‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 43 sur 98 · EPISTOLA SECUNDA · texte numérisé non relu

EPISTOLA SECUNDA

QUÆ EST HELOISSÆ AD PETRUM DEPRECATORIA

ARGUMENTUM

Quum Heloïissa quondam Abælardi amica, postra uxor, ac tandem monasterio Paracletensi, quod ipso sibi discipulorum fortunis a fundamentis eduxcrat, ab eo præfecta, epistolam ejus ad amicum legissel, hanc ad eum scribit, orans ut de suis periculis vel liberatione ad se rescribat, quo vel luctus, vel gaudii ejus particeps efficiatur. Expostulat ctiam quod ad se, post monasticam professionem, non scripserit, quum antea plures amatorias mitteret litteras. Suum denique erga illum tum prateriti temporis turpem et carnalem amorem, tum præsentis castum et spirituaiem exponit, ac acerbe queritur so ab illo æque non redamari. Est

ments, les plaintes y abondent; on y peut voir aussi une imagination nourrie d’une exubérante érudition.

À son maître, ou plutôt à son père; à son époux, ou plutôt à son frère : sa servante, ou plutôt sa fille; son épouse, ou plutôt sa sœur; à Abélard, Héloïse. |

La lettre que vous avez adressée à un ami pour le consoler, mon bien-aimé, un hasard l’a fait venir dernièrement jusqu’à moi. Au seul caractère de la suscription reconnaissant aussitôt qu’elle était de vous, je la dévorai avec une ardeur égale à ma tendresse pour celui qui l'avait écrite : si j'avais perdu sa personne, ses paroles du moins allaient me rendre en partie son image. Hélas! chaque ligne, pour ainsi dire, de cette lettre encore présente à ma mémoire était pleine de fiel et d’absinthe, car elle retraçait la déplorable histoire de notre conversion et de tes épreuves sans merci ni trêve, à mon bien suprême.

Tu as bien rempli la promesse qu’en commençant tu faisais à ton ami : ses peines, au prix des tiennes, il à pu s’en convaincre, ne sont rien ou peu de chose. Après avoir rappelé les persécutions dirigées contre toi par tes maîtres, et les derniers outrages lâche-

autem epistola multis affectibus et querulis planctibus, more femineo, affatim plena »: ubi pectus femineum multa eruditione exuberans intueri liceat.

Domino suo, imo palri; conjugi suo, imo fratri; ancilla sua, imo filia; ipsius : uTOr, imo soror; Abælardo Heloissa.

Missam ad amicum pro consolatione epistolam, dilectissime, vestram ad me forte quidam nuper casus attulit. Quam ex ipsa statim tituli fronte vestram esse considerans, tanto ardentius eam cœpi legere, quanto scriptorem ipsum charius amplector, nt cujus rem perdidi, verbis saltem tanquam ejus quadam imagine recreer. Erant, memini, hujus epistolæ verba fere omnia felle et absinthio pleua, quæ scilicet nostræ conversionis miserabilem historiam, et tuas, unice, cruces assiduas referebant. Complesti revéra, in epistola illa, quod in exordio ejus amico promisisti, ut videlicet, in comparatione tuarum, suas molestias nullas vel parvas reputaret. Ubi quidem expositis prius magistrorum tuorum

ment infligés à ton corps, tu as peint l’odieuse jalousie et l’acharnement passionné dont tes condisciples aussi, Albéric de Reims et Lotulfe de Lombardie, t'ont poursuivi. Tu n'as oublié ni ce que leurs cabales ont fait de ton glorieux ouvrage de théologie, ni ce qu’elles ont fait de toi-même, condamné à une sorte de prison. De là tu arrives aux ménées de ton abbé et de tes perfides frères, aux épouvantables calomnies de ces deux faux apôtres déchaînés contre toi par ces indignes rivaux, au scandale soulevé dans la foule à propos du nom de Paraclet donné, contre l’usage, à ton oratoire ; enfin, passant aux vexations intolérables dont ta vie aujourd'hui encore n’a pas cessé d’être l’objet, de la part de ce persécuteur impitoyable et de ces méchants moines que tu appelles tes enfants, tu as mis les derniers traits à ce déplorable tableau.

Je doute que personne puisse lire ou entendre sans pleurer le récit de telles épreuves. Pour moi, il a renouvelé mes douleurs avec d'autant plus de violence que le détail en était plus exact et plus expressif ; que dis-je? il les a augmentées en me montrant tes périls toujours croissants. Voilà donc tout ton troupeau

