‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 51 sur 98 · LEE · texte numérisé non relu

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des pécheurs. » Puis, après avoir parlé de Jean et de lui-même, l'Évangéliste ajoute : « la sagesse a été justifiée par ses enfants, qui voient que la vertu de continence doit toujours consister dans l’état de l'âme, tandis que sa manifestation par les œuvres est subordonnée aux choses et aux temps, comme la vertu de la patience chez les martyrs.» De même donc que le mérite de la patience est égal chez Pierre qui a été martyrisé et chez Jean qui ne l’a pas été, de même il y a égal mérite de continence chez Jean qui ne connut pas le mariage et chez Abraham qui a engendré des enfants; en effet, le célibat de l’un et le mariage de l’autre ont également milité en leur temps pour Jésus- Christ; mais la continence de Jean se montrait dans ses œuvres, celle d'Abraham résidait seulement dans l’état de son âme. Ainsi à l’époque où la loi, eu égard à la longue vie des patriarches, déclarait maudit celui qui ne produirait point de postérité en ‘Israël, celui qui ne pouvait n’en produisait pas; en esprit, il n’en accomplissait pas moins la loi. Depuis, les temps se sont accomplis, et il a été dit « que celui qui peut comprendre comprenne; que celui qui est en état de vertu fasse les œuvres; que celui qui ne veut pas faire les œuvres ne

« torum. » Item deinde ibi subjecit quum de Joanne ac de se illa dixisset : « justificata est sapientia a filiis suis, qui virtutem continentiæ vident in habitu animi semper esse debere : in opere autem pro rerum ac temporum opportunitate manifestari, sicut virtus patientiæ sanctorum martyrum. » Quocirca sicut non est impar meritum patientiæ in Petro, qui passus est, et in Joanne qui passus non est : sic non est impar meritum continentiæ in Joanne, qui nullas expertus est nuptias, et in Abraham, qui filios generavit; et illius enim cœlibatus, et illius connubium pro distributione temporum Christo militaverunt. Sed continentiam Joannes et in opere, Abraham vero in solo habitu habebat. I1lo itaque tempore, quum et lex dies patriarcharum subsequens maledictum dixit qui non excitaret semen in Israel, et qui non poterat non promebat, sed tamen habebat. Ex quo autem veuit plenitudo temporis ut diceretur : « qui potest capere capiat; qui habet, operetur ; qui operari noluerit,

dise pas qu'il est en état de vertu. » Paroles claires et d’où il résulte que les vertus seules sont méritoires devant Dieu, et que tous ceux qui sont égaux en vertus seront traités également par lui, quelque distance qu'il y ait entre leurs œuvres. Aussi ceux qui sont vraiment chrétiens, tout occupés de l’homme intérieur, qu’ils s’attachent à orner de vertus et à purifier de tous vices, ne prennent point ou ne prennent que fort peu de souci de l'extérieur.

C’est pourquoi nous lisons que les Apôtres eux-mêmes se comportaient en vrais paysans et presque sans pudeur, tandis qu'ils marchaient à la suite du Seigneur; on eût dit qu’ils avaient oublié tout respect, toute convenance : lorsqu'ils passaient dans un champ, ils ne rougissaient pas d’arracher des épis, de les égrener et de les manger comme des enfants; ils ne s’inquiétaient même pas de laver leurs mains avant de prendre leur nourriture, ce qui les faisait accuser par quelques-uns de malpropreté. Mais le Seigneur les excuse. « De manger sans avoir lavé ses mains, » dit-il, «ce n’est pas là ce qui souille homme. » Et il ajoute aussitôt, d'une manière générale, que l'âme ne peut être souillée par les choses extérieures, mais seulement par celles qui sortent du cœur,

