QUÆ EST EJUSDEM PETRI AD HELOISSAM
ARGUMENTUM
Quum duo ab Heloissa rogatus fuisset Abælardus, alteri quidem eorum superiore respondit epistola : alterum nunc exequitur. Siquidem petitionis Heloissæ alterum caput fuerat, ut Paracletensibus monachabus regulam scriberet ; quod ipse, hoc libro, potius quam epistola, luculenter perficit, plurlmis sanctorum Patrum sententiis tanquam floribus adunatis. Tripartitum autem tractatum vocat, quod in eo maxime de tribus præcipuis virtutibus monastiois, continentia scilicet, paupertate voluntaria, et silentio tractet. Constituit toti earum collegio septem officiales sorores, quæ cæteris tum in his quæ animarum sunt, tum in his
les âmes et à celles qui concernent les besoins temporels ‘on corporels. Il permet aux religieuses l'usage de Ja viande trois fois par semaine, et l'usage modéré du vin. Il règle ensuite avec une sage précision tous les détails de la vie monastique.
Déjà j'ai satisfait, dans la mesure de mes forces, à la première de vos demandes; il me reste à m'occuper de la seconde, avec la grâce de Dieu, pour répondre à vos désirs et à ceux de vos filles spirituelles. Je dois, en effet, selon l’ordre de vos vœux, vous tracer et vous envoyer un plan de vie qui soit comme la règle de votre profession. Vous pensez que des instructions écrites vous seront un meilleur guide que la coutume. Pour moi, voici ce que je me propose de faire : je prendrai comme bases, d’une part, les meilleures coutumes, d’autre part, les instructions des saintes Ecritures, et j'en ferai un corps de doctrine. Vous êtes le temple spirituel du Seigneur, j'ai à le décorer ; je le revêtirai, pour ainsi dire, de peintures de choix ; et de plusieurs œuvres imparfaites, je chercheraiï à composer une œuvre qui réalise la perfection. Je m'efforcerai de faire, pour un temple spirituel, ce que le peintre Zeuxis a fait pour un
quæ ad temporalia sive corporalia spectant, prudenter præsint. Esum carnium ternis diebus singulis hebdomadibus, et usum vini moderatum eis indulget, ac cætera ad vitæ monasticæ ordinem pertinentia diligenter et congrue disponit.
Petitionis tuæ parte jam aliqua, prout potuimus, absoluta, superest Domino anauente de illa, quæ restat, parte tam tuis quam spiritualium tuarum filiarum desideriis complendis operam dare. Restat quippe juxta prædictæ vestræ postulationis ordinem, aliquam vobis institutionem, quasi quamdam propositi vestri regulam a nobis seribi, et vobis tradi, ut certius ex scripto quam ex consuetudine habeatis quid vos sequi conveniat. Nos itaque, partim consuetudinibns bonis, partim Scripturarum testimoniis vel rationum nitentes fulcimentis, hæc omnia in unum conferre decrevimus ; ut spirituale Dei templam, quod estis vos, his decorare, quasi quibusdam egregiis exornare picturis valeamus, et ex pluribus imperfectis quoad possumus unum opusculam consnmmare. In quo quidem opere Zeuxim pictorem imitantes, ita facere instituimus in templo spi-
temple matériel. Les habitants de Crotone l'avaient appelé, rapporte Cicéron dans sa Rhétorique, pour orner des plus nobles peintures un temple qu'ils avaient en grande vénération. Afin de mieux remplir cette tâche, Zeuxis choisit les cinq plus nobles vierges de la ville, pour les faire poser devant lui et travailler à reproduire leur beauté avec son pinceau. Deux raisons vraisemblablement le firent agir ainsi : la première, c’est que ce grand peintre, ainsi que le rappelle le même maître, avait une habileté merveilleuse à peindre les femmes ; la seconde, c’est que les formes de la jeune fille sont naturellement plus élégantes et plus fines que celles de l’homme. S'il choisit plusieurs vierges, dit le philosophe cité, c’est qu’il ne crut point qu'une seule pût lui offrir l’ensemble de toutes les perfections : il savait qu'aucune femme n'est assez favorisée de la nature pour posséder une égale keauté dans toutes les parties de son corps, la nature ne voulant elle-même produire rien d'absolument parfait en ce genre, comme si, en épuisant tous les dons sur un seul sujet, elle craignait de n’avoir plus rien à donner aux autres.
ritali, sicut ille disposuit faciendum in corporali. Hanc enim, ut in Rheforica sua Tullius memninit, Crotoniatæ asciverunt ad quoddam templum, quod religiosissime colebant, excellentissimis picturis decorandum. Quod ut diligentius faceret, quinque sibi virgines pulcherrimas de populo illo elegit, quas sibi pingenti assistentes intuens, earum pulchritudinem pingendo imitaretur, Quod duabus de causis factum esse credibile est : tum videlicet quia, nt prædictus meminit doctor, maximam peritiam:-in depingendis mulieribus pictor ille adeptus fuerat, tum etiam quia naturaliter puellaris forma elegantior et delicatior virili compositione censetur. Plures autem virgines ab eo eligi supra memoratus philosophus ait, quia nequaquam credidit in una se reperire posse puella membra omnia æqnaliter formosa, uullique unquam a natura tantam pulchritudinis gratiam esse collatam, ut æqualem in omnibus membris pulchritudinem haberet, nt nihil ex omni parte perfectum in compositione corporum ipsa expoliret, tanquam uni sic omnia commoda conferret, ut non habere
Ainsi, pour peindre la beauté de l'âme et tracer de la perfection de l’épouse du Christ une image qui soit comme un miroir que vous ayez sans cesse devant les yeux et où vous puissiez juger de votre beauté ou de votre laideur, je tirerai la règle que vous me demandez des divers enseignements des saints Pères et des meilleures coutumes des monastères; je prendrai la fleur de chaque chose au fur et à mesure qu’elle s’offrira à ma mémoire, et je ferai comme un bouquet de tout ce qui me paraîtra le mieux répondre à la sainteté de votre ordre. Et ce n’est pas seulement aux usages des religieuses, c'est aussi à ceux des religieux que j'emprunterai mes règles; car, ayant et même nom et mêmes vœux de continence, la plupart de nos pratiques vous conviennent comme à nous. J'en prendrai donc plus d’une, ainsi que je l'ai dits ce seront comme autant de fleurs que j'assortirai aux lis de votre chasteté. Combien ne devons-nous pas mettre plus de zèle, en effet, à peindre la vierge du Christ, que n'en mit Zeuxis à peindre le portrait d'une idole! Il a pensé, lui, que ciuq vierges lui suffiraient comme modèles ; pour nous, grâce à la mine si riche d'enseignements que nous offrent les écrits des
quod cæteris largiretur. Sic et nos ad depingendam animæ pulchritudinem, et sponsæ Christi describendam perfectionem, in qua vos tanquam speculo quodam unius spiritalis virginis semper præ oculis habitæ decorem vestram vel turpitudinem deprehendatis, proposuimus ex multis sanctorum Patrum documentis vel consuetudinibus monasteriorum optimis vestram instruere conversationem, singula quæque prout memvoriæ occurrerint delibando, et qnasi in unum fasciculum congregando, quæ vestri propositi sanctitati congruere videbo; nec solum quæ de monachabus, verumetiam quæ de monachis instituta sunt: quippe sicut nomine et continentiæ professione nobisestis conjunctæ, ita et fere Omnia nostra vobis competunt instituta. Ex bis ergo, ut diximus, plurima quasi quosdam flores decerpendo, quibus vestræ lilia castitatis adornemus, multo majore studio describere debemus virginem Christi, quam prædictus Zeuzis depingere simulacrum idoli. Et ille quidem quinque virgines, quarum speciem imitaretur, sufficere credidit. Nos vero pluribus Patrum
documentis exuberantem copiam habentes, auxilio freti divino, perfectins vobis é
saints Pères, et à l'appui de la grâce divine, nous ne désespérons pas de laisser une œuvre plus parfaite, et qui nous permette d’égaler l'excellence des cinq vierges sages que le Seigneur, dans son Évangile, nous propose comme l'idéal de la sainteté virginale.. Fassent vos prières que l'effet réponde à mon désir! Salut en Jésus-Christ, épouses "du Christ.
Jai résolu de diviser en trois parties la règle de votre ordre, pour arriver, d'une part, à éclairer et à fortifier votre zèle, d’autre part, à établir l'ordre de la célébration du service divin. La vie monastique, dans son ensemble, comprend, si je ne me trompe, trois points : la chasteté, la pauvreté, le silence; c’est-àdire qu'elle consiste, suivant la règle évangélique, à ceindre ses reins, à renoncer à tout, à éviter les paroles inutiles.
