‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 52 sur 98 · QUÆ EST RURSUM PETRI AD HELOISSAM · texte numérisé non relu

QUÆ EST RURSUM PETRI AD HELOISSAM

‘ARGUMENTUM

Abælardus ab Heloïissa superiore epistola rogatus, ut ei et sodalibus ejus, de origine ordinis monialium scriberet, huic epistolæ ejus et illarum voluntati amplissime respondet : ipsumque ordinem a primitiva Ecclesia, imo et ab ipso Domini Servatoris sacro deducit collegio, et quid Philo Judæus, quid Tripartita Historia de primis ascetis narret recenset. Sexum autem femineum, in singulis ejus gradibus, miris effert laudibus, nec solum in christianis vel judæis, sed etiam in gentilibus sive paganis, feminis laudes virginitatis latissime pere

chez les femmes du paganisme. Enfin, ce morceau, dans son ensemble, n’est presque qu’un délicat panégyrique du sexe féminin. Il s'attache surtout à l’éloge de la virginité, dont il cite de remarquables exemples chez les païens.

Ton pieux zèle, très-chère sœur, m'a interrogé en ton nom et au nom de tes filles spirituelles sur l'ordre auquel vous appartenez; vous désirez connaître l'origine des congrégations de religieuses : je vais vous répondre en peu de mots et aussi succinctement que possible.

C'est de Jésus-Christ même que les ordres monastiques d'hommes et de femmes ont reçu la forme dernière de leur constitution. Avant l’incarnation du Sauveur, il y avait bien eu, tant pour les hommes que pour les femmes, quelques essais de ces sortes d'établissements. Saint Jean, en effet, écrit à Eustochie : « les fils des prophètes que l’Ancien Testament nous représente comme des moines, etc. » Saint Luc aussi rapporte qu’Anne, étant veuve, se consacra au service du temple, qu’elle mérita d'y recevoir le Seigneur, conjointement avec Siméon, et d’être remplie de l'esprit prophétique. Mais ce n'étaient que des ébauches. C’est donc Jésus-Christ, la fin de la justice et l’accomplissement de tous les biens, venu

currit. Nihil denique tota fere continet epistola, quam feminei sexus elegantissimum encomium : latius tamen virginitatis laudem prosequitur, cujus etiam apud paganos miri actus leguntur.

Charitati tuæ, charissima soror, de ordine tuæ professionis tam tibi quam spiritualibos filiabus tuis sciscitanti, unde scilicet monialium cæperit religio, paucis, si potero, succincteque rescribam. Monachorum siquidem, sive monialium, ordo a Domino nostro Jesu Christo religionis suæ formam plenissime suupsit, Quamvis et ante ipsius iucarnationem nonnulla hujns propositi tam in viris quam in feminis præcesserit inchoatio. Unde et Hieronymus ad Eustochium scribens : « fiiios, » inquit, « prophetarum, quos monachos legimus in Veteri Testamento, etc. » Annam quoque viduam templo et divino cultui assiduam evangelista commemorat, quie pariter cum Simeone Dominum in templo

suscipere et prophetia repleri meruerit. Finis itaque CGhrisins Justutiæ, et : L 3

dans la plénitude des temps pour achever ce qui n’était qu’ébauché et faire connaître ce qui était inconnu, c’est lui qui, de même qu’il était venu pour racheter les deux sexes, a daigné les rassembler l’un et l’autre dans le véritable couvent de ses fidèles ; sanctionnant ainsi, pour les hommes et pour les femmes, le principe de la profession religieuse, et leur proposant à tous en exemple la perfection de sa vie.

Nous voyons, en eflet, qu'avec les Apôtres, leurs disciples et sa Mère, de saintes femmes l'accompagnaient. En renonçant au monde, en faisant le sacrifice de tout bien pour ne posséder que Jésus, ainsi qu'il est écrit : « le Seigneur est un héritage, » elles n'avaient fait, sans doute, qu'accomplir pieusement ce que doivent faire, selon la règle prescrite par le, Seigneur, tous ceux qui sortent du siècle pour participer à la communauté de la vie religieuse : « nul ne peut être mon disciple, » est-il dit, « à moins de renoncer à tout ce qu’il possède. » Mais avec quel pieux amour ces saintes femmes, ces vraies religieuses ont suivi Jésus-Christ, de quelle grâce il a ensuite comblé leur piété, quels hommages il leur a rendus, ainsi que ses Apôtres, les saintes Écritures le racontent fidèlement.

omniam bonorum consummatio, in pleuitudine temporis veniens, ut inchoata perficeret bona, vel exhiberet incognita ; sicut utramqne sexum vocare venerat atque redimere, ita utramque sexum in vero monachatu suæ congregationis dignatus est adunare : utinde tam viris quam feminis hnjns professionis daretur auctoritas, et omnibus perfectio vitæ proponeretur quam imitarentur. Ibi quippe cum Apostolis cæterisque discipulis, cum matre ipsius sanctarum legimus conventum mulierum ; quæ scilicet seculo abrenunciantes, omnemque proprietatem abdicantes, ut solum possiderent Ghristum, sicut scriptum est : « Dominus pars hæreditatis meæ, » devote illud compleverunt, quo omnes secundum regulam a Domino traditam conversi a seculo ad hujus vitæ communitatem initiantur. « Nisi quis renuntiaverit omuibus quæ possidet, non potest meus esse discipulus. » Quam devote autem Christum hæ beatissimæ mulieres ac vere moniales secutæ fuerint, quantamqne gratiam et h5norem devotioni earum tam ipse Ghristus quam postmodum Apostoli exhibuerint,

Nous lisons dans l'Évangile que le Seigneur réprima les murmures du pharisien qui lui avait donné l'hospitalité, et mit audessus de son hospitalité l’humble hommage de la femme pécheresse. Nous lisons encore que Lazare, après sa résurrection, mangeant avec les autres convives, Marthe, sa sœur, était seule occupée à servir, et que Marie répandit alors une huile précieuse sur les pieds du Seigneur et les essuya ensuite avec ses cheveux, en sorte que toute la maison fut remplie de l'odeur du parfum; et que Judas, dans un sentiment de convoitise, s’indigna, ainsi que les autres disciples, en voyant consommer en pure perte une chose d'un si grand prix. Aïnsi, tandis que Marthe s’occupait des aliments, Marie préparait des parfums ; l’une pourvoit aux besoins du Seigneur, l'autre, par cette ablution, soulage sa lassitude.

L'Évangile ne nous montre que des femmes servant le Seigneur. Elles avaient consacré tous leurs biens à assurer sa nourriture de chaque jour et pris la charge de lui fournir les choses nécessaires. Lui-même se montrait le plus humble des serviteurs envers ses disciples; il les servait à table, il leur lavait les pieds, et nous ne voyons pas qu'il ait jamais reçu d’aucun

sacræ diligenter historiæ continent. Legimus in Evangelio murmurantem Pharisæum, qui hospitio Dominum susceperat, ab ipso esse correctum, et peccatricis mulieris obsequium hospitio ejus longe esse prælatum. Legimus et Lazaro jam resuscitato cum cæteris discumbente, Martham sororem ejus solam mensis ministrare, et Mariam copiosi libram unguenti pedibus dominicis infundere, propriisque capillis ipsos extergere, hujusque copiosi unguenti odore domum ipsam impletam fuisse, ac de pretio ipsius, quia tam inaniter consumi videretar, Judamin concupiscentiam ductum, et discipulos indignatos esse. Satagente itaque Martha de cibis, Maria disponit de unguentis, et quem illa reficit interius, hæc Jlassatum refovet exterius. Nec nisi feminas Domino ministrasse scriptura commemorat Evangelica. Quæ proprias etiam facultates in quotidianam ejus alimoniam dicabant, et ei præcipue hujus vitæ necessaria procurabant. Ipse discipulis in mensa, ipse in ablutione pedum humillimum se ministrum exhibcbat. À nullo vero discipulorum, vel etiam virorum, hoc eum suscepisse

d’eux, ni même d'aucun homme, de semblables services : ce sont des femmes seules, je le répète, qui lui prêtaient leur ministère pour tous les besoins de l'humanité. Marthe a rempli l’un de ces devoirs, Marie l’autre, et Marie, en cela, montre un dévouement d’autant plus pieux qu'elle avait été auparavant plus coupable.

C’est avec de l’eau mise dans un bassin que le Seigneur remplit envers ses disciples ce devoir d’ablution; c’est avec les larmes de son cœur, avec les larmes de la componction, non avec une eau extérieure, que Marie l’accomplit envers lui. Le Seigneur essuya avec un linge les pieds des Apôtres : Marie, pour linge, se servit de ses cheveux, et elle y ajouta des onctions d'huiles précieuses, ce que nous ne voyons pas que Jésus- Christ ait jamais fait. Tout le monde sait que, dans sa confiance en la miséricorde du Seigneur, elle ne craiguit pas de répandre aussi le parfum sur sa tête; et ce parfum, elle ne le fit pas couler du vase, mais elle brisa le vase pour le verser, afin de mieux exprimer l'ardeur de son zèle : elle pensait, sans doute, qu'elle ne pouvait plus conserver pour un autre usage un vase qui avait servi à un tel hommage.

Et par cet hommage elle accomplit la prophétie de Daniel,

novimus obsequium : sed solas, ut diximus, feminas, in his vel cæteris humanitatis obsequiis, ministerium impendisse. Et sicut in illo Marthæ, ita in isto novimus obsequium Mariæ. Qnæ quidem in hoc exhibendo tanto fuit devotior, quanto ante fuerat criminosior. Dominus, aqua in pelvim missa, illius ablntionis peregit officium; hoc vero ipsa ei lacrymis intimæ compuactionis, non exteriori aqua exhibuit. Ablutos discipulorum pedes linteo Dominus extersit ; bæc pro linteo capillis usa est. Fomenta unguentorum insuper addidit, quæ nequaquam Dominum adhibuisse legimus, Quis etiam ignoret mulierem in tantum de ipsius gratia præsumpsisse, ut caput quoque ejus superfuso delibuerit unguento? Quod quidem unguentum non de alabastro extractum, sed fracto alabastro memoratur effusum, ut nimiæ devotionis vehemens exprimeretur desiderium, quæ ad nullum ulterius usum illud reservandum censebat, quo in anto usa sit obsequio. In quo etiam ipsum jam unctionis defectum factis ipsis

qui avait prédit ce qui devait arriver après l’onction du Saint des saints. Voici, en effet, qu’une femme est venue oindre le Saint des saints, et proclame, par ce fait, qu’il est à la fois et celui en. qui elle croit et celui que le prophète avait désigné. Quelle est donc, je le demande, la bonté du Seigneur, ou plutôt quel est le mérite privilégié des femmes, pour que ce soit à des femmes seules qu’il laisse oindre et sa tête et ses pieds? Oui, quel est le mérite privilégié du sexe le plus faible, pour qu'une femme vienne oïindre celui qui, dès sa conception, était l'oint du Saint- Esprit, consacrer, par ce sacre matériel, dans le Christ souverain, le roi et le pontife, le faire Christ, en un mot, c’est-à-dire oindre son corps matériellement ?

Nous savons que c’est le patriarche Jacob qui, le premier, oignit une pierre comme image du Seigneur, et que, dans Ja suite, il ne fut permis qu'aux hommes de faire les onctions des rois ou des prêtres et de conférer les autres sacre- . ments, bien que les femmes puissent prendre quelquefois sur elles de baptiser. Le patriarche avait jadis sanctifié avec l’huile bénite la pierre qui était l'image du temple; de même, aujourd'hui, c’est l'autel que bénit le prêtre. Les hommes ne

exhibet, quem antea Daniel futurum prædixerat : postquam videlicet ungeretur Sanctus sanctorum. Ecce enim Sanctum sanctorum mulier inungit, et eum pariter hunc esse quem credit, et quem verbis propheta præsignaverat, factis ipsa proclamat. Quæ est ista, quæso, Domini benignitas; aut quæ mulierum dignitas, ut tam caput quam pedes snos ipse non nisi feminis præberet inuugendos? Quæ est ista, obsecro, infirmioris sexus prærogativa, ut summum Christum omnibus Spiritus sancti nnguentis ab ipsa ejus conceptione delibu- * tum mulier quoqne inungeret, et quasi corporalibus sacramentis eum in regem et sacerdotem consecrans, Christum, id est unctum, corporaliter ipsum efficeret? Scimus primum a patriarcha Jacob, in typum Domini, lapidem unctum fuisse. Et postmodum regum sive sacerdotum unctiones, seu quælibet unctio= num sacramenta non nisi viris celebrare permissum est, licet baptizare nonnunquam mulieres præsumant. Lapidem olim patriarcha templum, nunc et altare pontifex oleo sanctificat. Viri itaque sacranenta figuris imprimunt ;

consacrent donc que des emblèmes, tandis que la femme, c’est sur la Vérité même qu'elle a opéré, ainsi que la Vérité l’atteste elle-même en disant : « elle a opéré sur moi une bonne œuvre. » C’est d’une femme que le Christ a reçu l’onction, tandis que les chrétiens la reçoivent des hommes : c’est une femme qui a sacré la tête; les hommes ne sacrent que les membres.

C’est par effusion et non goutle à goutte qu’on rapporte avec raison qu’elle a répandu le parfum, ainsi que l’Épouse l'avait auparavant chanté dans le Cantique des cantiques : « votre nom est une huile répandue. » Et David a mystérieusement prophé-tisé cette abondance de parfum qui coula de la tête du Sauveur jusqu’à son vêtement, lorsqu'il dit : « ainsi que le parfum répandu sur la tête d’Aaron, qui couvrit sa barbe et qui descendit jusqu’à son vêtement. »

Saint Jérôme nous rappelle, au sujet du xxvi° psaume, que David reçut une triple onction; tel Jésus-Christ, tels les chrétiens. En effet, les pieds du Seigneur, puis sa tête, ont reçu des parfums de la main d’une femme; et, après sa mort, Joseph d’Arimathie et Nicodème, selon le récit de saint Jean, ont embaumé son corps avant de l’ensevelir. Les chrétiens aussi re-

mulier vero in ipsa operata est veritate, sicut et ipsa protestatur Veritas dicens : « bonum opus operata est in me. » Christus ipse a muliere, Ghristiani a viris inunguntur : caput ipsum scilicet a femina, membra a viris. Bene autem effudisse unguentum, non stillasse super caput ejus mulier memoratur, secundum quod de ipso sponsa in Canticis præcinit dicens : « unguentum effusum nomen tüum: » Hujus quoque unguenti copiam per illud, quod a capite usque ad oram vestimenti defluxit, Psalmista mystice præfigurat, dicens : « sicut aunguentum in capite, quod descendit in barbam, barbam Aaron, quod descen: dit in oram vestimenti ejus. » Trinam David unctionem, sicut et Hieronymus in psalmo xXvi meminit, accepisse legimus; trinam et Ghristum sive Ghristianos : pedes quippe Domini, sive caput, muliebre susceperunt unguentum; mortnum vero ipsum Joseph ab Arimathia et Nicodemus, sicut refert Joannes, cum aromatibus sepelierunt. Ghristiani quoque trina sanctificantur unctione : quarum

coivent trois onctions saintes : le baptème, la confirmation et l’extrême-onction. Qu'on juge par là de la dignité de la femme : par elle le Christ vivant a été oint deux fois, aux pieds et à la tête; d'elle il a reçu Fonction du roi et du prêtre. La myrrhe et l’aloès, qui servent à embaumer les morts, ne font que figurer l'incorruptibilité future du corps de Jésus-Christ, incorruptibilité dont tous les élus jouiront à la résurrection. Mais les premiers parfums employés par la femme marquent la grandeur sans exemple du règne et du sacerdoce de Jésus-Christ; l'onction de la tête s'applique au premier, celle des pieds au second. Voilà donc qu'il a reçu l'onction royale des mains d'une femme, lui qui s'est refusé à accepter la royauté que lui avaient offerte des hommes, lui qui s'enfuit parce qu'ils voulaient le contraindre à l'accepter; et c'est comme roi du ciel, non comme roi de la terre, qu'une femme l’a sacré, suivant ce qu'il a dit lui-même : « mon royaume n’est pas de ce monde. »

Les évêques se glorifient, alors qu’aux applaudissements des peuples, ils oignent les rois de la terre, ou que, revêtus d’habit® magnifiques et ruisselants d’or, ils consacrent des prêtres mortels, bénissant trop souvent ceux qui sont maudits de Dieu.

una fit'in baptismo, altera in confirmatione, tertia vero infirmorum est. Perpende itaque mulieris dignitatem, a qua vivens Gbristus bis inunctus, tam in pedibus scilicet quam in capite, regis et sacerdotis suscepit sacramenta. Myrrhæ vero et aloes unguentum, quod ad conservanda corpora mortuorum adhil etur, ipsius Dominici corporis incorruptionem futuram præsignabat, quam etiam quilibet electi in resurrectione sunt adepti. Priora autem mulieris unguenta siugularem ejus tam regoi qaam sacerdotii demonstrant dignitatem : unelio quid-m capitis superiorem, pedum vero inferiorem. Evce regis etiam sacramentum a muliere suscipit, qui tamen oblatnm a viris sibi regnum susCipere respuit, et ipsis enm in regem rapere volentibus aufugit. Gælestis, non terreni regis mulier sacramentum peragit; ejus, inquam, qui de semetipso postmodum ait : « regnum meum non est de hoc mundo. » Gloriantur episcopi quum, applaudentibus populis, terrenos iaungunt reges, quum mortales consecrant sacerdotes, splendidis et inauratis vestibus adornati, et sæpe his bene-

C'est une humble femme qui, sans changer de vêtement, sans aucun appareil, el au milieu des cris d’indignation des Apôtres, confère au Christ ces deux sacrements, non par glorieux devoir d'état, mais par zèle de dévotion. O merveilleuse fermeté de la foi! Ô inappréciable ferveur d’amour « qui croit tout, espère tout et souffre tout ! » Le pharisien murmure de ce qu’une pécheresse oint les pieds du Seigneur ; les Apôtres s'indignent hautement de ce qu’une femme ne craint pas de toucher à sa tête. La foi de la femme demeure inébranlable ; elle a confiance dans la bonté du Seigneur, et l'approbation du Scigneur ne lui fait défaut ni pour l’une ni pour l’autre onction; il témoigne lui-même combien ces parfums lui ont été agréables, avec quelle reconnaissance il les a reçus, en demandant qu’on lui en réserve et en disant à Judas indigné : « laissez-la m’en conserver pour le jour de ma sépulture. » C’est comme s’il eût dit : ne détournez pas de moi cet hommage tandis que je vis, de peur de m’enlever du même coup le bénéfice des témoignages de sa piété après ma mort.

Il n’est pas douteux, en effet, que ce soient les saintes femmes qui ont préparé les parfums pour embaumer son corps, et Marie se serait moins empressée d’être du nombre, si elle

dicunt, quibus Dominus maledicit. Humilis mulier non mutato habitu, non præparato cultu, ipsis quoque indignantibus Apostolis, bæc in Christo sacramenta peragit, non prælationis officio, sed devotionis merito. O magnam fidei constantiam ! o inestimabilem charitatis ardorem, quæ « omnia credit, omnia sperat, omnia sustinet, » Murmurat Pharisæus dum a peccatrice pedes Dominici inunguntur :.indignantur pateuter Apostoli, quod de capite quoque mulier præsumpserit. Perseverat ubique mulieris fides immota, de benignitate Domini confisa, nec ei in utroque Dominicæ commendationis desunt suffragia. Cujus quidem unguenta quam accepta, quam grata Dominus habuerit, ipsemet profitetur quum sibi hæc reservari postulans indignanti Judæ dixit : « sine illam ut in die sepulturæ meæ servet illud. » Ac si diceret : ne repellas hoc ejus obsequinm a vivo, ue devotionis ejus exhibitionem in hac quogne re auferas defuncto. Gertum quippe est sepulturæ quoque Dominicæ sanctas mulieres aroimata parasse. Quod tunc ista utique minus satageret, si nunc repulsa vere-

eût alors éprouvé la honte d'un refus. Au contraire, tandis que Jes disciples s’indignaient de la hardiesse de cette femme et : murmuraient contre elle, comme dit saint Marc, après les avoir apaisés par des réponses pleines de douceur, il fit l'éloge de son offrande à ce point qu'il voulut que mention en fût insérée dans son Évangile, afin que ce fait fût, avec l'Évangile, répandu par toute la terre, en mémoire et à l'honneur de cette femme accusée de tant de hardiesse. Et nous ne voyons pas que Dieu ait jamais honoré et sanctionné d’une telle recommandation aucun des hommages qui lui furent rendus.

Il a encore témoigné combien il avait pour agréable la piété des femmes, en préférant à toutes les offrandes du temple l’aumône de la pauvre veuve. | à

Autre exemple : Pierre se fait honneur d’avoir, lui et ses compagnons, tout abandonné pour le Christ. Zachée, ayant reçu le Seigneur, suivant son désir, donna la moitié de son bien aux pauvres et restitua le quadruple à ceux à qui il avait pu faire quelque tort. Beaucoup d’autres ont fait de plus grandes dépenses encore, soit pour le Christ, soit pour l'amour du Christ ; ils ont sacrifié, pour lui rendre hommage, ils ont laissé en

‘ cundiam sustinuisset. Qui etiam, quasi de tanta mulieris præsumptione discipulis indiggantibus, et nt Marcus meminit, in eam frementibus, quum eos mitissimis fregisset responsis, in tantum hoc extulit beneficium, ut ipsum Evangelio inserendum esse censeret, et cum ipso pariter ubique prædicandum esse prædiceret, in memoriam scilicet et laudem mulieris, quæ id fecerit in quo non mediocris argnebatur præsumptionis. Quod nequaquam de aliis quarumcunque personarum obsequiis auctoritate Dominica sic commendatum esse legimus atque sancitum. Qui etiam viduæ pauperis eleemosynam omnibus templi præferens oblationibus, quam accepta sit ei feminarum devotio diligenter ostendit. Ausus quidem est Petrus seipsum et coapostolos suos pro Ghristo omnia reliquisse profiteri. Et Zachæus desideratum Domini adventum suscipiens, dimidium bonorum suorum pauperibus largitur, et in qnadruplum, si quid defraudavit, restituit. Et multi alii majores in Christo seu pro Ghristo focerunt expensas, et longe pretiosiora in obsequium obtulernnt divinum, vel

son nom des choses infiniment plus précieuses. Cependant, ils n'ont pas obtenu du Seigneur les mêmes louanges, les mêmes recommandations que les femmes. Et leur conduite à sa mort prouve clairement quelle avait toujours été la grandeur de leur pieux dévouement. Le chef des Apôtres le reniait; son bien-aimé s'était enfui, les autres s'étaient dispersés : seules elles demeurèrent intrépides : crainte, douleur, rien ne put les séparer du Christ, pendant sa passion ni au moment de sa mort. En sorte que c’est à elles particulièrement que parait s'appliquer cette parole de l'Apôtre : « qui nous séparera de l’amour du Seigneur? sera-ce la persécution ou la douleur ? » C’est pourquoi saint Mathieu, après avoir rappelé sa fuite et celle des autres, en disant : « alors tous les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent, » ajoute ensuite, au sujet de la fidélité des femmes qui l'assistaient jusque sur la croix, autant qu'on les laissait faire : « il y avait là plusieurs femmes venues de loin, qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, et qui le servaient. » Le même Évangéliste nous les peint inébranlablement attachées à la pierre du tombeau : « Marie-Madeleine et l’autre Marie étaient là, » dit-il, « assises auprès du

pro Gbristo reliqgnerunt. Nec ita tamen Dominicæ commendationis laudem adepti sunt, sicnt feminæ. Quarum qnidem devotio quanta semper erga eum extiterit, ipse quoque Dominicæ vitæ exitus patenter insinuat. Hæ quippe, ipso Apostolorum principe negante, et dilecto Domini fugiente, vel cæteris dispersis Apostolis, intrepidæ persliterunt ; nec eas à Christo vel in passione, vel in morte formido aliqua, vel desperatio separare potuit. Ut eis specialiter illud Apostoli congruere videaiur : « quis nos separabit a charitate Dei? tribulatio an angustia? » Unde Maithæus, quum de se pariter et cæteris retulisset : « tunc discipuli omnes relicto eo fugerunt, » perseverantiam postmodum supposuit mulierum, quæ ipsi etiam crucifixo, quantum permittebatur, assistebant : « erant, » inquit, « ibi mulieres multæ à longe, quæ secutæ fuerant Jesum a Galilæa, ministrantes ei. » Qnas denique ipsius quoque sepulero immobiliter adbhærentes idem diligenter Evangelista describit, dicens : « Erant autem Maria Magdalene, et altera Maria sedentes contra sepulerum. » De quibus etiuu

tombeau. » Saint Marc dit également en parlant de ces femmes : «il y avait aussi des femmes qui regardaient de loin; parmi elles étaient Madeleine et Marie, mèrc de Jacques le Mineur et de Joseph, et Salomé; elles l'avaient suivi en Galilée, et elles le servaient, ainsi que beaucoup d’autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem. » Jean, qui d’abord s'était enfui, raconte qu'il se tint au pied de la croix et assista le crucifié ; mais il fait passer avant la sienne la fermeté des femmes, comme si c'était leur exemple qui eût rappelé et ranimé son courage. « Au pied de la croix se tenaient, » dit-il, « la mère de Jésus, la sœur de sa mère Marie, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine. Quand donc Jésus vit sa mère et son disciple au pied de la croix... n