non se habere mentiatur. » Ex his liquide verbis colligitur solas apud Deum merita virtutes obtinere, et quicunque virtutibus pares sunt, quantumcunque distent operibus, æqualiter a Ghristo promereri. Unde quicunque sont vere christiani, sic toti circa interiorem hominem sunt occupati, nt eum scilicet virtutibus ornent, ac vitiis mundent : ut de exteriorns nullam vel minimam assumant curam. Unde et ipsos legimus Apostolos ita rusticane et velut inhopeste ipso etiam Domini comitatu se habuisse, ut velut omnis reverentiæ atque honestatis obliti, quum per sata transirent, spicas vellere, fabricare et comedere, more puerorum, non erubescerent, nec de ipsa etiam manuum ablutione, quum cibos essent accepturi, sollicitos esse. Qui quum a nonnullis quasi de immunditia argnerentur, eos Dominus excusans : e non lotis, » inquit, « manibus manducare non coïnquinat hominem. » Ubi et statim generaliter adjecit, ex auillis exterioribus animam inquinari, sed ex his tantum quæ de corde pro-

c'est-à-dire, par « les mauvaises pensées, les adulières, les homicides, etc. » Si le cœur, en effet, n’est pas corrompu avant l'acte par une intention mauvaise, l’acte extérieur ne saurait être un péché. Aussi dit-il que les adultères mêmes et les homicides viennent du cœur, puisqu'ils peuvent être accomplis sans l'intervention du corps, selon cette parole : « quiconque voit une femme et la convoite est, par cela seul, adultère dans son cœur. » Et encore : « quiconque haïit son frère est homicide. » Tandis qu’il n’y a ni adultère ni violence, les actes fussent-ils accomplis, quand une femme succombe à la violence, ou quand un Juge, au nom de la justice, est contraint de mettre un coupable à mort; « car tout homicide, » est-il écrit, « n'a point de part au royaume de Dieu. »

C'est donc moins nos actes en eux-mêmes, que l'intention avec laquelle nous les accomplissons, qu'il faut peser, si nous voulons être agréables à celui qui sonde les cœurs et les reins, qui voit clair dans les ténèbres, et « qui jugera les secrètes pensées des hommes, selon mon Évangile, » dit saint Paul, c'est-à-dire selon la doctrine de ma prédication. Voilà pourquoi la modique offrande de la veuve, qui ne donne que deux deniers, c’est-à-

deunt, « quæ sunt, » inquit, « cogitationes, adulteria, homicidia, etc. « Nisi enim prius prava voluntate animus corrumpatur, peccatum esse non poterit quidquid exterius agatur in corpore. Unde et bene ipsa quoque adulteria sive homicidia ex corde procedere dicit, quæ et sine tactu corporum perpetrantur, joxta illud : « qui viderit mulierem ad concupiscendam eam, jam mæchatus ést in corde suo. » Et « omnis qui odit fratrem suum homicida est. » Et tactis vel læsis corporibus minime peraguntur, quando videlicet per violentiam opprimitur aliqua, vel per justitiam coactus judex interficere reum. «& Omnis » quippe « homicida, » sicut scriptum est, « non habet partem in fegno Dei. » Non itaque magnopere qnæ fiunt, sed quo animo fiant pensandum est, si illi placere studemus, qui cordis et renum probator est, et in abscondito videt, « qui judicabit occulta hominum, » Panlus inquit, « secundum Evangelium meum, » hoc est secnndum meæ prædicatiunis doctrinam. Unde et modica viduæ oblatio, quæ fuit duo minuta, id est quadrans, omnium divi-

dire un quatrain, fut préférée aux offrandes abondantes par celui à qui nous disons : « vous n'avez pas besoin de mes biens; » par celui qui apprécie l'offrande d’après celui qui fait l'offrande, et non celui qui fait l’offrande d’après l’offrande, ainsi qu'il est écrit : « le Seigneur regarda favorablement Abel et ses présents; » ce qui signifie qu’il examina avant tout Ja piété de celui qui lui faisait l’offrande, et eut le don pour agréable à cause de celui qui le faisait.