La continence est la pratique de la chasteté, telle que l’Apôtre la prescrit, lorsqu'il dit : «une vierge qui n'est pas mariée ne pense qu’aux choses de Dieu, afin d’être sainte et de corps et d'esprit. » Il dit de tout le corps et non d’une seule partie , de peur que quelque autre ne tombe dans l'impureté, soit par
opusculum relinquere non desperamus, quo ad sortem vel descriptionem illarum quinque prudentium virginum pertingere valeatis, quas in depingenda virgine Ghristi Dominus nobis in Evangelio proponit. Quod ut possimus sicut volumus, vestris orationibus impetremus. Valete in Christo, sponsæ Christi.
Tripartitum instructionis vestræ tractatum fieri decrevimus, in describenda atque munienda religione vestra, et divini obsequii celebratione disponenda, in quibus religionis monasticæ snmmam arbitror consistere : ut videlicet continenter et sine proprietate vivatur, ac silentio maxime studeatnr. Quod quidem, juxta dominicam Evangelicæ regulæ disciplinam, Inmbos præcingere, omnibus renuntiare, otiosum verbum cavere. Continentia veru castitatis illa est, quam suadens Apostolus ait : « quæ innupta est et virgo, cogitat quæ Domini sunt, ut sit sancta corpore et spiritu. » Gorpore, inquit, toto, non uno membro, ut ad nullam scilicet lasciviam in factis vel in dictis ejus aliqnod
action, soit par paroles. D’autre part, elle est sainte d'esprit, quand aucune faiblesse volontaire ne souille sa pensée, quand l’orgueil ne l’enfle pas, ainsi que ces cinq vierges folles qui, étant allées chercher de l’huile, trouvèrent à leur retour les portes fermées. La porte une fois fermée, en vain elles frappèrent et crièrent.: « Seigneur, Seigneur, ouvrez-nous » ; leur époux lui-même leur répondit ces terribles paroles : « en vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas. »
En second lieu, nous nous dépouillons de tout, à l'exemple des Apôtres, pour suivre Jésus-Christ, qui est nu lui-même, quand nous renonçons pour lui non-seulement à tous les biens du monde, à toutes les affections de la chair, mais à toute pensée personnelle, en sorte que nous ne vivions plus à notre guise, inais suivant la direction souveraine de notre chef et de celui qui est notre chef au nom du Christ, comme nous nous soumettrions au Christ lui-même. Car il le dit lui-même : « celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous méprise me méprise. » Et quand même, ce dont Dieu le préserve, il se conduirait mal, si ses ordres sont bons, il ne faut pas que les défauts d’un homme fassent rejeter la voix de Dieu ; il nous en avertit en ces termes:
membrum declinet. Spiritu vero tune sancta est. quando ejus mentem nec consensus inquinat, nec superbia inflat : sicut illarum quinque fatuarum virginum, quæ dum ad vendentes oleym recurrerent, extra januam remanserunt. Quibus jam clausa janua frustra pnlsantibus et clamantibus : « Domine, Domine, aperi nobis, » terribiliter sponsus ipse respondet : « amen dico vobis, nescio vos. » Tunc autem relictis omnibus nudum Christum nudi sequimur,. sicut saucti fecerunt Apostoli, quum, propter eum, non solum terrenas possessiones aut carnalis propinquitatis affectiones, verumetiam proprias postponimus voluntates : ut non nostro vivawus arbitrio, sed prælati nostri regamur imperio, et ei qui nobis loco Christi præsidet tanquam Christo penitus pro Christo subjiciamur. Talibus enim ipsemet dicit : « qui vos audit, me audit; et qui vos spernit, ipse me spernit. » Qui si etiam, quod absit, male vivat, quum bene præcipiat ; non est tamen ex vitio hominis sententia contemnenga Dei, De quolibet ipsemet præcipit dicens : « qnæ dixerint vobis servate, et facite ;
« observez et faites ce qu’ils vous diront, et ne vous réglez pas sur ce qu'ils feront. » Ailleurs encore il nous peint avec précision les sentiments qui doivent nous diriger en passant du monde à Dieu, quand il dit: « celuï qui n’aura pas renoncé à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple; » et encore : « celui qui vient à moi et qui ne haït point son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et même sa propre vie, ne peut être mon disciple. » Or, haïr son père et sa mère, c’est renoncer à toutes les affections de la chair; de même que hair sa propre vie, c’est renoncer à toute pensée propre. C'est ce qu'il recommande encore, quand il dit : « que celui qui veut venir après moi renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive. » C’est ainsi que nous approchons de lui, que nous venons après lui, c’est-à-dire que nous le suivons, en l’imitant autant qu'il est en nous. Lorsqu'il dit : « je suis venu pour faire non ma volonté, mais celle de mon Père qui m'a envoyé, » c’est comme s’il nous disait de faire tout par obéissance.
En effet, « renoncer à soi-même », est-ce autre chose que de sacrifier les affections de la chair et sa propre volonté pour se
secundum vero opera eorum nolite facere. » Hanc autem ad Deum spiritalem a seculo conversionem ipsemet diligenter describit, dicens : « nisi quis renuntiaverit omnibus quæ possidet, non potest mens esse discipulus. » Et iterum : « si quis venit ad me, et non odit patrem suum, aut matrem, et uxorem, et filios, et fratres, et sorores, adhuc autem et animam suam, non potest meus esse discipulus. » Hoc autem est odire patrem vel matrem affectiones carnalium propinquitatum nolle sequi; sicut et odire animam suam est voluntatem propriam sequi nolle. Quod alibi quoque præcipit, dicens : « si quis vult post me venire, abneget sermetipsum, et tollat crucem suam, et sequatur me. » Sic enim propinquantes post eum venimus, hoc est eum maxime imitando sequimur, qui ait: « non veni facere voluntatem meam, sed ejus qui misit me. » Ac si diceret : cuncta per obedientiam agere. Quid est enim, « abnegare semetipsum, » nisi carnales affectiones propriamque voluntatem pastponere, et :
soumettre entièrement à la direction d'autrui? C’est ainsi qu’on ne reçoit pas sa croix de la main d'un autre, mais qu’on la prend soi-même : je veux dire la croix par laquelle ce monde a été crucifié pour nous et nous pour'le monde, et dont le sens est que, par les vœux d'un engagement volontaire, on s'interdit les pensées du monde et de la terre, ou, en d’autres termes, la direction de sa volonté, En effet, que désirent les gens attachés à la chair, sinon accomplir tout ce qu’ils veulent? Et en quoi consistent les plaisirs de la terre, si ce n’est dans l’accomplissement de ses volontés, alors même que ce que l’on veut ne saurait être acheté qu’au prix des plus grandes peines ou des plus grands dangers ? En d’autres termes, qu’est-ce que porter sa croix, c’està-dire souffrir quelque tourment, si ce n’est agir contre sa volonté, quoique ce que l’on veuille paraisse ou facile ou utile? C’est pourquoi un autre Jésus, bien inférieur au véritable, dit dans l'Ecclésiaste : « ne suivez pas vos désirs, détournez-vous de votre volonté; si vous cédez aux désirs de votre esprit, il deviendra un sujet de joie pour vos ennemis. » |
Mais lorsque nous renonçons absolument et à tout ce qui nous appartient et à nous-mêmes, c’est alors vraiment qu'ayant dé-
alieno, non suo regeudum arbitrio se committere ? Et sic profecto crucem suam non ab alio suscipit, sed ipsemet tollit; per quam scilicet ei mundus crucifixus sit, et ipse mundo : quum spontaneo propriæ professionis voto mundana sibi et terrena desideria interdicit, quod est voluntatem propriam non sequi, Quid enim carnales aliud appetunt, nisi implere quod volunt? Et quæ est terrena delectatio, uisi propriæ voluntatis impletio, etiam quando id quod volumus labore maximo sive periculo agimus? Aut quid est aliud crucem ferre, id est cruciatum aliquem sustinere, nisi contra voluntatem nostram aliquid fieri, quantumeunque illud videatur facile nobis esse vel utile? Hinc alius Jesus longe inferior in Ecclesiastico admonet, diceus : « post concupiscentias tuas non eas, et a voluntate tua avertere. Si præstes animæ tuæ concupiscentias ejus, faciet te in gandium inimicis tuis. » Quum vero ita tam rebus nostris quam nobis ipsis penitus renuntiamus, tunc vere omni proprietate abjecta
pouillé toute propriété, nous entrons dans celte vie apostolique qui réduit tout en commun, ainsi qu'il est écrit : « la multitude des fidèles ne faisait qu’un cœur et qu’une âme, personne n'appelait sien ce qu'il avait; tout était commun entre eux : le partage était fait suivant les besoins de chacun. » Et tous n'ayant pas également les mêmes besoins, le partage n'était pas égal : chacun recevait suivant qu’il lui était nécessaire, [ls n'avaient qu'un cœur par la foi, parce que c'est par le cœur qu'on croit ; une âme, parce que, par la charité, leur volonté était réciproque, chacun d’eux désirant pour les autres ce qu’il désirait pour lui-même, et ne cherchant pas plus son bien que celui d'autrui, parce que tout était rapporté par tous au salut commun, personne ne cherchant, ne poursuivant quoi que ce soit qui fût à lui, mais ce qui était à Jésus-Christ : condition hors de laquelle il n’est pas possible de vivre sans aucune propriété, car la propriété consiste plus encore dans l’ambition que dans la possession.