Cette fermeté des saintes femmes et cette défection des disciples, longtemps auparavant le saint homme Job les avait prophétisées dans la personne de Jésus-Christ, lorsqu'il disait : « mes os se sont attachés à ma peau, mes chairs se sont consumées, et il ne. me reste que les lèvres autour des dents. » Dans les os, en effet, qui soutiennent et portent la chair et la peau, réside la force du corps. Or dans le corps de Jésus-Christ, qui est l’Église, il en-

mulieribus Marcus commemorans ait : « erant autem et mulieres de longe aspicientes, inter quas erat Magdalene, et Maria Jacobi minoris, et Joseph mater, et Salome. Et quum esset in Galilea, sequebantur eum, et ministrabant ei, et aliæ multæ quæ simul cum eo ascenderant Hierosolÿmam. » Stetisse autem juxta crucem, et crucifixo se etiam astitisse Joanges, qui prius aufngerat, narrat; sed perseverantiam præmittit mulierum, quasi earum exemplo animatus esset ac revocatns. « Stabant, » inquit, « juxta crucem Jesu mater ejus, et soror,matris ejus Maria Cleophæ, et Maria Magdalene Quum vidisset ergo Jesus matrem, et discipulum stantem, etc. » Hanc autem sanctarnm constautiam mulierum, et discipnlorum defectum longe ante beatus Job in persona Domini prophetavit, dicens : « pelli meæ cousumptis carnihus adhæsit os meum, et derelicta sunt tantummodo labia circa dentes meos. » In osse quippe, quod carnem et pellem sustentat et gestat, fortitudo est corporis. In corpore igitur Christi, quod est Ecclesia, os ipsius dixit Christianæ fidei stabile funda-

tend par l'os le fondement solide de la foi chrétienne ou cette ardeur d'amour dont il est dit dans le Cantique : « des torrents d’eau n’ont pu éteindre son amour, » et dont l’Apôtre dit aussi : « elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout. » La chair est, dans le corps, la partie intérieure ; la peau, la partie extérieure. Les Apôtres sont occupés à répandre la nourriture de l’âme, et les femmes qui veillent aux besoins du corps sont comparées à la chair et à la peau. Lors donc que les chairs du Seigneur ont été consumées, l’os du Christ s’est attaché à la peau, parce que les Apôtres, étant scandalisés dans sa passion et désespérés de sa mort, le dévouement des saintes femmes demeura inébranlable et ne quitta point l'os de Jésus-Christ; parce qu’elles ont persévéré dans la foi, l'espérance et la charité, au point de ne l’abandonner ni de corps ni d'âme après sa mort. Naturellement les hommes sont , de corps et d'âme, plus forts que les femmes : d'où, avec raison, la chair qui est plussvoisine des os figure.la nature de l’homme, tandis que la peau représente la faiblesse de la femme.

D'un autre côté, les Apôtres, dont le devoir est, pour ainsi dire, de mordre les hommes en les reprenant de leurs fautes, sont ap-

mentum, sive fervor ille charitatis, de quo canitur : « aquæ multæ non poterunt extinguere charitatem. » De quo et Apostolus : « omnia, » inquit, « suffert, omnia credit, omnia sperat, omnia sustinet. » Caro autem in corpore pars interior est, et pellis exterior. Apostoli ergo interiori animæ cibo prædicando intendentes, et mulieres corporis necessaria procurantes, carni comparantur et pelli. Quum itaque carnes consumerentnr, os Ghristi adhæsit pelli; quia scandalizatis in passione Domini Apostolis, et de morte ipsius desperatis, sanctarum devotio feminarum perstitit immobilis, et ab osse Ghristi minime recessit ; quia fidei, vel spei, vel charitatis constantiam in tantum relinuit, ut nec a mortuo mente disjungerentur aut corpore. Sunt et viri naturaliter tam mente quam corpore feminis fortiores. Unde et merito per carnem, quæ vicinior est ossi, virilis natura, per pellem muliebris infirmitas designatur. Ipsi quoque Apostoli, quorum est reprehendendo lapsus aliorum mordere, dentes Domini

pelés les dents du Seigneur ; mais il ne leur restait plus que les lèvres, c’est-à-dire des paroles plutôt que des actions; car, tandis qu’ils désespéraient, ils parlaient de la mort de Jésus-Christ beaucoup plus qu'ils n'agissaient pour Jésus-Christ. Tels étaient assurément ces disciples qui allaient à Emmaüs, s’entretenant de tout ce qui était arrivé, et auxquels il apparut pour les blâmer de ce qu'ils désespéraient. Enfin, Pierre et les autres disciples eurent-ils autre chose que des paroles, quand vint le moment de la passion? Bien que le Seigneur leur eût prédit lui-même que ce moment serait pour eux un sujet de scandale : « et quand tous seraient scandalisés à cause de vous, » dit Pierre, « moi je ne le serai jamais ; » et ailleurs : « quand je devrais mourir avec vous, je ne vous renierai pas. Et tous les disciples dirent de même. » Oui, ils dirent, mais ils ne firent point. Lui, le premier, le plus grand des Apôtres, qui, en paroles, avait témoigné une telle fermêté qu'il avait dit au Seigneur : « je suis prêt à marcher avec vous en prison, à la mort; » lui à qui le Seigneur avait alors particulièrement confié son Église, en lui disant : « à vous, enfin converti, d'affermir vos frères dans la foi, » sur un mot d'une servante, il ne craint pas de le renier. Et cela non pas

dicuntur. Quihus tantummodo labia, id est verba, potins quam facta remanserant, quum jam desperati de Christo magis loquerentur, quam pro Ghristo quid operarentur. Tales profecto illi erant discipuli, quibus in castellum Emaus cuntibus, et Joquentibus adinvicem de his omnibus quæ acciderant ipsi, apparuit, et eorum desperationem correxit, Quid denique Petrus vel cæteri discipulorum præter verba tune hahuerunt, quum ad Dominicam ventum esset passionem, et ipse Domiuus futurum eis de passione sua scandalum prædixisset ? « Et si omnes, » inquit Petrus, « scandalizati fuerint in te, ego nunquam scandalizabor. » Et iterum : « etiam si oportuerit me mori tecum, non te negaho. Similiter et omnes discipuli dixerunt. » Dixerunt, inquam, potius quam fecerant. Ille enim primus et maximus Apostolorum, qui tantam in verbis habuerat constantiam, ut Domino diceret : « tecum paratus sum et in carcerem, et in mortemire; » cui tunc et Dominus Ecclesiam suam specialiter committens, dixerat : « et tu aliquando conversus confrma fratres tuos, » ad

une fois, mais trois, tandis qu’il vivait encore; et tandis qu’il vivait encore, les autres disciples aussi s'enfuirent en un instant et se dispersèrent, au lieu que, même après sa mort, les femmes ne se séparèrent de lui ni de corps ni d’âme.

Parmi elles, cette bienheureuse pécheresse le cherchant après sa mort et le confessant pour son Dieu, dit: « ils ont enlevé le Seigneur de son tombeau ; » et ailleurs : « si vous l'avez enlevé, ditesmoi où vous l’avez mis et je l’emporterai. » Les béliers, que dis-je? les bergers mêmes du troupeau du Seigneur s’enfuient, les brebis demeurent, intrépides. Jésus-Christ reproche à ses Apôtres la faiblesse de la chair, parce que, à l’article de sa passion, ils n’ont pu veiller une heure avec lui ; les femmes, au contraire, passèrent la nuit entière au pied du tombeau et méritèrent de voir les premières la gloire de sa résurrection. Dans cette fidélité après sa mort, elles ont prouvé, par des actes et non par des paroles, combien elles l’avaient aimé pendant sa vie; aussi est-ce à leur sollicitude pour lui pendant sa passion et après sa mort, qu'elles durent de goûter les premières la joie de sa résurrection.

En eflet , tandis que, selon saint Jean , Joseph d'Arimathie et Nicodème enveloppaient dans des linges le corps du Seigneur et

‘unam ancillæ vocem ipsum negare non veretur. Nec semel id agit, sed tertio ipsum adhuc viventem denegat, et a vivo pariter omnes discipuli uno temporis puncto fugiendo devolant: a quo, nec in morte, vel mente vel corpore feminæ sunt disjunctæ. Quarum beata illa peccatrix mortuum etiam quærens, et Dominum suum conftens, aif : « tulerunt Dominum de monumento. » Et iterum : « si tu sustulisti eum, dicito mihi ubi posuisti, et ego eum tollam. » Fugiunt arietes, imo et pastores Dominici gregis : remanent oves intrepidæ. Argnit hos Dominus tanquam infirmam carnem, quod, in articulo etiam passionis suæ nec una hora cum eo potuerunt vigilare. Insomnem ad sepulcrum illius noctem în lacrymis feminæ ducentes, resurgentis gloriam primæ videre meruerunt. Gui fideliter in mortem quantum dilexerint vivum non tam verbis quam rebus exhibuerunt. Et de ipsa etiam, quam circa ejus passionem et mortem habuerunt sollicitudinem, resurgentis vita primæ sunt lætificatæ. Quum enim, secundum Joannem, Joseph ab Arimathia, et Nicodemus corpus Domini ligantes linteis

l’ensevelissaient avec des parfums, Marie-Madeleine et Marie- Joseph , au rapport de saint Marc, remarquaient avec soin l’endroit où il était déposé. Saint Luc fait aussi mention de ce point. « Les femmes qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, » dit-il, « virent son tombeau et la manière dont le corps avait été déposé ; et, s’en retournant, elles préparèrent des parfums. » Elles ne crurent pas ceux de Nicodème suffisants ; elles voulurent y ajouter les leurs. Le jour du sabbat, elles se tinrent tranquilles et n’exécutèrent pas leur dessein. Mais, selon saint Marc, le jour du sabbat passé, dès le matin , Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques et Salomé. vinrent au tombeau le jour même de la résurrection.

Maintenant que nous avons montré leur pieux zèle, montrons quelle en fut la récompense: D'abord un ange leur apparut pour les consoler, en leur annonçant l’accomplissenient de la résurrection; ensuite elles virent avant tout le monde le Seigneur lui-même et le touchèrent, Marie-Madeleine la première , dont l'ardeur était plus vive; puis les autres avec elle : je veux dire celles dont il est écrit qu'après l'apparition de l'ange, « elles sortirent du tombeau et coururent annoncer aux apôtres la ré-

cum aromatibus sepelirent, refert Marcus de earum studio, quod Maria Magda- : lene et Maria Joseph aspiciebant ubi poneretur. De his quoque Lucas commemorat dicens : « seeutæ autem mulieres, quæ cum Jesu venerant de Galilæa, viderunt monumentum, et quemadmodum positum erat corpus ejus, et revertentes paraverunt aromata. » Nec satis videlicet habentes aromata Nicodemi, nisi et adderent sua. Et sabbato quidem siluerunt secundum mandatum; jnxta Marcum vero, quum transisset sabbatum, summo mane, in ipso die resurrectionis, venerunt ad monumentum Maria Magdalene, et Maria Jacobi, et Salome. Nunc quoniam devotionem earum ostendimus, honorem quem meruerint prosequamur. Primo angelica visione sunt consolatæ de resurrectione Domini jam completa : demum ipsum Dominum primæ viderunt et tenuerunt. Prior quidem Maria Magdalene, quæ cæteris ferventior erat; postea ipsa simul, et aliæ, de quibus.seriptum est, quod post angelicam visionem « exierunt de monumento, currentes nuntiare discipulis resurrectionem Domini. Et ecce Jesus occurrit

surrection du Seigneur. Et voici que Jésus vint au-devant d'elles, disant : je vous salue. Et elles s’approchèrent de lui, et elles touchèrent ses pieds et elles l’adorèrent. Alors Jésus dit : allez et annoncez à mes frères qu’ils aillent en Galilée; là ils me verront. »

Saint Luc, poursuivant ce récit, ajoute : « c’étaient Madeleine et Jeanne, et Marie, mère de Joseph, et les autres femmes qui étaient avec elles, qui disaient cela aux Apôtres. » Saint Marc ne laisse pas ignorer non plus que ce fut elles que l'ange envoya d’abord porter cette nouvelle aux Apôtres, dans le passage où l'ange parlant aux femmes il est écrit : « il est ressuscité, il n’est plus ici; mais allez, et dites à ses disciples et à Pierre qu'il les précédera en Galilée. » Le Seigneur lui-même, lorsqu'il apparut pour la première fois à Marie-Madeleine, lui dit : « allez à mes frères, et dites-leur que je monte vers mon Père. » D’où nous concluons que ces saintes femmes furent, pour ainsi dire, les apôtres des Apôtres , puisque ce sont elles qui furent envoyées par le Seigneur ou par les anges pour porter aux disciples cette grande joie de la résurrection attendue de tous : en sorte que

c'est par elles que les Apôtres apprirent ce qu'ils durent ensuite répandre dans le monde entier.

illis, dicens : avete. Illæ autem accesserunt, et tenuerunt pedes ejus, et adoraverunt eum. Tunc ait Jesus : ite, nuntiate fratribus meis, ut eant in Galilæam. IM me videbunt. » De quo et Lucas prosecutus ait : « erat Magdalene, et Joanna, et Maria Jacobi, et cæteræ, quæ cum eis erant, quæ dicebant ad Apostolos hæc.» Quas etiam ab augelo primum fuisse missas ad Apostolos nuntiare hæc nou reticet Marcus, ubi, angelo mulieribus loquente, scriptum est : « surrexit : non est hic. Sed ite, dicite discipulis ejus, et Petro, quia præcedet vos in Galilæam. » Ipse etiam Dominus, primo Mariæ Magdalenæ apparens, ait illi: « vade ad fratres meos, et dic eis : ascendo ad Patrem meum. » Ex quibus colligimus has sanctas mulieres quasi A postolas super Apostolos esse constitutas, quum ipsæ ad eos vel a Domino vel ab angelis missæ summum illud resurrectionis gaudium nuntiaverunt, quod expectabatur ab omnibus, ut per eas Apostoli primum addiscerent quod toti mundo postmodum prædicarent.

L'évangéliste a rapporté, en outre, que le Seigneur, après sa résurrection, venant à leur rencontre, les salua; il voulut, par cette apparition et ce salut, leur montrer combien il avait pour elles de sollicitude et d’amou?. Nous ne voyons pas, en effet, qu'il ait jamais employé vis-à-vis de qui que ce soit cette formule : « je vous salue. » Bien plus, il l'avait interdite à ses disciples, en leur disant : « vous ne saluerez personne dans le chemin. » Il semble qu'il eût voulu réserver pour les saintes femmes . ce privilége , et en faire lui-même l'application lorsqu'il jouirait de la gloire de l’immortalité. |

Les Actes des Apôtres, lorsqu'ils arte qu'aussitôt après l'ascension de Notre-Seigneur ses disciples revinrent du mont des Oliviers à Jérusalem, et qu’ils décrivent fidèlement le pieux zèle de leur sainte communion, ne passent pas non plus sous silence la fermeté du dévouement des saintes femmes. «Ils étaient tous,» est-il dit, « persévérant unanimement en prières avec les femmes et Marie, mère de Jésus. » | |

Mais ne parlons plus des femmes juives, qui, converties à la foi, du vivant du Seigneur et par sa parole, ont jeté les bases du genre de vie que vous avez embrassé; voyons

Quas etiäm post resurrectionem Domino occurrente salutari ab ipso evangelista supra memoravit : ut, tam occursu suo quam salutatione, quantam grea eas sollicitudinem et gratiam haberet ostenderet. Non enim aliis proprium saluta-

tionis verbum, quod est : « avete, » eum legimus protulisse : imo et salutatione antea discipulos inhibuisse, quum eis diceret : « et neminem per viam salutaveritis. » Quasi hoc privilegium nunc usque devotis feminis reservaret, quod per semetipsum eis exhiberet, immortalitatis gloria jam potitus. Actus quoque Apostolorum quum referant statim post ascensionem Domini -Apostolos a moate Uliveti Hierusalem rediisse, et iilius sacrosancti conventus religionem diligenter describant, non est devotionis sanctarum mulierum perseverantia prætermissa, quum dicitur : « hi erant omnes perseverantes unanimiter in orationibus cum mulieribus, et Maria matre Jesu. » Ut autem de Hebræis prætermittamus feminis, quæ primo conversæ ad fidem, vivente adhuc Domino

les femmes grecques que, dans la suite, les Apôtres convertirent. Avec quelle attention, avec quelle sollicitude ne les traitèrent-ils pas! Pour les servir, c'est le glorieux enseigne de la milice chrétienne, c’est Étienne, le premier martyr, qu'ils constituèrent avec quelques autres personnages inspirés de Dieu. D'où il est écrit dans les mêmes Actes : « le nombre des disciples se multipliant, un murmure s’éleva des Grecs contre les Hébreux, parce que leurs veuves étaient mal traitées dans la répartition des secours de chaque jour. Et les douze Apôtres , ayant convoqué tous leurs disciples, dirent : il n’est pas juste que nous quittions la parole de Dieu pour nous

occuper du service des tables. Choisissez donc parmi vous, mes | frères, sept hommes d’une réputation sans tache, remplis de sagesse et de l'Esprit-Saint, pour que nous les préposions à ce soin ; quant à nous, nous nous livrerons exclusivement à la prière et au ministère dela parole. Et ce discours plut à toute l’assemblée, et ils choisirent Étienne, qui était plein de foi et de l'Esprit-Saint, avec Philippe, et Prochore, et Nicanor, et Timothée, et Parménas et Nicolas d’Antioche ; ils les amenèrent aux pieds

in carre, et prædicante, formam hujus religionis inchoaverunt, de viduis quoque Græcorum, quæ ab Apostolis postea susceptæ sunt consideremus ; quanta scilicet diligentia, quanta cura ab Apostolis et ipsæ tractatæ sint, quum ad ministrandum eis gloriosissimus signifer christianæ militiæ, Stephanus, protomartyr, cum quibusdam aliis spiritalibus viris ab ipsis Apostolis fuerit constitutus. Unde in eisdem Actibus Apostolorum scriptum est : « crescente numero discipulorum, factum est murmur Græcorum adversus Hebræos, quod despicerentur in ministerio quotidiano viduæ eorum. Convocantes autem duodecim Apostoli multitudinem discipulorum, dixerunt : non est æquum derelinquere nos Verbum Dei, et ministrare mensis. Considerate ergo, fratres, viros ex omnibus vobis boni testimonii septem, plenos Spiritu sancto et sapientia, quos constituamus super hoc opus. Nos vero orationi et ministerio verbi instantes erimus. Et placuit sermo coram multitudine. Et elegerunt Stephanum plenum fide et Spiritu sancto, et Philippum, et Prochornm, et Nicanorem, et Timotheum, et Parmænam, et Nicolaum Antivchenum. Hos statuerunt ante con-

des Apôtres, qui leur imposèrent les mains en priant. » Grande preuve de la continence d’Elienne, que d’avoir été choisi pour veiller à la satisfaction des besvins et des désirs des saintes femmes ; grande preuve aussi de l’excellence de ce ministère et de ses mérites aux yeux de Dieu comme aux yeux des Apôtres, que cette prière spéciale, cette imposition des mains, par lesquelles les Apôtres semblaient adjurer ceux qu'ils y commettaient de s’en acquitter avec zèle, en leur promettant qu'ils leur viendraient en aide par leurs prières et leurs bénédictions. a

Saint Paul ne réclamait-il pas lui-même cette fonction comme la plénitude de son apostolat ? « N’avons-nous pas, » dit-il, «comme les autres Apôtres, le pouvoir de mener avec nous une femme qui soit notre sœur ? » C’est comme s’il eût dit clairement : est-ce qu’il ne nous est pas permis d'avoir et de mener avec nous, dans notre prédication, un cortége de saintes femmes

comrne les Apôtres, aux besoins desquels elles pourvoyaient de leurs biens? Ce qui a fait dire à saint Augustin, dans son livre du Travail des moines : « pour cela, ils avaient de saintes femmes, riches des choses de ce monde, qui allaient avec eux,

spectum Apostolorum, et orantes imposuerunt es manus.» Unde et continentia Stephani admodum commendatur, quod ministerio atqne obsequio sanctarum feminarum fuerit deputatus. Cujus quidem obsequii ministratio, quam excellens sit, et tam Deo quam ipsis Apostolis accepta, ipsi tam propria oratione quam manuum impositione protestati sunt : quasi hos, quos in hoc constituebant, adjurantes ut fideliter agerent, et tam benedictione sua quam oratione eos adjuvantes nt possent. Quam etiam Paulns administrationem ad apostolatus sui plenitudinem ipse sibi vindicans : e nunquid non habemus, » inquit, « patestatem sororem mulierem circumducendi, sicut et cæteri apostoli? » Ac si aperte diceret : numquid et sanctarum mulierum conventus nos habere ac nobiseum in prædicatione ducere permissnm est, sicut cæteris Apostolis, ut ipsæ videlicet eis in prædicatione de sua snbstantia necessaria ministrarent. Unde Augustinus in libro de Opere Monachorum : « ad hoc, » inquit, « et fideles mulieres, habentes terrenam substantiam, ibant cum eïs, et ministrabant

les nourrissaient de leurs biens et ne les laissaient manquer d'autune des choses nécessaires à la vie; » et encore : « que quiconque se refuse à croire que les Apôtres permissent à de saintes femmes de les accompagner partout où ils prêchaient l'Évangile, lise l'Évangile, et il reconnaîtra qu'ils agissaient ainsi à l'exemple du Seigneur ; car il est écrit dans l'Évangile : — Jésus, dès lors, allait dans les villes et les bourgades, annonçant le règne de Dieu, et douze hommes étaient avec lui et aussi quelques femmes, qui avaient été guéries d’esprits immondes et d'infirmités, Marie, surnommée Madeleine, et Jeanne, femme de Cuza, intendant d'Hérode, et Suzanne et beaucoup d'autres, qui l’aidaient de leurs biens. — Ce qui prouve que le Seigneur lui-même, dans sa mission, a été temporellement assisté par des femmes, et qu’elles étaient attachées à lui et aux Apôtres comme des compagnes inséparables. » Enfin le goût de la vie religieuse s'étant répandu chez les femmes comme chez les hommes, dès la naissance de l’Église, elles eurent, comme eux, des couvents particuliers. L'histoire ecclésiastique rapportant l'éloge que Philon , ce juif si éloquent,

eis de sua substantia, ut nullius indigerent horum qnæ ad substantiam hujus vitæ pertinent. » Item : « quod quisquis non putat ab Apostolis fieri, ut cum eis sanctæ conversationis mulieres circumirent quocunque Évangelium prædicabant, Evangelium audiant, et cognoscant quemadmodum hoc ipsius Domini exemplo faciebant.... In Evangelio enim seriptum est : « deinceps et ipse iter « faciebat per civitates et castella evangelizans regnum Dei, et duodecim cum « illo, et mulieres aliquæ, quæ erant curatæ a spiritibus immundis, et infirmi- « tatibuis, Maria quæ vocatur Magdalene, et Joanna uxor Cuzæ procuratoris « Herodis, et Susanna, et aliæ multæ, quæ miaistrabant ei de facultatibus « suis. » Ut hinc quoque pateat Dominum etiam in prædicatione sua proficiscentem ministratione mulierum corporaliter sustentari, et eas ipsi pariter cum Apostolis quasi inseparabiles comites adhærere. » Demum vero hujus professionis religione in feminis pariter ut in viris multiplicata, in ipso statim Ecclesiæ nascentis exordio æque sicut viri, ita et feminæ propriorum per se monasteriorum habitacula possederunt. Unde et Ecclesiastica Historia landem Phi-

ne s’est pas borné à faire, mais qu’il a écrit en termes magnifiques, de la grandeur de l’Église d'Alexandrie sous saint Mare, ajoute, au chapitre xvi du Ile livre : « il y a dans le monde beaucoup d'hommes de cette sorte; » et quelques lignes après : « dans chacun de ces lieux-là se trouvent des maisons consacrées à la prière, qu’on appelle monastères; » puis plus bas : « et non-seulement ils comprennent les anciens hymnes les plus subtils, mais ils en composent de nouveaux en l'honneur de Dieu , qu’ils chantent en toutes sortes de modes et de mesures, avec un ensemble très-convenable et qui n’est pas sans charme. » Dans le même endroit, après avoir parlé de leur abstinence et des saints offices de leur culte, il ajoute : « avec les hommes dont je parle il y a aussi des femmes , parmi lesquelles se trouvent nombre de vierges déjà fort âgées qui ont conservé leur pureté sans tache et leur chasteté, non par nécessité aucune, mais par pieux zèle, et qui, dans leur ardeur pour l'étude de la sagesse, se consacrent corps et âme à Dieu, regardant comme indigne de livrer au plaisir un vase préparé pour recevoir la sagesse, et d’enfanter pour la mort quand on aspire au sacré et immortel commerce du Verbe divin et à une postérité

lonis disertissimi Judæi, quam non solum dixit, verum etiam magnifice scripsit de Alexandrina sub Marco Ecclesia, ita inter cætera libro II, capitulo xvr commemorat : « in multis est, » inquit, « orbis terræ partibus hoc genus hominum. » Et post aliqua: « est autem in singulis locis consecrata orationi domus, qnæ appellatur senivor (sic), vel monasterium. » Item infra : « itaque non solum subtilium intelligunt hymnos veterum, sed ipsi faciunt novos in Deum, omnibus eos et metris et sonis honesta satis et suavi compage modulantes. » Item, plerisque de abstinentia eorum præmissis, et divini cultus officiis, adjecit : « cum viris autem, quos dicimus, sunt et feminæ, in quibus plures jam grandævæ sunt virgines, integritatem ac castitatem corporis, nou necessitate aliqua, sed devotione, servantes ; dum sapientiæ studiis semet gestiunt non solum anima, sed etiam corpore consecrare, indignum ducentes libidini mancipare vas ad capiendam sapientiam præparatum, et edere mortalem partum eas, a quibns divini Verbi concubitus sacrosanctus et immortalis expetitur : ex quo

| qui ne doit point être soumise à la corruption de la nature mortelle. »n Le même Philon dit encore, au sujet des congrégations : . «les hommes et les femmes vivent séparément dans les monastères, et ils célèbrent des offices de nuit, comme nous avons coutume de le faire. » | | |