in te persecutionibus, deinde in corpus tuum summæ proditionis injuria, ad condiscipulorum quoque tuorum, Alberici videlicet Rhemensis et Lotulfi Lombardi execrabilem invidiam, et infestationem nimiam stylum contulisti. Quorum quidem suggestionibus quid de glorioso illo theologiæ tuæ opere, quid de te ipso quasi in carcere damnato actum sit non prætermisisti. Inde ad abbatis tui fratrumqne falsorum machinationem accessisti, et detractiones illas tibi gravissimas duorum illorum pseudoapostolorum a prædictis æmulis in te commotas, atque ad scandalum plerisque subortum de nomine Paracleti oratorio præter consuetudinem imposito; denique ad intolerabiles illas et adhuc continuas in te persecutiones, crüdelissimi scilicet illius exactoris, et pessimorum, quos filios nominas, monachorum profectus, miserabilem historiam consummasti. Quæ cum siccis oculis neminem vel legere vel audire posse æstimem, tanto dolores meos amplius renovarunt, quanto diligentius singula expresserunt et eo mägis auxerunt, quo in te adhuc pericula crescere fretulisti; ut omnes patiter de vita tuä desperare cogamnr, et quotidie ultimos fllos de nece tua

86 LETTRES D’ABÉLARD ET D’HÉLOISE réduit à trembler pour ta vie, et chaque jour nos cœurs émus, nos poitrines palpitantes attendent pour dernier coup la nouvelle de ta mort.

Aussi noust’en conjurons, au nom de celui qui, pour son service, te couvre encore à quelques égards de sa protection ; au “nom du Christ, dont nous sommes, ainsi que de toi-même, les humbles servantes, daigne nous écrire fréquemment et nous dire les orages au sein desquels tu es encore ballotté; que nous du moins, qui te restons seules au monde, nous puissions avoir part à tes peines et à tes joies. D’ordinaire, la sympathie est un allégement à la douleur, et tout fardeau qui pèse sur plusieurs est plus léger à soutenir, plus facile à porter. Que si la tempête vient à se calmer un peu, hâte-toi d'autant plus d'écrire que les nouvelles seront plus agréables à recevoir. Mais, quel que soit l’objet de tes lettres, elles ne laisseront pas de nous faire un grand bien, par cela seul qu’elles seront une preuve que tu ne nous oublies pas.

Combien sont agréables à recevoir les lettres d’un ami absent, Sénèque nous l’enseigne par son propre exemple dans le passage

où il écrit à Lucilius : « Vous m'écrivez souvent, et je vous

en remercie; vous vous montrez ainsi à moi de la seule manière qui vous soit possible; je ne reçois jamais une de vos lettres

rumores trepidantia nostra corda et palpitantia pectora expectent. Per ipsum itaque, qui te sibi adhuc quoquo modo protegit, Christum obsecramus, quate-

nus ancillulas ipsius et tuas, crebris litteris de his, in quibus adhuc fluctuas, -

naufragiis certificare digneris ; ut nos saltem quæ tibi solæ remansimus, doloris vel gaudii participes habeas. Solent etenim dolenti nonnullam afferre consolationem qui condolent, et quodlibet onus pluribus impositum levius sustinetur, sive defertur. Quod si paululum hæc tempestas quieverit, tanto amplius maturandæ sunt litteræ, quanto sunt jucundiores fnturæ. De quibuscunque autem nobis seribas, non parvum nobis remedium conferes; hoc saltem uno, quod te nostri memorem esse monstrabis. Quam jucundæ vero sint absentium litteræ amicorum, ipse nos, exemplo proprio, Seneca docet, ad amicum Lucilium quodam loco sic scribens : « Quod frequenter mihi scribis, gratias ago. Nam quo uno modo potes te mihi ostendis. Nunquam epistolam tuam accipio, quin pro-

qu’aussitôt nous ne soyons ensemble. Si les portraits de nos amis absents nous sont doux, s’ils ravivent leur souvenir et, vaine et trompeuse consolation, allégent le regret de leur absence, combien plus douces sont les lettres qui nous apportent l’empreinte véritable de l'ami absent.»

Grâce à Dieu, le moyen te reste encore de nous rendre ta présence ; l'envie ne te l’interdit pas, et rien ne s’y oppose : que ce ne soit point de toi, je t’en supplie, que viennent les négligences et les retards. |

Tu as écrit à ton ami une longue lettre de consolation, en vue de ses malheurs sans doute, mais c’est des tiens que tu lui parles. Tandis que tu les rappelles avec exactitude en travaillant à le consoler, tu n’as pas peu ajouté à notre désolation; en voulant panser ses blessures, tu as vuvert dans notre douleur des plaies nouvelles et tu as élargi les anciennes, Guéris, je t’en conjure, les maux que tu as faits toi-même, puisque tu prends souci de soigner ceux que d’autres ont faits : Tu as donné satisfaction à un ami, à un compagnon d’études ; tu as acquitté la dette de l’amitié et de la confraternité; mais elle est bien plus pressante l’obligation que tu as contractée envers nous; Car nous sommes, nous, non des amies, mais les plus dévouées des amies; non des com-