Toute parole inutile ou superflue est la même chose qu'un long discours inutile. Saint Augustin dit, dans son troisième livre des Rétractations : « loin de moi de regarder comme un
vitam illam apostolicam inimus, quæ omuia in commune reducit, sient seriptum est : « multitudinis credentium erat cor unum et anima una. Nec quisquam eorum, quæ possidebat, aliquid suum esse dicebat, sed erant illis omnia communia ; dividebatur autem singulis prout cuique opus erat. » Non enim æqualiter omnes egebant ; et ideo non æqualiter omnibus distribuebatur, sed singulis prout opus erat. Cor unum fide, quia corde creditur; anima una, quia eadem ex charitate voluntas adinvicem, quum hoc unusquique alii quod sibi vellet, nec sua magis quam aliorum commoda quæreret, vel ad communem utilitatem ab omnibus omnia referrentur : nemine quæ sua sunt, sed quæ Jesu Ghristi, quærente seu affectante. Alioquin nequaquam sine proprietate viveretur, quæ magis in ambitione quam in possessione consistit. Otiosum verbum seu superfluum idem est quod multiloquium. Unde Augustinus Retractationum Vb, 1: «absit, inquit, ut multiloquium deputem, quando necessaria
discours inutile ce qu'il est nécessaire de dire, quelle que soit la longueur et l’étendue du discours. » Mais Salomon dit de son côté : « le péché ne manquera pas dans les longs discours, et. celui qui saura régler sa langue sera très-sage.'» Il faut donc se tenir en garde contre une chose où le péché ne manque pas, et veiller à cette maladie avec d'autant plus de zèle qu'elle est plus dangereuse et plus difficile à éviter. C'est à quoi saint Benoît pourvoyait, quand il disait : « en tout temps, les moines doivent s’étudier au silence. » S’étudier au silence est bien plus que garder le silence, L'étude est une énergique application de l'esprit à faire quelque chose. Il est bien des choses que nous faisons avec négligence ou malgré nous; nous ne faisons rien en nous étudiant à le faire, que par un acte de volonté et d’attention.
Combien il est difficile et utile de mettre un frein à sa langue, l’Apôtre saint Jacques le fait heureusement observer, quand il dit : « nous péchons tous en maintes choses; celui qui ne pèche pas en paroles est un homme parfait. » Et encore : «il n'est pas d'espèce de bêtes, d'oiseaux, de serpents, d'animaux enfin que l’homme ne dompte ou n’ait domptée. » Et considérant en même
dicuntyr, quantalibet sermonum multitudine ac prolixitate dicantur. » Hine autem per Salomonem dicitur : « in multiloquio non desrit peccatum. Qui autem moderatur labia sua prudentissimus est. » Multum ergo cavendum est in quo peccatum non deest, et tanto studiosius huic morbo providendum est, quanto periculosius est et difficilius evitatur. Quod beatus providens Bepedictus : « omni tempore, inquit, silentio debent studere monachi. » Plus quippe esse constat silentio studere qua silentium habere. Est enim studium vehemens applicatio animi ad aliquid gerendum. Multa vero negligenter agimus vel inviti, sed nulla stndiose nisi volentes vel intenti. Quantum vero difficile sit vel utile linguam refrenare, apostolus Jacobus diligenter attendens ait : « in multis enim offendimus omnes. Si quis in verbo non offendit, hic pertectus est vir, » Idem ita: « omnis natura bestiarum, et volucrum, et serpentium, et cæterorum, domantur, et domita sunt a natura humana. » Qui
temps combien sont nombreux les maux auxquels prête la langue et tous les biens qu’elle corrompt, il dit plus hautet plus bas : « la langue, cette petite partie de notre corps, est un feu capable d’embraser une grande forêt; c’est la source de toutes les iniquités , un mal inquiet, un poison mortel. » Or quelle chose plus dangereuse que le poison et qu'il faille éviter davantage? De même que le poison tue le corps , de même le bavardage ruine à fond l'âme de la piété. Aussi l’Apôtre dit-il plus haut : « si quelqu'un croit qu’il a l'esprit de piété et qu'il ne mette pas un frein à sa langue, il trompe son cœur ; sa piélé est vaine. » De là ce qui est écrit dans les Proverbes : « tout homme qui ne peut réprimer son esprit lorsqu'il parle est semblable à une ville ouverte et qui n’a point de murailles » C'était bien là le sentiment de ce vieillard qui, lorsque saint Antoine lui disait, au sujet des frères grands parleurs qui s'étaient associés à lui: « vous avez trouvé de bons frères, mon père? » répondit : « Bons, oui; maïs leur demeure n’a point de porte : entre qui veut dans l’étable pour détacher l'âne. »
Notre âme , effectivement , est attachée, pour ainsi dire, dans
simul considerans quanta sit in lingua malorum materia, et omnium bonorum consnmptio, supra sic et infra loquitur : « Lingua quidem modicum membrum, quantus ignis, quam magnam silvam incendit!.… universitas iniquitatis, inquietum malum, plenum veneno mortifero. » Quid antem veneno periculosius vel cavendum amplius ? Sicut ergo venenum vitam extinguit, sic loquacitas religionem penitus evertit. Unde idem superius : « Si qnis putat se, inquit, religiosum esse, non refrenans linguam suam, sed seducens cor suum, bujus vana est religio. » Hinc et in Proverbiis seriptum est : «a sicut urhs patens, et absque murorum ambitu : ita vir qui non potest in loqnendo cnhibere spiritum suum. » Hoc ille senex diligenter considerabat, qui de loquacibus fratribus ei in via sociatis Antonio dicente : « bonos fratres invenisti tecum, abba ; » respondit? « boni sunt siquidem, sed habitatio eornm non habet januam. Quicunque vult intrat in stabulum et solvit asinum. » Quasi enim ad præsepe Domini anima nostra ligatur, sacræ se meditationis in eo quadam
l’étable du Seigneur où elle se nourrit des méditations sacrées qu'elle recueille ; mais, sila barrière du silence ne la retient pas, elle rompt ses liens et elle erre çà et là dans le monde par ses pensées. Les paroles, en effet, lancent l'esprit au dehors : il se tend vers ce qu'il conçoit, il s’y attache par la pensée. Or, c’est par la pensée que nous parlons à Dieu, comme nous parlons aux hommes par les paroles. Et en portant notre attention sur les paroles que nous tenons aux hommes, naturellement nous sommes entraînés loin de Dieu. On ne -peut, à Ja fois, prêter attention aux hommes et à Dieu. | Ce ne sont point seulement les paroles inutiles qu’il faut évi-
ter, ce sont même celles qui paraissent avoir quelque utilité; car il | n’y a qu’un pas du nécessaire à l’inutile, et de l’inutile au nuisible. « La langue», comme dit saint Jacques, « est un mal inquiet ». Plus petite et plus déliée que tous les autres membres, douée de mouvement et par là même plus mobile, elle est la seule que le mouvement ne fatigue pas ; bien plus, le repos lui est à charge. Et par là même qu’elle est plus déliée et plus souple que toutes les autres articulations du corps, plus mobile et plus prompte à la parole, elle est le principe de toute méchanceté.