C'est ‘aussi à l'éloge de la philosophie chrétienne, c'est-à-dire de la vie monastique, ce que dit l'Histoire Tripartite au sujet de ce genre de vie embrassé par les femmes comme par les hommes. On y lit, en effet, au chapitre x1 du livre 1er : « les chefs de cette éminente philosophie furent, au témoignage de quelques-uns, le prophète Élie et Jean-Baptiste. » Philon le Pythagoricien rapporte que, de son temps, des Hébreux d’un rare mérite se réunissaient dans une maison de campagne bâtie aux environs de l’étang Maria, sur une colline, et qu'ils philosophaient. Ce qu'il fait connaître de leur demeure, de leur nourriture et de leurs entretiens est tout à fait conforme à ce que nous voyons aujourd'hui chez les moines d'Égypte. D'après lui, ils ne mangeaient jamais avant le coucher du soleil, s’abstenaient de vin et de viande, vivaient de pain, de sel, d’hysope et d’eau ; des femmes vierges et déjà parvenues à la vieillesse,

posteritas relinquatur nequaquam corruptelæ mortalitatis obnoxia. » Item ibidem de Philone : « etiam de conventibus eorum scribit, ut seorsum quidem viri, seorsum etiam in eisdem locis feminæ congregentur, et ut vigilias, sicut apud nos fieri mos est, peragant. » Hinc illud est in laude Christianæ philosophiæ, hoc est monasticæ prærogativæ, quod Tripartita commemorat Historia, non minus a feminis quam a viris arreptæ. Ait quippe sic libro I, cap. xt: « hujus elegantissimæ philosophiæ pri nceps fuit quidem, sicuti quidam dicunt, Elias propheta, et Baptista Joannes. » Philo autem Pythagoricus suis temporibus refert undique egregios Hebræorum in quodam prædio circa stagoum Maria in colle positum philosophatos. Habitaculum vero eorum, et cibos, et conversationem talem introducit, qualem et nos nunc apud Ægyptiorum monachos esse conspicimus. Scribit eos ante solis occasum non gustare cibum, vino semper et sanguinem habentibus abstinere, cibum eis esse panis, et salis, et hysopi, et potuin aquæ: mulieres eis cohabitare seniores virgines, propter

qui avaient renoncé d’elles-mêmes au mariage, par amour pour Ja philosophie, habitaient avec eux.

Tel est encore ce que saint Jérôme, dans son livre des Hommes illustres , dit au chapitre vur, à l'éloge de saint Marc et de son Église. « Saint Mare, qui, le premier, annonça le Christ à Alexandrie, y fonda» dit-il, « une Église telle par la pureté de sa doctrine et la chasteté de ses mœurs, qu’elle forçât tous les sectateurs du Christ à imiter son exemple. » Enfin, Philon, le plus éloquent des Juifs, voyant que la première Église d'Alexandrie judaïsait encore, écrivit un ouvrage à la louange de sa nation sur la conversion des juifs ; et de même que saint Luc rapporte que les chrétiens de Jérusalem avaient tout en commun, de même il raconte ce qui se passa sous ses yeux dans l'Église d'Alexandrie dirigée par saint Marc. |

Saint Jérôme dit encore, chapitre x1 : « Philon le Juif, né à Alexandrie d’une famille de prêtres, est mis par nous au rang des écrivains ecclésiastiques, parce que, dans le livre qu’il a composé sur la première Église d'Alexandrie, fondée par l’évangéliste Marc, il s'étend sur l'éloge de nos frères, et fait connaître qu’il y en avait beaucoup d’autres dans un grand nombre

amoren philosophiæ spontanea voluntate nuptiis abstinentes. Hinc et illud est Hieronymi in libro de Illustribus Viris, capitulo vin de laude Marci et Ecclesiæ, sic scribentis : « primus Alexandriæ Ghristum anauntians constituit Ecclesiam tantæ doctrinæ, et vitæ continentiæ, ut omnes sectatores Ghristi ad

exemplum sui cogeret. » Denique Philo, disertissimus Judæorum, videns

Alexandriæ primam Ecclesiam adhuc judaizantem, in laudem gentis suæ librum super eornm conversione scripsit, et quomodo Lucas narrat Hierosolymæ credentes omnia habuisse communia, sic et ille quod Alexandriæ sub Marco doctore fieri cernebat memoriæ tradidit. Item cap. x1 : « Philo Judæus, natione Alexandrinus, de genere sacerdotum, idcirco a nobis inter scriptores ecclesiasticos ponitur, quia librum de prima Marci evangelistæ apud Alexandriam scribens Ecclesia, in nostrorum laude versatus est, non solum eos ibi, sed in multis quoque provinciis esse commemorans, et habitacula eorum dicens mo-

de provinces, et que les maisons qu'ils habitent s’appellent monastères. » |

Il est donc évident que c’est ce genre de société des premiers chrétiens que les moines d'aujourd'hui se proposent pour modèle et cherchent à reproduire, lorsqu'ils se donnent pour règle de ne rien posséder, de, n'avoir parmi eux ni riches ni pauvres, de partager leur patrimoine aux malheureux, de se livrer à la prière, au chant des psaumes, à la prédication et à la continence ; tels que furent, en effet, au rapport de saint Luc, les premiers croyants de Jérusalem. |

Feuilletons l'Ancien Testament, et nous y trouverons qu’en tout ce qui concerne Dieu et les actes particuliers de la religion, les femmes n’ont jamais été séparées des hommes. Non-seulement elles chantaient, mais elles composaient même comme eux de divins cantiques; les saintes Écritures en font foi. En effet, elles ont commencé par chanter en commun avec les hommes le cantique sur la délivrance d'Israël, et, dès ce moment, elles eurent le droit de célébrer les offices divins dans l’église, ainsi qu’il est écrit : « Marie la prophétesse, sœur d’Aaron, prit donc un tambour dans sa main, et toutes les femmes sortirent derrière elle avec des tambours et en formant des chœurs, après qu’elle

nasteria. » Ex quo apparet tamen primum Christo credentium fuisse ecclesiam, quales nunc monachi esse imitantur et cupiunt, ut nihil cujusquam proprium sit, nullns inter eos dives, nullus pauper, patrimonia egentibus dividantur, orationi vacetur et psalmis, doctrinæ quoque et continentiæ, quales,et Lucas refert primum Hierosolymæ fuisse credentes. Quod si veteres revolvamus historias, reperiemus in ipsis feminas in his quæ ad Deum pertinent, vel ad quamcunque religionis singularitatem, a viris non fuisse disjunctas, Quas etiam pariter, ut viros, divina cantica non solum cecinisse, verum etiam composuisse sacræ tradunt historiæ. Primum quippe canticum deliberatione Israelitici populi non solum viri, sed etiam mulieres Domino decantaverunt : hine statim divinorum officiorum in ecclesia celebrandorum auctoritatem ipsæ adeptæ. Sic quippe scriptum est : « sumpsit ergo Maria prophetes, soror Aaron, tyinpanum in manu sua, egressæque sunt omnes mulieres post eam cum tympanis et cho

eût entonné ce cantique : « chantons en l’honneur du Seigneur, car sa grandeur a éclaté glorieusement. » Et il n’est pas question, en cet endroit, que Moïse aït fait acte de prophète; il n’est point dit qu’il ait entonné le cantique avec Marie, ni que des hommes aient pris le tambour et formé des chœurs comme les femmes. *

Quand donc Marie, entonnant le cantique, est appelée prophétesse, cela veut dire qu’elle a moins entonné ou chanté ce cantique qu’elle ne l’a, en quelque sorte, prophétisé. Si elle est représentée l’entonnant avec les autres, c’est pour montrer l’ordre et l'harmonie qui régnaient dans leurs chants. Quant aux tambours qui accompagnaient leurs voix et aux chœurs qu'elles formaient, ce n’est pas seulement le signe de leur grande piété, c’est aussi le symbole mystique de la célébration du divin office dans nos communautés monacales.

Aussi le Psalmiste nous exhorte-t-il à les imiter : « louez le Seigneur, » dit-il, « avec des tambours et des chœurs, » c’està-dire par la mortification de votre corps et par cet accord de charité dont il est écrit : « la multitude des fidèles n'avait qu’un cœur et qu'une âme. » |

Il n’est pas jusqu’à ce qu’elles ont fait pour chanter le Sei-

ris, quibus præcinebat dicens : « oantemns Domino, gloriose enim magnificatus est. » Nec ibi quidem Moyses commemoratur propheta, nec præcinisse dicitur, sicut Maria, nec tympanum aut chorum viri habuisse referuntur sicut mulieres. Quum itaque Maria præcinens prophetes commemoratur, videtur ipsa non tam dictando vel recitando, quam prophetando canticum istud protulisse, Quæe etiam quum cæteris præcinere describitur, quam ordinate sive concorditer psallerent demonstratur. Quod autem non s6lum voce, verum etiam tympanis et choris cecinerint, non solum earum maximam devotionem insinuat, verum etiam mystice spiritalis cantici in congregationibus monasticis formam diligenter exprimit. Ad quod et Psalmista nos exhortatur dicens : « laudate eum in tympano et choro, » hoc est in mortificatione carnis, et concordia illa charitatis, de qua scriptum est : « quia multitudinis credentium erat cor unum et anima una, » Nec vacat etiam a mysterio, quod egisse ad cantandum referun-

gneur qui ne renferme un sens mystique : leur allégresse est une figure de la vie contemplative. En effet, l’âme, en s’attachant aux choses du ciel, abandonne, pour ainsi dire, la tente du terrestre séjour; et, du fond de sa douce et intime contemplation, elle entonne triomphalement l’hymne spirituel en l'honneur de Dieu.

Nous trouvons encore dans l’Ancien Testament les cantiques de Débora, d'Anne et de Judith la veuve, comme dans l'Évangile celui de Marie, mère du Seigneur. En effet, Anne offrant au pied du tabernacle Samuel, son jeune enfant, donna aux monastères, par cet exemple, le droit de recevoir des enfants. C'est pourquoi Isidore, écrivant à ses frères établis dans le couvent d’Houorat; leur dit, au chapitre v de ses instructions : « que quiconque sera présenté par ses parents dans un monastère , sache qu'il doit y rester toujours ; car Anne a présenté son fils Samuel au Seigneur , et il est demeuré fidèle dans le temple aux fonctions auxquelles il avait été attaché, fidèle au service auquel il avait été consacré. » Et il est notoire que les filles d'Aaron participaient, comme leur frère , au service du sanctuaire et au privilége héréditaire de la tribu de Lévi, si bien que le Seigneur assura leur entretien, ainsi qu’il est écrit au

tur, in quo animæ contemplativæ jubili figurantur, quæ dum ad cœlestia se suspendit, quasi terrenæ habitationis castrum deserit, et de ipsa contemplationis suæ intima dulcedine hymnum spiritalem summa exultatione Domino persolvit. Habemus ibi quoque Deboræ, et Annæ, nec non Judith viduæ cantica, sicut et in Evangelio Mariæ matris Domini.Quæ videlicet Anna Samuelem parvulum suum offerens tabernaculo Domini, auctoritatem sunscipiendorum infantium monasteriis dedit. Unde Isidorus fratribus in cœnobio Honorianensi constitutis cap. V : « quicunque, » inquit, « a parentibus propriis in monasterio fuerit delegatus, noverit se ibi perpetuo mansurum. Nam Anna Samnelem puerum Deo obtulit. Qui et in ministerio templi, quo a matre fuerat functus, permansit, et ubi constitutus est deservivit. » Constat etiam filias Aaron pariter cum fratribus suis ad sanctuarium et hæreditariam sortem Levi adeo pertinere, ut hinc quoque eis Dominus alimoniam institnerit, sicut scri-

livre des Nombres, dans le passage où il dit lui-même à Aaron : « toutes les prémices du sanctuaire offertes par les enfants. d’Israël, je vous les ai données, à vous, à vos fils et à vos frères, pour toujours. » {l ne paraît donc pas qu'il ait jamais été fait aucune distinction entre la condition religieuse des hommes et celle des femmes ; loin de là, il est constant qu'ils avaient entre eux le lien du nom, puisque nous avons des diaconcsses comme des diacres, les deux noms répondant, pour ainsi dire, à la tribu de Lévi et aux Lévites,

Nous trouvons dans le même livre que le vœu si grave et la consécration des Nazaréens étaient également institués pour les deux sexes, selon les paroles que le Seigneur lui-même adresse à Moïse : « tu parleras aux fils d'Israël et tu leur diras : hommes ou femmes, tous ceux qui auront fait vœu de sanctification et auront voulu se consacrer au Seigneur, s’abstiendront, de vin et de tout ce qui peut enivrer. Ils ne boiront ni vinaigre fait avec le vin ni toute autre boisson faite avec le jus de la vigne. Ils ne mangeront ni raisins nouveaux ni raisins secs, pendant tout le temps de leur consécration. Tout ce qui sort de la vigne, depuis le grain jusqu'au pépin, tout le temps de leur sé-

ptum est in libro Numeri, ipso ad Aaron sic dicente : « omnes primitias sanctuarii, quas offerunt filii Israel Domino, tibi dedi, et filiis ac filiabus tuis jure perpetuo. » Unde nec a clericorum ordire mulierum religio disjuncta videtur. Quas etiam jiysis nomine conjunctas esse constat, quum videlicet tam diaconissas quam diacouos appellemus, ac si in utrisque tribum Levi, et quasi levitas agnoscamns. Habemus etiam in eodem libro votum illud maximum, et consecrationem Nazaræorum Domini æque feminis sicut et viris esse institutum, ipso ad Moysem Domino sic dicente : « loquere ad filios Israel, et dices ad eos : « vir sive mulier quum fecerint votum ut sanctificentur, et se volue- «rint Domino conscerare, vino et omni quod inebriare potest abstinebunt. , « Acetum ex vino et ex qualibet alia potione, et quicquid de uva exprimitur « non bibent. Uvas recentes siccasque non comedent cunctis diebus, quibus ex a voto Domino consecrantur. Quidquid ex vinea est ab uva passa usque ad

paraüon, ils n’en mangeront pas. » — Elles étaient, sans doute, astreintes à ce vœu, les femmes veillant à la porte du temple, et dont Marie transforma les miroirs en un vase où Aaron et ses fils se purifiaient, ainsi qu’il est écrit : « Marie fit placer un vase d'airain dans lequel Aaron et ses fils se purifiaient , et ce vase avait été fait avec les miroirs des femmes qui veillaient à la porte du temple. » L'ardeur de leur pieux zèle est peinte exactement par ce fait que, le temple fermé, elles restaient au dehors, attachées à la porte, et célébraient les saintes vigiles, passant la nuit en prières, et n’interrompant même pas pendant la nuit le service du Seigneur, tandis que les hommes reposaient. La porte du temple qui leur est fermée figure heureusement Ja vie des pénitents qui sont séparés du reste du monde, afin de pouvoir se soumettre aux mortifications d’une pénitence plus rigoureuse ; et telle est particulièrement l’image de la vie monastique, qui n'est qu'un régime de pénitence plus douce. Quant au temple à la porte duquel veillaient les femmes, c'est l'emblème mystique de celui dont parle l’Apôtre en écrivant aux Hébreux : « nous avons un autel qui ne nourrit point les des-

« acinum non comedent omni tempore separationis suæ. » Hujus quidem religionis illas fuisse arbitror excubantes ad ostium tabernaculi, de quarum speculis Moyses vas composuit, in quo lavarentur Aaron et filii ejus, sicut scriptum est : « apposuit Moyses labrnm æneum in quo lavarentur Aaron et filii ejus ; quod fecit de speculis mulierum quæ excubabant ad ostium taberna- - culi,» Diligenter magnæ devotionis earum fervor describitur quæ, clauso etiam tabernaculo, foribus ejus adhærentes sanctarum vigiliarum excubias celebrabant, noctem etiam ipsam in orationibus ducentes, et ab obsequio divino, viris quiescentibus, non vacantes. Quod vero clausum eis tabernaculum memoratur vita pœnitentium congrue designatur, qui ut se durius pænitentiæ lamentis afficiant a cæteris segregantur. Quæ profecto vita specialiter -monasticæ professionis esse perhibetur, cujus videlicet ordo nihil aliud esse dicitur quam quædam parcioris pœuitentiæ forma. Tabernaculum vero ad cujus ostium excubabant, illud est mystice intelligendum, de quo ad Hebræos Apostolus scribit : « habemus altare, de quo non habent edere hi qui tabernaculo de-

servants du tabernacle» ; c’est-à-dire auquel ne sont pas dignes de participer ceux qui s’adonnent voluptueusement aux plaisirs du corps , dans lequel ils servent ici-bas comme dans un camp. La porte du tabernacle est la fin de la vie présente, le moment où l’âme s'échappe de ce corps mortel pour entrer dans l’éternité. A cette porte veillent ceux qui sont inquiets de la sortie de ce monde et de l'entrée dans l’autre, et qui se préparent à cette sortie par la pénitence pour entrer dans l'éternité. C’est au sujet de cette entrée de tous les jours dans la sainte Église et de cette sortie, que David faisait cette prière : « que le Seigneur . veille à votre entrée et à votre sortie. » Et il veille à la fois à notre entrée et à notre sortie, lorsque, au sortir de cette vie, si nous sommes purifiés par la pénitence, il nous recoit aussitôt dans l’autre. C’est avec raison qu’il nomme l’entrée avant la sortie, considérant moins l’ordre que l'importance des choses ; en effet, on ne sort de cette vie qu’avec douleur, tandis qu'on entre dans l’autre avec allégresse. Quant aux miroirs des femmes, ils sont les œuvres extérieures dans lesquelles on voit la laideur et la beauté de l’âme, comme on juge par un miroir matériel de la nature du visage. De ces miroirs on

serviunt, » id est quo participare digni non sunt qui corpori suo, in quo hic quasi in castris ministrant, voluptuosum impendunt obsequium. Ostium vero taberneculi finis est vitæ præsentis, quando hinc anima exit de corpore, et futuram ingreditur vitam. Ad hoc ostium excubant qui de exitn hujus vitæ et introitu futuræ solliciti sunt, et sic pænitendo disponuut hunc exitum, ut illum mereantur introitum. De hoc quidem quotidiano introitu et exitu sanctæ eccle+ siæ illa est oratio Psalmistæ : « Dominus custodiat introitum tuum, et exitum tuum. » Tunc enim simul introitum et exitum nostrum custodit, quum nos hinc exeuntes et jam per pœnitentiam purgatos illue statim introducit. Bene autem prius introitum quam exitum nominavit,; non tam videlicet ordinem quam dignitatem attendens; quum bic exitus vitæ mortalis in dolore sit, ille : vero introitus æternæ summa sit exultatio. Specula vero earunm opera sunt exteriora, ex quibus animæ turpitudo vel decor dijudicatur, sicut ex speculo ” corporali qualitas humanæ faciei. Ex istis earum speculis vas eomponitur in

fait un vase dans lequel se purifient Aaron et ses fils, en ce sens que les œuvres des saintes femmes, l’inébranlable fermeté du sexe faible dans le service de Dieu, condamnent hautement la mollesse des pontifes et des prêtres, et leur arrachent des larmes de componction ; en ce sens que, s’ils prennent soin de ces femmes, comme ils le doivent, les bonnes œuvres qu’elles accomplissent préparent aux fautes qu'ils ont commises le pardon qui les purifie. C’est de ces miroirs que saint Grégoire se faisait un vase de componction, alors qu’admirant la vertu des saintes femmes et les triomphes du sexe faible dans le martyre, il s’écriait en soupirant : « que diront ces barbares en voyant de tendres jeunes filles supporter de tels tourments pour le Christ, un sexe si délicat sortir victorieux d’une telle lutte? Car les femmes ont remporté souvent la double couronne de la virginité et du martyre. » |

À ces femmes qui veillaient à la porte du temple, et qui, comme des Nazaréennes, avaient consacré au Seigneur leur virginité, je ne doute nullement qu’il faille joindre Anne, cette sainte qui mérita, conjointement avec Siméon, de recevoir dans le temple le véritable Nazaréen de Dieu, Jésus-Christ,

quo se abluant Aaronet filii ejus, quando sanctarum feminarnm opera et tauia infirmi sexus in Deo constantia pontificum et presbyterorum negligentiam vehementer increpant, et ad compunctionis lacrymas præcipue movent, et si prout oportet, ipsi earum sollicitudinem gerant, hæc ipsarum opera peccatis illorum veniam per quam abluantur præparant. Ex his profecto speculis vas sibi compuuctionis beatus parabat Gregorius, quum sanctarum virtutem femiparam, et infirmi sexus in martyrio victoriam admirans, et ingemiscens quærebat : « quid barbari dicturi snnt viri, quum tanta pro Christo delicatæ puellæ sustineant, et tanto agone sexus fragilis triümphet, ut frequentius ipsum gemina virginitatis et martyrii corona pollere noverimus? » Ad has quidem, ut dictum est, ad ostinm tabernaculi excubantes, et quæ jam quasi Nazarææ Domini suam ei viduitatem consecraverant, beatam illam Annam pertinere non ambiso, quæ singularem Domini Nazaræum Dominum Jesum Christum in templo cum sancto Simeone pariter meruit suscipere, et ut plus quan

d'être saisie d’un esprit plus que prophétique à la même heure que Siméon, de saluer ie Sauveur, de faire connaître sa venue et de l’annoncer publiquement. C’est son éloge que développe l’Évangéliste, lorsqu'il dit : « et il y avait une prophétesse nommée Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser ; elle était fort avancée en âge, et elle n’avait vécu que sept ans avec son mari, qui l'avait épousée vierge; et elle avait gardé le veuvage jusqu'à l’âge de quatre-vingt-quatre ans, ne quittant pas le temple, jeûnant, priant, et ne cessant nuit et jour de servir Dieu. Étant donc survenue en cet instant, elle annonçait la venue du Seigneur et en parlait à tous ceux qui attendaient la rédemption de Jérusalem. »

Observez tout ce que dit l’Évangéliste ; voyez quel zèle il déploie dans l'éloge de cette veuve et combien il exalte sa sainteté. Il parle du don de prophétie dont elle jouissait depuis longtemps, de son père, de sa tribu, des sept années qu'elle avait vécu avec son mari, de son long veuvage consacré au Seigneur, de son assiduité au temple, de ses jeünes, de ses prières incessantes, des actions de grâce par lesquelles elle confessait Ja gloire de Dieu,

de sa prophétie publique sur la promesse et la naissance du Sau-

propheta fleret, ipsum eadem hora qua Simeon per spiritum agnoscere et præsentem demonstrare ac publice prædicare. Cujus quidem laudem Evangelista diligentius prosecutus ait : e et erat Anna prophetissa filia Phanuel de tribu Aser. Hæc processerat in diebus wnultis et vixerat cum viro suo annis septem, a virginitate sua. Et hæc vidua erat usque ad annos octoginta quatuor, quæ non discedebat de templo, jejuniis et obsecrationibus serviens nocte ac die. Et hac ipsa hora snperveniens confitebatur Domino, et loquebatur omnibus qui expectabant redemptionem Hierusalem. » Nota singula quæ dicuntur, et perpende quam studiosus in hujns viduæ laude fuerit Evangelista, et quantis præconiis excellentiam ejus extulerit. Cujus quidem prophetissæ gratiam quam habere solita erat, et parentem ejus, et tribum, et post septem annos, quos cum viso sustinuerat, longævum sanctæ viduitatis tempus quo se Domino mancipaverat, et assiduitatem ejus in templo, et jejuniorum et oratiopum instantiam, confessionem laudis, quas grates Domino referebat et publicam cjus prædica-

veur. Et le même Evangéliste, en parlant plus haut de Siméon, avait célébré en lui le don de vertu, mais non le don de prophétie ; il ne dit point qu’il eût poussé si loin la continence , l’abstinence, la sollicitude du service divin; il n’ajoute point qu’il eût annoncé le Seigneur à personne.