La dévotion du cœur a d’autant plus de prix aux yeux de Dieu, que nous mettons moins de confiance dans ses manifestations extérieures. C’est pourquoi l’Apôtre, après avoir, dans sa lettre à Timothée dont nous avons parlé plus haut,

autorisé l’usage de tous les aliments, ajoute, au sujet des travaux du corps : « c’est à la piété qu’il faut vous exercer ; les exercices du corps ne sont utiles qu’à certaines choses, mais la piété est utile à tout; c’est à elle qu'ont été promises et la vie présente et la vie future. » En effet, la pieuse dévotion du cœur envers Dieu obtient de lui les biens de ce monde et ceux de l'éternité.

Que nous enseignent tous ces préceptes, sinon de vivre suivant la sagesse chrétienne et de faire servir, comme Jacob, les

tum oblationibus copiosis prælata est ab illo cui dicitur : « bonordm meorum non eges; » cui magis oblatio ex offerente quam offerens placet ex oblatione, sicut scriptum est : « respexit Dominus ad Abel; et ad munera ejus; » ut videlicet prius devotionem offerentis inspiceret, et sic ex ipso donum oblatum gratum haberet: Quæ quidem animi devotio tanto major in Deo habetur, quanto in exterioribus quæ fiant minus confidimus. Unde et Apostolus, post communem ciborum indulgentiam, de qua, ut supra meminimus, Timotkheo seribit, de exercitio quoqne corporalis laboris adjunzxit, dicens : « exerce antem te ipsum ad pietatem ; Dam corporalis exercitatio ad modum utilis est : pietas autem ad omnia utilis est, promissionem habens vitæ quæ nunc est, et futuræ. » Quoniam pia mentis in Deum devotio, et hic ab ipso meretur necessaria, et in futuro perpetua. Quibus quidem documentis quid aliud docemur quam christiane « sapere, et cum JaGob de domesticis animalibus refectionem patri providere, non

animaux domestiques à la nourriture de notre père, au lieu d'aller, comme Ésaü, chercher ceux des forêts et de judaiser dans les pratiques extérieures. De là aussi ce précepte du Psalmiste : « le souvenir des vœux que je vous ai faits, Seigneur, est en moi, et je les réaliserai en actions de grâce. » A cette parole, ajoutez celle du poëte : « ne vous cherchez pas hors de vous-même. »

Les témoignages abondent dans les auteurs profanes comme dans les auteurs sacrés, qui nous apprennent qu’il ne faut pas attacher grande importance aux actes qu'on appelle extérieurs et indifférents. Autrement les œuvres de la loi et l’insupportable servitude de son joug, comme dit Pierre, seraient préférables à la liberté de l'Évangile, au joug aimable de Jésus- Christ et à son poids léger. Pour nous inviter à recevoir cé joug aimable et ce léger fardeau, Jésus-Christ lui-même nous dit : « venez, vous qui travaillez et qui êles chargés. » C’est pourquoi l’apôtre saint Paul réprimandait vivement certains Juifs convertis à Jésus-Christ, mais qui pensaient encore accomplir les œuvres de l’ancienne loi, dans ce passage des Actes des Apôtres où il dit : « hommes, mes frères, pourquoi tenter

cum Esau de silvestribus curam sumeré , et in exterioribus judaizare. Hinc et illud est Psalmistæ : « In me sunt, Deus, vota tua, quæ reddam Jaudationes tibi.» Ad hoc quoque illud adjunge poeticum :

Ne te quæsiveris extra.

Multa sunt et innumerabilia tam secularium quam ecclesiasticorum doctorum testimonia, quibus ea quæ sunt exterius et indifferentia vocantur, non magnopere curanda esse docemur. Alioquin legis opera, et servitutis ejus; sicut ait Petrus, importabile jugum Evangelicæ libertati esset præferendum, et suavi jugo Gbristi, et éjus oneri levi. Ad quod quidem suave jugum et onus leve per semetipsum Gbristus nos invitans : « venite, » inquit, « qui laboratis et onerati estis. » Unde et prædictus Apostolus quosdam jam ad Christum conversos, sed adhuc opera leuis retineri censentes vehementer objurgans, sicut in Actibus Apostolorum scriptum est; ait : « viri fratres, quid tentatis Deum

Dieu, pourquoi vouloir imposer aux disciples un joug que ni nos pères ni nous n'avons pu porter? Nous n’en croyons pas moins être sauvés, comme eux, par la grâce de Notre-Seigneur Jésus. »