ruminatione reficiens, a quo quidem præsepi solvitur, atque huc et illuc toto mundo per cogitationes discurrit, nisi eam clausura taciturnitatis retineat. Verba quippe intellectum animæ immittunt, ut ei quod intelligit intendat, et per cogitationem hæreat. Cogitatione vero Deo loqnimur, sicut verbis hominibus. Dumque huc verbis hominum intendimus, necesse est ut inde ducamur; nec Deo simul et hominibus intendere valemus. Nec solum otiosa, verum etiam quæ utilitatis aliquid habere videntur vitanda sunt verba, eo quod facile a necessariis ad otiosa, ab otiosis ad noxia veniatur. « Lingua » quippe, ut Jacobus ait, « inquietum malum, » quo cæteris minor est aut subtilior membris, tanto mobilior et cæteris motu lacessentibus, ipsa quum non movetur fatigatur, et quies ipsa ei fit onerosa. Quæ quanto in nobis subtilior, et ex mollitie corporis nostri flexibilior, tanto mobilior et in verba pronior existit, et omnis
Aussi l’Apôtre, reconnaissant que c'est particulièrement votre faiblesse, interdit-il absolument aux femmes de parler dans l’église, même sur des choses qui touchent au service de Dieu ; il ne leur permet d'interroger que leurs maris et chez elles. Pour apprendre à faire quoi que ce soit, il les soumet à la loi du silence, ainsi qu'il l’écrit à Timothée : « que la femme apprenne en silence, avec pleine et entière soumission ; je ne veux point qu’elle enseigne, ni qu’elle domine son mari, je veux qu'elle vive dans le silence. » S'il a ainsi déterminé les règles du silence chez les femmes laïques et mariées, que’ devez-vous faire, vous? Il avait fait, disait-il, pareille défense, parce que les femmes sont bavardes et parlent quand il ne faut pas. C’est pour apporter quelque remède à un si grand mal que nous les contraignons à un silence perpétuel dans l’église, dans le cloître, au dortoir, au réfectoire, dans tous les endroits où l'on mange, à la cuisine, et surtout à partir des complies : on peut seulement communiquer par signes, dans ces lieux et pendant ce temps, s’il est nécessaire. — Et l’on doit prendre le plus grand soin à enseigner et à apprendre ces signes, destinés à inviter
malitiæ seminarium patet. Quod in vobis præcipue vitium Apostolus notans omnino feminis in ecclesia loqui interdicit, nec de iis etiam quæ ad Deum pertinent, nisi domi viros interrogare permittit, et in iis etiam discendis, vel quibuscunque faciendis, silentio eas præcipue subjicit, Timotheo super his ita scribens : « mulier in silentio discat cum omni subjectione. Docere autem mulieri non permitto, nequa dominari in virum, sed esse ju silentio. » Quod si laicis et conjugatis feminis ita de silentio providerit, quid vobis est faciendum ? Qui rursus eidem cur hoc præceperit innuens, verbosas eas et loquentes quum non oportet, arguit. Huic igitur tantæ pesti remedium aliquod providentes, bis saltem penitus locis vel temporibus linguam continua taciturnitale domemus : in oratione scilicet, in clanstro, dormitorio, refectorio, et in omni comestione et coquina; et post completorium deinceps hoc maxime ab omnibus observetur. Signis vero his locis vel temporibus , si necessarium est, pro ver-
ceux à qui il est indispensable de parler à passer dans un endroit convenable et disposé pour l'entretien. Après avoir brièvement usé -du langage nécessaire, on doit en revenir soit à l'occupation qu’on a quittée, soit à celle du moment.
On doit punir sévèrement l'excès dans les paroles ou dans les signes, maïs surtout dans les paroles, dont ie danger est le plus grand. C’est contre ce péril si grand et si manifeste que saint Grégoire, désirant nous venir en aïde, dit dans son seplième livre des Morales : « landis que nous négligeons de nous tenir en garde contre les paroles inutiles, nous arrivons à celles qui sont nuisibles : de là naissent les divisions, de à sortent les querelles ; ainsi s’enflamment les brandons des haines, ainsi-périt la paix du cœur. » Aussi Salomou disait-il sagement : « celui qui’ fait aller l’eau est la source des querelles. » Faire aller l’eau, c’est abandonner sa Jangue à un flux de paroles. Au contraire, il dit en bonne part : « l’eau profonde vient de la bouche de l’homme. » Celui-là donc qui fait aller l’eau est la source des querelles, parce que celui qui ne met pas un frein à sa langue détruit la bonne harmonie. D'où il
bis utamur. De quibus etiam signis docendis seu addiscendis diligens habeatur cura, per quæ etiam si verbis quoque opus est, ad colloquium invitetur loco congruo, et ad hoc instituto. Et expletis breviter verbis illis necessariis, redeatur ad priora, vel quod opportunum est fiat. Nec tepide corrigatur verborum aut signorum excessus, sed verborum præcipue, in quibus majus imminet periculum. Gui profecto multo magnoque periculo etbeatus Gregorius succurrere vehementer cupiens, VIII Moralium lib. sic nos instrnit. « Dum otiosa, ‘nquit, verba cavere negligimus, ad noxia pervenimus. Hinc seminantur stimuli, oriuntur rixæ, acceduntur faces odiorum, pax tota extinguitnr cordium. » Unde bene per Salomonem dicitur : « qui dimittit aquam, caput est jurgiorum, » Aqua quippe dimittere, est linguam in fluxum eloquii relaxare. Quo contra etin bonam partem asserit dicens : « aqua profunda ex ore viri. » Qui ergo dimittit aquam, caput est jurgiorum : quia qui linguam non refrenat con-
est écrit : « celui qui impose silence à un insensé arrête la colère. » |
C’est nous avertir clairement d'employer la censure la plus rigoureuse à corriger ce défaut, et de ne point différer la répression d'un mal qui, plus que tout autre, met la religion en péril. En effet , il est l’origine des médisances, des querelles, des injures et souvent même des complots qui n’ébranlent pas, — ce n'est pas assez dire, — qui renversent l'édifice entier de la religion. Retranchez-le, toutes les mauvaises pensées, sans doute, ne seront pas détruites ; maïs la gangrène ne passera plus, du moins, des uns aux autres.
Comme s’il eût pensé qu’il suffisait à la piété de fuir ce vice, l'abbé Macaire donnait aux moines de son monastère de Scythie ce conseil : «mes frères, évitez-vous les uns les autres après l'office divin. » Etun religieux lui ayant dit un jour: «où voulez-vous, mon père, que nous puissions trouver une plus grande solitude? » il posa son doigt sur ses lèvres et dit : « c’est là ce que je vous dis d'éviter. » Puis il rentra ensuite dans sa cellule et s’y enferma seul, — Cette vertu du silence qui, selon saint Jacques, rend
cordiam dissipat. Unde scriptum est : « qui imponit stulto silentium iras mitigat. » Ex qno nos manifeste admonet, in hoc ptæcipue vitio corrigendo districtissimam adhibere censuram : ne ejus vindicta ullatenus differatur , et per hoc maxime religio periclitetur. Hinc quippe detractiones, lites, convitia, et nonnunquam conspirationes et conjurationes germinantes, totum religionis ædificium non tam labefactant quam evertunt. Quod quidem vitium quum ampütatum fuerit, non omnino fortasse pravæ cogitationes extinguuntur; sed ab alienis cessabnnt corruptelis, Hoc unum vitium fugere, quasi religioni sufficere arbitraretur, abbas Macarius admonebat, sicut seriptum est his verbis : a Abbas Macarius, major in Scvti, dicebat fratribus : « post missas, ecclesras fugite, « fratres. » Et dixit ei unus fratrum : « Pater, ubi habemus fugere amplius a « solitudine ista? » Kt ponebat digitnm suum in ore suo, dicens : « Istud est « quod fagiendum dico. » Et sic intrabat in cellam snam, et claudens ostium, sedebat solus. » Hæc vero silentii virtus, quæ, ut ait Jacobus, perfectum ho-
l’homme parfait, et dont Isaïe a dit : « la pratique de la Justice est le silence, » a été appliquée par les Pères avec tant de zèle, que l'abbé Agathon , ainsi qu’il est écrit, mit pendant trois ans une pierre dans sa bouche, jusqu’à ce qu’il. eût pris lhabitude de se taire.