Cette vie de pieux zèle et de dévouement me paraît être aussi le partage de ces veuves dont parle l’Apôtre dans sa lettre à Timothée : « honorez les veuves qui sont vraiment veuves, » dit-il ; et encore : « que celle qui est vraiment veuve et abandonnée espère en Dieu, qu’elle persévère nuit et jour dans la prière; et cela surtout pour qu'elle demeure sans tache; » et encore : « si quelque fidèle a des veuves, qu'il les secoure ; que l'Église n'en soit pas chargée, afin qu’elle puisse subvenir aux besoins des véritables veuves. » |

Il appelle véritables veuves celles qui n’ont pas déshonoré leur veuvage par un second mariage et qui, persévérant dans cet état par esprit de piété, non par nécessité, se sont consacrées au Seigneur. {1 les appelle abandonnées, parce qu’elles ont renoncé à tout, ne se sont réservé aucune consolation sur la terre et n’ont personne pour prendre soin d'elles. Ce sont celles-là qu'il

tionem de promisso et nato Salvatore diligenter expressit ; et Simeonem quidem jam superius Evangelista de justitia, non de prophetia commendaverat, nec in eo tantæ continentiæ vel abstinentiæ virtutem, nec divini sollicitudinem obsequii fuisse memoravit, nec de ejus ad alios prædicatione quidquam adjecit. Hujus quoque professionis atque propositi illæ sunt veræ viduæ, de quibns ad Timotheum seribens Apostolus ait : « viduas honora, quæ veræ viduæ sunt » Item : « quæ antem vere vidua est, et desolata, speret in Deum, et instet obse= crationibus nocte ac die. Et hoc præcipue ut irreprehensibiles sint, » Et iterum : « si quis fideles habet viduas subministret illis, et non gravetnr Ecclesia, ut his quæ veræ viduæ sunt sufficiat. » Veras quippe viduas dicit quæ viduitatem suam secundis nuptiis non dehonestaverunt, vel quæ devotione magis quam necessitate sic perseverantes Doiniuo se dicarunt. Desolatas dicit quæ sic omnibus abrenuntiant, ut nullum terreni solatii subsidinm retinesnt, vel qui earum curam agant non habent. Quas quidem et honorandas esse præ-

ordonne d’honorer et d'entretenir aux dépens de l’Église, comme sur le revenu propre du Christ leur époux.

Il indique aussi expressément quelles sont celles d’entre les veuves qui peuvent être choïsies pour le ministère du diaconat. « Choisissez pour diaconesse, » dit-il, « une femme qui n'ait pas moins de soixante ans, qui n’ait eu qu’un mari, qui soit en réputation d’avoir fait le bien, élevé des enfants, donné l'hospitalité, lavé les pieds des saints, secouru les affligés, accompli toutes sortes de bonnes œuvres. Évitez les veuves trop jeunes. »

Et saint Jérôme développant ce dernier point : « évitez, » dit-il, « pour le service du diaconat, les veuves qui sont trop jeunes, de peur qu’elles ne donnent le mauvais exemple au lieu du bon : clles sont plus exposées à la tentation, plus faibles, et faute de cette expérience, qui est k fruit de l’âge, elles pourraient être un sujet de scandale pour celles dont elles devraient être l’édification. » Ces scandales des jeunes veuves, au sujet desquels l’Apôtre était si bien éclairé, T'es Tait expressément connaître, il en prévient le danger. Après avoir dit : « évitez les jeunes

cipit, et de stipendiis Ecclesiæ censet sustentari, tanquam de propriis redditibus sponsi earum Christi. Ex quibus etiam quales ad diaconatus ministerinm sint eligendæ diligenter describit, dicens”: « Vidua eligatur non minus sexaginta annorum, quæ fuerit unius viri nxor, in operibus bonis testimonium habens, si filios educavit, si hospitio suscepit, si sanctorum pedes lavit, si tribulationem patientibus subministravit, si omne bonum opus consecuta est. Adolescentiores autem viduas devita. » Quod quidem beatus exponens Hieronymus : « Devita, » inquit, « in ministerio diaconatus præponere, ne malun pro bono delur exemplum, si videlicet jnuiores ad hoc eligantur quæ ad tentationem proniores et natura leviores : nec per experientiam longævæ ætatis providæ malum exemplum his præbeant, quibus maxime bonum dare debunerant. » Quod quidem malum exemplum in junioribus viduis, quia jam Apostolus certis didicerat experimentis, aperte profitetur, et consilium insuper adversum hoc præbet. Quum euim præmisisset : « adolescentiores autem

veuves », indiquant aussitôt le motif de cette prescription, et avec la prescription le remède, il ajoute : « après avoir joui de leur union en Jésus-Christ, elles veulent se remarier et encourent la damnation en violant leur foi; d’autre part, s’adonnant à l’oisiveté, elles s’accoutument à courir de maison en maison; et elles ne sont pas seulement désœuvrées, elles sont causeuses, curieuses et parlent de ce dont elles ne devraient pas parler. J'aime donc mieux que les jeunes veuves se remarient, qu'elles aient des enfants, qu'elles gouvernent un ménage et qu'elles ne donnent à nos ennemis aucune occasion de nous diffamer; car il en est déjà qui ont quitté le Christ pour suivre Satan. »

Saint Grégoire s’inspirait aussi de la sagesse de l’Apôtre au sujet du choix des diaconesses, quand il écrivait, en ces termes, à Maxime, évêque de Syracuse : « nous vous interdisons trèsexpressément de nommer de jeunes abbesses ; que votre fraternité ne permette donc à aucun évêque de donner le voile à aucune vierge qui ne soit sexagénaire, et dont la vie et les mœurs n’aient été mises à l’épreuve. »

On appelait autrefois diaconesses celles que nous nommons aujourd’hui abbesses ; on les considérait comme des servantes

viduas devita, » causam hujus rei et consilii sui medicamentum statim apposuit, dicens : « quum enim luxuriatæ ‘fuerint, in Christo nubere volunt, habentes damnationem, quia primam fidem irritam fecerunt. Simul autem et otiosæ discunt circumire domos : non solum otiosæ, sed et verbosæ et cnriosæ, loquentes quæ non oportet. Volo ergo juniores nubere, filios procreare, matresfamilias esse, nullam occasionem dare adversario, maledicti gratia. Jam enim quædam conversæ sunt retro Sathanam. » Hanc quoque Apostoli providentiam, de diaconissis scilicet eligendis, beatns Gregorius secutus, Maximo Syracusano episcopo scribit, his verbis : « juvenculas abbatissas vehementissime prohibemus. Nullum igitur episcopum fraternitas tua nisi sexagenariam virginem, cujus vitam atque mores exegerint, velare permittat. » Abbatissas quippe quas nunc dicimus antiquitus diaconissas vocabant, quasi ministeriales

plutôt que comme des mères. Diacre, en effet, signifie serviteur, et l’on pensait que les diaconesses devaient recevoir leur nom de leur service plutôt que de leur rang, selon que le Seigneur l’a Jui-même institué et par ses exemples et par ses paroles : « celui qui est le plus grand parmi vous, » dit-il, « sera votre serviteur; » et encore : « quel est le plus grand, de celui qui est à table ou de celui qui sert? pour moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert; » et ailleurs : « de même que le Fils de l'Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir. » Aussi samt Jérôme osa-t-il, fort de l'autorité du Seigneur, censurer énergiquement ce nom d'abbé dont il avait appris que quelques-uns se faisaient gloire. 11 rappelle ce passage où il est écrit, dans l’épiître aux Galates : « Clamantem : Abba pater. » — «Abbé, » dit-il, «est un mot hébreu qui signifie père. Puis donc qu'il a cette signification en langue hébraïque et syriaque, et que le Seigneur ordonne dans l'Évangile que nul ne soit appelé père, si ce n’est Dieu, j'ignore de quelle autorité nous donnons ou nous laissons donner ce nom à d’autres dans les monastères. Assurément celui qui avait établi ce précepte est le

potius quam matres. Diaconus quippe minister interpretatur, et diaconissas ab administratione potius quam a prælatione nuncupandas esse censebant, secundum quod ipse Dominus tam exemplis quam verbis instituit, dicens : « qui major est vestrum erit minister vester. » Et itcrum : « nam quis major est, qui recumbit an qui ministrat? Ego autem in medio vestrnm sum, sicut qui minis'rat. » Et alibi : « sjcut filius hominis non venit ministrari, sed mini- Strare. » Unde et Hieronymus hoc ipsum nomen abbatis, quo jam gloriari multos noverat, ex ipsa Domini auctoritate non mediocriter ausus est arguere. Qui videlicet eum locum exponens quo scriptum est in epistola ad Galalas : « Glamantem : Abba pater. » « Abba, » inqnit, « hebraicum est, hoc ipsum significans quod pater. Quum autem abba pater hebræo syroque sermone dicatur, et Dominus in Evangelio præcipiat nullum patrem vocandum esse nisi Deuin , nescio qua licentia in monasteriis vel vocemus hoc nominue alios, vel vocari nos acquiescamus, Et certe ipse præcepit hoc, qui dixerat non esse

même qui avait défendu de jurer. Si nous ne jurons pas, ne donnons donc pas non plus à personne le nom de père ; ou bien, si nous assignons un autre sens à ce titre de père, nous serons forcés de changer de sentiment aussi sur la défense de jurer. » . Il est certain que parmi ces diaconesses était Phœbe, que l’Apôtre recommande avec zèle aux Romains, et en faveur de laquelle il les supplie. « Je vous recommande Phæbe, notre sœur, » dit-il, « qui est attachée au service de l'Église de Cenchrées, afin que vous la receviez au nom du Seigneur d'une manière digne des saints, et que vous l'assistiez dans toutes les choses où elle pourrait avoir besoin de vous; car elle en a elle-même assisté plusieurs, et je suis du nombre. » Cassiodore et Claude, en expliquant ce passage, estiment qu’elle était diaconesse de cette Église. « L’Apôtre, » dit Cassiodore, « fait entendre qu’elle fut diaconesse de l'Église mère, selon l'espèce d'apprentissage militant qui est encore en usage aujourd'hui chez les Grecs; et cette Église ne leur refuse pas non plus le pouvoir de baptiser. » — «Ce passage, » dit Claude, « prouve que les femmes ont été attachées par l'autorité apostolique au service de l’Église, et que ces fonctions ont été confiées dans l'Église de Cenchrées

jurandum. Si non juramus, nec patrem quempiam nominemus. Si de patre interpretabimnr aliter, et de jurando aliter sentire cogemur. » Ex his profecto diaconissis Phœæben illam fuisse constat, quam Apostolus Romanis diligenter commendans, et pro ea exorans, ait : « commendo autem vobis Phœben sororem nostram, quæ est in ministerio ecclesiæ, quæ est in Cenchris : ut eam suscipiatis in Domiuo digne sanctis, et assistatis ei in quocunque negotio vestro indiguerit. Etenim ipsa quoqne astitit multis, et mihi ipsi. » Quem quidem locum tam Cassiodorus quam Claudius exponentes, ipsam illius ecclesiæ diaconissam fuisse profitentur. Cassiodorus, « significat, » inquit, « diaconissam fuisse matris ecclesiæ. Quod in pactibus Græcorum hodie usque quasi militiæ causa peragitur. Quibus et baptizandi usus in ecclesia non negatur. » Claudius, « hic locus, » inquit, « apostolica auctoritate docet etiam feminas in ministerio ecclesiæ constitui, in quo officio positam Phæben apud ecclesiam,

à Phæbe, que l’Apôtre loue et recommande si hautement. » Le même Apôtre, dans sa lettre à Timothée, comprenant les femmes parmi les diacres , les soumet à la même règle de vie. Là, en effet, réglant la hiérarchie des services ecclésiastiques, après être descendu de l'évêque aux diacres, il dit : « que les diacres également soient chastes, point doubles dans leurs paroles, point adonnés au vin, point avides d’un gain honteux ; qu’ils conservent le mystère de la foi dans une conscience pure; » puis : « qu’ils soient soumis préalablement à une épreuve, et qu'ils ne soient admis au saint ministère que s'ils sont sans reproche. Que les femmes aussi soient chastes, point médisantes, sobres, fidèles en toutes choses. Qu’on prenne pour diacres ceux qui n’ont épousé qu’une seule femme, qui ont bien élevé leurs enfants, bien dirigé leur maison. Car ceux qui serviront bien le Seigneur s'élèveront et acquerront une grande fermeté dans la foi, qui est en Jésus-Christ. »

Or, ce qu’il dit des diacres : « qu’ils ne soient point doubles dans leurs paroles, » il le dit aussi des diaconesses : «qu’elles ne soient pas médisantes. » Ce qu'il dit des uns : «qu'ils ne soient pas adonnés au vin, il le dit des autres : « qu’elles soient sobres. » Enfin,

quæ est Cenchris, Apostolus magna cum laude et commendatione prosequitur. » Quales etiam ipse ad Timotheum scribens inter ipsos colligens diaconos simili morum instructione vitam earum instituit. Ibi quippe ecclesiasticorum ministeriorum ordinans gradus, quum ab episcopo ad diaconos descendisset : « diaconos, » inquit, « similiter pudicos, non bilingues, non multo vino deditos, non turpe lucrum sectantes, habentes mysterium fidei in conscientia para. » Et : « hi autem probentur primum et sic ministrent, nullum crimen habentes. Mulieres similiter pudicas esse, non detrahentes, sobrias, fideles in ownibus. Diacoues sint unins uxoris viri, qui filiis suis bene præsint, et suis domibus. Qui enim bene ministraverint, gradum bonum sibi acquirent, et multam fiduciam in fide, quæ est in Ghristo Jesu. » Quod itaque ibi de diaconibus dixit, « non bilingues : » hoc de diaconissis dicit, « non detrahentes. » Quod ibi « non mnlto vino deditos, » hic dicit « sobrias. » Uætera vero, quæ

il renferme tous les autres préceptes en deux mots : « qu’elles soient fidèles en toutes choses. » De même qu’il ne veut pas que les évêques et les diacres aient contracté deux fois mariage, de même il établit que les diaconesses ne doivent avoir été mariées qu’une fois, ainsi que nous l’avons rappelé plus haut. « Choisissez pour diaconesse une veuve qui n'ait pas moins de soixante ans, » dit-il, « qui n'ait eu qu'un mari, qui soit en réputation d’avoir fait le bien, qui ait élevé ses enfants, donné l’hospitalité, lavé les pieds des saints, assisté les malheureux, accompli foutes sortes de bonnes œuvres : évitez les veuves trop jeunes. » Par cette peinture des diaconesses, ou plutôt par cette règle, il est aisé de voir combien il se montre plus sévère pour le choix des diaconesses que pour celui des évêques et des diacres. Car ce qu'il dit des diaconesses, « qu’elles doivent être en réputation d'avoir fait le bien, donné l'hospitalité, etc., » il n’en parle Pas au sujet des diacres. Ce qu'il ajoute : « qu’elles aient lavé les pieds, ete., » il n’en dit pas un mot au sujet des évêques et des diacres. Il se contente de dire que les évêques et les diacres « Soient sans reproche ; » mais, pour elles, il veut non-seulement

ibi sequuntur, hic breviter Comprehendit dicens, « fideles in omnibus. » Qui eliam sicut episcopos sive diaconos esse prohibet bigamos, ita et diaconissas unius viri uxores instituit esse, ut jam supra meminimns. « Vidua, » inquit, «eligatur non minus sexaginta annorum, quæ fuerit unius viri uxor, in operibus bonis testimonium habens, si filios educavit, si hospitio recepit, si sanctorum pedes lavit, si tribulationem patientibus Subministravit, si omne opus bonum subsecuta est. Adolescentiores autem viduas devita. » In qua quidem diaconissarum descriptione vel instructione, quam dili gentior fuerit Apostolus quam in præmissis tam episcoporam quam diaconorum institutionibus facile est assignare. Quippe quod ait, « in operibus bonis testimonium habens, » vel, si hospitio recepit, » nequaquam in diaconibns memoravit. Qnod vero adjecit, «si sanctorum pedes lavit, si tribulationem, etc., » tam in episcopis quam in diaconis tacitnm est. Et episcopos quidem et diaconos dicit « nullum crimen habentes. » Istas vero non solum irreprehensibiles esse præcipit, verum etiam

qu’elles soient sans tache, mais « qu’elles aient accompli toutes sortes de bonnes œuvres. » Il fixe même avec soin le degré de maturité de leur âge pour qu'elles aient plus d'autorité, en disant : « qu’elles n'aient pas moins de soixante ans; » en sorte que, non-seulement la pureté, mais encore la longueur de leur vie, éprouvée en maintes choses, inspire plus de respect.

Voilà pourquoi le Seigneur lui-même, malgré sa tendresse pour Jean, lui préféra Pierre ainsi qu’à d’autres, parce qu’il était plus âgé. En général, on souffre moins de voir à sa tête un vieillard qu’un jeune homme, et nous obéissons plus volontiers à celui que la nature et l'ordre du temps ont mis au-dessus de nous, non moins que l'excellence de sa vie.

C'est ainsi que saint Jérôme, dans son premier livre contre Jovinien, dit, au sujet de l’élection de saint Pierre : « un seul est choisi, afin que l’établissement d’un chef écarte toute occasion de schisme. Mais pourquoi Jean n’a-t-il pas été élu ? Parce que Jésus- . Christ a déféré à l’âge, parce que Pierre était plus vieux, et pour ne pas donner à un jeune homme, presque à un enfant, la préférence sur des vieillards : en bon maître qui devait enlever à ses disciples toute occasion de querelle, et qui aurait craint de paraître fournir un motif de Jalousie contre son bien-aimé. »

« omne opus bonum subsecutas » dicit. Caute etiaf de maturitate ætatis earum providit, ut in omnibus auctoritatem habeant, dicens : « non minus sexaginta aanorum, » et non solum vitæ earum, verum etiam ætati longævæ in multis probatæ reverentia deferatur. Unde et Douninus licet Joannem plurimum diligeret, Petrum tanien seniorem.tam ipsi quam cæteris præfecit. Minus quippe omnes indignantur seniorem sibi quam jnniorem præponi, et libentius seniori paremus, quem non solum vila priorem, verum etiam et natura et ordo temporis fecit. Hinc et Hieronymus in primo Contra Jovinianum, quum de prælatione Petri meninerit. « Unus, » inquit, « eligitur, nt, capite constituto, schisinatis tollatur occasio. Sed cur non Joannes eïectus est® Ætati delatnm est, quia Petrus senior erat, ne adhuc adolescens et pene puer progressæ ætatis hominibus præferretur, et magister bonus, qui occasionem jurgii debuerat auferre discipulis, in adolescentem, quem dilexerat, causam præbere videretur

C’est aussi par cette considération que cet abbé, dont il est parlé dans la Vie des Péres, ôla la prélature à un frère plus ancien dans l’ordre, mais plus jeune, pour la donner à un plus âgé ; sa seule raison était qu'il était son ainé. Il craignait que ce frère, encore engagé dans les liens de la chair, ne souffrit de se voir préférer un plus jeune que lui; il se souvenait du mécontentement que les Apôtres eux-mêmes avaient éprouvé contre deux d'entre eux, pour qui l'intervention de leur mère avait obtenu quelque privilége auprès du Christ, l'un d'eux, surtuut, étant beaucoup plus jeune que tous les autres, je veux dire Jean, dont nous venons de parler.

Ce nest pas seulement dans le choix des diaconesses que l'Apôtre a recommandé le plus grand soin; on voit à quel degré il pousse l'attention en tout ve qui touche les veuves animées du désir de se consacrer à Dieu ; il veut supprimer pour elles toute occasion de tentation. Après avoir dit : « honorez les veuves, les véritables veuves, » il ajoute aussitôt : « mais si quelque veuve a des enfants ou des petits-enfants, qu'elle apprenne d'abord à conduire sa maison et à faire pour ses patents ce qu'ils ont fait pour elle. » Et quelques lignes plus bas :

invidiæ. » Hoc abbas ille diligenter considerabat, qui sicut in Vitis Patrum scriptum est, juniori fratri, qui primus ad conversionem venerat, primatum abstulit, et majori eum tradidit; hoc uno tantum, quia hic illum ætate præcedebat. Verebatur quippe ne ipse etiam frater carnalis indigne ferret juniorem sibi præponi. Meminerat ipsos quoque Apostolos de duobus ipsorum indignatos esse; quum apud Cbristum, matre interveniente, prærogativam quamdam affectasse viderentur : maxime quum unus horum esset duorum, qui cæteris junior erat Apostolis, ipse videlicet Joannes, de quo modo diximns. Nec solnm in diaconissis instituendis Apostolica plarimum invigilavit cura, verum generaliter erga sanctæ professionis viduas quam studiosns extiterit liquet, nt omnem amputet tentationis occasionem. Quum enim præmisisset : « viduas hrnora, quæ veræ viduæ sunt, » statin adjecit : « si qua autem vidua filios aut nep'ites habet, discat primum domum suam regere, et mutuam vicem reddere parentibus. » Et post aliqua : « si quis, » inquit, « suorum, et maxime domestico-

« si quelqu'un n'a pas soin des siens, et surtout de ceux de sa maison, il renie la foi; il est plus coupable qu'un infidèle. » Par ces paroles, il satisfait en même temps aux devoirs de l'humanité et aux exigences de Ja profession religieuse. Il veut empêcher que, sous prétexte de profession religieuse, de pauvres orphelins ne soient abandonnés, et que le sentiment de l’humaine compassion envers des malheureux ne trouble la résolution des saintes veuves, ne ramène leurs regards en arrière, ne les entraine même parfois dans le sacrilége, et ne les induise à détourner de la communauté pour donner à leurs proches.

11 était donc bien nécessaire d’avertir celles qui sont dans les liens de la famille de commencer par rendre ce qu’elles ont reçu, avant de passer au vrai veuvage et de se consacrer sans réserve au service de Dieu, c’est-à-dire. de pourvoir à l'éducation de leurs enfants, comme elles ont été élevées elles-mêmes par les soins de leurs parents.