Toi donc, qui es non-seulement un disciple de Jésus-Christ, mais un fidèle imitateur de l’Apôtre, qui en as la sagesse aussi bien que le nom, mesure-nous, je t'en prie, la règle des œuvres, en sorte qu’elle convienne à la faiblesse de notre sexe et que nous puissions être occupées surtout à rendre gloire au Seigneur. C’est ce sacrifice qu’il recommande après avoir rejeté tous les sacrifices extérieurs, quand il dit : « si j'ai faim, je ne vous le dirai pas; car la terre entière est à moi et tout ce qu'elle contient. Croyez-vous que je mange la chair des taureaux ? que je boive le sang des boucs? Offrez à Dieu un holocauste de louanges, accomplissez envers le Très-Haut les vœux que vous avez faits, invoquez-moi au jour de la détresse, et Je vous en tirerai et vous m’honorerez. »

Nous ne disons pas cela dans l'intention de repousser tout travail corporel, lorsque la nécessité l’exigera, mais afin de n’avoir pas à atlacher trop d'importance aux œuvres qui n’intéressent que le corps et qui nuisent à la célébration de l'office

i mponere jugum super cervicem discipulorum, qnod neque patres nostri neque nos portare potuimus® sed per gratiam Domini Jesu credimus salvari, quemadmodum et illi. » Et tu ipse, obsecro, non solum Cbristi, verum etiam hujus imitator Apostoli discretione sicut in nomine, sic operum præcepta moderare, ut infirmæ convenit naturæ, et ut divinæ laudis plurimum vacare possimus officiis. Quam quidem hostiam, exterioribus omnibus sacrificiis reprobatis, Dominus commendans ait : « si esurivero, non dicam tibi; meus est enim orbis terræ, et plenitudo ejus. Nunquid manducabo carnes taurorum, aut sanguinem hircorum potabo? Immola Deo sacrificium laudis, et redde altissimo vota tua, et invoca me in die tribulationis, et eruam te, et honorificabis me. » Nec id quidem ita loquimur, ut laborem operum corporalium respuamus, quum necessitas postulaverit, sed ne ista magoa putemus quæ corpori serviunt, et officii divini celebrationem præpediunt; præsertim quum ex auctoritate

divin; quand surtout, ainsi que l’Apôtre l’atteste, les femmes vouées à Dieu jouissent particulièrement du privilége de vivre des dons de la charité plutôt que du produit de leur travail. Ce qui fait dire à saint Paul, dans sa lettre à Timothée : « si quelque fidèle a des veuves, qu’il subvienne à leurs besoins, et que l’Église n'en soit point chargée, afin qu’elle ait assez pour celles qui sont les véritables veuves. » Or, il appelle véritables veuves les femmes vouées à Jésus-Christ, dont le mari est mort, pour lesquelles mort est le monde et qui sont elles-mêmes mortes à lui. Voilà celles qu’il convient de nourrir aux dépens de l'Église, comine du. revenu propre de leur époux. C’est pourquoi le Seigneur confia le soin de sa Mère à un apôtre plutôt qu’à son mari; et les Apôtres eux-mêmes ont institué sept diacres, c’est-à-dire sept ministres de l'Église pour veiller aux besoins des femmes vouéesmà Dieu.

Nous savons, sans doute, que l’Apôtre écrivant aux habitants de Thessalonique, condamne ceux qui mènent une vie d’oisiveté et de méditation, à ce point qu’il veut que quiconque refuse de travailler ne mange pas; nous savons aussi que saint Benoît a précisément prescrit le travail des mains comme remède à l’oisiveté. Mais quoi? Marie n’était-elle pas oisive , lorsqu'elle