tinus una simus. Si imagines nobis amicorum absentium jucundæ sunt, quæ memoriam renovant, et desiderium absentiæ falso atque inaui solatio levant, quanto jucundiores sunt litteræ, quæ amici absentis veras notas afferunt? » Deo autem gratias, quod hoc saltem modo præsentiam tuam nobis reddere nulla invidia prohiberis, nulla difficultate præpediris : nulla, obsecro, negligentia retarderis. Scripsisti ad amicum prolixæ consolationem epistolæ, et pro adversitatibus quidem suis, sed de tuis. Quas videlicet tuas diligenter commemorans, quum ejus intenderes consolationi, nostræ plurimum addidisti desolationi, et dum ejus mederi vulneribus cuperes, nova quædam nobis vulnera doloris inflixisti, et priora auxisti. Sana, obsecro, ipse quæ fecisti, qui quæ alii fecerunt curare satagis. Morem quidem amico et socio gessisti, et tam amicitiæ quan societatis debitum persolvistis sed majore te debito nobis astrinxisti, quas non

pagnes, mais des filles; c'est le nom qui nous convient, celui-là

ou un autre, s’il s'en peut imaginer, qui soit plus tendre et plus ‘

sacré.

Situ pouvais douter de la grandeur de la dette qui t’oblige

envers nous, ni les raisons ni les témoignages ne nous manqueraient pour l’établir : dût tout le monde se taire, les faits parlent d'eux-mêmes assez haut. Après Dieu, tu es.le seul fondateur de cet asile, le seul architecte de cet oratoire, le seul créateur de cette congrégation. Tu n’as point bâti sur un fondement étranger. Tout ce qui existe ici est ton ouvrage. Cette solitude, jadis fréquentée seulement par des bêtes féroces et des brigands, n'avait jamais connu d’habitation humaine, jamais vu de maison. C’est parmi des tanières de bêtes féroces, parmi des repaires de brigands, là où d'ordinaire le nom de Dieu n'est pas même prononcé, que tu as élevé un divin tabernacle et dédié un temple au Saint-Esprit. Pour l’édifier, tu n’as rien emprunté aux richesses des rois et des princes dont tu aurais pu obtenir le concours le plus large et le plus puissant; tu as voulu que rien de ce qui se ferait ne pût être attribué qu’à toi seul. Ce sont les élèves et les écoliers qui, s’empressant à l’envi à tes

tam amicas quam amicissimas, non tam socias quam filias convenit nominari, vel si quod dulcius et sanctius vocabulum potest excogitari. Quanto autem debito te erga eas obligaveris, non argumentis, non testimoniis indiget, ut quasi dubium comprobetur : et si omnes taceant, res ipsa clamat. Hujus quippe loci tu, post Denum, solus es fundator, solus hujus oratorii constructor, solus hujus congregationis ædificator. Nihil hic super alienum ædificasti fundamentuin. Totum quod hic est, tua creatio est. Solitudo hæc feris tantum, sive latronibus vacans, nullam hominum habitationem noverat, nullam domum habuerat. In ipsis cubilibus ferarum, in ipsis latibulis latronum, ubi nec nominari Deus solet, divinum erexisti tabernaculum, et Spiritus sancti proprium dedicasti templum. Nihil ad hoc ædificandum ex regum vel principum opibus intulisti, quum plurima posses et maxima, ut quidquid fieret, tibi soli posset ascrihi. Cterici sive scholares huc certatim ad disciplinam tuam coniluentes omnia mi-

leçons, te fournissaient toutes les ressources nécessaires ; ceux-là mêmes qui vivaient des bénéfices de l’Église et qui ne savaient guère que recevoir des offrandes et non en faire, ceux qui jusqu’alors n'avaient eu des mains que pour prendre, non pour donner, devenaient pour toi prodigues et t'accablaient de leurs libéralités. |

Elle est donc à toi, oui, bien à toi, cette plantation nouvelle dans le champ du Seigneur, cette plantation toute remplie de jeunes rejetons, qui, pour profiter, demandent à être arrosés. Par la nature même de son sexe, elle est débile; ne fût-elle pas nouvelle, à ce titre seul, elle serait faible. Aussi exiget-elle une culture plus attentive et plus assidue, selon la parole de l’Apôtre : « J’ai planté, Apollon a arrosé; maïs c’est Dieu qui a donné l'accroissement, » L’Apôtre, par les enseignements de sa prédication , avait planté et établi dans la foi les Corinthiens auxquels il écrivait; Apollon, son disciple, les avait ensuite arrosés par ses saintes exhortations, et c’est alors que la grâce divine avait donné à leurs vertus de croître.

