‹ Lettres choisis du révérend père Pierre-Jean de Smet de la Compagnie de Jésus [microforme]Chapitre 23 sur 27 · EE · texte numérisé non relu

EE

D Sergio prunes

ne

Ternes

cs

sait de loger, il s'aperçut que ses mains étaient gelées, en sorte que, pour n’en pas perdre l'usage, il lui fallut les baigner dans une eau glacée. Il négligeait son sommeil ; il oubliait ses repas ; il était prêt à s'imposer tous les sacrifices, dans l'intérêt de ses chers sauvages. Au milieu de tant de travaux et de fatigues, il jouissait d’une humeur toujours égale, avait le front serein, était patient et non moins également aimable. Ni les difficultés pécuniaires, ni les embsrras de toute espèce, qui lui survenaieni à chaque instant, ne pouvaient troubler la paix de son âme. La pratique de l'humilité lui était, pour ainsi dire, naturelle : jamais rien de prétentieux, rien d’affecté ne se remarqua dans son air; Jamais une parole qui, même de loin, sent la vanité. Il ignorait complétement ces allusions rafiinées par où l’amour-propre cherche quelquefois à donner de l'importance à la personnalité. Quoique supérieur et hautement estimé de toux ceux qui savent apprécier les bonnes manières, son grand plaisir était de s'appliquer, comme le dernier des domestiques, aux ouvrages les plus vils. Il était tellement mort à tout ce qui s’appelle orgueil de la vie, quil n'opposa jamais qu’un visage imperturbable aux reproches amers, aux insolents outrages qu’il recevait quelquefois des gens de peu d'éducation. Bien souvent, à la première occasion, il se vengeait des inconvenances qu'on se serait permises envers lui, en rendant un service à la personne qui l'avait offensé. Quand on lui reprochait

d'être trop bon à l'égard de certaines gens qu’on savait être ennemis avoués des catholiques : « Eh bien, — répondait-il, -— nous les « forcerons à nous aimer. » Le P. Duerinck était charitable, mais d'une charité prudente et éclairée. En somme, nul prêtre n'a fait plus de bien aux Indiens de ces contrées. Il assistait généreusement les infirmes ; il comprenait mieux que tout autre par quelle voie on procure aux sauvages le bienfait de la civilisation ; il les aidait de toutes les manières, et récompensait leur industrie. Cela lui réussit si bien, que les Potowatomies de Sainte-Marie l'emportent de beaucoup sur ceux des autres villages par les qualités qui font les bons citoyens. Ceux qui ont eu avec le Père des liaisons plus intimes savent jusqu'où s'étendaient ses libéralités , et les prières de ceux qu'il a obligés, inspirées par la plus sincère reconnaissance, ne manqueront pas d'appeler sur les bons Potowatomies les Héneae tions du Dieu de miséricorde.

« La mort du bon P. Duerinck, écrivait un de ses inférieurs, est une perte incomparable. En lui, Sainte-Marie a perdu l'homme qui en était l'âme et la vie; les Indiens, un insigne bienfaiteur; les veuves, un bon conseiller ; la mission, un excellent supérieur ; et nous, le meilleur ‘ des pères. Ce coup, aussi fatal qu'imprévu, a jeté tout le monde dans le deuil le plus amer. Rien ne pourrait nous consoler d'un accident si subit, si nous ne savions que neuf années de peines et

d'abnégation , de combats continuels contre ses propres inclinations entrepris et soutenus pour la plus grande gloire de Dieu, sont la meilleure de toutes les préparations à une sainte mort. »

A cet éloge fraternel, j'ajouterai l'hommage, que l'agent du gouvernement, le colonel Murphy, a rendu au R. P. Duerinck. Lorsqu'il eut appris sa mort, il écrivit, en ces termes, au major Haverty, surintendant des affaires indiennes à Saint-Louis :