Apostolica id præcipue devotis induftum sit feminis, ut alienæ procurationis sustententur officiis magis, quam de opere proprii laboris. Unde ad Timotheum Paulus : « si quis fidelis habet viduas, subministret illis, et non gravetur Ecclesia, ut his quæ veræ viduæ sunt sufficiat. » Veras quippe viduas dicit quascunque Christo devotas, quibus non solum maritus mortuus est, verum etiam mundus crucifixus est, et ipsæ mundo. Quas recte de dispendiis Ecclesiæ, tanquam de propriis sponsi sui redditibus, sustentari convenit. Unde et Dominus ipse Matri suæ procuratorem apostolum pntius quam virum ejus prævidit, et apostoli septem diaconos, id est Ecclesiæ ministros, qui devotis ministrarent feminis, instituerunt. Scimus quidem et Apostolum, Thessalonicensibus seribentem, quosdam otiose vel curiose viventes adeo constrinzisse, ut præciperet, quoniam, si quis non vult operari, non manducet; et beatum Benedictum maxime, pro otiositate vitanda, opera manuum injunxisse. Sed numquid Maria

était assise aux pieds du Christ écoutant ses paroles, tandis que Marthe, qui travaillait pour elle en même temps que pour le Seigneur, murmurait avec jalousie contre la paresse de sa sœur, et se plaignait de porter seule le poids du jour et de la chaleur ? De même, aujourd'hui, nous voyons fréquemment murmurer ceux qui travaillent aux choses extérieures, lorsqu'ils fournissent à ceux qui sont occupés du service de Dieu les biens de la terre. Et souvent ils se plaignent moins des rapines d’un tyran que des dimes qu'ils sont obligés de payer à ces fainéants, comme ils disent, dont le repos n’est bon à rien. Cependant, ils voient ces fainéants incessamment occupés non-seulement à écouter les paroles du Christ, mais à les lire et à les répandre. Ils’ ne prennent pas garde que c'est peu de chose, comme dit l'Apôtre, de partager les biens du corps à ceux dont ils attendent les biens de l’âme, et qu’il n’est point contraire à l’ordre que ceux qui s’adonnent aux soins de la terre servent ceux qui sont occupés des soins du ciel. Aussi la loi elle-même a-t-elle assuré aux ministres de l’Église ce salutaire loisir; la tribu de Lévi ne possédait aucun héritage temporel; et afin de pouvoir plus librement se consacrer au service du Seigneur, elle avait le droit de prélever sur le travail des autres enfants d'Israël des dimes et des oblations.

otiose sedebat, ut verba Ghristi audiret, Martha tam ei quam Domino Jahborante, et de quiete sororis tanquam invida murmurante, quasi quæ sola pondus diei et æstus portaverit ? Unde et hodie frequenter murmurare eos cernimus, qui in exterioribus lahorant, quurmn his qui divinis occupati sunt officiis terrena ministrant. Et sæpe de his, quæ tyranni rapiunt, minus conquernntur quam quæ desidiosis, ut aiunt, istis et otiosis exsolvere coguotur. Quos tamen non solum verba Christi audire, verum etiam in his assidue legendis et decantandis occupatos considerant esse. Nec attendunt non esse magnum, ut ait Apostolus, si eis communicent corporalia, a quibns expectant spiritualia; nec indignum esse, ut qui terrenis intendunt, his qui spiritualibus occupantur deserviant. Hinc etenim ex ipsa quoque legis sanctione ministris Ecclesiæ hæc salubris otii libertas concessa. ut tribus Levi nihil hæreditatis terrenæ perciperet, quo expeditius Domino deserviret; sed de labore aliorum decimas et oblas

Quant aux jeûnes, que les chrétiens observent en les considérant plutôt comme une abstinence de vices que comme une abstinence d'aliments, il y aura lieu de voir s’il convient d'ajouter quelque chose aux canons de l’Église, et de nous donner sur ce point le règlement le meilleur.