Bien que ce ne soit pas le lieu qui sauve, il est des lieux cependaut qui offrent plus d'avantages pour observer aisément et garder fidèlement la piété; des lieux où l’on trouve tous les secours et point d'obstacles. C’est pour cela que les enfants des prophètes, qui sont, comme dit saint Jérôme, appelés moines dans l'Aneien Testament, se retirèrent dans la solitude des déserts et se bâtirent des cellules par delà les bords du Jourdain. Saint Jean aussi et ses disciples, que nous regardons comme les chefs de notre ordre, et dans la suite, saint Paul, saint Antoine, saint Macaire, qui ont particulièrement illustré notre ordre, fuyant le tumulte du siècle et les tentations dont le monde était rempli, se transportèrent dans la solitude pour y chercher le repos de la contemplation et converser plus librement avec Dieu. Le Seigneur lui-même , auprès de qui la tentation ne pouvait avoir d'accès, voulant nous instruire par son exemple, cherchait les gens reti-
minem reddit, et de qua Isaïas prædixit : « cultus justitiæ silentium, » tanto a sanctis Patribus fervore ‘est arrepta, quod, sicut scriptum est, abbas Agatho per triennium lapidem in ore suo mittebat, donec taciturnitatem disceret. Quamvis locus non salvet, multas tamen præbet opportunitates ad religionem facilius observandam , et tutius muniendam; et multa religionis auxilia vel impedimenta ex eo consistant. Unde et filii prophetarum, quos, ut ait Hieronymus, monachos legimus in Veteri Testamento, ad solitudinis secretum se transtulerunt, .præter fluenta Jordanis casulas suas constituentes. Joannes quoque et discipuli ejus, quos etiam propositi nostri principes habemus, et deinceps Paulus, Antonius, Macarius, et qui præcipue in nostro floruerunt propo= sito, tumultum seculi et plenum tentationibus mundnm fugientes, ad quietem solitudinis lectulum suæ contemplationis contulerunt; nt videlicet Deo possint sincerius vacare, Ipse quoque Dominus, ad quem nullus tentationis motus accessum habebat, suo nos erudiens exemplo, quum aliqua vellet agers præcipue
rés et fuyait les bruits de la foule toutes les fois qu'il avait quelque grand acte à accomplir. C’est ainsi qu’il a consacré pour nous le désert par un jeûne de quarante jours; c’est dans le désert qu’il a nourri des milliers d'hommes ; pour assurer la pureté de sa prière, il se retirait non-seulement de la foule, mais de ses apôtres eux-mêmes. C’est sur une montagne écartée qu’il instruisit ses apôtres et les consacra ; c’est le désert qu'il fit resplendir des gloires de sa transfiguration ; c’est sur une montagne qu'il réjouit ses disciples réunis par le spectacle de sa résurrection ; c’est d'une montagne qu'il s’est élevé dans le ciel ; en un mot, c'est dans le désert ou sur des lieux écartés qu’il a accompli tout ce qu’il y a de grand dans sa vie. |
Par ses apparitions dans le désert à Moïse et aux anciens Pères ; par le désert qu'il fit traverser à son peuple pour le mener à la terre de promission et où il le retint si longtemps, lui dictant sa loi, le nourrissant de sa manne, faisant jaillir l’eau du rocher, le soutenant par ses nombreuses apparitions et par ses miracles, 1l nous montre clärement combien il aime pour nous la solitude, qui nous permet de vaquer plus purement à la prière.
C'est encore l’amour de la solitude qu’il dépeint et qu’il re-
secreta petebat, et populares declinabat tumultus. Hinc ipse Dominus nobis quadraginta dierum abstinentia heremum consecravit, turbas in heremo refecit, et ad orationis puritatem non solum a turbis, verum etiam ab Apostolis secedebat. Ipsos quoque Apostolos et in monte seorsum instruxit atque constituit, et transfigurationis suæ gloria solitudinem insignivit, et exhibitione resurrectionis suæ discipulos communiter in monte lætificavit, et de monte in cœlum ascendit, et cætera quæcunque magnalia in solitudinibns vel secretis operatus est locis. Qui etiam Moysi vel antiquis Patribus in solitudinibus apparens, et per solitudinem ad terram promissionis populum transducens, ibique populo diu detento legem tradens, manna pluens, aquam de petra educens, crebris apparitionibus ipsum consolaus, et mirabilia operans, patenter docuit quantam ejus singularitas solitudinem pro nobis amet, cui puriusin ea vacare possumus. Qui etiam libertatem mystice onagri solitudinem amantis diligenter
LS
commande sous la figure mystique de l'âne sauvage, quand, parlant au saint homme Job, il dit : « qui a renvoyé en liberté : l'âne sauvage? qui a dénoué ses liens ? qui lui a donné une retraite dans le désert, une tente dans une terre propre à le nourrir ? 11 méprise la foule des villes, il n'entend pas les cris du créancier , il ne voit que les montagnes de ses pâturages, il ne parcourt que des plaines verdoyantes. » Ce qui veut dire: qui a fait cela, si ce n’est moi ?
L’âne sauvage, en effet, que nous appelons âne des bois, c'est le moine qui, affranchi des liens des choses du siècle, s’est transporté dans le calme et la liberté de la vie solitaire, fuyant le monde et n'y voulant pas rester. Il habite une terre de pâturages, parce que l’abstinence a maigri et desséché son corps. Il n'entend pas les cris du créancier, maïs seulement sa voix, parce qu'il n’accorde à son ventre rien de superflu et se règle strictement sur le nécessaire. Est-il, en effet, un créancier aussi importun, un créancier qui se présente tous les jours aussi régulièrement que le ventre? Et il ne crie jamais, c’est-à-dire il ne fail jamais de demandes plus immodérées que pour une nourriture superflue ou délicate, — demandes auxquelles il ne faut point entendre. Les rnontagnes couvertes de pâturages sont les
describens, et vehementer approbans; ad beatum Job loquitur, dicens : « Quis dimisit onagrum libernm, et vincula ejus quis solvit ? quis dedit in solitudine domum, et tabernacula ejus iu terra salsuginis? Conteranit multitudtnem civi: tatis, clamorem exactoris non audit, circumspicit montes pascuæ suæ, et virentia quæque perquirit. » Ac si aperte dicat : quis hoc fecit nisi ego ? Onager quippe, quem silvestrem asinum vocamus, monachus est, qui secularium rerum vinculis absolutus ad tranquillam vitæ solitariæ libertatem se contulit, et seculum fugiens in seculo non remansit. Hinc in terra salsuginis habitat, quum membra ejns per abstinentiam sicca sunt et arida. Clamorem exactoris non audit, sed vocem, quia ventri non superfina, sed necessaria impendit. Quis enim tam importunus exactor, et quotidianus exactor quam venter ? Hic clamorem, id est immoderatam postulationem habet in superfluis et delicatis cibis, in quo minime est audiendus, Montes pascuæ sunt illi vitæ vel doctrinæ su-
LETTRRB HUITIÈME 311
vies ou les doctrines des saints Pères dont la lecture et la méditation réparent nos forces; les prairies sont les écrits qui conduisent à la vie céleste, et dont la fraîcheur ne saurait se flétrir.
C’est vers la solitude aussi que saint Jérôme nous pousse, quand il écrit au moine Héliodore : « cherchez le sens du nom de moine, c’est-à-dire de votre nom. Que faites-vous dans la foule, vous qui êtes solitaire? » Le même Père, faisant la distinction de notre état et de celui des clercs, écrit en ces termes au prêtre Paul : « .si vous voulez exercer les fonclions de prêtre, si le ministère ou plutôt le fardeau de l’épiscopat a pour vous des charmes, vivez dans les villes et dans les châteaux, et faites votre salut en tâchant de sauver les autres. Si, ainsi que vous le
* dites, vous désirez être moine, c'est-à-dire solitaire , que faitesvous dans les villes, qui certes ne sont pas la demeure des solitaires, mais celle de la foule?... Chaque établissement a ses chefs. Pour en venir au nôtre, il faut que les évêques et les prêtres prennent pour exemple les Apôtres et les hommes apostoliques, et qu'ayant leur rang ils s’efforcent d’avoir aussi leur %ertu. Quant à nous, prenons pour modèles les Paul, les Antoine, les Hilarion, les Macaire, et, pour en revenir au texte
blimium Patrnm, quas legendo et meditando reficimur. Virentia quæque dicit univeroa vitæ cœlestis et immarcessibilis scripta. Ad quod nos præcipue beatus Hieronymus exbortans, sic Heliodoro scribit monacho : « interpretare vocabulum mouachi, hoc est nomen tuum. Quid facis in turba, qui solus es? » [dem et nostram a clericornm vita distinguens , ad Paulum presbyterum scribit his verbis : « si officium vis exercere presbyteri, si episcopatus te vel opus vel onus forte delectat, vive in urbibus et castellis, et aliorum salutem fac lucrum animæ tuæ, Si cupis esse quod diceris, monachus, id est solus, quid facis in urbibus, quæ utique non sunt solorum habitacula, sed multorum®? Habet unumquodque propositum principes suos... Et ut ad nostra veniamus, episcopi et presbyteri habeant ad exemplum Apostolos, et Apostolicos viros, quorum honorem possidentes, habere nitantur et meritum. Nos autem habeamus proposati nostri principes Paulos, Antonios, Hilariones, Macarios. Et ut ad Scriptu-