« L’école-modèle de la mission de Sainte-Marie continue, sans intermission, sous ses anciens et diligents directeurs , ses opérations salutaires , suivant son système habituel et régulier. Dans ce moment (14 décembre), la mission et tou‘ le voisinage sont plongés dans un deuil bien profond, causé par la mort subite et inattendue de son supérieur, le R. P. Duerinck. Je regarde cette perte comme une des plus grandes calamités qui pussent arriver à la nation des Potowatomies, dont il était l'ami dévoué et le père. C'est un de ces décrets dela Providence , dont la sagesse est infinie, auxquels nousdevonsnous soumettre en toute humilité. Espérons pour l'école de la mission de Sainte-Marie que le vide occasionné par le décès du P. Duerinck y pourra être rempli. Pour moi, j'en doute beaucoup. Dans l'entre-temps les enfants continueront à recevoir l'instruction. Ce sont les pères de famille surtout et les jeunes gens qui souffrent le plus en perdant les bons avis et l'exemple de cet homme aussi vertueux que distingué. »

Voilà une lettre consolante pour les missionnaires de fait, et encourageante pour ceux que Dieu appelle à le devenir.

Puisse la généreuse Belgique nous envoyer de nouveaux apôtres, tant pour répondre à des besoins toujours croissants que pour remplacer ceux de nos missionnaires qu'une mort prématurée moissonne, hélas ! trop fréquemment ! | |

Je recommande à vos saints sacrifices et à vos prières, ainsi qu'aux pieux souvenirs de tous nos chers frères de Belgique , le repos de l'âme du R. P. Duerinck.

Agréez, etc.

P. J. DE SMEr, S. J.

Université de Saint-Louis (Missouri), 26 février 1858.

Je vous envoie quelques extraits d'une lettre que j'ai adressée à M"* Parmentier, dame belge, demeurant à Brooklyn, près de New-York. C'est une grande bienfaitrice des missions. Cette lettre contient des détails sur ma récente visite à la mis- . sion de Sainte-Marie parmi les Potowatomies, sur l'état actuel et très-critique de ces Indiens et de toutes les nations et tribus qui habitent le Kansas et le Nébraska. |

Ce que j'ai écrit en décembre 1851 s’est vérifié à la lettre. Un très-grand nombre de villes et de villages ont surgi, comme par enchantement, dans

ces deux nouveaux territoires (1). Les villes principales du Kansas sont : Wyandotte, Holton, Douglas, Marysville, lola, Atchison, Fort Scott, Pawnee , Lecompton, Neosho, Kansas-City, Crawford, Lawrence, Doniphan, Paolo, Emporia, Topeka, Girard, Burlington, Leavenworth et bien d'autres. Kansas-City (2) et Leavenworth sont les plus considérables. Cette dernière, qui est aujourd'hui une ville épiscopale , contient déjà au delà de 8,000 habitants. On projette de bâtir une grande université dans la ville de Douglas. Un collége médical est établi à Lecompton. L'université du Kansas est incorporée (c’est-à-dire reconnue par l'État) et établie à Leavenworth. Un fonds est constitué à perpétuité pour l'érection d'écoles sur la plus vaste échelle. Il provient des revenus de terrains donnés par les États-Unis, et qui sont extraordinairement vastes ; toutes les amendes, les indemnités fiscales, les produits des confiscations , prévus par les lois, seront versés dans le trésor des écoles et des colléges.

D'ici à deux mois, le territoire du Kansas sera admis coxme État indépendant, et fera partie de la grande confédération des États-Unis. Il y a

(1) Nous avons dit, page 169, que le Kansas et le NÉBRASKA sont devenus depuis lors deux États. (Note de la présente édition.)

(2) La population de Kansas-Ciry, en 1860, était de 32,220 habitants. — Celle de LEAVENWORTH, même année, de 17,849. (Note de la présente édition.)

peu de doute aujourd'hui que le Kansas adoptera la loi des États libres, c'est-à-dire, l'exclusion des nègres esclaves.

Le bon père Duerinck nous a laissé un manuscrit sur tout ce qui s’est passé dans la mission de Sainte-Marie. Je vous le communiquerai au fur et à mesure que le temps me le permettra.

Voici ce que j'écrivais, il y a quelques jours, à M"° Parmentier :

« Je viens de terminer un voyage de 800 et quelques milles, aller et retour, au milieu des glaces et des neiges, par les routes les plus misérables et dans des waggons qui ajoutaient encore aux incommodités occasionnées par le mauvais état des chemins. À mon retour à Saint-Louis , votre bonne lettre du 5 de ce mois et votre don charitable m'ont été remis. Veuillez accépter mes très-humbles remerciments, avec mes sentiments de la plus vive reconnaissance. L'’ornement que vous avez eu l’insigne générosité de m'offrir pourrait nous être envoyé par l'Express Company.