Pour porter plus haut encore la perfection des veuves, l’Apôtre leur recommande de se livrer incessamment à la prière nuit et jour. Également préoccupé de leurs besoins, il dit : « si quelque lidèle a des veuves, qu’il les assiste, que l'Église ne les ait pas à sa charge, afin qu’elle puisse assister les véritables veuves. » C’est

rum curam non habet, fidem negavit, et est infideli deterior. » In quibus quidem verbis simul et debitæ providet humanitati, et propositæ religioni : ne videlicet sub obtentu religionis parvuli deserantur inopes, et carnalis compassio crga indigentes sanctum viduæ perturbet propositum, et retro respicere cogat, et nonnunquam etisam usque ad sacrilegia trahat, et aliquid suis porrigat quod de communi defraudet. Unde necessarium patet consilium, ut quæ domesticorum cura sunt implicitæ, antequam ad veram viduitatem transeuntes, divinis se penitus obsequiis mancipent, hanc vicem suis parentibus reddant : ut sicut eornm cura fuerunt educatæ, ipsæ quoque posteris suis eadem lege provideant. Qui etiam viduarum religionem exaggerans, eas instare præcipit «bsecrationibus et orationibus nocte et die. De quarum etiam necessitudinibus admodum sollicitus : a Si quis fidelis, » inquit, e habet viduas, subministret illis,;*et non gravetur Ecclesia, ut his quæ veræ viduæ sunt sufficiat. » Ac si

comme s’il disait : s’il est des veuves qui aient une famille cepable avec ses ressources de subvenir à leurs besoins, qu'elle y pourvoie, afin que les revenus communs de l'Église puissent soutenir les autres. De ces préceptes, il ressort clairement que, s’il en est qui se refusent à secourir les veuves qui leur appartiennent, il faut les contraindre, de par l'autorité apostolique, à s'acquitter de cette dette. L'Apôtre ne s’est pas borné à pourvoir aux besoins des autres, il a voulu assurer les égards qui leur étaient dus : « honorez, » dit-il, « les veuves qui sont véritablement veuves. » Telles furent, sans doute, celle que l’Apôtre appelle sa mère, et celle que l'Évangéliste nomme sa maîtresse, par respect pour la sainteté de leur état. « Saluez, » dit saint Paul écrivant aux Romains, « saluez Rufus, qui est élu dans le Seigneur, et sa mère, qui est aussi la mienne. » Et Jean, dans sa seconde épître : « le vieux Jean à-sa maîtresse élue et à ses enfants. » etc. ; puis il ajoute plus bas, lui demandant son amitié : « et maintenant, je vous demande, Ô maîtresse ! que nous nous aimions l’un l’autre. » C'est aussi avec l'appui de cette autorité que saint Jérôme, dans sa lettre à Eustochie, qui avait fait les mêmes vœux que vous, ne rougit pas de l'appeler maîtresse; bien plus, il se croit obligé de le

aperte dicat : si qua est vidua, quæ tales habeat domesticos, qui ei necessaria de facultatibus suis valeant ministrare , ipsi super hoc ei provideant, ut cæteris sustentandis publici sumptus ecclesiæ possint sufficere. Quæ quidem sententia -patenter ostendit, si qui erga hujusmodi viduas suas obstinati sunt, eos ad hoc debitum ex Apostolica auctoritate constringendos esse, Qui non solum earum necessitudini, vernm etiam providens honori : « viduas, » inquit, « honora, quæ veræ viduæ sunt. » Tales illas fuisse credimus, quarum alteram ipse matrem, alteram Joannes evangelista dominarn, ex sanctæ pnrofessionis reverentia vocat. « Salutate, » inquit Paulus ad Romanos scribens, « Rufum electum in Domino, et matrem ejus, et meam. » Joannes vero in secunda quam scribit epistola : « senior, » inquit, « electæ dominæ, et natis ejus, etc. » A qta etiam se diligi postulans inferius adjunuit : « et nunc rogo te, domina, ut diligamus alterutrum. » Cujus quoque fretus auctoritate Hieronymus, ad vestræ professionis virginem Eustochium scribens, eam appellare dominam non eru-

faire, et il en donne aussitôt la raison. « J’appelle Eustochie maïtresse, « dit-il,» parce que je dois appeler maîtresse l'épouse de notre Maître, etc. » Et plus bas, dans la même lettre, élevant l’excellence de ce saint état au-dessus de toutes les gloires de la terre: « je ne veux pas de commerce avec les femmes du monde, » dit-il; « je ne veux pas que vous fréquentiez les maisons des nobles, je ne veux pas que vous les voyiez souvent, puisque, renonçant au monde, vous avez voulu être vierge. Si l'ambition des courtisans les pousse aux pieds de l’impératrice, pourquoi feriez-vous injure à votre époux? Epouse de Dieu, pourquoi porteriez-vous vos hommages à l'épouse d'un homme? Pénétrezvous en ceci d'un saint orgueil : sachez que vous êtes au-dessus d'elle. »

Le même, écrivant à une vierge consacrée à Dieu, au sujet du bonheur réservé dans le ciel et sur la terre aux vierges consacrées à Dieu, dit : « quel bonheur est réservé dans le ciel à la sainte virginité, indépendamment des témoignages de l’Écriture, l'Église, par ses usages, nous l’enseignent : elle nous apprend qu'un mérile particulier est attaché aux consécrations spirituelles. En effet, bien que la multitude des croyants ait égale-

buit : imo cur etiam debuerit, statim opposuit dicens : « hoc idcirco, domina mea, Eustochium, dominam quippe debeo vocarè sponsam Domini nostri, etc. » Qui etiam postmodam, in eadem epistola hujus, sancti propositi prærogativam omni terrenæ felicitatis gloriæ superponens, ait : « nolo habeas consortia matronarum, nolo ad nobilium accedas domos, nolo frequenter videas, quod contemnens virgo esse voluisti. Si ad imperatoris uxorem concurrerit ambitio salutantium, cur tu facis injuriam viro tuo ? Ad horminis conjngem sponsa Dei quid properas? Disce in hac parte superbiam sanctam. Scito te esse illis meliorem. » Qui etiam ad virginem Deo dicatam seribens de consecratis Deo virsinibus, quautam in cælo beatitudinem, et in terra possideant dignitatem, ita «Xorsus ait : « quantam in cœælestibns beatitudinem virginitas sancta passideat, vræter Scriptunrarum testimonia, Ecclesiæ eliam consuetudine edocennur, qua addiscimus peculiare illis subsistere meritum, quarum spiritalis est consecratio. Nam quum unaquæque turba credentium paria gratiæ dona percipiant, et

ment droit aux dons de la grâce, et que tous se glorifient de participer aux mêmes sacrements, les vierges ont un privilége spécial, puisque, à cause des mérites de leur intention, elles sont choisies par le Saint-Esprit, dans le saint et pur troupeau de l'Église, comme des victimes et plus saintes et plus pures, pour être offertes par le grand-prêtre sur les autels de Dieu. » Et encore : « la virginité possède quelque chose que les autres n'ont pas, puisqu'elle obtient spécialement la grâce et jouit du privilége d'une consécration particulière, consécration telle, qu’à moins de danger de mort imminente, elle ne peut être célébrée à d’autres époques que l’Épiphanie, l’octave de Pâques et la fête des Apôtres, et qu'il n'appartient qu’au chef des prêtres, c’està-dire à l’évêque, de bénir les vierges ainsi que les voiles qui doivent couvrir leurs têles sanctifiées. »

Pour les moines, bien qu'ils appartiennent à la même profession, au même ordre, et qu'ils soient d’un sexe plus élevé, fussent-ils aussi purs, ils peuvent recevoir, le premier jour venu et des mains de leur abbé, la bénédiction pour eux-mêmes et pour leur habit, c'est-à-dire pour leur capuce; les prêtres aussi et les clercs d'ordre secondaire peuvent être ordonnés aux Quatre-

iisdem omues sacramentorum benedictionibus glorientur, istæ proprium aliquid præ cæteris habent, dum de illo sancto et immaculato Ecclesiæ grege quasi sanctiores purioresque hostiæ, pro voluntatis suæ meritis, a Spiritu sancto eliguntur, et per saummum sacerdotem Lei offeruutur altario. » Item : « Possidet ergo virginitas et quod alii non habent, dum et peculiarem obtinet gratiam, et proprio, ut ita dixerim, consecrationis privilegio gaudet. Virginum quippe consecrationem, nisi periculo mortis urgente, celebrari alio tempore non licet quam in Epiphania et Albis Paschalibus, et in apostolorum natalitiis; nec nisi a sunmo sacerdote, id est episcopo, tam ipsas quam ipsarum Ssacris capiubus imponenda velamina sanctificari. » Monachis autem, quamvis ejasdem sint professionis, vel ordinis, et dignioris sexus, etiam si sint virgines, qualibet die . benedictionem et ab abbate sustipere tam ipsis quam propris eorum indumentis, id est cucullis, permissum est. Presbyteros quoque et cæieros inferioris gradus clericos semper in jejuniis Quatuor Temporum, et episcopos omui die

Temps, et les évèques, tous les dimanches; mais la consécration des vierges, d'autant plus précieuse qu'elle est plus rare, est réservée pour les allégresses des grandes solennités.

L'Église entière tressaille de joie pour célébrer la vertu admirable des vierges, ainsi que le Psalmiste l'avait prédit en ces termes : « des vierges seront amenées au Roi; » et ensuite : «elles lui seront présentées avec des transports de joie et d'allégresse ; elles seront amenées dans le temple du Roi. » On croit même que c’est l’apôtre et évangéliste saint Matthieu qui a composé ou dicté le rituel de cette consécration, ainsi qu'on le lit dans les actes du martyre qu’il subit pour la défense de la virginité religieuse. Et sur la consécration des clercs et des moines, les Apôtres ne nous ont laissé aucune règle écrite. C’est aussi du nom de la sainteté que les religieuses ont reçu leur nom, puisque c’est du mot sanctimonia, c'est-à-dire sainteté, qu’elles ont été appelées sanctimoniales, ou saintes moinessts. En effet, le sexe des femmes étant plus faible, leur vertu est d'autant plus agréable à Dieu, d'autant plus parfaite, ainsi qu’en témoigne le Seigneur lui-même, en exhortant l’Apôtre à combattre pour la couronne. « Ma grâce vous suffit, » dit-il;

Dominico constat ordinari posse. Virginum autem consecratio quanto pretiosior, tanto rarior, præcipuarum exultationem solemnitatum sibi vindicavit, De quarum virtute mirabili universa amplius congaudet Ecclesia, sicut et Psalmista prædixerat his verbis : « adducentur regi virgines post eam. » Et rursum : ” « afferentur in lætitia et exultatione, adducentur in templum regis. + Quam etiam consecrationem Matthæus apostolus simul et evaugelista composuisse vel dictasse refertur, sicut in ejus passione legitur, ubi et ipse pro earnm consecratione vel virginalis proçositi defensione martyr occubuisse memoratur. Nuls lan vero benedictionem vel clericorum vel monachorum Apostoli nobis seriplam reliquerunt. Quarum quoque religio sola ex nomine sanctitatis est insignita, quum ipsæ a sanctimonia, id est sanctitate, sanctimoniales sunt dictæ. Quippe quo infirmior est feminarum sexus, gratior est Deo atque perfectior earum virtus : jnxta ipsius quoque Domini testimonium, quo ifirmitatem Apostoli ad Sertaminis çoronam exhortans, ait : « sufficit tibi gratia mea. Nam virtus in

« car c'est dans la faiblesse que la vertu arrive à sa perfection. »

C’est ainsi encore qu'en parlant, par la bouche dumême Apôtre, des membres de son corps, c’est-à-dire de l’Église, il lui fait dire, dans cette même Épiître aux Corinthiens, comme s’il voulait recommander les égards pour les membres les plus faibles : « les membres de notre corps qui nous paraissent les plus faibles sont les plus nécessaires, et ceux que nous regardans comme les moins nobles sont précisément ceux pour lesquels nous avons le plus de ménagements : les parties les moins honnêtes sont les plus honnêtement traitées ; celles qui sont honnêtes n’ont besoin de rien. Dieu a disposé le corps de telle sorte, qu'on ait le plus d’égards pour les membres les plus faibles, et qu’il n'y ait point de schisme dans le corps, mais que les membres conspirent mutuellement à s’aider les uns les autres. » Peut-on dire que la grâce divine ait dispensé ses trésors à qui que ce soit aussi largement qu’au sexe le plus faible, que le péché originel autant que sa nature avait rendu méprisable? Examinez-en les divers états, considérez non-seulement les vierges, les veuves, les femmes mariées, mais encore celles qui vivent dans les abominations du

nfirmitate perficitur. » Qui etiam de corporis sui, quod est Ecclesia, membris per eumdem loquens Apostolum, ac si præcipue tam infirmorum membrorum honorem commendaret, in eadem subjunxit epistola, hoc est ad Corinthios prima : « sed multo magis quæ videntur membra corporis infirmiora esse necessariora sunt ; et quæ putamus ignobiliora membra esse corporis, his abundantiorem honorem circumdamiis : et quæ inhonesta nostra sunt abundantiorem honestatem habent. Honesta autem nostra nullius egent. Sed Deus temperavit corpus ei cui dederat abundantiorem tribuendo honorein, ut non sit schisma in corpore, sed in id ipsum pro invicem sollicita sint membra. » Quis autem adeo integre per divinæ gratiæ dispensationem hæc in aliquo dixerit adimpleri, sicut in ipsa muliebris sexus infirmitate, quem tam culpa quam natura contemptibilem fecerat ? Gireumspice singulos in hoc sexu gradus, non solum virgines ac viduas, seu conjugatas, verum eliam ipsas scortorum abo-

libertinage, et vous trouverez en elles les plus larges dons de la grâce divine; en sorte que, selon Ja parole de Jésus-Christ et de l’Apôtre, « les derniers sont les premiers, et les premiers les derniers, et que là où il y a eu abondance de péché, il y a surabondance de grâce. » .

Et si nous reprenons à l’origine du monde l’histoire des dons de la grâce divine chez les femmes et des égards dont elles ont été l’objet, nous verrons que sa création lui a constitué certains avantages de supériorité. Elle a été créée dans le Paradis, tandis que l’homme a été créé hors du Paradis ; en sorte que les femmes sont comme particulièrement prévenues que le Paradis est leur patrie naturelle, et qu’elles doivent chercher dans le célibat une vie conforme à celle du Paradis. C’est ce qui fait dire à saint Ambroise, dans son livre du Paradis : « Dieu prit l’homme qu'il avait fait et l’établit dans le Paradis. » Vous le voyez, il a pris celui qui était déjà, pour le placer dans le Paradis. Ainsi l’homme a été fait hors du Paradis, et la femme dans le Paradis. L'homme, qui a été créé dans un lieu inférieur, se trouve Je meilleur, et la femme, qui a été créée dans un lieu supérieur, se trouve la moins bonne.

D'autre part, le Seigneur a racheté dans la personne de Marie

minationes, et in eis Christi gratiam videbis ampliorem : ut juxta Dominicam et Apostolicam sententiam, « sint novissimi primi, et primi novissimi, » et, « ubi abundavit delictum, superabundet et gratia. » Cujus quidem divinæ graliæ beuefcia vel honore feminis exhibita si ab ipso exordio mundi repetamus, reperiemus statim mulieris creationem quadam præcellere dignitate : quumn ipsa scilicet in Paradiso, vir extra creatus sit. Ut hinc præcipue mulieres admoneantur attendere, quam sit earum naturalis, patria Paradisus, et quo amplius eas cœlibem Paradisi vitam sequi conveniat. Unde Ambrosius in libro de Pura liso : « et apprehenilit, » inquit, « Deus hominem quem fecit, et posuit eum iu Paradiso. » Vides quoniam qui erat apprehenditur : in Paradiso eum collocavit. Adverte quia extra Paradisum vir factus est, et mulier intra Paradisuw. In inferiori loco vir melior invenitur, et illa quæ in meliore loco facta est inferior reperitur. Prius quoque Dominus Evam totius originem mali restua-

la faute d’Éve, origine de tous les maux de ce monde, avant que celle d'Adam eût été réparée par Jésus-Christ. Et, de même que la faute, la grâce nous est venue par la femme, et les saints priviléges de la virginité ont refleuri. Déjà Anne et Marie avaient offert aux veuves et aux vierges le modèle de la profession religieuse, quand Jean et les Apôtres donnèrent aux hommes des exemples de vie monastique.

Que si, après Éve, nous considérons la vertu de Débora, de Judith et d’Esther, nous conviendrons qu’elle est pour le sexe fort un sujet de honte” singulière. Débora, en effet; juge d'Israël au défaut des hommes, livra DA, battit les ennemis, délivra le peuple de Dieu et remporta le plus complet des triomphes. Judith, sans armes, accompagnée d’une seule servante, attaqua un ennemi terrible, trancha de son propre glaive la tête d’Holopherne, tailla en pièces, seule, une armée entière et délivra son peuple qui désespérait. Esther, par une inspiration secrète de l’Esprit-Saint, bien que mariée contre la loi à un prince idolâtre, prévint le dessein de l’impie Aman et le cruel arrêt du roi, et, en moins d’un instant, pour ainsi dire, retourna contre son adversaire la sentence prononcée par la royale volonté.

ravit in Maria, quam Adam in Christo reparavit. Et sicut a muliere culpa, sic a muliere cœæpit gratia, et virginitatis reflornit prærogativa. Ac prius in Anna et Maria viduis et virginibus sanctæ professionis forma est exhibita, quam in Joanne vel Apostolis monasticæ religionis exempla viris proposita. Quod si post Evam, Delboræ, Judith, Esther virtutem intueamur, profecto non mediocrem robori virilis sexus inferemns erubescentiam. Debbora quippe, Dominici judex populi, viris deficientibus, dimicavit, et devictis hostibns popnloque Domini liberato. potenter triumphavit. Judith inermis cum Abra sua terribilem exercitum est aggressa, et unius Holoferni proprio ipsius gladio caput amputan:, sola universos stravit hostes, et desperatum populum suum liberavit. Esther Spiritu latenter suggerente, contra ipsum etiam legis decretum genmiili copulata regi, impiissimi Aman consilium, et crudele regis prævenit edictum, constitntamque regiæ deliberationis sententiam, quasi uno temporis momento, in cpn-

On regarde comme un prodige de valeur que David, avec une fronde et une.pierre, ait attaqué et vaincu Goliath : Judith, qui n’était qu'une veuve, n’avait ni pierre, ni fronde, ni arme d'aucune sorte, quand elle marcha contre une armée ennemie pour la combattre. C’est par la parole seule qu’Esther délivra son peuple, et tournant contre ses ennemis le décret de proscription, les précipita dans le piége qu’ils avaient tendu : délivrance insigne, en souvenir de laquelle les Juifs célèbrent tous les ans une fête solennelle, honneur que n'obtint aucun homme par ses actions, si éclatantes qu’elles aient été, |

Qui n'admirerait l’incomparable fermeté de la mère que, selon l'histoire des Machabées, l’impie Antiochus fit saisir avec ses sept enfants, et essaya vainement de contraindre à manger, contre la loi, de la chair de porc? Cette mère, oubliant tous les sentiments de la nature et de l'humanité, pour ne plus voir que Dieu, après avoir glorieusement subi le martyre dans chacun de ses enfants qu’elle envoya devant elle, par ses saintes exhortations, à la couronne qui les attendait, consomma ses souffrances par son propre martyre. Feuilletons tout l'Ancien Testament : que trouvonsnous qui puisse être rapproché de la fermeté de cette femme ?

trarium convertit. Magnæ ascribitur virtuti, quod David in funda et lapide Goliam aggressus est et devicit. Judith vidua ad hostilem procedit exercitum sine funda et lapide, sine omni adminiculo armaturæ dimicatura. Esther solo verbo populum suum liberat, et conversa in hostes sententia, corruerunt ipsi in laqueum quem tetenderant. CGujns quidem insignis facti memoria singulis aonis apud Judæos solemnem meruit babere lætitiam; quod nequaquam aliqua virorum facta quantumeunque splendida obtinuerunt. Quis incomparabilem matris septem filiorum constantiam non miretur, quos una cum matre apprehensos, sicut Machabæorum historia narrat, rex impiissimus Antiochus ad carnes porcinas contra legem edendas nisns est frustra compellere ? Quæ mater, suæ immemor naturæ, et humanæ affectionis ignara, nec nisi Dominum præ oculis habens, quot sacris exhortationibus suis ad coronam filios præmisit, tot ipsa martyriis triumphavit, proprio ad extremum martyrio consummata. Si totam Véteris Testamenti seriem revolvamus, quid hujus mulieris constantiæ com-

Le démon, après avoir épuisé toutes ses violentes tentations contre le saint homme Job, connaissant la faiblesse de la nature humaine aux approches de la mort, dit : «l’homme donnera la peau d’autrui pour conserver la sienne, et tout ce qu’il possède pour sauver sa vie. » En effet, l'horreur naturelle que nous inspirent les suprêmes angoisses de la mort est si vive, que souvent nous sacrifions un membre pour sauver l’autre, et qu’au prix de Ja vie il n’est pas de mal que nous appréhendions. Et cette mère a eu le courage de livrer non-seulement tout ce qu’elle avait, mais sa vie et celle de ses enfants pour ne pas violer un point de la loi. Et quel point, je vous prie? Voulait-on la contraindre de renoncer à Dieu, ou de sacrifier aux idoles? Non; il s’agissait de manger des viandes dont la loi interdisait l’usage. O mes frères, Ô vous qui avez embrassé la vie monastique, vous qui, tous les jours, violant effrontément les statuts de la règle et les vœux de notre profession, aspirez après ces viandes qu'ils vous défendent, que direz-vous de la fermeté de cette femme? Avez-vous si bien perdu toute pudeur qu’un tel exemple ne vous pénètre pas de confusion ? Sachez, mes frères, le reproche que le Seigneur fait aux incrédules en parlant de la reine du Midi : « la

parare poterimus® Ille ad extremum vehemens tentator beati Job, imbecillitatem humanæ naturæ contra mortem considerans : « pellem, » inquit, « pro pelle, et universa dabit homo pro anima sua. » In tantum enim omnes angnstias mortis naturaliter horremus, ut sæpe ad defensionem unius membri alterum opponamus, et pro vita hac conservanda nulla vereamur incommoda. Hæc vero non solum sua, sed propriam et filiorum animas perdere sustinuit, ne unam legis incurreret offensam. Quæ est ista, obsecro, ad quam compellebatur transgressio ? Nunquid abrenuntiare Deo, vel thurificare idolis cogebatur ? Nihil, inquam, ab eis exigebatur, nisi ut carnibus vescerentur, quas lex eis interdicebat. O fratres et commonachi, qui tam impudenter quotidie contra regulæ institutionem ac nostram professionem ad carnes inuhiatis, quid ad hujus mulieris constantiam dicturi estis? Numquid tam inverecundi estis, ut quum hæc auditis, erubescentia non confundamini? Sciatis, fratres, quod de regina Austri Dominus incredulis exprobrat, dicens : « regina Austri surget

reine du Midi se lèvera, au jour du jugement, contre cette génération et la condamnera. » La fermeté de cette femme déposera contre vous d'autant plus haut, que ce qu'elle a fait est plus grand, et que les vœux qui vous enchaînent à la règle sont plus étroits. Aussi a-t-elle mérité que l’Église instituât une messe et des prières commémoratives en l'honneur de la lutte que son courage a soutenue : privilége qui n’a été accordé à aucun des saints antérieurs à la venue du Seigneur, bien que, suivant la même histoire, Éléazar, ce vénérable vieillard, un des premiers scribes de la loi, eût déjà, pour la même cause, obtenu les palmes du martyre. Mais nous l'avons dit : plus le sexe de la femme est faible, plus sa vertu est agréable à Dieu, plus elle est digne de récompense ; et le martyre du pontife, auquel aucune femme ne participa, n’a point obtenu les honneurs d'une fête spéciale, parce que l’on ne s'étonne pas que le sexe le plus fort ait à subir les plus fortes épreuves. Aussi l'Écriture dit-elle, se répandant en louanges sur celte femme : « cependant cette mère admirable au-dessus de toute mesure, et digne de l'éternel souvenir des fidèles, cette mère, qui vit périr ses sept fils en un même jour, supportait

in judicio cum generatione ista, et condemnabit eam. » Multo amplius vobis de hujus mulieris constantia improperandum esse, quæ et longe majora fecerit, et vos vestræ professionis voto religioni arctius adstricti estis. Gujus quidem tanto agone virtus examinata hoc in Ecclesia privilegium obtinere meruit, ut: ejus martyrium solemnes Jectiones atque missam habeat, quod nanlli antiquorum sanctorum concessum est, quicunque scilicet adventum Domini moriendo præveuerunt : quamvis in ipsa Machabæorum historia Eleazarus ille venerabilis senex unus de primoribus scribarum eadem causa martyrio jam coronatus fuisse referatur. Sed quia, ut diximus, quo naturaliter femineus sexus est infrmior, eo virtus est Deo acceptabilior, et honore dignior : nequaquam martyrium illud in festivitate memoriam meruit, cui femina non interfuit, quasi pro rmagno non habeatur, si fortior sexus fortiora patiatur. Unde et in laude prædictæ femiuæ amplius Scriptura prorumpens, ait: « supra modum autem mater mirabilis et bonorum memoria digna, quæ pereuntes septem filios sub unius

leur mort avec calme, à cause de l’espérance qu'elle avait en Dieu ; elle les encourageait virilement les uns après les autres, remplie de l'esprit de la sagesse et alliant à la tendresse de la femme un mâle courage. »