de l’Écriture, que nos chefs soient Élie, Élisée, les enfants des prophètes, qui demeuraient dans les champs èt dans la solitude, qui s’élevaient des demeures au delà des rives du Jourdain : parmi eux sont les enfants de Rechab, qui ne buvaient ni vin ni cidre, qui demeuraient sous des tentes, et dont Dieu lui-même fait l’éloge par la bouche de Jérémie, en leur promettant qu'il y aura quelqu'un de leur lignée dans le ministère du Seigneur. »
Donc nous aussi, si nous voulons demeurer dans le ministère du Seigneur et être toujours prêts à le servir, dressons-nous des tentes dans la solitude; que la foule n’ébranle pas le lit de notre repos; qu’elle ne porte pas dans notre tranquillité le trouble, qu'elle ne nous induise pas en tentation, qu’elle n’arrache pas notre esprit à notre profession sainte. Inspiré par le Seigneur, saint Arsène a donné à lui seul, pour tous, un exemple frappant et propre à inviter à cette tranquillité de la vie libre et solitaire. En effet, il est écrit : « l'abbé Arsène étant encore dans le palais, adressa à Dieu cette prière : Seigneur, conduisez-moi dans le chemin du salut; et une voix se fit entendre, qui lui dit : Arsène, fuis les hommes et tu seras sauvé. » Et plus loin : « Arsène, fuyant le siècle, embrassa la vie monastique, et adressa à Dieu la même prière : Seigneur, conduisez-moi dans la voie du salut. Et il en-
rarum materiam redeam, noster princeps Elias, noster Elisæus, nostri duces et filii prophetarum, qui habitabant in agris et solitudine, et faciebant sibi tabernacula præter fluenta Jordanis. De ïis sunt et illi flii Rechab qui vinum et siceram non bibebant, qui morabantur in tentoriis, qui Dei voce per Jeremiam laudantur, quod non deficiat de stirpe eorum virstans coram Domino. » El‘nos ergo, ut coram Domino stare, et ejusobsequio parati magis valeamus assistere, tabernacula nobis erigamus in solitudine, ne lectulum nostræ quietis frequentia hominum concutiat,quietem turbet, ingerat tentationes, mentem a sancto evellat proposito. Ad quam quidem liberam vitæ tranquillitatem beatum Arsenium Domino dirigente omnibus in uno manifestum datum est exemplum. Unde et scriptum est : « Abbas Arsenius quum adhuc esset in palatio, oravit ad Dominum, dicens : « Domine, dirige me ad salutem. » Et venit ei vox dicens
tendit une voix qui lui dit : Arsène, fuis, tais-toi et livre-toi au repos de la contemplation; c'est le moyen de commencer à ne plus pécher. » Pourvu de cette seule règle par le précepte du Seigneur, Arsène se tint loin des hommes; bien plus, il les tint loin de lui. Un jour que son archevêque était venu pour le voir avec un magistrat, et qu'ils le prisient l’un et l’autre de les édifier par quelque discours, il leur répondit : « et si je vous dis quelque chose, l’observerez-vous? » Ils lui promirent qu'ils l'observeraient fidèlement. Et il leur dit : « partout où vous entendrez dire que se trouve Arsène, n’approchez pas. » L’archevêque, dans une autre visite qu’il lui fit, envoya d’abord savoir s’il lui ouvrirait, et il lui fit cette réponse : « si vous venez, je vous ouvrirai, mais si Je vous ouvre, il faudra que j'ouvre à tout le monde, et dès lors je ne pourrai plus rester ici. » L’archevèque, à cette réponse, dit : « si je fais un pas de plus et que j'aille le trouver, je ne pourrai plus revenir voir ce saint homme. » Arsène dit aussi à une dame romaineattirée par sa sainteté : « comment avez-vous osé risquer un si grand voyage ? Ignorez-vous que vous êles femme et que vous ne devez pas sortir ? Vous avez voulu pou-
« Arseni, fuge homines, et sanaberis. » Idem ipse discedens ad mcnachalem vitam rursum oravit eumdem sermonem, dicens : e Domine, dirige me ad sa- «lutem.» Audivitque vocem dicentem sibi : « Arseni, fuge, tace, quiesce. Hæc «enim sunt radices non peccandi. » Ille igitur hac una divini præcepti regula instructus, non solum homines fugit, sed eos etiam a se fugavit. Ad quem archiepiscopo suo cum quodam judice quadam die venientibus, et ædificationis sermonem ab eo requirentibus, ait : « et si dixero vobis, custodietis? » Ill autem promiserunt se custodire, Et dixit eis : « ubicumque audieritis Arse- « nium, approximare nolite. » Alia iterum vice archiepiscopus eum visitans,. misit primo videre si aperiret. Et mandavit ei, dicens : « si venis, aperio tibi, « sed si tibi aperuero, omnibus aperio, et tunc jam ultra hic non sedeo. » Hæc audiens archiepiscopus dixit : « si eum persecuturus vado, nunquam vadam « ad hominem sanctum. » Cujus etiam sanctitatem cüidam romanæ matronæ visitanti, dixit : « quomodo præsumpsisti tantam navigationem assnmere ? « Nescis quia mulier es, et non debes exire quoquam? Antut vadas Romam, et
voir dire aux autres femmes, de retour à Rome, que vous avez vu Arsène, et la mer sera couverte de femmes qui viendront le voir. » Celle-ci repartit : «si le Seigneur veut que je retourne à Rome, je ne laisserai venir qui que ce soit; ce que je vous demande, c’est de prier pour moi et de vous souvenir toujours de moi, » Alors il lui dit : « je prie le Seigneur qu'il efface votre souvenir de mon cœur. » À ces mots, elle sortit toute troublée. L'abbé Marc lui ayant demandé pourquoi il fuyait les hommes : « le Seigneur sait, dit-il, que je les aime ; mais je ne saurais être à ha fois avec Dieu et avec les hommes. » :
Les saints Pères avaient, pour le commerce et la fréquentation des hommes, une telle horreur, que quelques-uns d’entre eux, afin de pouvoir les tenir complétement à l'écart, feignaient la folie, et, chose inouie, affichaient l’hérésie. Il n’y a qu’à lire, parmi les vies des Pères, celle de l'abbé Simon; on verra comment il se prépara à la visite des magistrats de sa province; il se couvrit d’un sac, et, prenant dans sa main du pain et du fromage , il s’assit à l'entrée de sa cellule et se mit à. manger. On peut lire aussi le trait de cet anachorète qui, ayant appris qu'un certain nombre de personnes venaient vers lui avec des lampes,
« dicas aliis mulieribus : quia vidi Arsenium ; et faciant mare viam mulierum « venientium ad me ? » Illa autem dixit : « si voluerit me Dominus reverti « Romam, non permitto aliquem venire huc. Sed ora po me,et memor .esto mei « semper. » Ille autem respondens dixit ei : «oro Deum ut deleat memoriam « tui de corde meo. » Quæ audiens hæc, egressa est turbata.» Hic quoque, sicut scriptum est, a Marco abbate requisitus cur fugeret homines, respondit : « scit à Deus quia diligo homines, sed cum Deo pariter et hominibus esse non possum.» In tantum vero sancti Patres conversationem hominum atque notitiam abhorrebant, ut nonnulli eorum, ut illos a se penitus removerent, insanos se fingerent, et; quod dictu mirabile est, hæreticos etiam se profiterehtur. Quod si quis voluerit, legat in Vifis Patrum de abbate Simone , qualiter se præparavit judici provinciæ ad se venienti : qui se videlicet sacco cooperiens, et tollens in manu sua panem et caseum, sedit in ingressu cellæ suæ, et cœpit manducare. Legat et de illo anachoreta, qui quum quosdam sensisset obviam sibi cum lampadibaus
« se dépouilla de tous ses vêtements, les jeta dans le fleuve, et debout, tout nu, se mit à les laver. Celui qui le servait, tout honteux à cetle vue, dit aux visiteurs : « allez-vous-en ; notre vieillard a perdu le sens. » Et revenant à lui, illui dit : « Pourquoi avez-vous agi ainsi, mon père ? Tous ceux qui vous ont vu ont dit : il est possédé du démon. » — « C’est précisément ce que je désirais leur entendre dire », répondit-il.
On pourra lire encore que l’abbé Moïse , pour éviter la visite du magistrat de sa province, se leva et s'enfuit dans un marais, et que ce magistrat, accompagné de son escorte, l'ayant un jour rencontré et lui disant : « vieillard , où est la cellule de l’abbé Moïse », il lui répondit : « pourquoi vouloir le chercher? c'est un fou et un hérétique. » Que dire de l’abbé Pasteur , qui ne se laissa pas voir par le juge de sa province, pour délivrer de prison le fils de sa sœur qui l’en suppliait? Ainsi, tandis que les puissants du siècle cherchent avec un pieux respect à voir les saints, voici les saints qui s’étudient, sans respect pour euxmêmes, à les écarter bien loin d'eux.
