IV PRÉFACE
Retiré à l’abbaye de Saint-Gildas, douze ans après la catastrophe qui les avait séparés, il avait, pour un ami, s'il faut l'en croire, plus probablement pour lui-même, retracé, dans une lettre, le tableau de ses malheurs. Cette lettre, tombée par hasard entre les mains d’Héloïse, détermina une explosion. Et c’est alors que s’engagea cette correspondance, ardente, enflammée d'abord de la part d'Héloïse, autant qu’elle est froide et mesurée de la part d’Abélard, puis grave et contenue, sans cesser d’être touchante, lorsque Abélard a commencé à s'en montrer lui-même ému, et présentant, dans ces deux phases étroitement unies l’une à l’autre par la communauté des sentiments, mais distinctes par la forme et le ton, deux parties qu'on désigne d'ordinaire, la première sous le uom de Lettres amoureuses, la seconde sous le nom de Lettres de direction.
Cette correspondance était connue dès le moyen âge. L'un des auteurs du Roman de la Rose, Jean de Meung, en avait fait une traduction. Toutefois, ce n’est qu’au quinzième siècle que le texte paraît avoir été publié, d’après un manuscrit latin trouvé dans la bibliothèque de François d’Amboise. A partir de ce moment, les traductions, les imitations, les études se succédèrent presque sans interruption. Malheureusement, plus touchés du caractère romanesque que de la grandeur morale de cette passion sans exemple, et ne s'attachant qu'aux Lettres amoureuses, les traducteurs la transformèrent en