La fille de Jephté ne suffirait-elle pas seule à l'honneur des vierges ? elle qui, pour que son père ne fût pas coupable d'avoir manqué à un vœu même irréfléchi , et pour que la victime promise acquiltât le don de la grâce divine, l’excita elle-même, après la victoire, à lui percer le sein. Qu’aurait-elle donc fait dans Ja lutte du martyre, si les infidèles avaient voulu la contraindre à renier Dieu et à abjurer sa foi? Interrogée au sujet du Christ avec le chef des Apôtres, aurait-elle répondu comme lui : « je ne connais pas cet homme ? » Laissée libre par son père pendant deux mois, elle revint vers son père, à l'expiration de ce délai, s'offrir au sacrifice. Elle va au-devant de la mort, elle vient la chercher, bien loin de la craindre, Elle paye de sa vie le vœu insensé de son père, elle le dégage de sa parole au prix de son sang, par respect pour la vérité. Quelle horreur n'eût-elle pas eu elle-même pour le parjure, elle qui n’en peut supporter la pensée chez son père? Quelle n’était pas l’ardeur virginale de son amour pour son père charnel

diei tempore conspiciens, bono animo ferebat propter spem, quam in Domino habebat, singulos illorum hortabatur fortiter, repleta sapientia, et femineæ cogitationi masculinum animum inserens. » Quis in laudem virginum vineam illam Jephte filiam assumi non censeat? quæ, ne voti licet improvidi reus pater haberetur, et divinæ gratiæ beneficium promissa fraudaretur hostia, victorem patrem in jugulum proprium animavit. Quid hæc, quæso. in agone martyrum factura esset, si forte ab iufidelibus negando Deum apostatare cogeretur? Nunquid interrogata de Christo cum ïllo jam Apostolorum principe diceret : « non novi illum? » Dimissa per duos menses a patre libera, his completis redit ad patrem occidenda. Sponte morti se ingerit, et ea magis provocat quam veretur. Stultum patris plectitnr votum, et paternum redimit mandatum, amatrix maxima veritatis. Quantum hunc in se Japsum abhorreret, quem in patre non sustinet! Quantus hic est virginis fervor tam in carnalem

et pour son père spirituel! Par sa mort, en même temps qu’elle épargne à l’un un parjure, elle satisfait à la promesse faite à l’autre, Aussi cette grandeur de courage dans une jeune fille a-t-elle mérité, par exception, que chaque année les filles d’Israël, se rassemblant en un même lieu, célèbrent en quelque sorte ses funérailles par des hymnes solennels, et versent de pieuses larmes de commisération sur le sacrifice de l’innocente victime, |

Sans nous arrêter à d'autres exemples, qu'y a-t-il eu de plus nécessaire à notre rédemption et au salut du monde entier que le sexe féminin n, qui a donné le jour au Sauveur ? C'est cet insigne honneur que la femme, qui la première osa forcer la tente de saint Hilarion, opposait à sa surprise : « pourquoi détourner les yeux ? » dit-elle; « pourquoi éviter ma prière? ne songez pas que je suis femme, mais que je suis malheureuse : c'est mon sexe qui a donné le jour au Sauveur. »

Æst-il une gloire comparable à celle que ce sexe a acquise dans la personne de la Mère du Seigneur ? Le Rédempteur aurait pu, s’il l’eût voulu, naître d’un homme, lui qui a formé la femme du corps de l’homme; mais il a voulu faire tourner à l’honneur du sexe

quam in cœlestem patrem! Quæ simul morte sua et hunc a mendacio liberare, et illi promissum decrevit conservare. Unde merito tanta hæc puellaris animi fortitudo prærogativa quadam id meruit obtinere, ut, per annos singulos, filiæ Israel, in unum convenientes, quasi quibusdam solemnibus hymnis festivas virginis agant exequias, et de passione virginis compunctæ piis planctibus compatiantnr, Ut autem cætera omnia prætermittamus, quid tam necessarium nostræ redemptivni, et totius mundi saluti fuerit, quam sexus femineus, qui nobis ipsum peperit Salvatorem? Gujus quidem honoris singularitatem mulier illa, quæ prima irrumpere ausa est ad beatum Hilarionem, illi adwiranti opponebat, dicens : « Quid avertis oculos? Quid rogantem fugis? Noli me mulierem aspicere, sed miseram. Hic sexus geuuit Salvatorem. » Quæ gloria huic poterit comparari, quam in Domini matre adeptus est sexus iste? Posset utique si vellet Redemptor noster de viro corpus assumere, sicut primam feminam de

le plus faible la gloire insigne de sa propre humilité. Il aurait pu, pour naître, choisir, dans la femme une partie plus noble que celle qui sert à la fois à la conception et à l’enfantement des autres hommes; mais, pour la gloire incomparable du sexe le plus faible, il a ennobli l'organe générateur de la femme par sa naissance , bien plus qu'il n'avait fait celui de l’homme par la circoncision.

Et maintenant, pour me taire sur l'honneur particulier des vierges, passons à d'autres femmes, suivant le plan que j'ai annoncé. |

Voyez la grandeur de la grâce que la venue du Christ a aussitôt répandue sur Élisabeth, qui était mariée, et sur Anne, qui était veuve. Zacharie, mari d'Élisabeth et grand-prêtre du Seigneur, n'avait pas encore recouvré la parole que son incrédulité lui avait fait perdre, quand, à l’arrivée et à la salutation de Marie, Élisabeth, remplie de l'esprit de Dieu, et ayant senti son enfant tressaillir dans son sein , prophétisa la première que Marie avait conçu et devint ainsi plus que prophète. Elle l'annonça donc sur-le-champ et excita la Mère du Seigneur à renercier Dieu

corpore viri voluit formare. Sed hanc suæ humilitatis singularem gratiam ad infirmioris sexus transtulit honorem. Posset et alia parte muliebris corporis digniore nasci quam cæteri homines, eadem qua concipiuntur vilissima portione nascentes. Sed ad incomparabilem infirmioris corporis honorem longe amplius ortu suo consecravit ejus genitale quam viri fecerat ex circumeisione, Atque ut hunc singularem virginum nuñc omittam honorem, libet ad cæteras quoque feminas, sicut proposuimus, stylum convertere. Attende itaque quantam statim gratiam adventus Christi Elisabeth conjugatæ, quantam exhibuit Annæ viduæ. Virum Elisabeth Zachariam magnum Domini sacerdotewu incredulitatis diffidentia mutum adhuc tenebat, dum in adventu et salutatione Mariæ, ipsa mox Elisabeth, Spiritu sancto repleta, et exultantem in utero suo parvulum sensit, et prophetiam jam de ipso completo Mariæ conceptu prima proferens, plus quam propheta extitit. Præsentem quippe illico virginis conceptum nuntiavit, et ipsam Domini Matrem ad magnificandum super hoc ipso Dominum concita-

des grâces dont il la comblait. Le don de prophétie ne paraïit-il pas plus accompli dans Élisabeth, qui a connu aussitôt Ja conception du Fils de Dieu, que dans saint Jean qui ne l'annonça que longiemps après sa naissance ? J’ai appelé Marie-Madeleine l'apôtre des Apôtres; je n’hésiterais pas à appeler de même Élisabeth le prophète des prophètes , elle ou cette bienheureuse veuve, Anne, dont j'ai déjà si longuement parlé. |

Que si nous examinons jusque chez les Gentils ce don de prophétie, que la Sibylle paraisse ici la première et qu’elle nous dise ce qui lui a été révélé au sujet de Jésus-Christ. Si nous. comparons avec elle tous les prophètes et Isaïe luimême, lequel, selon saint Jérôme, est moins un prophète qu’un évangéliste, nous verrons encore dans cette grâce la prééminence des femmes sur les hommes. Saint Augustin, invoquant son témoignage contre les hérétiques, dit : « écoutons ce que dit la Sibylle, leur prophétesse, au sujet de Jésus-Christ : « le Seigneur, » dit-elle, « a donné aux hommes fidèles un autre Dieu à adorer; » et ailleurs : « reconnaïssez-le pour votre Seigneur, pour le Fils de Dieu. » Dans un autre endroit, elle appelle

vit. Excellentius autem prophetie donum in Elisabeth videtur completum, conceptum statim Dei filium agnoscere, quam in Joanne ipsum jamdudum natum ostendere. Sicut igitur Mariam Magdalenam Apostolorum dicimus Apostolam, sic nec istam Prophetarum dicere dubitemus Prophetam, sive ipsam beatam viduam Annam, de qua supra latius actum est. Quod si hanc propheti

gratiam usque ad gentiles etiam extendamus, Sihylla vates in medium procedat, et quæ ei de Christo revelata sunut proferat. Cum qua si universos conferamus prophetas, ipsum etiam Esaiam, qui, ut Hieronymus asserit, non tam propheta quam evangelista dicendus est; videbimus ‘in hac qnoque gratia feminam viris longe præstare. De qua Augustinus, contra hæreses testimonium proferens, ait : « audiamus quid etiam Sibylla, vates eorum, de eodem dicat : «alium, inquit, dedit Dominus hominibus fidelibus colendum, » Item : « Ipse « tuum cognosce Dominum Dei filium esse. » Alio loco Filium Dei symbolnm

le Fils de Dieu symbolon, c'est-à-dire conseiller. Et le prophèle dit : «ils l'appelleront l’admirable, le conseiller. » Dans le XVIIIe livre de la Cifé de Dieu, saint Augustin écrit encore : « quelques-uns rapportent que, dès ce temps-là, la Sibylle d'Érythrée, d’autres disent la Sibylle de Cumes, avait fait une prédiction en vingt-sept vers, qui ont été traduits en latin et qui contiennent ce passage : — en signe du jugement, la terre se mouillera de sueur; un Roi qui doit vivre dans tous les siècles descendra du ciel, revêtu de chair, pour juger l'univers. — Et en réunissant les premières leitres des vingt-sept vers grecs, on trouve : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur. »

Lactance cite aussi plusieurs prophéties de la Sibylle au sujet de Jésus-Christ. « 11 tombera ensuite, » dit-elle, « entre les mains des infidèles ; de leurs mains sacriléges, ils donneront à Dieu des soufflets, de leur bouche impure, ils lui cracheront des crachats empoisonnés. Et lui, il tendra humblement ses épaules sacrées à leurs coups; il recevra en silence leurs soufflets, de peur qu'on ne reconnaisse le Verbe et que l’enfer ne l'apprenne. Ils

appellat, id est consiliarium. Et propheta dicit : « vocabunt nomen ejus : mirabilis, consiliarins. » De qua rursus idem pater Augustinus in XVIII de Cvitale Dei : « e0, » inquit, « temnore nonnuili sibyllam Erythræam vaticinatam ferunt (quam quidam magis credunt esse Gumanam). Et sunt ejus viginti et septem versus; qui, sicut eos quidam Latinis versibus est interpretatus, hoc

continent :

Judicii signum, tellus sudore madescet.

E cœlo rex adveniet per secla futurus, , Scilicet in carne præsens, ut judicet orbem, »

Quorum quidem versuum primæ litteræ in græco conjunctæ, id sonant : Jesas Ghristns, Filius Dei, Salvator. » Infert etiam Lactantius quædam de Christo vaticinia sibyllæ. « In manus, » inquit, « infidelinm postea veniet. Dabuant Deo alapas manibus incestis, et impurato ore expnent venenatns spntos. Dabit vero ad verbera suppliciter sanctum dorsum, et colaphos accipiens tacebit, ne quis agnoscat quod Verbum vel unde venerit inferis loquatur, et spinea corona

le couronneront d’épines. Pour nourriture, ils lui donneront du fiel, pour boisson, du vinaigre : telle sera la table de leur hospitalité. Nation insensée! tu n'as pas compris que ton. Dieu méritait les hommages de toute la terre, et tu l'as couronné d’épines, tu as mêlé pour lui le fiel et le vinaigre. Le voile du temple se déchirera, et, au milieu du jour, la nuit couvrira la terre pendant trois heures ; il mourra, et après trois jours de sommeil, sortant des enfers, il apparaîtra à la lumière pour montrer aux hommes le principe de la résurrection. »

Virgile, le plus grand de nos poëtes, connaissait sans doute et avait médité cet oracle de la Sibylle, quand, dans sa 1V° églogue, il prédit, sous le règne de César-Auguste et le consulat de Pollion , la naissance miraculeuse d’un enfant envoyé du ciel sur la terre pour effacer les péchés du monde et ouvrir aux hommes une ère pleine de merveilles; il le dit lui-même, il avait été éclairé à ce sujet par l’oracie de Cumes, c’està-dire par la Sibylle. Et il semble que, par ces vers, il exhorte les hommes à se féliciter, à chanter et à écrire sur la naissance future de ce sublime enfant; auprès de ce fait, tous les

coronabitur, Ad cibum autem fel, et ad sitim acetum dederunt. In hospitalitatem hanc monstrabunt mensam. Îpsa enim insipiens gens, tuum Deum non intellexisti laudandum mortalium mentibus, sed spinis coronasti, fel miscuisti. Templi velum scindetur, et in medio die nox erit tribus horis, et morietur, . tribus diebus somno suscepto, et tune ab inferis regressus ad lucem veniet, primus resurrectionis principio ostensus. » Hoc profecto Sibyllæ vaticiuium, ni fallor, maximus ille poetarum nostrorum, Virgilius audierat atque attenderat, quum, in IV ecloga, futurum in proximo sub Augusto Gæsare tempore consulatus Pollionis mirabilem cujusdam pueri de cœælo ad terras mittendi, qui etiam peccata mundi tolleret, et quasi seculum novum in mundo mirabiliter ordinaret, præcineret ortum : admonitus, ut ipsemet ait, Gumæi carminis vaticinio, hoc est Sibyllæ, quæ Gumana dicitur. Ait quippe sic, quasi adhortans quoslibet ad congratulandum sibi, et concinendum seu serihendum de hoc tanio puero

autres sujets lui paraissent faibles et grossiers : « Muses de Sicile, » dit-il, « élevons le sujet de nos chants; les arbrisseaux et l’humble bruyère ne plaisent pas à tout le monde. Voici que sont arrivés les temps prédits. par l’oracle de Cumes ; les siècles vont se dérouler dans un ordre nouveau. Déjà reviennent et la Vierge et le règne de Saturne. Déjà une race nouvelle est envoyée du haut des cieux. » Pesez toutes les paroles de la Sibylle : quel résumé clair et complet de ce que la foi chrétienne doit croire de Jésus-Christ! Elle n’a rien oublié, ni sa divinité, ni son humanité, ni son arrivée pour les deux jugements; le premier dans lequel il a élé injustement condamné aux tourments de la passion, le second dans lequel il viendra dans sa majesté juger le monde suivant les lois de Ja justice. Elle fait mention et de sa descente aux enfers et de la gloire de sa résurrection ; et en cela, elle s’élève au-dessus des prophètes, que dis-je? au-dessus des évangélistes eux-mêmes, qui, de la descente aux enfers, ne disent presque rien.

Peut-on ne pas admirer l’entretien aussi familier qu’étendu

nascituro, in comparatione cujus omnes alias materias quasi infimas et viles

reputat dicens :

Sicelides Musæ, paulo majora canamus;

Non omnes arbusta juvant humilesque myricæ, e e e e (2 e [2 L e C2 e. . . [2 . C2 L Ultima Cumæi venit jam carminis ætas; Magaus ab integro seclorum nascitur ordo :

Jam redit et Virgo, redeunt Saturnia regna, Jam nova progenies cœlo demittitur alto, etc.

Inspice singula Sibyllæ dicta, et quam integre et aperte Christianæ fidei de Christo saummam complectatur. Quæ nec divinitatem ejus, nec humanitatem, nec utrumque ipsius adventum, nec utrumque judicium prophetardo vel seribendo præterinisit, primum quidem judicium, quo injuste judicatns est in passione, et secundum quo juste judicaturus est mundum in majestate, Quæ nec descensam ejus ad inferos, nec resurrectionis gloriam prætermittens, non solum prophetas, verum etiam ipsos supergressa videtur evangelistas, qui de hoc ejus descensu minime scripserunt. Quis non etiam illud tam familiare pro-

LA

dont Jésus-Christ daigna seul à seule honorer la Samaritaine, une païenne, avec tant de bonne grâce que les Apôtres euxmêmes n’en purent retenir leur étonnement? Après l'avoir réprimandée sur son .aveuglement et sur la multitude de ses amants, il voulut lui demander à boire, lui qui, nous le savons, ne demanda jamais d'aliments à personne. Les Apôtres se présentent aussitôt et lui offrent des vivres qu’ils ‘viennent d'acheter. « Maître, mangez, » disent-ils; mais, nous le voyons, il refuse, en leur disant pour les remercier de leur service : « j’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. » Il demande à boire à cette femme, et celle-ci décline une telle faveur. « Comment, vous qui êtes Juif, » dit-elle, « me demandez-vous à boire, à moi qui suis Samaritaine ? les Juifs n’ont pas commerce avec les Samaritains ; vous n'avez rien, d'ailleurs, » ajoute-t-elle, « pour puiser de l'eau, et le puits est profond. » Aïnsi il demande à boire à une femme infidèle qui lui en refuse, et il ne se soucie pas des aliments que lui offrent ses Apôtres. Quelle grâce témoignée au sexe faible, je vous prie, que de demander de l'eau à cette femme, lui qui donne la vie à tout le monde! Quel en est

lixomque colloquinm miretur, quo ipse solus solam illam gentilem et Samaritanam mulierem tan diligenter dignatus est instruere, de quo et ipsi vehementer obstupuerunt Apostoli ? A qua etiam infideli et virorum suorum multitudine reprehensa, potum ipse voluit postulare, quem uihil ulterins alimenti ab aliquo novimus requisisse, Superveninnt Apostoli, et emptos ei cibos ofernnt, dicentes : « Rabi, manduca , » nec oblatos suscipi videmns, sed hoc quasi in excusationen ipsum prætendisse : « ego cibum habeo manducare, quem vos nescitis. » Potum ipse a muliere postulat. À quo se illa excusans beneflcio : « quomodo, » inquit, « tn Judæus quam sis, bibere a me poscis, quæ sum mulier Samaritana ? Non euim coutuntur J:1dæi Samaritanis. » Et iterum : « neque in quo haurias habes, et puteus altus est. » Potum itaque a muliere infideli, et id negante, desiderat, qui oblatos ah Apostolis cibos non curat. Quæ est ista, quæso, gratia, quam exhibet infirmo sexui; ut videlicet a muliere hac postulet aquam, qui omnibus tribuit vitam ? Quæ, irquam, nisi

le but, si ce n’est de montrer ouvertement que la vertu des femmes lui est d'autant plus agréable que leur nature est plus faible, et qu'il a d'autant plus soif de leur salut que leur vertu est plus admirable? Aussi, quand il demande à boire à une femme, fait-il entendre que ce qu’il veut surtout, c’est qu’elle étanche sa soif pour le salut des femmes. Il appelle cette boisson nourriture, « J'ai à manger , » dit-il, « une nourriture que vous ne connaissez pas », et il donne l’explication de cette nourriture, en disant : « ma nourriture, c'est de faire la volonté de mon Père », désignant par là que la volonté particulière de son Père, c’est de travailler au salut du sexe le plus faible.

Nous lisons dans la sainte Écriture, que le Seigneur eut aussi un entretien familier avec Nicodème, le chef des Juifs, qu’il le reçut même secrètement et qu'il l’éclaira sur son salut; mais Nicodème n’en recueillit pas sur-le-champ un si grand fruit. La Samaritaine, au contraire, fut aussitôt remplie du don de prophétie, et elle annonça la venue du Christ non-seulement chez les Juifs, mais chez les Gentils, en disant : « je sais que le Messie, qui s’appelle Christ, va venir, et lorsqu'il sera venu, il nous annoncera

ut patenter insinuet tanto sibi mnlierum virtutem esse gratiorem, quanto earum naturam esse constat infirmiorem; et se tanto amplius earum salutem desiderando sitire, quanto mirabiliorem earum virtutem constat esse? Unde et quum a femina potum postulat, huic præcipue siti suæ per salutem femina- ‘ rum satisfieri velle se insinuat. Quem potum etiam cibum vocans : « ego, » inquit, « cibum habeo mandncare quem vos nescitis. » Quem postmodum exponens cibum, adjungit : « mens cibus est, ut faciam voluntatem Patris mei, » hanc videlicet qnasi singularem sui Patris volnutatem esse innuens, ubi de salute agitur infirmioris sexus. Legimus et familiare colloquinm cum Nicodemo, illo Judæorum principe, Dominum bhabuisse, quo illum quoque ad se occulte venientem de salute sua ipse instruxerit, sed illius colloquii non tantum tunc fructum esse consecutum. Hanc quippe Samaritanam et spiritu prophetiæ repletam esse tune constat, quo videlicet Ghristnm et ad Judæos jam venisse, et ad gentes venturum esse professa est, quum dixerit : « scio quia Messias venit qui dicitur Ghristus. Quum ergo venerit, ille nobis annuntia

tout. » Et, sur ces paroles, nombre de personnes coururent vers le Christ, crurent en lui et le retinrent deux jours, lui qui, cependant, dit ailleurs à ses disciples : « éloignez-vous de la voie des Gentils, n’entrez pas dans la ville des Samaritains. »

Saint Jean rapporte aussi bien que Philippe et André annoncèrent à Jésus-Christ que plusieurs Gentils, qui étaient montés à Jérusalem pour célébrer un jour de fête, désiraient le voir ; mais il ne dit pas qu'il les ait reçus ni qu’il leur ait accordé, sur leur prière, une grâce aussi considérable que celle qu’il a faite à la Samaritaine, qui ne demandait rien de pareil. C’est par elle qu’il commence sa prédication chez les Gentils; non-seulement il la convertit elle-même, mais, par elle, il en gagne une foule, Les Mages, à peine éclairés par l'étoile et convertis, attirèrent à Jésus-Christ, dit-on, un grand nombre d'hommes par leur enseignement et leurs exhortations ; mais seuls ils l’approchèrent. Quelle autorité Jésus-Christ ne donna-t-il donc pas à la Samaritaine parmi les Gentils, à la Samaritaine qui annonça sa venue, et, prêchant ce qu’elle avait entendu, fit en si peu de temps, | dans ceux de son peuple, une si riche moisson!

omnia, » et multos ex civitate illa propter verbum mulieris ad Christum cucurrisse, et in eum credidisse, et ipsum duobus diebus apud se retinuisse, qui tamen alibi discipulis ait : « in viam gentium ne abieritis, et in civitate Samaritanorum ne intraveritis. » Refert alibi idem Joannes quosdam ex gentili-: bus, qui ascenderant Hierosolymam ut adorareït'in die festo, per Philippum et Andream Christo nuntiasse, quod eum vellent videre. Non tamen eos esse admissos commemorat, nec illis postulantibus tantam Christi copiam esse concessam, quantam buic Samaritanæ nequaquam id petenti. À qua ejus in gentibus prædicatio cœpisse videtur, quam non solum convertit; sed per eam, ut dictum est, multos acquisivit. Illuminati statim per stellam Magi, et ad Christum conversi, multos exhortatione sua vel doctrina ad eum traxisse referuntur; sed soli accessisse, Ex quo etiam liquet quantam a Christo gratiam in gentibus mulier sit adepta, quæ præcurrens, et civitati nuntians ejus adventam, et quæ audierat prædicans, tam propere ipsa multos de populo suo est

. Feuilletons l’Ancien Testament et l'Évangile, nous trouverons que les grâces de résurrection les plus éclatantes ont été accordées à des femmes, et que les miracles ont été accomplis sinon pour elles, au moins sur leur prière. Élie et Élisée ressuscitèrent des enfants à la sollicitation de leur mère; et c’est à des femmes que le Seigneur lui-même, en ressuscitant le fils d’une veuve, la fille du chef de la synagogue et Lazare, sur la demande de ses sœurs, a fait la faveur de ce grand miracle. Aussi l’Apôtre, dans son Épiître aux Hébreux, dit-il : « les femmes ont recouvré leurs morts par la résurrection. » En eflet, cette jeune fille ressuscitée recouvra son propre corps, et les autres femmes eurent la consolation de voir revivre ceux dont elles pleuraient la mort ; ce qui prouve encore quelle grâce le Seigneur a toujours accordée aux femmes : il les comble de joie d’abord, en les ressuscitant elles-mêmes, elles et ceux qui leur étaient chers, puis il les rend les premières, par un insigne privilége, témoins de sa propre résurrection.