C'est vainement que tu cultives cette vigne que tu n'as pas plantée de ta main, et dont la douceur a tourné pour toi en amertume; tes admonitions incessantes sont stériles, tes sacrés

nistrabant necessaria; et qui de beneficiis vivebant ecclesiasticis, nec oblationes facere noverant, sed suscipere, et qui manus ad suscipiendum non ad dandum habuerant, hic in oblationibus faciendis prodigi atque importuni fiebant. Tua itaque, vere tua hæ: est proprie in sancto proposito novella plantatio, cujus adhuc teneris maxime plantis frequens, ut proficiant, necessaria est irrigatio. Satis ex ipsa feminei sexus natura debilis est hæc plantatio, et est infirma, etiamsi non esset nova. Unde diligentiorem culturam exigit et frequentiorem, juxta illud Apostoli : « Ego plantavi, Apollo rigavit, Deus autem incrementum dedit. » Plantaverat Apostolus atque fundaverat in fide per prædicationis suæ doctrinam Corinthios, quibus scribebat. Rigaverat postmodum eos ipsius Apostoli discipulus Apollo sacris exhortationibus, et sic eis incrementum virtutum divina largila est gratia. Vitis alienæ vineam, quam non plantasti, in amaritu-

entretiens inutiles : songe à ce que tu dois à la tienne, au lieu de consacrer ainsi tes soins à celle d'autrui. Tu enseignes, tu prêches des rebelles : peine perdue. C’est en vain que tu sèmes devant des pourceaux les perles de ta divine éloquence; tu te prodigues à des âmes endurcies. Considère plutôt ce que tu dois à des cœurs dociles. Tu te donnes à des ennemis; pense à ce que tu dois à tes filles. Et sans parler des autres, pèse le poids de la dette que tu as contractée envers moi. Peut-être mettras-tu plus de zèle à t’acquitter vis-à-vis de toutes ces femmes qui se sont données à Dieu dans la personne de celle qui s’est donnée exclusivement à toi.

Combien de grâves traités les saints Pères ont adressés à de saintes femmes pour les éclairer, pour les encourager, ou même pour les consoler; quel soin ils ont mis à les écrire, ta science supérieure le sait mieux que notre humble ignorance. Quel n’est donc pas mon étonnement de voir que depuis longtemps déjà tu as mis en oubli l’œuvre commencée à peine et encore mal assurée de notre conversion; ; sentiment de respect pour Dieu, d'amour pour nous, exemples des saints Pères, rien, quand mon âme chancelle dans sa foi, quand le poids d’une douleur invé-

dinem tibi conversam, admonitionibus sæpe cassis, et sacris frustra sermonibus excolis. Quid tuæ debeas attende, qui sic curam impendis alienæ. Doces et admones rebelles, nec profcis. Frustra ante porcos divini eloquii margaritas spargis. Qui obstinatis tanta impendis, quid obedientibus debeas considera. Qui tanta hostibus largiris, quid filiabus deheas meditare. Atqne ut cæteras omittam, quanto erga me te obligaveris debito, pensa : ut quod devotis communiter debes feminis, unicæ tuæ devotius solvas.. Quot autem et quantos tractatus in doctrina, vel exhortatione, seu etiam consolatione sanctarum feminarum sancti Patres consummaverint, et quanta eos diligentia composuerint, tua melius excellentia quam nostra parvitas novit. Unde non mediocri admiratione nostræ tenera conversionis initia tua jam dudum oblivio movit, quod nec reverentia Dei, nec amore nostri, nec sanctorum Patrum exemplis admonitus fluctuantem me et jam diutino mœrore confectam, vel sermone præsentem , vel

térée l’accable, rien ne t'a inspiré la pensée de venir me fortifier par tes entretiens, ou du moins de me consoler de loin par une lettre! Et cependant, tu ne l’ignores pas, ce qui rend plus impérieuse l'obligation qui te lie envers moi, c’est le nœud qui nous enchaïne par le sacrement du mariage; obligation d'autant plus étroite pour toi que je t’ai toujours aimé, à la face du ciel, d’un amour sans mesure.

Tu sais, mon bien-aimé, et nul n’ignore tout ce que j’ai perdu en toi; tu sais par quel déplorable coup l'indigne et publique trahison dont tu as été victime m'a retranchée du monde en même temps que toi-même, et que ce qui cause incomparablement ma plus grande douleur, c’est moins la manière dont je t'ai perdu que de t'avoir perdu. Plus est grand l’objet de ma peine, plus doivent être grands les remèdes de la consolation. Au moins n'est-ce point un autre, c’est toi, toi, seul sujet de mes souffrances, qui peux seul en être le consolateur. Unique objet de ma tristesse, il n’est que toi qui puisses me rendre la joie ou m'apporter du soulagement. Tu es le seul pour qui ce soit un pressant devoir : car toutes tes volontés, je les ai aveuglément accomplies, à ce point que, ne pouvant me décider à t’opposer la moindre résistance, j’ai eu le courage, sur un mot de toi, de

epistola absentem consolari tentaveris. Gui quidem tanto te majore debito noveris obligatum, quanto te amplius nuptialis fædere sacramenti constat esse astrictum ; et eo te magis mihi obnoxium, quo te semper, ut omnibus patet, immoderato amore complexa sum. Nosti, charissime, noverunt omnes, quanta in te amiserim, et quam miserabili casu summa et ubique nota proditio me ipsam quoque mihi tecum abstulerit, et incomparabiliter major sit dolor ex amissionis modo quam ex damno. Quo vero major est dolendi cansa, majora sunt consolationis adhibenda remedia, non utique ab alio, sed a teipso, ut qui solus es in causa dolendi, solus sis in gratia consolandi. Solus quippe es qui me contristare, qui me lætificare, seu consolari valeas. Et solus es qui plurimum id mihi debeas, et tync maxime quum universa quæ jusseris in tantum impleverim, ut quum te in aliquo offendere non possem, meipsam pro jussu