Mais, pour vous faire connaître la vertu de votre sexe sur ce point, qui pourrait suflire à louer, comme elle le mérite, cette
occurrere, « exspolians se vestimenta sua, misitin flumen; et stans nudus cœæpit ea lavare. Ille autem qui ministrabat ei hæc videns erubuit, et rogavit homines, dicens : « revertimini, quia senex noster sensum perdidit. » Et veniens ad eum dixit ei: « quid hic fecisti, abba? Omnes enim qui te viderunt dixerunt quia dæmonium habet senex. v {lle antem respondit : « et ego hoc volebam audire.» Legat insuper et de abbate Moyse, qui, nt a se penitus judicem provinciæ removeret, surrexit ut fugeret in paludem. Et occurrit ei ille judex cum suis, et interrogavit eum, dicens : « dic nobis, senex, ubi est cella abbatis Moysis? » Et dixit eis : « quid vultis eum inquirere ? Homo fatuus est et hæreticus. » Quid etiam de abbate Pastore, qui nec se a judice provinciæ videri permisit, ut sororis suæ supplicantis filium de carcere liberaret? Ecce potentes seculi cum magna veneratione et devotione sanctorum præsentiam postulant, et illi etiam Cum summo sui dedecore eos penitus a se repellere student. Ut antem sexus etiam vestri in hac re virtutem cognoscatis, quis digne
vierge qui se refusa à la visite de saint Martin lui-même, pour ne pas interrompre sa contemplation ? Saint Jérôme dit, à ce sujet, dans sa lettre au moine Oceanus : « dans la. vie de saint Martin, écrite par Sulpice, nous lisons que ce saint, désirant saluer en passant une vierge renommée pour sa conduite et sa chasteté, elle ne le voulut pas ; mais qu’elle se borna à lui envoyer un petit présent, et que, regardant par la fenêtre, elle dit au saint homme : mon père, priez là où vous êtes, je n’ai jamais reçu la visite d'aucun homme. A ces mots, saint Martin rendit grâces au ciel de ce que, grâce à de telles mœurs, elle avait conservé sa chasteté. Puis il la bénit et se retira plein de joie.» Cette femme, qui dédaignait ou qui craignait de quitter le lit de sa contem-
-plation , était vraiment prête à répondre à un ami frappant à sa
porte : « j’ai lavé mes pieds, puis-je les salir ? » Si les évêques ou les prélats de notre siècle eussent subi d’Arsène ou de cette vierge un tel refus, de quelle injure ne se seraient-ils pas crus
‘ “atteints? Qu'ils rougissent de tels exemples les moines, s’il s'en
trouve encore dans le désert, qui se réjouissent de la visite des évêques, qui bâtissent des maisons pour les y recevoir, qui non-seulement ne fuient pas la visite des puissants du siècle
prædicare sufficiat virginem illam, quæ beatissimi quoque Martini visitationem respnit, ut vacaret contemplatiôni ? Unde ad Oceanum monachum Hieronymus scribens : « in beati, » inquit, « Martini Vita legimus commemorasse Sulpitium, quod transiens sanctus Martinus virginem quamdam moribus et castitate præcelsam cupiens salutare, illa noluit, sed exenium misit, et per fenestram respiciens, ait sancto viro : « ibi, pater, ora, quia nunquam a viro sum visitata. » Quo audito, gratias egit Deo sanctus Martinus, quod talibus imbuta woribus castam custodierit voluntatem. Benedixit. eam et abiit lætitia plenus. » Hæc revera de contemplations suæ lectulo surgere dedignata vel verita, pulsanti ad ostium amico parata erat dicere : « Lavi pedes meos, quomodo inquinabo illos? » © quantæ sibi imputarent ivjuriæ episcopi vel prælati bujus temporis, si hanc ab Arsenio vel ab hac virgine repulsam pertulissent! Erubescant ad ista, si qui nuncin solitudine morantur monachi, quum episcoporum
- frequentia gaudent, quum eis proprias, in quibus suscipiantur, fabricant do-
que suit la foule, ou autour desquels la foule afflue , mais qui les appellent, et qui, sous prétexte des devoirs de l'hospitalité, multipliant autour d’eux les demeures, dans la solitude qu'ils ont cherchée, créent une cité.
C’est assurément par une machination du rusé tentateur, notre premier ennemi, que presque tous les anciens monastères, qui avaient d’abord été bâtis dans la solitude pour éviter le commerce des hommes, ont plus tard, par suite du refroidissement du zèle religieux, reçu des homines, recueilli des troupeaux de serviteurs et de servantes, vu s'élever de grandes villes sur des emplacements choisis pour la retraite, et sont revenus au siècle, ou, pour mieux dire, ont attiré le siècle à eux. En se jetant dans les embarras de mille misères, en se liant servilement à la do-. mination des puissances spirituelles et temporelles, les moines, dans leur désir de mener une vie oisive et de vivre du produit du travail d’autrui, les moines, c’est-à-dire les solitaires, ont perdu à la fois leur nom et leur caractère. Et tels sont souvent les ennuis qui les assiégent, que, tandis qu'ils cherchent à défendre les biens de ceux qui relèvent d'eux, ils perdent leurs propres biens; plus d’une fois même leurs monastères ont péri dans le feu de l'incendie qui dévorait les maisons voisines.
mos : quum seculi potentes, quos turba comitatur, vel ad quos confluit, non ‘ solum non fugiunt, sed adsciscunt, et occasione hospitim domos multiplicantes, quam quæsierunt solitudinem, redigunnt in civitatem. Hac profecto antiqui et callidi tentatoris machinatione omnia fere hujus temporis monasteria, quum prius in solitudine constituta fuissent, ut homines fugerentur, postea fervore religionis refrigescente , homines adsciverunt, et servos atque anciilas congregantes, villas maximas in locis mouasticis construxerunt; et sic ad seculum redicrunt , imo ad se traxerunt seculum. Qui se miseriis maximis implicantes, et marimæ servituti tam ecclesiasticarum quam terrenarum potestaitum alligantes, dum otiose appeterent vivere, et de alieno victitare labore, ipsum quoque monachi, hoc est solitarii nomen pariter amiserunt et vitam. Qui etiam sæpe tantis urgentur incommodis, ut dum suos et res eorum tutari laborant, proprias amittant, et frequenti incendio vicinarum domorum ipsa quoque mo-
Et un tel châtiment du ciel n’a même pas mis de frein à leur ambition.
Ceux qui, ne pouvant supporter à aucun degré l’assujettissement de la vie monastique, se répandent par groupes de deux ou de trois, ou seuls, dans les villages, les bourgs, les villes, pour vivre sans être soumis à aucune règle, sont inférieurs aux séculiers, par cela seul qu'ils sont infidèles à leur institut. Par un abus des mots et des choses, ils appellent obédiences les maisons qu’ils habitent et où l'on n’est astreint à aucune règle, où l'on n’obéit qu’aux appétits de la chair, où, demeurant avec ses proches ou ses amis, on fait ce que l’on veut d’autant plus librement qu’on a moins à craindre de sa conscience. Et certes il n'est pas douteux que ce qui, chez les autres, serait faute vénielle, devient chez ces apostats éhontés un excès criminel. Évitez, je ne dis pas seulement de suivre de tels modèles, mais même de les connaître.
. La solitude est d'autant plus nécessaire à la faiblesse de votre sexe, qu’on y est moins exposé aux assauts des tentalions de la chair, et que les sens y ont moins de chances de nous égarer sur les choses d2 la matière. « Celui qui vit dans le repos et la
nasteria Cremantur. Nec sic tamen ambitio refrenatur. Hi quoque districtionem monasterii qualemcumque non ferentes, ac per villas, castella, civitates sese dispergentes, binique vel terni, aut etiam singuli sine aliqua observatione regulæ victitantes, tanto secularibus deteriores sunt hominibus , quanto a professione sua amplius apostatantur. Qui habitationum quoque suarum sicut et sua abutentes, Obedientias loca sua nomiuant, ubi nulla regula tenetur, ubi nulli rei nisi ventri et carni obeditur, ubi cum propinquis vel familiaribus suis manentes, tanto liberius agunt quod volunt, quanto minus a conscientiis suis verentur. Ju quibus profecto impudentissimis apostatis excessus illos criminales esse dubium non est, qui in cæteris veniales sunt hominibus. Qualium omnino vitam non solum attingere, sed nec audire sustineatis. Vestræ vero infirmitati tanto magis est solitudo necessaria, quanto carnalium tentationum bellis minus hic infestamnr et minus ad corporalia per sensus evagamur. Unde
solitude, dit saint Antoine, est soustrait à trois sortes de combats : celui de l’ouie, celui de la parole et celui de la vue; il n’en a plus qu’un à soutenir, celui du cœur. »
Le grand docteur de l’Église, saint Jérôme, considérant ces avantages et tous ceux qu'offre encore le désert, exhortait vivement le moine Héliodore à se les assurer. « O solitude qui jouis du commerce de Dieu, disait-il! Que faitesvous dans le monde, mon frère, vous qui êtes au-dessus du monde ? »
Maintenant que nous avons traité des lieux où doivent être construits les monastères, montrons quelle doit être leur position. En bâtissant un monastère, il faut, comme saint Benoît l’a prévu, que dans l’intérieur se trouve, autant qu'il est possible, tout ce qui est nécessaire à la vie des monastères , c’està-dire un jardin, de l’eau, un moulin, une bluterie et un four, et des endroits où les sœurs puissent accomplir leur tâche de chaque jour afin d’éviter toute occasion de sortie.