Ce privilège, les femmes l’ont mérité peut-être par la tendresse naturelle de la compassion qu’elles témoignèrent au Seigneur, au

lucrata, Quod si Veteris Testamenti vel Evangelicæ seripturæ paginas revolvamus, summa illa de resuscitatis mortuis benefcia divinam gratiam feminis præcipue videbimus impendisse, nec nisi ipsis vel de ipsis hæc miracula facta fuisse. Primo quippe per Eliam et Elisæum ad intercessionem matrum flios ipsarum resuscitatos et eis redditos esse legimus. Et Dominus ipse viduæ cujusdam filium suum, et archisynagogi filiam, et rogatu sororum Lazarum resuscitans, hoc immensi miraculi beneficium maxime feminis impendit. Unde illud est Apostoli ad Hebræos scribentis : « acceperunt mulieres de resurrectione mortuos suos. » Nam et puella suscitata mortuum recepit corpus, et cæteræ feminæ in consolationem sui, quos plangebant mortuos, receperunt suscitatos. Ex quo etiam liquet, quantam semper feminis exhibuerit gratiam, quas tam sua quan suorum resuscitatione primo lætificans, novissime quoque ipse propria resurrectione eas plurimnm extulit, quibus, ut dictum est, primum apparuit : quod etiam hic sexus in populo persequente, quodam erga

milieu d'un peuple de persécuteurs. Car, ainsi que Luc le rappelle, tandis que les hommes le conduisaient pour le crucifier, les femmes le suivaient, pleurant sur son sort et se lamentant. Et lui, se retournant vers elles, et comme si, à l’article de la mort, il eût vou reconnaître leur pieux dévouement par sa miséricorde, il leur prédit les malheurs de l'avenir, afin qu’elles pussent s’en garantir. « Filles de Jérusalem, » dit-il, « ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous et sur vos fils; car voici que es jours viendront dans lesquels on dira : heureuses les femmes stériles, heureuses les entrailles qui n’ont point enfanté. »

Saint Mathieu rapporte que la femme du juge inique qui l’avait condamné s'était employée avec zèle à le délivrer, « Tandis qu’il siégeait sur son tribunal , sa femme envoya lui dire : ne vous mêlez en rien de l'affaire de ce juste, car j'ai été aujourd’hui étrangement tourmentée par une vision à cause de lui. »

C'est encore une femme qui, tandis qu'il prêchait, seule, du milieu de la foule , éleva la voix pour entonner sa louange et s'écrier : « bienheureux le sein qui l’a porté, bienheureuses les mamelles qui l’ont nourri » ; par quoi elle mérita que, blâäinant doucement ce pieux élan de foi, bien qu'il fût fondé sur une vé-

Dominum naturali compassionis affectu, visus est promereri. Ut enim Lucas meminit, quum eum viri ad crucifigendum ducerent, feminæ ipsorum sequebantur, plangentes ipsum atque lamentantes. Qnibus ipse conversus, et quas pietatis hujus vicem in ipso statim passionis articulo misericorditer eis referens, futurum, ut cavere queant, prædicit exitum. « Filiæ, » inquit, « Hierusalem, nolite flere super me, sed super vos ipsas flete et super filios vestros; quia ecce venient dies, in quibus dicent : beatæ steriles, et ventres qni non genuerunt. » Ad cujus etiam liberationem iniquissimi judicis uxorem antea fideliter laborasse Matthæus commemorat, dicens : « sedente autem illo pro tribunali misit ad illum uxor ejus dicens : « nihil tibi et justo illi. Multa enim passa sum hodie per visum propter eum. » Quo etiam prædicante, solam feminam de tota turba in tantam ejus laudem legimus extulisse vocem, ut beatum exclamaret uterum qui eum portaverit, et ubera quæ suxerit. A quo et statim piam confessionis suæ, licet verissimæ, correctionem meruit audire, ipso Conr

rité, il répondit aussitôt : « dites plutôt : bienheureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent fidèlement. »

Seul, entre tous ses Apôlres, saint Jean obtint le privilége d'être appelé le bien-aimé. Et ce même Jean dit de Marthe et de Marie : « Jésus chérissait Marthe, Marie, sa sœur, et Lazare. » Le même Apôtre, qui seul jouit du privilége d’être le bien-aimé du Seigneur, ainsi qu’il le rappelle, accorde à des femmes l'honneur de ce même privilége qu'il ne reconnaît à aucun autre Apôtre. Et s’il y associe le frère de ces femmes, il les nomme avant lui, comme étant les premières dans l’amour du Seigneur,

Je veux enfin, revenant aux femmes chrétiennes, publier en admirant et admirer en publiant les effets que la miséricorde divine accomplit jusque sur des filles publiquement vouées à la prostitution. Est-il rien de plus abject que la conduite de Marie- Madeleine et de Marthe l’Égyptienne dans leur première vie ? et en est-il que la grâce divine ait élevées, après leur conversion, à un plus haut degré d'honneur et de mérité? L'une, nous l'avons dit, ne quitte plus la communauté des Apôtres ; l’autre, ainsi qu'il est écrit, déploie une vertu surhumaine dans les épreuves

festim ei respondente : « quin imo beati qui audiunt verbum Dei, et custo< diunt illud. » Solus Joannes inter apostolos Christi hoc privilegium amoris obtinuit, ut dilectus Domini vocaretur. De Martha autem et Maria ipse scribit Joannes, a quia diligebat Jesus Martham, et sororem ejus Mariam, et Lazarum. » Ipse idem Apostolus, qui ex privilegio, ut dictum est, amoris, se unum à Domino dilectum esse commemorat, hoc ipso privilegio, quod nulli aliorum ascripsit Apostolorum, feminas insignivit. In quo etiam honore, etsi fratrem earum ipsis aggregaret, eas tamen illi præposuit, quas in amore præcellere credidit. Libet deuique, ut ad fideles seu Christianas redeamus feminas, divinæ respectum misericurdiæ in ipsa etiam publicorum abjectioLe scortvrum et stupendo prædicare, et prædicaudo stupere. Quid est abjectius quam Maria Magdalena vel Maria Ægyptiaca :ecundum vitæ statum prisuuæ, quas vero Lostmodum vel houore vel merito divina amylius gratia sublimavi:? lllam quidem quasi in Apostolico permanentem cœnobio, ut jam supra commemoravimus : hanc

des anachorètes ; en sorte que le courage de ces saintes femmes l’empôrte sur celui des solitaires des deux sexes, et que les paroles dü Seigneur aux incrédules : « les courtisanes vous précéderont dans le royaume de Dieu », peuvent leur être appliquées à eux et aux hommes, et que les derniers, suivant la différence de sexe et de vie, deviendront les premiers, les premiers les derniers.

Enfin, qui ne sait que ce sont des femmes que les exhortations de Jésus-Christ et le conseil de l’Apôtre ont enflammées d'un tel zèle de chasteté que, pour conserver à la fois la pureté de l’âme et du corps, elles s’offrirent elles-mêmes en holocauste au martyre et s'eflorcèrent, en conquérant cette double couronne, de suivre dans toutes ses voies l'Agneau , époux des vierges? Cette perfection de vertu, rare chez les hommes, nous la trouvons souvent chez les femmes; et quelques-unes ont poussé si loin ce zèle de chasteté de la chair, qu’elles n’ont pas craint de se défigurer pour ne pas perdre la pureté immaculée dont elles avaient fait vœu, et arriver vierges à l'époux des vierges.

Et lui, il a montré combien ce pieux dévouement des saintes

vero, ut scriptum est, supra humanam virtutem anachoretarum agone dimi cantem, ut in utrorumque monachorum proposito sanctarum virttts feminarum præemineat;etillud quod fncredulis Dominus ait : « meretrices præcedent vos in regunm Dei, » ipsis etiam fidelibus viris improperandum videatur, et secun dum sexuum seu vitæ differentiam fiant novissimi primi, et primi novissimi, Quis denique ignoret feminas exhortationem Christi et consilium Apostoli tanto castimoniæ zelo esse complexas, ut pro conservanda carnis pariter ac mentis integritate, Deo se per martyrium offerrent holocaustum, et gemina triumphantes corona, agnum sponsum virginum quocunque ierit sequi studerent? Quam quidem virtutis perfectionem raram in viris, crebram in feminis esse cognovimus. Quarum etiam nonnullas tantum in hac carnis prærogativa zelum habuisse legimus, ut non sibi manum inferre dubitarent, ne quam Deo voverant incorruptionem amitterent, et ad sponsum virginem virgines pervenireut. Qui etiam sanctarum devotionem virginum in tantum sibi gratam esse

femmes lui était agréable : dans une éruption de l’Etna, un peuple entier d'infidèles recourant à la protection de la bienheureuse Agathe, il permit qu'en opposant le voile de la sainte aux flots de la lave, le peuple füt sauvé corps et âme du terrible incendie. Nous ne voyons pas qu'aucun capuchon de moine ait jamais eu le don d'accomplir un tel prodige. Nous savons bien que , touchées par le manteau d’Élie, les eaux du Jourdain se divisèrent, et que le même manteau servit.à ouvrir à Élisée un passage à travers la terre; mais c'est une foule immense de Gentils que le voile de cette vierge a sauvés corps et âme, et c’est le chemin du ciel qu’il deur a ouvert par leur conversion. | | Une chose encore relève singulièrement la dignité de ces saintes femmes, c’est qu'elles se consacrent elles-mêmes par ces paroles : « il m’a engagée par son amour; c’est à lui que je Suis fiancée. » Telles sont, en effet, les paroles de sainte Agnès, et la formule par laquelle les vierges prononcent leurs vœux et s'unissent à Jésus-Christ.

Veut-on suivre chez les gentils l’histoire des établissements de votre ordre et se rendre compte de la considération dont ils jouirent, pour en tirer des exemples propres à vous encourager : on

monstravit, ut gentilis populi multitudinem, ad beatæ Agathæ suffraginm concürrentem, velo ejus contra æstuantis Ætnæ terribilem ignem opposito, tam a corporis quam animæ liberaverit incendio. Nullam novimus monachi cucullam benefcii tanti gratiam esse adeptam. Legimus quidem ad tactum pallii Eliæ Jordanem esse divisum, et ipsi pariter et Elisæo viam per terram præbuisse : velo autem virgiuis immensam adhuc infidelis populi multitudihem tam mente salvari quam corpore, et sic eis conversis ad cœlestia viam patuisse. Illud quoque non modicum sanctarum dignitatem commeridat feminarum, quod in suis ipsæ verbis consecrantur, dicentes : « annulo suo subarrhavit me, ipsi sum desponsata. » Hæc quippe verba sunt beatæ Agnétis, in quibus virgines suam professionem facientes Christo desponsantur. Si quis etiam vestræ religionis formam ac dignitatem apud gentiles cognoscere curet atque nonnulla inde quoque exempla ad exhortationem vestram inducere ; facile,

reconnaîtra sans peine qu'il s'est fait parmi eux certains essais de cette nature, l'esprit de la foi excepté, et qu’il existait, chez eux comme chez les Juifs, maintes pratiques que l’Église a conservées en les améliorant. Qui ne sait, en effet, qu'elle a emprunté à la synagogue toute la hiérarchie ecclésiastique, depuis le porteur jusqu’à l’évêque, ainsi que l’usage de la tonsure, qui est le caractère du clerc, et les jeûnes des Quatre-Temps et la fête des Azymes, et tous les ornements sacerdotaux, et certaines cérémonies de dédicace, et d’autres formes de consécration? Qui ne sait que, par la plus utile des mesures, elle a maintenu chez les peuples copvertis la hiérarchie des dignités séculières, celle des rois et des autres princes, certaines disposiüons de la loi des Juifs gentils, certains préceptes de leur morale ; bien plus, qu’elle leur a pris divers grades de dignités ecclésiastiques, la pratique de la continence et le vœu de la pureté corporelle ? Nos évêques, en effet, et nos archevêques actuels tiennent le rang que tenaient chez eux les flamines et les archiflamines, et les temples qu'ils avaient élevés aux démons ont été consacrés au Seigneur et dédiés à la mémoire des Saints.

deprehendet in ipsis etiam nonnullam hnjus propositi institutionem præcessisse, excepto quod ad fidei pertinet tenorem ; et multa inillis sicut et Judæis præcessisse, quæ ex utrisque congregata Ecclesia retinuit, sed.in melius commutavit. Quis nesciat universos clericorum ordines ab ostiario usque ad episcopum, ipsumque tonsuræ usum ecclesiasticæ, qua clerici fiunt, et jejunia Quatuor Temporum, et azymorum sacrificium, necnon ipsa sacerdotalium indue mentorum ornamenta, et nonnulla dedicationis vel alia sacramenta, a synagoga Ecclesiam assumpsisse ? Quis etiam ignoret ipsam utilissima dispensatione non solum secularium dignitatum gradus in regibus, cæterisque principibus, et nonnulla legum decreta, vel philosoplicæ disciplinæ docuinenta in conversis gentibus retinuisse : verumetiam quosdam ecclesiasticarum dignitatum gradus, vel cuntiuentiæ formam, et corporalis munditiæ religionem ab eis accepisse ? Coustat quippe nunc episcopos vel archiepiscopos præsidere, ubi tunc flamines vel archiflamines habebautur; et quæ tunc templa dæmonibus sunt instituta, postea Domino fnisse consecrata, et Sanctorum memoriis insignita. Scimus et

Nous savons aussi que la virginité a été particulièrement en honneur chez les gentils, tandis que l’anathème de la loi forçait les Juifs à.se marier, et que, chez les gentils, cette vertu ou pureté de la chair était en telle considération, que leurs temples étaient remplis d’assemblées de femmes qui se vouaient au célibat. C’est ce qui fait dire à saint Jérôme, dans son épiître aux Galates, livre IIIe : «que devons-nous faire, nous autres chrétiens, quand nous voyons, à notre honte, que Junon a ses femmes consacrées, Vesta, ses vierges consacrées, et d’autres idoles, leurs fidèles voués à la continence ? » 11 distingue les femmes et les vierges, faisant entendre par là que les unes avaient connu des hommes, tandis que les autres étaient vierges, c’est-à-dire avaient vécu seules ; car povos (seul) et monachus (moine), c'est-à-dire solitaire, ont le même sens. Le même, dans son premier livre contre Jovinien, après avoir cité un grand nombre d'exemples de la continence des femmes païennes, ajoute : « je sais que j'ai multiplié les exemples de ces femmes ; c’est afin que les femmes chrétiennes, qui font bon marché de la vie évangélique, apprennent du moins la chasteté à l’école des païens. » Plus haut, dans le même passage, il exalte la vertu de continence à ce point, qu’il semble que ce soit cette pureté de la chair que Dieu ait eu parti-

‘in gentibus præcipue prærogativam virginitatis enituisse, quum maledictum legis ad nuptias Judæos coerceret : et in tantum gentibus hanc virtutem seu munditiam carzis acceptam extitisse, ut in templis earum mwagni feminarum conveutus cælibi se vitæ dicarent. Unde Hieronymus in E,istolum ad Gulalas, lib. IT : « Quid nos,» inquit, « oportet facere, in quorum condemnationem habet et Juno univiras, et Vesta virgines, et alia idola continentes? » Uuiviras antem et virgines dicit, quasi monachas quæ viros noverant, et mosachas virgines. Monos enim, unde monachus, id est so‘itarins dicitur, unum sonat. Qui etiam libro I Coutra Jovinianum, multis de castitate vel continentia gen ilium feminarum, inductis exemplis : « scio, » inquit, « in Catalogo feminarum me plura dixisse, ut quæ Christianæ pudicitiæ despiciuut fidem, discant saiten ab ethnicis castitatem. » Qui, in eodein supra, illam quoque continentiæ virtutem adeo commendavit, ut hanc præcipue munditiam carnis in omni gente Domi-

culièrement pour agréable chez tous les peuples, et qu’il ait voulu signaler par des grâces ou des récompenses, par des prodiges même, chez les infidèles. « Que dirai-je, » continue-t-il, « de la Sibylle d’Érythrée, de celle de Cumes et des huit autres, ou des dix autres, suivant Varron? Leur vertu caractéristique était la virginité, et le don de prophétie était la récompense de cette virginité; » et encore : « on rapporte que Claudia, | vierge vestale, soupçonnée de libertinage, conduisit avec sa ceinture un vaisseau que des milliers d'hommes n'avaient pu trainer. » Et l'évêque de Clermont, Sidoine, dans son épitre à son livre, fait allusion à ce prodige, en ces termes : « telle ne fut point Tanaquil, ni celle dont tu fus le père, ô Tricipitin, ni celte vierge consacrée à Vesta Phrygienne, qui, sur les eaux gonflées du Tibre, traîna un vaisseau avec les tresses de ses cheveux. » | De son côté, saint Augustin, au livre XXII de la Cité de Dieu, dit : « si nous en venons aux miracles qui ont été faits par leurs dieux et qu'ils opposent à nos martyrs, ne trouverons-nous pas qu'ils militent pour nous et sont complétement au profit de notre

nus approbasse videatur, et nonnullis eam in infidelibus quoque vel collatione meritorum, vel exbibitione miraculorum extulisse. « Quid referam, » inquit, « Sibylam Erithream atque Cnmanam, et octo reliquas® Nam Varro decem fuisse autumat, quarum insigne virginitas est, el virginitatis præmium divia natio. » Item : « Claudia, virgo vestalis, quum in suspicionem venisset stupri, fertur cingulo duxisse ratem, quam hominum millia trahere nequiverant. » Et Sidouius, Claremontensis episcopus, in propemptico ad libellum suum ita loquitur :

Qualis nee Tanaquil fuit, nec illa,

Quam tu, Tricipitine, procreasti,

Qualis nec Phrygiæ dicata Vestæ,

Quæ cirea satis Albulam tumentem

Duxit virgineo ratem tapillo.

Augustinus de Civitete Dei, lib. XXII : «Jam si ad eorum miracula veniaus, quæ facla a diis suis martyribus opponunt nostris, nonne etiam ipsa pro

cause? Certes, parmi les plus grands miracles de leurs dieux, le plus grand est celui que cite Varron au sujet de celte vestale qui, accusée injustement de s'être déshonorée, remplit un crible de l’eau du Tibre et l’apporta devant ses juges sans qu'il s’en échappât une goutte? Qui a soutenu le poids de cette eau à travers tant d'ouvertures? N'est-ce pas Dieu qui, dans sa toute-puissance, a Ôté la pesanteur à un corps terrestre et en a fait un corps vivifié dans l’élément même où il a voulu que résidât l’esprit vivifiant ? » = Ne soyons pas surpris si, par ces miracles et par d’autres, Dieu a exalté la chasteté des infidèles eux-mêmes, ou s’il a permis qu’elle fût exaltée par le démon : c'était pour exciter les fidèles à pratiquer cette vertu avec d'autant plus de zèle, qu'ils la verraient plus honorée même chez les infidèles. Nous savons que c'est à la dignité et non à la personne de Caïphe que le don de prophétie a été accordé , et que si les faux apôtres ont joui de l'honneur éclatant de faire des miracles, ce n’est pas à leur personne, mais à leur rôle qu'ils le doivent. Qu’y a-t-il donc d'’étonnant que le Seigneur ait accordé cette faveur, non à la personne des femmes infidèles, mais à la vertu de continence qu'elles pratiquaient, pour sauver l'honneur d’une vierge et mettre à néant

nobis facere, et nobis reperientur omnino proficere? Nam inter magna miracula deorum-: suorum profecto magnum illud est, quod Varro commemorat, vestalem virginem, quum periclitaretur falsa suspicione de stupro, cribrum implesse aqua de Tiberi, et ad suos judices, nulla ejus parte stillante, portasse. Quis aquæ pondus tenuit tot cavernis patentibus ? Itane Deus omnipo- . tens terreno corpori grave pondus auferre non poterit, ut in eodem elemento habitet vivificantum corpus, in quo voluerit vivificans spiritus? » Nec mirum si üis vel aliis Deus miraculis infidelium quoque castitatem extulerit, vel officio dæmonum extolli permiserit : ut tanto amplius nunc fideles ad ipsam animarentur, quanto hanc in infidelibus quoque amplius exaltari cognoverint. Scimus et Caiphæ prælationi non personæ gratiam esse collatam, et pseudo quoque Apostolos miraculis nonnusquam coruscasse, et hæc non personis eorum, sed officio esse concessa. Quid igitur mirum, si Dominus non personis infidelium feminarum, sed virtuti continentis ipsarum hoc concesserit , ad innocentiam

l'accusation d’impudeur dont elle était l’objet? 1] est certain que l'amour de la continence est une vertu même chez les infidèles, tout comme le respect de la foi conjugale est un don de Dieu chez tous les peuples. Et il ne faut pas s’étonner que Dieu honore non l'erreur des infidèles , mais ses dons par les prodiges qu’il leur accorde exclusivement, alors surtout que ces prodiges ‘ sont, comme je l'ai dit, un moyen de sauver l'innocence et de confondre la malice des méchants; sans compter que c'est pour les fidèles un motif d'autant plus pressant d'atteindre une vertu si hautement glorifée, qu'ils ont moins de mérite que les infidèles à s'abstenir des plaisirs charnels,

C’est de là que saint Jérôme, d'accord sur ce point avec la plupart des docteurs, a conclu, non sans raison, contre l’hérétique Jovinien, cet ennemi de la chasteté dont j'ai parlé plus haut, qu'il devait rougir de trouver chez les païens ce qu'il ne trouvait pas chez les chrétiens. Peut-on méconnaître, en effet, les dons du Seigneur dans la puissance des rois infidèles, alors même qu’ils en mésusent, dans l'amour de la justice, dans la mansuétude qu'ils ne tiennent que des lumières de la loi naturelle, et dans les autres vertus royales ? Peut-on dire que ce ne soient pas des vertus,

virginis saltem liberandam, et falsæ accusationis improbitatem conterendam ? Constat quippe amorem continentiæ honum esse et in infidelibus, sicut et conjagalis pactionis observantiam donum Dei apud omnes esse; ideoque mirabile non videri, si sua dona, non errorem infdelitatis per signa quæ infidelious fiunt, nun fidelibus, Deus honoret : maxime quando per bæc, ut dictum est, inoocentia liberatur, et perversorum hominum malitia reprimitur, et ad hoc quod ita magnificatur bonum homnines amplins cohortantur, per quod tanto minus ab infidelibus quoque peccatnr, quanto amplius a voluptatibus carnis receditur. Quod nunc etiam cum plerisque aliis adversus prædictum incontinentem hæreticum beatus non inconvenienter induxit Hieronymus, ut quæ non miratur in christianis, ernbescat in ethnicis. Qnis etiam dona Dei esse deneget, patesta. tem etiam infdelium principum, etsi perverse ipsa utantur, vel amorem jnstitiæ, vel mausuetudinem quam habent, lege instructi naturali, vel cætera quæ decent principes? Quis bona esse contradicat quia malis sunt permixta ? præ-

parce qu'elles sont mêlées de vices ? Et cela, quand, suivant le raisonnement de saint Augustin et l’ évident témoignage de la raison, il ne peut y avoir de vices que dans une bonne nature? Comment, en effet, ne pas approuver la maxime du poëte : « les gens de bien fuient le mal par amour pour la vertu? » Ne fut-ce que pour encourager les princes à imiter de telles vertus, combien ne vaut-il pas mieux accepter que contester le miracle accompli, selon Suétone, par Vespasien, alors qu’il n’était pas encore parvenu à l'empire, au sujet de cet aveugle et de ce boiteux qu'il guérit, ou ce que saint Grégoire raconte de l'âme de Trajan !