J’en disposerai en faveur de la mission des Têtes- Plates, qui est bien pauvre sous le rapport des vêtements d'église. J'espère pouvoir trouver, au commencement du printemps, une bonne occasion pour l'expédier par les bateaux de la Compagnie des Pelleteries. Les plantes marines, que vous avez eu la bonté d'y joindre, sercat certainement très-agréables aux RR. PP. B.... et H...., dans nos colléges de Namur et d'Anvers en Belgique,

et seront admirées, j'en suis sûr, dans les collections de ces deux établissements. Encore une fois, Madame, recevez mes sincères remerciments pour les nouveaux bienfaits que vous venez d'ajouter à la longue liste de tant d’autres, et pour lesquels nous ne cesserons de prier le Seigneur pour votre bonheur et celui de toute votre famille. L'occasion du voyage dont j'ai fait mention au commencement de ma lettre était une lueur d'espérance que je conservais de pouvoir découvrir le corps de notre cher confrère en Jésus-Christ, le R. P. Duerinck. Quelques jours après le malheureux accident , le capitaine d’un bateau à vapeur avait vu un cadavre sur un banc de sable près de l'endroit du naufrage, et l'avait fait enterrer. A cette nouvelle, je partis pour aller visiter cette tombe solitaire, creusée sur les bords du Missouri, dans les environs de la ville de Liberty. Celui que cette tombe renfermait n'était pas le confrère, l'ami chéri que je cherchais. Son accoutrement dénotait simplement un matelot. Je fus trompé dans mon attente et bien triste.

« Nos vœux jJusqu'icin'ont pas été exaucés. Nous espérons toutefois que le bon Dieu nous procurera la consolation de retrouver les restes perdus du R. P. Duerinck, afin que nous puissions les faire reposer dans une terre bénite, à côté de ses confrères qui l'ont déjà devancé dans le repos éternel.

« De la ville de Liberty, je me suis rendu à Sainte-Marie, pour y régler quelques affaires.

J'ai commencé la mission des Potowatomies en 1838. Mon cœur se dilata en revoyant mes chers confrères des plaines, au milieu desquels javais trouvé jadis tant de consolations dans l'exercice du saint ministère ! J'eus le bonheur de voir un grand nombre d'Indiens s'approcher de la sainte Table avec le plus profond recueillement. De l'autel, je leur adressai quelques paroles de consolation et je les encourageai à persévérer dans le service du divin Pasteur. Ils en ont bien besoin, surtout aujourd’hui ; car les blancs sont venus les environner de toutes parts, et les cerneront bientôt de près sur leurs propres petites réservations, ou portions de terrains que le gouvernement a accordées à ces pauvres sauvages.

« Je sais, Madame, que vous vous intéressez beaucoup au bien-être des Indiens. Permettez-moi doné de vous entretenir quelques instants de leur sort en général, et surtout de ce qui regarde ceux de Sainte-Marie parmi les Potowatomies.

« Lors de ma première arrivée parmi les Potowatomies en 1838, la nation comptait au delà de 4,000 âmes. Elle est maintenant réduite à 3,000, dont 2,000 sont catholiques. Toutes les tribus environnantes ont diminué dans la même proportion.

« À quoi faut-il attribuer le dépérissement si rapide de la race indienne? C'est là un de ces mystères de la Providence, que toute la sagacité

V4 Va be

du philosophe essayerait en vain de pénétrer. L'usage immodéré de liqueurs enivrantes, le changement de climat et de nourriture, les vices, les maladies funestes, tous ces maux que le contact avec les blancs a produits parmi les sauvages ; l'imprévoyance et le manque d'industrie, tout cela ne donne, ce me semble, qu'une imparfaite solution à ce grand problème. D'où vient, se demandet-on, que le Peau-rouge se plie si difficilement aux mœurs et aux habitudes de la race européenne ? D’où vient encore que la race européenne refuse si obstinément de sympathiser avec le Peaurouge, et que, malgré sa philanthropie ou son amour des hommes , elle semble plutôt disposée à anéantir qu’à civiliser ces malheureux enfants, issus du même Père? D'où vient cette barrière insurmontable élevée entre les deux races ? D'où vient que le pléé fort poursuit avec tant d’animosité le plus faible, et ne lui donne point &e relâche qu'il ne l'ait entièrement terrassé? C'est un secret qu'il n'appartient qu'au souverain Juge d'expliquer.