me perdre moi-même. J’ai fait plus encore : étrange chose ! mon amour s’est tourné en délire; ce qui était l’unique objet de ses ardeurs, il l’a sacrifié sans espérance de le recouvrer jamais ; par ton ordre, j'ai pris avec uñ autre habit un autre cœur, afin de te montrer que tu étais le maître unique de mon cœur aussi bien que de mon corps. Jamais, Dieu m’en est témoin, je n’ai cherché en toi que toi-même; c’est toi seul, non tes biens que j'aimais. Je n'ai songé ni aux conditions du mariage, ni à un douaire quelconque, ni à mes jouissances et à mes volontés personnelles. Ce sont les tiennes, tu le sais toi-même, que j'ai eu à cœur de satisfaire. Bien que le nom d’épouse paraisse et plus sacré et plus fort, j'aurais mieux aimé pour moi celui de maîtresse, ou même, laisse-moi le dire, celui de concubine ef de fille de joie; dans la pensée que, plus je me ferais humble pour toi, plus je m’acquerrais de titres à tes bonnes grâces, et moins je porterais atteinte au glorieux éclat de ton génie.

Toi-même, en parlant de toi, tu n’as pas tout à fait oublié ces sentiments dans ta lettre de consolation à uu ami. Tu n’as pas dédaigné de rappeler quelques-unes des raisons par lesquelles

tuo perdere sustinerem, Et quod majus est, dictuque mirabile, in tantam versus est amor insaniam, ut quod solum appetebat, hoc ipse sibi sine spe recuperationis auferret, quum ad tuam statim jussionem tam habitum ipsa quam animum immutarem : ut te tam"corporis mei quam animi unicum possessorem ostenderem. Nihil unquam (Deus seit) in te nisi te requisivi ; te pure, non tua concupiscens. Non matrimonii fœdera, non.‘ dotes aliquas expeétavi, non denique meas voluptates aut voluntates, sed tuas, sicut inse nosti, adimplere studui. Et si uxoris nomen sanctius ac validius videtur, dulcius mihi semper extitit amicæ vocabulum; aut, si non indigneris, concubinæ vel scorti; ut, quo me videlicet pro te amplius humiliarem, ampliorem apud te consequerer gratiam, et sic etiam excellentiæ tuæ gloriam minus læderem.Quod et tu ipse, tui gratia, oblitus penitus non fuisti, in ea, quam supra memini, ad Amicum epi- Stola pro consolatione directa; ubi et rationes ronnullas, quibus te a conjugio

- je m’efforçais de te détourner d’un fatal hymen, mais tu as passé sous silence presque toutes celles qui me faisaient préférer l’amour au mariage, la liberté à une chaîne. J'en prends Dieu à témoin, Auguste, le maître du monde, m'eût-il jugée digne de l'honneur de son alliance et à jamais assuré l'empire de l’univers, le nom de courtisane avec toi m'aurait paru plus doux et plus noble que le nom d'impérairice avec lui; car ce n’est ni la richesse ni la puissance qui font la grandeur : la richesse et Ja puissance sont l'effet de la fortune ; la grandeur dépend du

-mérite. :

C'est se vendre, qu'on le sache bien, que d’épouser un riche de préférence à un pauvre, que de chercher dans un mari les avantages de son rang plutôt que lui-même. Certes, celle qu'une telle convoitise conduit au mariage mérite d’être payée plutôt qu’aimée; car il est clair que c’est à la fortune qu’elle est attachée, non à la personne, et qu’elle n’eût demandé, l’occasion échéant, qu’à se prostituer à un plus riche. Telle est la conclu-

. Sion évidente du raisonnement de la sage Aspasie dans son entretien avec Xénophon et sa femme, entretien rapporté par Eschine, disciple de Socrate. Cette femme philosophe, qui s’était

nostro infaustis thalamis revocare conabar, exponere non es dedignatus, sed plerisque tacitis, quibus amorem conjugio, libertatem vinculo præferebam. Deum testem invoco, si me Augustus, universo præsidens mundo; matrimonii honore dignaretur, totumque mihi orbem confirmaret in perpetuo præsiden+ dum, carius mihi et dignius videretur tua dici meretrix, quam illius imperas trix. Non enim quo quisqne ditior sive potentior, ideo et melior; fortunæ illud est, hoc virtutis. Nec se miuime venalem æstimet esse quæ libentius ditiori quam pauperi nubit, et plus in marito sua quam ipsum concupiscit, Certe quamcunque ad nuptias hæc concupiscentia ducit, merces ei potins quam gratia debetur. Certum quippe est eam res ipsas, non hominem sequi, et se, si posset, velle prostituere ditiori. Sicut inductio illa Aspasiæ philosophæ apud socraticum Æschinem cum Xenophonte et uxore ejus habita manifeste convincit. Quam quidem inductionem quam prædicta philosopha ad reconci-

proposé de réconcilier les deux époux, conclut en ces termes : « Dès le moment que vous aurez réalisé ce point, qu’il n'y ait pas sur la terre d'homme supérieur, ni de femme plus aimable, vous n’aurez d'autre ambition que le bonheur qui vous paraîtra le bonheur suprème : vous, d’être le mari de la meilleure des femmes; vous, la femme du meilleur des maris. »

