisation, que la simplicité de l'enfance ne sait lutter contre la prudence de l’âge mûr. Voilà, selon moi, ce qui
vase réaliser au Grand-Désert, quand la race
rouge viendra en contact avec la race blanche. Le jugement du sauvage n'est pas assez développé pour se mesurer avec la finesse et l’habileté de l'homme né au sein de la civilisation. C'est ce qui nous remplit d'inquiétude pour l'avenir de nos chers néophytes dans les différentes missions. Nous n'avons de confiancé qu’en la bonté divine, qui, nous l'espérons, ne manquera pas de venir au secours de ses enfants.
« I] n'était pas difficile d’entrevoir ce grand événement, qui doit engloutir, dans un commun naufrage, toutes les tribus indiennes. L'orage qui vient d'éclater sur leurs têtes se préparait depuis longtemps; il ne pouvait échapper à l'œil de l’obse:--
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vateur. On voyait la République américaine marcher avec la rapidité de l'aigle vers la plénitude de sa puissance. Chaque année elle s’annexait de nouveaux pays. Elle ne visait à rien moins qu'à étendre sa domination de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique, afin d'embrasser le commerce du monde entier et de disputer aux autres nations la gloire de la prééminence. Son but est atteint. Tout a plié sous son sceptre ; toutes les nationalités sauvages sont à ses pieds.
« Mais si l'avenir paraît sombre et menaçant, du moins le passé n’est pas sans consolations. Dans l'espace des dix dernières années, nos Pères de Sainte-Marie ont baptisé au delà de 400 adultes et un grand nombre d'enfants. La parole évangélique n'est pas tombée sur une terre aride. La plupart de ces néophytes ont toujours donné des preuves d'une foi vive et d’une tendre piété. Le cœur du missionnaire éprouve une douce joie en voyant leur assiduité à l’église, leur ardeu: à s’approcher des sacrements, leur résignation dans les maladies, leur charité mutuelle, exercée surtout à l'égard des pauvres, des orphelins et des malades ; et par-dessus tout, leur zèle pour la conversion des infidèles. On les appelle sauvages ; mais on peut dire hardiment que dans toutes les grandes villes des deux hémisphères, des milliers de blancs méritent bien mieux ce nom.
« TTn grand nombre de nos Indiens ont fait des progrès considérables en agriculture, et vivent
dans une certaine aisance. Les blancs qui tra-
” versent ou visitent le petit territoire des Potowa-
tomies, surtout les environs dela mission de Sainte- Marie , en sont surpris. On peut croire à peine se trouver parmi les habitants du Grand-Désert.
« Du reste les Potowatomies ont été spécialement favorisés du Ciel. Depuis un quart de siècle, ils ont eu le bonheur d'avoir au milieu d'eux des Robes-Nüires, et, depuis seize ou dix-sept ans, ils ont des Dames du Sacré-Cœur pour l'éducation de leurs filles. La mission, sur le pied où elle se trouve aujourd'hui, avec ses deux écoles de filles et de garçons , est pour ces braves Indiens d'un double avantage. Les enfants y viennent puiser, avec l'instruction religieuse , l'amour du travail ; les adultes y trouvent de l'emploi et, par là même, des moyens de subsistance. Ils voient, par les travaux de nos frères lais, ce qu’un homme peut acquérir par son industrie.
« On peut dire que Dieu a traité les Potowatomies avec une véritable prédilection. Il a voulu que plusieurs nations contribuassent à leur salut. Telles sont la Belgique, la Hollande, la France, l'Irlande, l'Italie, l'Allemagne , le Canada, les États-Unis. Chacune de ces contrées leur a offert des secours matériels et des missionnaires. Pendant quatre ans, Mgr Miége a résidé parmi eux. Aussi leur humble temple , construit en simples solives, a été élevé au rang de cathédrale.
« Dans les conjonctures plus critiques où ils se | 29
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trouvent aujourd'hui, à la veille de faire un traité de vie ou de mort avec le gouvernement des États- ‘ Unis, ils ont, dans le colonel Murphy, l'agent du gouvernement, un avocat, un protecteur et le meilleur des pères. C'est ce qui me fait espérer , que le bon Dieu a des desseins particuliers de miséricorde sur eux et qu'il ne veut pas les abandonner. Au moment du danger, vous ne les oublierez pas, j'en suis sûr, dans vos bonnes prières.
« Veuillez me rappeler aux bons souvenirs de M. et de M'"° Bayer, et me croire avec le plus profond respect et une parfaite estime , etc... »
Voilà les principaux extraits de ma lettre à M'"° Parmentier. Je serais heureux d'apprendre qu'ils vous ont intéressé.
Agréez, etc.
P. J. DE SMET, S. J.