« Souvent, quand je pense au sort de tant de nations sauvages , qui possédaient autrefois d’immenses contrées et qui sont aujourd'hui dans le danger imminent d’en être totalement dépossédées , je me rappelle les premiers habitants de la Palestine, qui, maîtres aussi d'un des plus beaux pays du monde , s'en sont vu dépouiller par un sévère mais trop juste décret de Dieu, dont ils avaient méprisé les menaces et méconnu la bonté.

Comme les Chananéens , les peuples sauvages, pris en général, ont été punis par degrés. Peutêtre ont-ils, comme eux, été trop longtemps sourds à la voix divine, qui les invitait à quitter leurs erreurs grossières pour embrasser la vérité. Qui est entré dans les conseils de la sagesse éternelle? Qui oserait accuser ses jugements d'injustice ? Dieu, à qu’ tout l'univers appartient à titre de création, ne peut-il pas disposer de sa propriété selon son bon plaisir ? Mais, en faisant éclater sa justice, il n'oublie pas sa miséricorde. Ici-bas il ne frappe que pour guérir. Son divin Cœur est toujours ouvert à ceux mêmes dont il punit les iniquités.

« Ce qui m'amène à faire ces tristes réflexions, ce sont les changements qu'a subis en peu d'années la condition de presque tous les sauvages. Sous l'administration du président Pierce (1), toutle vaste

(1) Parce (Franklin), homme &'État américain, né à Hillsborough (New-Hampshire) , 1804-1869 , fils du général Benjamin Pierce, fit de sérieuses études, devint avocat, membre de la législature du New-Hampshire, et fut envoyé au Congrès en 1833. Il y acquit une réputation méritée, et soutint le parti démocratique (conservateur) de manière à s’attirer les éloges et l'estime du président Jackson. Il fut membre du sénat en 1834, se retira de la vie politique en 1842, pour se consacrer à sa famille et reprit sa profession d'avocat, Il avait refusé la place d’attorney général, lorsque, dans la guerre du Mexique, en 1847, ils’enrôla volontairement, fut bientôt nommé colonel, et, par son courage comme par ses talents militaires, acquit une grande popularité. Général à la fin de la campagne. il

me D OO += ©

paysindien situé en deçà des montagnes Rocheuses, compris dans le vicariat apostolique de Mgr Miége, excepté une petite portion située vers le sud, a été organisé en deux territoires, connus sous les noms de Kansas et de Nébraska, c'est-à-dire que le congrès américain a décrété que ce pays était incoporé à l'Union et ouvert aux blancs qui voudraient s’y établir, pour former, après un certain laps de temps, deux nouveaux États dela grande République. Quoique, pour le moment, les colons aient ordre de respecter les terres réservées aux sauvages, on peut néanmoins dire que ce décret a détruit virtuellement toutes les nationalités indiennes. À peine la loi fut-elle connue, que les émigrants, semblables aux-eaux d'un grand fleuve qui ont rompu leurs digues, franchirent impétueusement la frontière qui les séparait des Indiens,

et inondèrent le pays. Voilà maintenant les sau-

vages environnés de blancs, et leurs réservations ne sont plus que comme des îlots au milieu de l'Océan. Les Indiens, qui, auparavant, avaient de vastes pays pour la chasse, sont à présent res-

reprit sa place au barreau de Concordia. En 1852, le parti démocratique le fit nommer président des États-Unis ; son administration fut signalée par des démélés avec le Mexique, l'Espagne, l'Angleterre, le Danemark , les Etats de l’Amérique du Sud; par des expéditions en Chine, au Japon; à l'intérieur, il eut à lutter contre les efforts du parti abolitioniste. Il fut remplacé en 1856 par M. Buchanan, nouveau candidat du parti démocratique. (Vote de la présente édition.)

TE LS ere er

rer

Page 1