Sainte morale assurément et plus que philosophique, expression de la sagesse même plutôt que de la philosophie! Sainte erreur, heureuse tromperie, entre des époux, que celle où une sympathie parfaite garde intacts les liens du mariage, moins par la continence des corps que par la pudeur des âmes! |

Mais ce que l'erreur démontre aux autres femmes, c’est pour moi la vérité la plus claire qui me l’avait démontré : en effet, ce qu’elles seules pouvaient penser de leur époux, le monde entier le pensait de toi; que dis-je? le savait de toi comme moi-même ; en sorte que mon amour pour toi était d'autant plus véritable qu’il était plus loin de l'erreur. Était-il, en effet,un roi, un philosophe, dont la renommée pût être égalée à la tienne? Quelle contrée, quelle cité, quel village n'était agité du désir de te voir? | Paraissais-tu en public, qui, je le demande, ne se précipitait

liandos invicem illos proposuisset, tali fine ipsam conclusit : « Quia nisi hoc peregeritis, ut neque vir melior, neque femina in terris lectior sit, profecto semper id quod optimum putabis esse multo maxime requiretis, ut et tu ma— ritus sis quam optimæ, et hæc quam optimo viro nupta sit.» Sancta profecto hæc et plus quam philosophica est sententia, ipsius potius sophiæ quam!philosophiæ dicenda. Sanctus hic error, et beata fallacia in conjugatis, ut perfecta dilectio illæsa custodiat matrimonii fœdera non tam corporum continentia, quam animorum pudicitia. At quod error cæteris, veritas mihi manifesta contulerat, quum quod illæ videlicet de suis æstimarent maritis, hoc ego de te, hoc mundus universus non tam crederet quam sciret; ut tanto verior in te meus amor existeret, quanto ab errore longius absisteret. Quis etenim regum ant philosophorum tuam exæ juare famam poterat ? Quæ te regio, aut civitas, seu villa videre non æstuabat? Quis te, rogo, in publicum procedentern conspi-

pour te voir; qui, lorsque tu te retirais, ne te suivait le cou teudu, le regard fixe? Quelle épouse, quelle fille ne brûlait pour toi en ton absence et ne s’embrasait à ta vue? Quelle reine, quelle. princesse n’a point envié et mes joies et mon lit?

Tu avais, entre tous, deux talents faits pour séduire dès l’'abord le cœur de toutes les femmes : le talent du poëte et celui du chanteur; je ne sache pas que jamais philosophe les ait possédés au même degré. C’est grâce à ces dons que, pour te délasser de tes exercices philosophiques, tu as composé tant de vers et de chants d'amour qui partout répétés, à cause de la grâce sans égale et de la poésie et de la musique, tenaient incessamment ton nom sur les lèvres de tout le monde; la douceur seule de la mélodie empêchait les ignorants mêmes de t’oublier. C’était là surtout ce qui faisait soupirer pour toi le cœur des femmes. Et la plus grande partie de ces vers célébrant nos ainours, mon nom ne tarda pas à se répandre en maints pays, et à enflammer bien des jalousies.

En effet, quels avantages de l'esprit et du corps n’embellissaient ta jeunesse? Parmi les femmes qui enviaient alors mon bon-

cere non festinabat, ac aiscedentem collo erecto, oculis directis non insectabatur? Quæ conjugata, quæ virgo non concupiscebat absentem, et non exardebat in præsentem? Quæ regina vel præpotens femina gaudiis meis non invidebat vel thalamis? Duo autem, fateor, tibi specialiter inerant, quibus feminarum quarumlibet animos statim allicere poteras : dictandi videlicet, et cantandi gratia; quæ cæteros minime philosophos assecntos esse novimns, Quibus quidem, quasi ludo quodam, laborem exereitii recreans philosophici, pleraque amatorio metro vel rhythmo composita reliquisli carmina, quæ præ nimia suavitate tam dictaminis quam cantus sæpius frequentata, tuum in ore omnium nomen incessanter tenebant : ut etiam illitteratos melodiæ dulcedo tui non sineret immemores esse. Atque hinc maxime in amorem tui feminæ snspirabant. Et quum horum pars maxima Carminum nostros decantaret amores, multis me regionibus brevi tempore nuntiavit, et multarum in me feminarum accendit invidiam. Quod enim bonum animi vel corporis tuam non exornabat adolescen-

heur, en est-il une aujourd'hui, qui, me sachant privée de telles délices, ne compatirait à mon infortune? Quel est celui, quelle est celle dont le cœur, fût-ce le cœur d’un ennemi, ne s’attendrirait pour moi d’un juste sentiment de compassion?