Mais c’est particulièrement les offices de l’Église et la distribution des psaumes qu'il sera utile de régler. En cela, du moins, de grâce, soulagez notre faiblesse d’un trop lourd fardeau. Que la semaine nous soit donnée pour réciter le Psautier, de façon à ce que nous n’ayons pas à répéter les mêmes psaumes. Saint Benoît, après avoir distribué la semaine selon ses vues, laissa ses successeurs libres d'agir suivant leur convenance : « si quelqu'un trouve mieux à faire, il fera, » dit-il, «un autre règlement. » Il prévoyait qu'avec la succession des temps, la beauté de l'Église s'accroîtrait ; il songeait au magnifique édifice qui s’est depuis élevé sur ses grossiers fondements. |

Mais il est un point sur lequel nous désirons par-dessus tout êlre fixées : que devons-nous faire à l'égard de la lecture de l'Évangile pendant les vigiles nocturnes? Il me semblerait dangereux d'admettre auprès de nous, à une telle heure, des

tiones susciperet. De abstinentia quoque jejuniorum, quam magis vitiorum quam ciborum Christiani appetunt, si quid Ecclesiæ institutioni superaddi decreveris, deliberandum est, et quod nobis expedit instituendum. Maxime vero de officiis Ecclesiasticis, et de ordinatione psalmornm providendum est; ut in hoc saltem, si placet, nostram exoneres infirmitatem. Ne quum Psalterium per hebdomadem expleamus, eosdem necesse sit psalmos repeti. Quam etiam beatus Benedictus, quum eam pro visu suo distribuisset, in aliorum quoque actione sua id reliquit admonito, ut, si cui melius videretur, aliter ipsos ordinaret. Atiendens videlicet, quod per tempornm successionem Ecclesiæ decor creverit, et quæ prius rude susceperat fundamentum, postmodum ædificii nacta est ornamentum,. [llud autem præ omnibus diffinire te volumus, quid de Evangelica lectione, in vigiliis nocturnis, nobis agendum sit. Periculosum quippe videtur eo tempore ad nos sacerdotes aut diaconos admitti, per quos hæc

prêtres ou des diacres pour faire cette lecture; car ce que nous devons particulièrement éviter, c’est l'approche et la vue des hommes, afin de pouvoir nous donner plus sincèrement à Dieu, et aussi pour être moins exposées à la tentation.

À toi donc, mon maître, tandis que tu vis, à toi d’instituer la règle que nous devons suivre à toujours. Car c’est toi, après Dieu, qui es le fondateur de cet asile; c'est toi qui, par la main de Dieu, as été le planteur de notre communauté; à toi donc d'être, avec Dieu, le législateur de notre ordre. Peut-être aurons-nous, après toi, un chef étranger et qui bâtirait sur des fondements qu’il n’aurait pas jetés. Et il aurait par là même, nous en avons la crainte, moins de sollicitude pour nous; peut-être aussi trouverait-il en nous moins de soumission; eût-il mêmes intentions enfin , il n’aurait pas même pouvoir. Parle-nous, toi, et nous écouterons. Adieu,

lectio recitetur, quas præcipue ab omni hominum accessu atque aspectu segregatas esse convenit : tum nt sincerius Deo vacare possimus, tum etiam ut a tentatione tutiores simus. Tibi nunc, domine, dum vivis, incumbit instituere de nobis quid in perpetuum tenendum sit nobis. Tu quippe post Deum hujus loci fundator, tu per Deum nostræ congregationis es plantator, tu cum Deo nostræ sis religionis institutor. Præceptorem alium post te fortassis habituræ suwus, et qui super alienum aliquid ædificet fundamentum. Ideoque veremur de nobis minus faturus sollicitus, vel a nobis minus audiendus, et

qui denique, si æque velit, non æque possit. Loquere tu nobis, et audiemus, Vale.

SOMMAIRE

Abélard, à qui Héloïse, daus sa lettre précédente, avait demandé, tant en son nom qu’au nom de ses compagnes, de leur écrire touchant l’origine de l’ordre des religieuses, répond avec de larges développements à cette lettre et à ce désir : faisant remonter l'origine de l’ordre à la primitive Église et même à la sainte association instituée par le Sauveur du monde, il passe en revue ce que Philon le Juif et ce que l’Histoire Tripartite rapportent des premiers ascètes. Partout, dans cette lettre, il exalte le sexe féminin, et il honore libéralement de ses louanges la virginité, non-seulement chez les chrétiennes et chez les juives, mais encore

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