L PRÉFACE
ainsi que l’appelaient ses contemporains, condamné une première fois au concile de Soissons pour la hardiesse
des doctrines développées dans son. Zntroduction à la Théologie, obligé de fuir de l’abbaye de Saint-Denis au
monastère du Paraclet, du Paraclet à l’abbaye de Saint- Gildas, partout suivi par sa renommée et excité par son génie, ramené bientôt dans la lice par les attaques … de saint Bernard, et condamné, une seconde fois, au con- È cile de Sens, « chef d'École et presque martyr de opinion, Abélard occupe une place à part dans les annales de la philosophie‘; » il a la gloire d’avoir, l'un des À premiers, introduit la dialectique dans la théologie; et par là, il est le précurseur de Descartes. Dans une sphère plus modeste, Héloïse ne joue pas un moindre rôle. Dès
sa jeunesse, elle étonne et ravit Pierre le Vénérable, par l'étendue et par la gravité précoce de son savoir. A à comble de la puissance, saint Bernard s'incline devant … la fermeté de sa raison. Malgré les liens qui l’attachent invinciblement à Abélard, la cour de Rome la bénit, consacre son œuvre, et la Æègle, empreinte d’un libre et sage esprit, qu’elle donne au Paraclet, devient la | base des constitutions de tous les monastères de femmes de son temps. Mais il y a quelques années à peine que ces titres à l’admiration de la postérité ont été mis en pleine lumière; et ce qui a immortalisé dans les imagi-
1, V. Cousin, Introduction déjà citée,
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nations le souvenir d’Abélard et d'Héloïse, c’est la dramatique histoire de leur passion.
On en connait les péripéties saisissantes ; on sait com ment Abélard entra dans la maison de Fulbert à titre d'hôte et d'ami, avec quelle impétuosité souveraine il ravit l'amour d'Héloïse, avec quelle héroïque abnégation Héloïse se donna, sa fuite en Bretagne après qu’elle fut devenue mère, et la résistance généreuse qu’elle Opposa à un.mariage qui pouvait enchaïner les destinées de son amant, la divulgation de leur secrète union et la vengeance de Fulbert, la retraite d'Héloïse au monastère d'Argenteuil, où Abélard la contraignit de, prendre le voile, avant de s'engager lui-même dans la profession monastique, son séjour à l’abbaye de Saint-Denis, enfin son établissement au Paraclet et la persistance de sa tendresse, fidèle jusqu’au delà du tombeau !.
On sait aussi comment le récit de ces faits nous cest | parvenu. Le sort d'Héloïse irrévocablement fixé par ses vœux, il ne semble pas qu’Abélard lait jamais revue. Ce n’est, selon touteapparence, qu'à la tête de sa communauté qu’il l’entretint au Paraclet, et l’on a toute raison de penser que les formalités de la donation qu’il lui fit du monastère, furent accomplies sans sa participation directe.
1. Voir, sur le détail de ces faits, notre introduction à la tradnetion des Lettres d'Héloïse et d'Abélard, publiée dans la bibliothèque Jatine-française de la librairie Garnier, et dont est, en partie, extraite cette préface.