Bien coupable sans doute, je suis aussi, tu le sais, bien innocente, car le crime est dans l'intention, non dans le fait. Ce n’est pas l’acte en lui-même, c'est la pensée qui a inspiré l’acte que pèse l’équité. De quels sentiments j’ai toujours été animée pour toi, toi qui les as éprouvés, tu peux seul en juger. Je remets tout en ta balance, je m’abandonne à ta décision.

Dis-moi seulement, si tu le peux, pourquoi, depuis ma retraite que toi seul as décidée, tu en es venu à me négliger, à m’oublier si bien, qu’il ne m'’a été donné ni de t’entendre pour retremper mon courage, ni de te lire pour me consoler de ton absence; dis-le-moi, je le répète, si tu le peux, ou Je dirai, moi, ce que je pense et ce qui est sur les lèvres de tout le monde. Ah! c'est la concupiscence plutôt que la tendresse qui t'a attaché à moi, c’est l'ardeur des sens plutôt que l'amour; et voilà pourquoi, tes désirs une fois éteints, toutes les démonstrations qu'ils inspiraient se sont évanouies avec eux, Cette suppo-

tiam? Quam tunc mihi invidentem, nune tantis privatæ deliciis compati calaimitas mea non compellat? Quem vel quam, licet hostem primitus, debita compassio mihi nunc non emolliat? Quæ plurimum nocens, plurimum, ut nosti, sum innocens. Non enim rei effectus, sed efficientis affectus in crimine est ; nec quæ fiunt, sed quo animo fiunt, æquitas pensat. Quem autem auimum in te semper habuerim, solus qui expertus es judicare potes. Tuo examini cuncta committo, tuo per omnia cedo testimonio. Die unum, si vales, cur post conver= sionem nostram, quam tu solus facere decrevisti, in tantam tibi negligentiam atque oblivionem venerim, ut nec colloquio præsentis recreer, nec absentis epistola consoler : dic, iuquam, si vales, aut ego quod sentio, imo quod ones suspicantur dicam. Goncupiscentia te mihi potius quam amicitia sociavit, libi= dinis ardor potius quam amor. Ubi igitur quod desiderabas cèessavit, quidquid propter hoc exhibebas pariter evanuit. Hæc, dilectissime, non tam mea est

sition, mon bien-aimé, ne m'appartient pas, elle est celle de la foule; ce n’est pas une opinion personnelle, c’est la pensée

générale ; ce n’est pas un sentiment particulier, c’est l’idée de

tout le monde. Plût à Dieu qu'elle me fût propre, et que ton amour trouvât des défenseurs dont les excuses pussent un peu faire tomber ma douleur ! Plût à Dieu que je pusse imaginer des raisons qui, en t’excusant, servissent du même coup à la justification de ton humble servante! | |

Considère, je t'en supplie, ce que je demande : c’est si peu de chose, et chose si facile. Si ta présence m'est dérobée, que la tendresse de ton langage, — une lettre te coûte si peu, — me rende du moius la douceur de ton image. Puis-je espérer de te trouver libéral dans les choses, quand je te vois avare de paroles? J'avais cru jusqu'ici m'être assuré bien des titres à tes égards, ayant tout fait pour toi, et ne persévérant dans la retraite que pour t’obéir : car ce n’est pas la vocation, c’est ta volonté, qui, ta volonté seule qui a jeté ma jeunesse dans les austérités de la profession monastique. Si tu ne m'en tiens aucun compte, vois combien le sacrifice aura été vain, car je n’ai point de récompense à attendre de Dieu; je n’ai encore, qui ne le sait? rien fait pour lui.

quam omniüm conjectura; non tam specialis quam communis, non tam privata quam publica. Utinam mihi soli sic videretur, atque aliquos in excusationem sui amor tuus inveniret, per quüs dolor meus paululum resideret. Utinam occasiones fingere possem, quibus, te excusando, mei quoquo modo tegerem vilitatem. Attende, obsecro, quæ requiro ; et parva hæc videbis et tibi facillima, Dum tui præsentia fraudor, verborum saltem votis, quorum tibi copia est, tuæ mihi imaginis præsenta dulcedinem, Frustra te in rebus dapsilem expecto, si in verbis avarum sustineo. Nunc vero plurimum a te me promereri credideram, quum omnia propter te compleverim, nunc in tuo maxime perseverans obsequio. Quam quidem juvenculam ad monasticæ conversationis asperitatem non religionis devotio, sed tua tantum pertraxit jissio; ubi si nihil a te promerear, quam frustra laborem dijudica. Nullä mihi super hoc merces expectanda est a Deo, cujus adhuc ämore nihil me constät egisse. Properantem te ad