Les hommes savent trouver une perle dans un bourbier et séparer le grain de la paille : Dieu peut-il méconnaïitre les dons qu'il a faits aux infidèles et maudire en eux ses bienfaits ? Plus les signes de ces bienfaits sont éclatants ; plus il prouve qu'il en est l’auteur et que la méchanceté des hommes ne saurait en altérer le caractère, mieux il montre quelles doivent être les es- pérances des fidèles, en voyant la façon dont sont traités les infidèles.

De quel respect était entourée, chez les infidèles, la chasteté des vierges vouées au service des temples, la punition ré-

sertim quum, ut beatus astruit Augustinus, et manifesta ratio testatur, mala esse nequeant nisi ia aatura bona? Quis non illnd approbet quod poetica perhibet sententia :

Oderunt peccare boni virtutis amore ?

Qnis Vespasiani nondum imperatoris miraculum, quod Suetonius refert, de cæco videlicet et claudo per enm curatis, non magis approbet qgnam neget, ut ejns virtutem amplius æmuläri velint principes, ant quod de anima Trajani beatns egisse Gregorius refertur ? Noverunt homines in cœno margaritam legere, et a paleis grana discernere, et dona sua infidelitati adjuncta Deus ignorare non potest, nec quidquam horum quæ fecerit odire. Quæ quo amplius signis coruscant, tanto amplius sua esse demonstrat, nec hominum pravitate sua inquinari posse, et qualis sit fidelbus spectandus, qui talem se exhibet infidelibus. Quantam autem apud infdeles diguitatem devota jilla

servée-à celles qui la violaient le fait connaître. Juvénal, parlant de cette punition dans sa IV® satire, dit de Crispinus, qui en est l'objet : « hier encore auprès de lui était couchée, couronnée de ses bandelettes, une vestale qui va descendre toute vive sous la terre. » Ce qui a fait dire à saint Augustin, dans sa Cité de Dieu, livre II : « les anciens Romains eux-mêmes enterraient toutes vives les prêtresses de Vesta coupables d'incontinence, tandis que les femmes adultères, ils se contentaient de les frapper de quelque peine, mais jamais de la peine capitale. » Tant il est vrai qu'ils vengeaient plus sévèrement ce qu'ils regardaient comme le sanctuaire des dieux, que la couche des hommes ! a

Chez nous, les princes chrétiens ont veillé avec d'autant plus de soin à la chasteté monastique, qu'on ne peut douter qu'elle soit encore plus sacrée. C'est ce que prouve la loi de l’empereur Justinien. « Si quelqu'un, » dit-il, «ose, je ne dis pas ravir, mais seulement essayer de séduire, en vue du mariage, les vierges consacrées à Dieu, qu’il soit puni de mort. » La discipline ecclésiastique cherche plutôt le repentir du pécheur que sa

templis pudicitia sit adepta, vindicta violationis indicat. Quam scilicet vindictam Juvenalis commemorans in IV satyra contra Crispinum, sic de ipso

ait: | |

Cum quo nuper vitiata jacebat

Sanguine adhuc vivo terram subitura sacerdos.

Unde et Augustinus de Civitate Dei, lib. III : « nam et ipsi, » inquit, « Romani antiqui in stupro detectas Vestæ sacerdotes vivas defodiebant. Adulteras antem feminas quamvis aliqua damnatione, nulla tamen morte plectebant. » Usque adeo gravius quæ putabant abdita divina, quam humana cubilia vindicabant. Apud nos autem Christianorum cura principum tanto amplius nostræa providit castimoniæ, quanto eam sanctiorem esse non dubitatur. Unde Justiuianus Augustus : « si quis, » inquit, « non dicam rapere, sed attentare tautum, causa jungendi matrimonium, sacras virgines ausus fuerit, capitali pœna feriatur. » Ecclesiasticæ quoque sanctio disciplinæ, quæ pœnitentiæ remedia,

perte ; avec quelle sévérité, cependant, elle prévient vos chutes! Le pape Innocent, écrivant à Victricius, évêque de Rouen, lui disait (chapitre xim) : « si celles qui épousent Jésus-Christ spi- rituellement et qui reçoivent le voile des mains du prêtre viennent à se marier publiquement, ou à se livrer secrètement à un commerce illicite , elles ne devront ètre admises à la pénitence qu'après la mort de l’fomme avec lequel elles auront vécu. » Quant à celles qui, n'ayant pas encore reçu le voile , auraient feint de vouloir vivre dans l’état de virginité, bien qu’elles n'aient pas reçu le voile, elles devront être, pendant un certain temps, soumises à la pénitence, parce que le Seigneur avait reçu leur serment.

En effet, si un contrat passé entre des hommes ne peut être rompu sous aucun prétexte, combien moins un pacte fait avec Dieu pourra-t-il être impunément violé? Saint Paul dit que les femmes qui ont rompu le veuvage qu'elles s’étaient promis de garder ont mérité condamnation pour avoir violé leur engagement : que sera-ce donc des vierges qui n’ont pas gardé la foi qu'elles avaient jurée ? C’est ce qui a fait dire au fameux Pélage, dans sa lettre à la fille de Maurice : « la femme adultère vis-à-

non mortis supplicia quærit, quam severa sententia lapsus vesiros præveniat non est dubium. Unde illud est Ianocentii papæ Victricio, episcopo Rothomagensi, cap. x : « quæ Cbristo spiritualiter nubunt, et a sacerdote velantur, si postea vel publice nupserint, vel occulte corruptæ fuerint, non eas admittendas esse ad agendam pœnitentiam, nisi is eui se conjunxerant de hac vita discesserit, » Hæ vero, quæ necdum sacro velamine tectæ, tamen in proposito virginali semper'se simulaverint permanere, licet velatæ non fuerint, his agenda aliquanto tempore pœuitentia est : quia sponsio earum a Domino tenebatur. Si vero inter homines solet bonæ fidei contractus nulla ratione dissolvi, quanto magis ista pollicitatio, quam cum Deo pepigerunt, solvi sine vindicta non poterit? Nam si apostolus Paulus, quæ a proposico viduitatis discesserant, dixit eas habere condemnationem, quia primam fidem irritam fecerunt : quanto magis virgines, quæ prioris propositionis fidem minime servaverunt ? Hinc et Pelagius ille notabilis ad filiam Mauritii : « criminosior est, » inquit, « Christ

vis de Jésus-Christ est plus coupable que celle qui s’est rendue adultère vis-à-vis d’un homme. Aussi l'Église romaine a-t-elle eu raison de prononcer récemment sur un tel crime une sentence si sévère , qu’elle juge à peine digne de la pénitence les femmes qui souillent, par un commerce impur, un corps consacré à Dieu. » .

Que si nous voulons examiner quels soins, quelles attentions, quelle tendresse les saints Pères, sollicités par l'exemple du Seigneur et des Apôtres , ont toujours eus pour les femmes consacrées à Dieu, nous verrons qu'ils les ont soutenues, encouragées avec un zèle plein d'amour dans leurs pieuses résolutions, et qu’ils ont incessamment éclairé, échauffé leur foi par des instructions et des encouragements sans nombre. Sans parler des autres, il me suffira de citer les principaux docteurs de l'Église, Origène, Ambroise, Jérôme. Le premier, le plus grand philosophe des chrétiens, se dévoua avec tant de zèle à la direction des religieuses, qu'il alla jusqu’à se mutiler lui-même, au rapport de l'histoire ecclésiastique, pour écarter tout soupçon qui aurait pu l'empêcher de les instruire ou de les exhorter. D'autre part, qui ne sait quelle moisson de divins ouvrages saint Jérôme a laissée

adultera quam mariti. Unde pulchre Romana Ecclesia tam severam nuper de bujusmodi statuit sententiam, ut vix vel pœnitentia dignas judicaret, quæ sanctificatum Dev corpus libidinosa coinquinatioue violassent. » Quod si perscrutari velimus quantam curam, quantam diligentiam et charitatem sancti doctores ipsins.Domini, et Apostolorum exemplis incitati, devotis semper exhibuerint feminis, reperiemus eos summo dilectionis zelo devotionem earum amplexos fuisse, et fovisse, et multiplici doctrinæ vel exhortationis studio earum religionem jngiter instruxisse atque auxisse. Atque ut cæteros omittam, præcipui doctores Ecclesiæ producantur in medium : Origenes scilicet, Ambrosius, atque Hieronymus. Quorum quidem primus, ille videlicet maximus Christianorun philosophus, religionem feminarum tan!o amplexus est zelo, ut sibi manus ipse inferret, sicut Ecclesiastica refert H'storia, ne ulla eum suspicio a doctrina vel exhortatione mulierum abduceret. Quis etiam ignoret quantam Ecclesiæ divinorum messem librorum rogaitu Paulæ et Eustochii beatus reliqneri

en réponse aux demandes de Paule et d’Eustochie ? Il déclare lui-même que son sermon sur l'Assomption de la Mère du Seigneur a élé composé à leur prière. « Je ne puis, » dit-il, « rien refuser à vos sollicitations, enchaïné que je suis par ma tendresse ; j'essayerai donc ce que vous voulez. » Nous savons cependant que plusieurs grands docteurs, aussi élevés par leur rang que par la dignité de leur vie, lui ont souvent écrit pour lui demander quelques lignes, sans pouvoir les obtenir. C’est ce qui fait dire à saint Augustin, dans son second livre des Rétractations : « j'ai adressé aussi au prêtre Jérôme, qui demeure à Bethléem, deux livres : l’un, sur l’origine de Pâme ; l’autre, sur cette pensée de l'apôtre Jacques : « qui- « conque, observant d’ailleurs toute la loi, la viole sur un seul « point, est coupable comme s’il l'avait violée tout entière ; » je voulais avoir son avis sur les deux ouvrages; dans le premier, je me bornais à poser la question sans la résoudre ; dans le second, je ne cachaïs pas ma solution; mais je’ désirais savoir s’il la trouvait bonne, et je lui demandais ce qu'il en pensait. Il à répondu qu'il approuvait les questions, mais qu’il n'avait pas le loisir d'y répondre. Je n’ai donc

Hieronymus? Quibus, inter cætera, sermonem etiam de assamptione Matris Domini juxta earum petitionem scribens, id ipsum profitetur, dicens : « sed quia negare non queo quidquid injungitis, pimia vestra devinctus dilectione, experiat quod hortamini. » Scimus autem nonnullos maximorum doctorum tam ordinis quam vitæ dignitate sublimium, nonnunquam ad eum de longinquo scribentes parva ab ev requisisse scripta, nec impetrasse. Unde et illud est beati Augustini in secundo Refract.tionum libro : « scripsi et duos libros ad presbyterum Hieronymum sedentem in Bethlehem, unum de Origine Aninæ, alium de Senten ia apostoli Jacabi, ubi ait : « quicunque totam legem servaverit

-ofendat autem « in uno, factus est omnium rens : de utroque consulens eum.» Sed in priore quæstionem, quam proposui, ipse non solvi. In posteriore autem quid mihi de illa solvenda videretar non tacui. Sed utrum hoc approbaret etiam ille consului. Respondit autem laudans: eamdem consultationem meam, sibi tamen ad respondendum otium non esse respondit. Ego vero quousque

pas voulu faire paraître ces ouvrages tant qu’il a vécu, dans la pensée qu’un jour, peut-être, il me répondrait, et que je pourrais publier sa réponse en même temps. Ce n’est qu'après sa mort que je les ai publiés. » Voilà donc ce grand homme qui, pendant de longues années, attend de saint Jérôme quelques mots de réponse. Et nous avons vu que, sur la prière de ces pieuses femmes, saint Jérôme s’est épuisé soit à écrire de sa main, soit à dicter nombre d'ouvrages considérables, leur témoignant en cela plus de respect qu'à un évêque. S'il s’attache à leur vertu avec tant de zèle, s’il n'ose l'attrister, n'est-ce pas par égard pour la fragilité de leur nature? Le zèle de sa charité pour elles est parfois si grand, qu’il semble franchir les bornes de la vérité dans ses éloges, comme s'il avait éprouvé lui-même ce qu’il dit ailleurs : « la charité n’a pas de mesuré. »

C'est ainsi qu'au début de la vie de sainte Paule, il s’écrie, comme pour captiver l'attention du lecteur : « alors même que tous les membres de mon corps se changeraïient en langues et que toutes mes articulations parleraïent le langage des hommes, je ne saurais rien dire qui fût digne des vertus de la sainte et

esset in corpore, hos libros edere nolui, ne forte responderet aliquando, et cum ipsa responsione ejus potius ederentur. Illo autem defuncto edidi. » Ecce virum tantam tanto temporé pauca et parva regcripta a prædicto viro expectasse, nec accepisse. Quem quidem ad petitionem prædictarum feminarum in tot et tantis voluminibus vel transferendis vel dictandis sudasse cognovimus, longe eis majorem quam episcopo reverentiam in hoc exhibens. Quarum fortassis tanto amplius virtutem amplectitur studio, nec contristare sustinet, quanto earum uaturam fragiliorem considerat. Unde et nonnunquam zelus charitatis ejus erga hujusmodi feminas tantus esse deprehenditur, ut in earum landibus aliqnatenus veritatis tramitem excedere videatur, quasi in se ipso illud expertus, quod alicubi commeinorans : « charitas, » inquit, « mensuram non habet. » Qui in ipso statim exordio vitæ sanctæ Paulæ, quasi attentum sibi lectorem præparare desiderans , ait : « si cuncta corporis mei membra verterentur in linguas, et omnes artus humana voce resonarent, nihil dignum sanctæ ac vene-

vénérable Paule. » Cependant il a écrit aussi les Vies de certains Pères vénérables, qui brillent de tout l'éclat des miracles, et dans lesquelles se trouvent des prodiges bien plus étonnants; mais il n’est personne qu'il paraisse exalter aussi haut que cette veuve. D’autre part, dans une lettre à la vierge Démétriade, tel est l’éloge dont il marque son entrée en matière, qu’il semble tomber dans une flatterie sans mesure. « De tous les sujets que j'ai abordés, » dit-il, « depuis mon enfance jusqu’à ce jour, soit de ma main, soit en m'aidant de la main de nes’ secrétaires, celui que j'entreprends de traiter aujourd’hui est le plus difficile : il s’agit d'écrire à Démétriade, vierge du Christ, qui tient dans Rome le premier rang et par sa noblesse et par ses richesses ; si je veux rendre justice à toutes ses vertus, je risque de passer pour un flatteur. » C’était sans doute, pour le saint homme, une tâche bien douce d'encourager par quelque artifice de parole le sexe faible dans l'exercice austère de la vertu. Mais les actes sont, en telle matière, des preuves plus sûres encore que les paroles ; or il a entouré ces pieuses femmes d’une prédilection si marquée, que cette prédilection, malgré sa sainteté incomparable, n’a pas laissé d'imprimer une tache à sa réputation. Il nous le fait con-

rabilis Paulæ virtutibus dicerem, » Descripsit et nonnullas sanctorum Patrum venerabiles vitas, atque miraculis coruscas, in quibus longe mirabiliora sunt que referuntur. Nullum tamen eorum tanta laude verborum extulisse videtur, quanta hanc viduam commendavit. Qui etiam ad Demetriadem virginem scribens, tanta ejus laude frontem ipsius insignivit epistolæ, ut non in modicam labi videatur adulationem. « Inter omues, » inquit, « materias, quas ab infantia usque ad hanc ætatem vel mea, vel notariorum scripsi manu, nihil præsenti opere difficilius. £cripturus enim ad Demetriadem virginem Christi, quæ et nobilitate et divitiis prima est in urbe Romana; si cuncta ejus virtutibus congrua dixero, adulari putabor. « Dulcissimum quippe viro sancto fuerat quacunque arte verborum fragilem naturam ad ardua virtutis studia promovere. Ut autem opera nobis quam verba in hoc certiora præbeant argumenta; tanta hujusmodi femiaas excoluit charitate, ut immensa ejus sanctitas nævum sibi propriæ imprimeret famæ. Quod et ipse quidem ad Asellam, de ictis awicis

naître lui-même dans sa lettre à Asella, en parlant de ses faux amis et de ses détracteurs. «Il en est qui me regardent comme un criminel couvert de toutes les ignominies, » dit-il; « vous faites bien, néanmoins, de considérer comme bons ces méchants, en les jugeant d’après votre conscience. Il est dangereux de juger le serviteur d'autrui, et qui calomnie le juste sera diflicilement pardonné. J’en ai connu qui me baisaient les mains et qui me déchiraient avec une langue de vipère. Ils me plaignaient dû bout des lèvres ; au fond du cœur, ils jouissaient. Qu'ils disent s'ils ont trouvé en moi d’autres sentiments que ceux d’un chrétien. On ne me reproche que mon sexe, et l'on ne songerait pas à me le reprocher, si Paule ne venait pas à Jérusalem. » Et encore : « avant que je connusse la maison de sainte Paule, c'était sur-mon compte, dans la ville entière, un concert de louanges. 11 n’y avait qu’une voix pour me reconnaître digne du pontificat. Mais du jour où, pénétré du mérite de cette pieuse femme, j’ai commencé à lui rendre hommage, à la fréquenter, à la prendre sous ma tutelle, toutes les vertus m'ont sur-le-champ abandonné. » Et quelques lignes plus bas : « saluez , » dit-il, « Paule et Eustochie; quoi qu’on en dise, elles sont à moi en Jésus-Christ. »

atque sibi detrahentibus scribens, inter cætera commemorat, dicens : « et licet me sceleratum quidam putent, et omnibus flagitiis obrutum ; tu tamen bene facis, quod ex tua mente etiam malos bonos putas. Periculosum quippe est de servo alterius judicare, et non facilis venia prava dixisse de rectis. Osculabantur quidam mihi manns, et ore vipereo detrahebant. Dolebant labiis. corde gaudebant. Dicant quid unquam in me aliter senserunt, quam quod Christianum decebat? Nihil mihi otjicitur, nisi sexus meus. Et hoc nnnquam objiceretur, nisi quum Hierosclymam Paula proficiscitur. » Ilem : «a antequam domum sanctæ Paulæ noscerem, totius in me urbis studia consonabant. Omnium pene iudicio dignus summo sacerdotio decernebar. Sed postyuam eam pro suo merito sanctitatis veuerari, colere, suscipere cœpi, omnes me

illico desernere virtutes. » Et post aliqua : « Saluta, » inquit, « Paulam et | 6

Nous lisons que la familiarité que le Seigneur témoigna à la bienheureuse pécheresse inspira de la défiance au Pharisien qui VPavait invité à sa table. « Si cet homme était prophète, dit-il, « il saurait, d’une manière ou d’une autre, ce que c'est que cette femme qui le touche. » Est-il donc étonnant que, pour gagner de telles âmes, les saints, qui sont les membres de Jésus-Christ, sollicités par son exemple, ne reculent pas devant le sacritice de leur réputation ? Ce fut pour éviter de tels soupçons qu'Origène, dit-on, eut le courage de faire le sacrifice plus pénible d’une partie de son corps.

Ce n’est pas seulement par leur enseignement et leurs exhortations qu'a éclaté l’admirable charité des saints pour les femmes; parfois aussi cette charité s’est manifestée dans les consolations qu'ils leur ont adressées avec un tel zèle de compassion, que, pour calmer leur peine, ils ont été jusqu’à leur promettre des choses contraires à la foi. Tel est le caractère de la consolation adressée par saint Ambroise aux sœurs de Valentinien après la mort de cet empereur ; n’osa-t-il pas garantir que leur frère était sauvé, lui qui n’était que cathécumène quand il mourut? ce qui est si peu conforme à la foi chrétienne et à la vérité évangélique.

Eustochium, velint, nolint, in Christo meas. » Legimus et Dominum ipsum : tantam beatæ meretrici familiaritatem exhibuisse, ut qui eum invitaverat pharisæas, ob hoc jam penitus de ipso diffideret, apud se dicens : «hic, si esset propheta, sciret utique quæ et qualis est quæ tangit eum. » Quid ergo mirum, si pro lucro talium animarum ipsa Ghristi membra, ejus incitata exemplo, propriæ famæ detrimentum non effugiunt ? Quod quidem Origenes, ut dictum est, quum cuperet evitare, gravius sibi corporis detrimentum inferre sustinuit. Nec solum in doctrina vel exhortatione feminarum mira sanctorum Patrum Charitas innotuit, verum etiam in earum consolatione tam vehemens nonnunquam extitit, ut ad earum dolorem leniendum nonnulla fidei adversa promittere mira eorum compassio videatur. Qualis quidem illa est beati Ambrosii consolatio, quam super morte Valentipiani imperatoris sororibus ejus scribere ausus est, et ejus qui cathecumenus sit defunctus salutem astruere, quod longe a catholica fide atque evangelica veritate videtur dissidere. Non

Mais ces saints docteurs savaient combien la vertu du sexe le plus faible a toujours été agréable à Dieu. |

Aussi, tandis que nous voyons des vierges sans nombre se proposer pour modèle la chasteté de la Mère du Seigneur, nous connaissons peu d'hommes qui aient obtenu le don de cette vertu et qui aient pu suivre l’Agneau sans tache dans toutes ses voies. Quelques-unes, dans leur pieux zèle, se sont donné la mort afin de conserver cette pureté de la chair qu'elles avaient consacrée à Dieu; et non-seulement ce sacrifice n’a pas été l'objet d’un blâme, mais ce martyre d’elles-mêmes leur a généralement mérité la canonisation de l'Église,

Bien plus, si des vierges lancées , avant de s'unir charnellement à leurs maris, prennent la résolution d'embrasser la vie monastique et de renoncer à leur époux terrestre pour prendre le céleste époux, liberté leur en est laissée : ce qui n’a jamais été, que nous sachions, accordé aux hommes. — Quelques-unes même furent enflammées d’un tel zèle de chasteté, que non contentes de prendre, malgré la défense de la loi, un habit d'homme, elles se retirèrent parmi des moines, où l'éminence de leurs vertus les a rendues dignes de devenir

enim ignorabant quam accepta Deo semper extiterit virtus infirmioris sexus. Unde et quum innumeras videamus virgines Matrem Domiui in hujus excellentiæ proposito sequi, paucos agnoscimus viros hujns virtutis gratiam adeptos; ex qua, quocunque ierit, ipsum sequi Agnum valerent. Cujus quidem zelo virtutis quum nonnullæ sibi manam inferrent, ut quam Deo voverant integritatem etiam carnis conservarent ; n0n solum hoc in eis est reprehensum, sed apud plerosque hæc ipsarum martyria titulos ecclesiarum meruerunt. Desponsatæ quoque virgines, si antequam viris suis carnaliter misceantur monasterium decreverint eligere et, homine reprobato, sponsum sibi Deum efficere, liberam in hoc habent facultatem » Quam nequaquam viris legimus indultam. Quarum etiam pleræque tanto ad casiimoniam zelo sunt accensæ, ut non solum, contra legis decretum, pro custodienda castitate virilem præsui merent habitum, verum etiam inter monachos tantis præminerent virtutibus,

abbés. Telle sainte Eugénie, avec la complicité de l’évêque Hélénus, que dis-je? sur son ordre, revêtit l’habit d'homme, et après avoir été baptisée par lui, fut admise dans un monastère de religieux. |

Je pense, très-chère sœur en Jésus-Christ, avoir suffisamment répondu à la première de vos demandes, je veux dire à celle qui était relative à l'autorité de votre ordre et à la considération due à sa dignité : vous embrasserez maintenant les devoirs auxquels vos vœux vous obligent avec d’autant plus de zèle que vous en connaissez mieux l'excellence. Je répondrai à la seconde demande, s’il plait à Dieu ; que vos mérites et vos prières m'en obtiennent la grâce. Adieu.

ut abbates fieri mererentur, sicut de beata legimus Eugenia, quæ, sancto etiam Heleno episcopo conscio, imo jubente, virilem habitum sumpsit, et ab eo baptizata monachorum collegio est sociata,

Hæc ad novissimarum petitionum tuarum primam, soror in Ghristo charissima, me satis rescripsisse arbitror ; de auctoritate videlicet ordinis vestri, et insuper de commendatione propriæ dignitatis, ut tanto studiosius vestræ professionis propositum amplectamini, quanto ejus excellentiam amplius noveritis. Nunc ut secundam quoque Domino annuente perfciam, vestris id meritis et orationibus obtineam; Vale,

Page 1