‹ Lettres complètes d'Abélard et d'HéloiseChapitre 10 sur 28 · XVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVIII PRÉFACE

prendre dans la Nouvelle Héloïse que la peinture des sentiments qui témoignent d’une idée d'emprunt, l’œuvre élevée par Rousseau aux « deux idoles de son cœur, l’amour et l'amitié, » ne rappelle-t-elle pas trop souvent le spirituel traité où Saint-Évremont décrit l'amour sans amour et l'amitié sans amitié? La beauté du langage la plus soutenue ne peut tenir lieu dela vérité des sentiments. Faut-il l’ajouter ? mêler le souvenir d’Héloïise à une conception de roman, si pure qu’elle soit, c'est, à nos yeux, une sorte de profanation. Dans l'histoire des passions humaines, il est des caractères empruntés à la réalité ou créés par la poésie, que l’admiration a, pour ainsi dire, consacrés. Qui oserait jeter dans une intrigue vulgaire les noms d’Alceste, d'Iphigénie, d’Antigone, d’Andromaque, de Pauline? C’est sur ces cimes inviolables que nous voudrions placer Héloïse. Parmi ses contemporains, les rois, les peuples, l'Église même, la respectaient. A ce degré d’absolu sacrifice, en effet, et d'épuration généreuse, composé de cet incomparable mélange de passion et de raison, d'abandon et de force, l'amour n’est il pas une des formes les plus nobles de la grandeur humaine, ne touche t-il pas à la vertu ? |

Avons-nous réussi à exprimer cette grandeur dans notre traduction? Faite sur le texte de V. Cousin et à la lumière du livre de M. de Rémusat, elle offrira du moins, nous l’espérons, l'intérêt de la fidélité. Peut-être aussi nous saura-t-on gré d’avoir, pour la première fois,

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