Lorsque tu es allé à Dieu, je t'ai suivi, que dis-je? je t'ai précédé ; comme si le souvenir de la femme de Loth et le regard qu’elle jeta derriere elle te préoccupait, tu m’as fait la première revêtir l'habit et prêter les vœux monastiques, tu m'as enchaînée ‘ à Dieu avant toi-même. Cette défiance, la seule que tu m'’aies jamais témoignée, me pénétra, je l’avoue, de douleur et de honte; moi qui, sur un mot, Dieu le sait, t’aurais, sans hésiter, précédé ou suivi jusque dans les abîimes enflammés des enfers ! car mon cœur n’était plus avec moi, mais avec toi. Et si, aujourd’hui plus que jamais, il n’est pas avec toi, il n’est nulle part. Ou plutôt il ne peut être nulle part sans toi. Mais fais qu’il soit bien avec toi, je t'en supplie. Et il sera bien avec toi, s’il te

‘trouve bienveillant, si tu lui rends amour pour amour, peu pour beaucoup, des mots pour des choses. Plût à Dieu, mon bienaimé, que tu fusses moins sûr de ma tendresse tu serais plus inquiet. Mais plus j'ai fait pour assurer ta sécurité, plus j'ai à souffrir aujourd'hui ‘de ta négligence. Ah! rappelle-toi, je t’en supplie, ce que j'ai fait, et songe à ce que tu me dois.

Tandis que je goûtais avec toi les plaisirs de la chair, on a pu se demander si c'était la voix de l’amour que je suivais ou celle du plaisir. On peut voir maintenant à quels sentiments J'ai, dès

LA Le

Deum secuta sum habitu, imo præcessi. Quasi enim memor uxoris Loth retro conversæ, prius me sacris vestibus et professione monastica quam teipsum Deo mancipasti. In quo, fateor, uno minus te de me confidere vehementer dolui atque erubui. Ego autem (Deus scit) ad Vulcania loca te properantem præcedere vel sequi pro jussu tuo minime dubitarem. Non enim mecum animus meus, sed tecum erat. Sed et nunc maxime si tecum non est, nusquam este Esse vero sine te nequaqnam potest. Sed ut tecum bene sit, age, obsecro. Bene autem tecum fuerit, si te propitium invenerit, si gratiam referas pro gratia, modica pro magnis, verba pro rebus. Utinam, dilecte, tua de me dilectio minus confideret, ut sollicitior esset! Sed quo te amplius nunc securum reddidi, negligentiorem sustineo. Memento, obsecro, quæ fecerim, et quanta debeas attende, Dum tecum carnali fruerer voluptate, utrum id amore, vel libidine

le principe, obéi, Pour condescendre à ta volonté, j’en suis arrivée à m'interdire tous les plaisirs; je ne me suis rien réservé de moi-même, rien que le droit de me faire toute à toi. Quelle injustice de ta part, vois donc, si tu accordes de moins en moins à qui mérite de plus en plus, si tu refuses absolument tout, quand on te demande si peu et une chose si facile.

Au nom donc de celui auquel tu t'es consacré, au nom de Dieu même, je t'en supplie, rends-moi ta présence, autant qu'il est

‘possible, en m’envoyant quelques lignes de consolation; si tu ne

le fais pour moi, fais-le du moins pour que, puisant dans ton langage des forces nouvelles, je vaque avec plus de ferveur au service de Dieu. Quand jadis tes vœux ardents me conviaient aux voluptés du monde, tu me visitais coup sur coup par tes lettres, et tes vers mettaient sans cesse le nom de ton Héloïse sur les lèvres de la foule; c'était de mon nom que retentissaient toutes les places, de mon nom toutes les demeures. Combien il serait mieux aujourd’hui d’exciter à l'amour de Dieu celle que tu provoquais alors à l’amour du plaisir! Encore une fois, je t'en

supplie, pèse ce que tu vois, considère ce que je demande,

et je termine d’un mot cette longue lettre : adieu, mon tout.

agerem, incertum pluribus habebatur, Nunc autem finis indicat quo id inchoaverim principio. Omnes denique mihi voluptates interdixi, ut tuæ parerem voluntati. Nihil mihi reservavi, nisi sic tuam nunc præcipue fieri. Quæ vero

‘tua sit iniquitas perpende, si merenti amplius persolvis minus, imo nihil peni-

tus : præsertim quum parvum sit quod exigeris, et tibi facillimum. Per ipsum itaque, cui te obtulisti, Deum te obsecro, ut, quoquo modo potes, tuam mihi præsentiam reddas, consolationem videlicet mihi aliquam rescribendo, hoc saltein pacto, ut sic recreata divino alacrior vacem obsequio, Quum me ad temporales olim voluptates expeteres, crebris me epistolis visitabas, frequenti carmine tuam in ore omnium Heloissam ponebas. Me plateæ omnes, me domus singulæ resonabant. Quanto autem rectius me nunc in Deum, quam tune in libidinem .excitares! Perpende, obsecro, quæ debes, attende quæ postulo; et longam epistolam brevi fine concludo : vale, unice.

Ed

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