Ainsi que dans les camps des armées du siècle, dans les camps des armées du Seigneur, c'est-à-dire dans les communautés monastiques, il faut qu’il y ait des chefs qui commandent
et beatus Antonius : « qui sedet, inquit, in solitudine, et quiescit, a tribas bellis eripitur, id est auditus , locutionis, et visus, et contra unum tantummodo habebit pugnam, id est cordis. » [Has quidem vel cæteras heremi commoditates insignis Ecclesiæ doctor Hieronyus diligenter attendens, et ad eas Heliodorum monachum vehementer adhortans, exclamat dicens : « o heremus familiari Deo gaudens! Quid agis, frater, in seculo, qui major es mundo Ÿ?» Nunc vero quia ubi construi monasteria convenit disseruimus, qualis et ipsa loci positio esse debeat ostendamus. Ipsi autem monasterii loco constituendo, sicut quoque beatus consuluit Benedictus, ita si fieri potest providendum est, ut intra monasterii septa contineantur illa maxime quæ monastériis sunt necessaria, id est hortus, aqua, molendiuum, pistrinum cum furno, et loca quibus quotidiana sorores exerceant opera, ne foras vagandi detur occasio.
Sicut in castris seculi, ita et in castris Domini, id est congregationibns mo-
aux autres. Dans les armées du siècle, un seul général commande à tous, qui font tout sur un signe de sa volonté. Il distribue à chacun sa tâche en raison de la quantité des troupes et de la diversité des services ; il en prépose quelques-uns à. des commandements soumis à sa souveraineté, avec charge de diriger les différents corps et de surveiller les services. Il faut qu’il en soit de même dans les monastères; c’est-à-dire qu’une seule supérieure ait l'autorité suprême; que toutes les autres fassent tout par sentiment d’obéissance et sur un ordre de sa volonté ; que nulle ne se mette en tête de lui résister en quoi que ce soit, ni même de murmurer contre quelqu’un de ses commandements ; car il n’est pas de communauté humaine, pas de famille, si peu nombreuse qu'elle soit, qui puisse se soutenir et durer, si l'unité n’y règne, si la direction souveraine ne repose entre les mains d’un seul. Aussi l'Arche, qui représente la figure de l'Église, finissait-elle par une seule coudée, bien qu’elle en eût plusieurs tant en long qu’en large. Et il est écrit dans les Proverbes : « les princes se sont multipliés à cause des péchés de la terre. » C’est ainsi qu'après la mort d'Alexandre, les rois se multiplièrent avec les vices ; ainsi encore que Rome, livrée à plusieurs maîtres, ne
nasticis constituendi sunt, qui præsint cæteris. Ibi quippe imperator unus, ad cujus nutum omnia gerantur, præest omnibus. Qui etiam, pro multitudine exercitus vel diversitate officiorum, sua nonnuilis impertiens onera, qnosdam sub se adhibet magistratus, qui diversis hominum catervis aut offciis provideant. Sic et in monasteriis feri necesse est, ut ibi una omnibns præsit matrona, ad cujus considerationem atque arbitrinm omnes reliquæ omnia operentur, nec ulla ei in aliquo præsumat obsistere, vel etiam ad aliquod ejus præceptum murmurare. Nulla quippe hominum congregatio vel quantulacungne domus unius familia consistere potest incolumis, nisi unitas in ea conservetur : ut videlicet totum ejus regnum in.unius personæ magisterio consistat. Unde et arca, typum Ecclesiæ gerens, quum multos tam in longo quam in lato cubitos haberet, in uno consummata est. Et in Proverbiis seriptum est : « propter peccata terræ multi principes ejus. » Unde etiam Alexandro mortuo, multiplicatis regibus mala quoque multiplicata sunt, et Roma pluribns communicata
put conserver la concorde; ce qui a fait dire au poëte Lucain, dans son premier livre : «c’est toi, Rome, qui asété cause de tes maux , en te donnant à trois maîtres : toujours les pactes de la puissance partagée ont eu une issue funeste; » et quelques vers plus bas : « tant que la terre soutiendra les mers et l'air ja terre, que les soleils éternels accompliront leurs révolutions, que la nuit succédera au jour dans le ciel en traversant les mêmes constellations, jamais la bonne foi n’existera entre ceux qui se sont partagé l'empire, et tout pouvoir sera jaloux de son rival. »
Tels étaient, assurément, ces disciples que le saint abbé Fronton était parvenu à réunir jusqu’au nombre de soixante-dix dans la ville où il était né, non sans s’acquérir pour lui-même de grandes grâces tant aux yeux de Dieu qu'aux yeux des hommes, et qui, ayant abandonné le monastère de la ville ainsi que tout ce qu’il possédait dans la ville , les entraîna dépouillés de tout dans le désert. Bientôt, de même que jadis le peuple d’Israël se plaignait que Moïse les eût tirés d'Égypte et leur eût fait laisser toutes les ressources qu'ils trouvaient dans l'abondance
rectoribus concordiam tenere non potuit. Unde Lucanus in primo sic meminit :
0 + + + « + + . Tu causa malorum
Facta tribus dominis communis Roma, nec vague
In turbam missi feralia fœdera regni.
Et post pauca :
: + + + Dum terra fretum, terramque levabit Ab et longi volvent Titana labores, Noxque diem cælo totidem per signa sequetur ; Nuila fides regni sociis, omnisque potestas Impatiens consortis erit. + + «+ + + «
Tales profecto et illi erant discipuli sancti Frontonii abbatis, quos ipse in civitate, in qua natus est, quum usque ad septuaginta congregasset, et magnam ibidem gratiam tam apnd Deum quam apud homines adeptus esset, relicto monasterio civitatis cum mobilibus rebus nudos secum ad heremum traxit. Qui postmodum, more Israelitici populi adversns Moysem conquerentis, qnod eos
des animaux et dans la richesse de la terre, pour lès emmener :
dans le désert, ceux-ci disaient, en murmurant : « la chasteté ne règne-t-elle que dans les déserts, et ne saurait-elle exisier dans les villes? Pourquoi ne pas revenir dans la ville dont nous ne sommes sortis que pour un temps? Dieu n’exaucera-t-il nos prières que dans le désert? Qui pourrait vivre de la nourriture des Anges? Qui pourrait se féliciter d’avoir pour sociélé les animaux sauvages et les bêtes féroces ? YŸ a-t-il rien qui nous enchaîne ici de force? Pourquoi ne pas retourner bénir le Seigneur dans le lieu où nous sommes nés? » |
C'est donc avec raison que l’Apôtre Jacques nous donne ce conseil : « mes frères, gardez- vous de vous donner plusieurs maîtres ; sachez que c'est vous exposer à trop de juges. » C’est ce qui fait dire aussi à saint Jérôme, dans l'instruction qu’il adresse au moine Rusticus sur la conduite de sa vie : «'aucun art ne s’apprend sans maître ; les animaux mêmes et les bêtes féroces suivent le chef du troupeau; chez les abeilles, il en est une qui marche devant et toutes les autres suivent ; les grues volentien bon ordre, suivant l’une d'elles qui les con-
duit. Il n’y a qu'un seul empereur, un seul magistrat pour
etiam de Ægypto, relictis ollis carnium et abundantia terræ, in solitudinem eduxisset, murmurantes incassum dicebant : « Nunqgnid sola in heremo castitas, quæ in urbibus non est ? Gur itaque non in civitatem revertimnr, de qua ad tempus exivimus? An in heremum solum Deus exaudiet orantes? Quis cibo Angelorum vivat? Quem pecorum et ferarum delectat fieri socium ? Quanta nos habet nrcessitas hic morari? Gur itaque non regressi in locum, in quo nati sumus, benedicimus Dominum ? » Hine et Jacobus admonet apostolus. « Nolite, inquit, plures magistri fieri, fratres mei, scientes quoniam majus judicium sumitis. » Hinc quoque Hieronymus ad Rusticum monachum de institutione vitæ scribens : « nulla, inquit , ars absque magistro discitur. Etiam muta animalia et ferarnm greges ductores sequuntur suos. In apibus unam præcedentem reliquæ subsequuntur. Grues unum sequuntur ordine litterato. Im-
EN
LETTRE HUITIÈME 323 chaque province. Rome, au moment même de sa fondation, ne put avoir pour rois les deux frères à la fois, et elle fut consacrée par un parricide. Ésaü et Jacob se firent la guerre dans le sein de Rébecca. Chaque évêque, chaque archiprêtre, chaque archidiacre, tous les ordres ecclésiastiques ont leur supérieur. Dans un navire, il n’y a qu’un pilote; dans une maison, qu'un maître; une armée, quelque nombreuse qu'elle soit, se règle sur les ordres d’un seul. Tous ces exemples démontrent qu'il ne faut pas vous conduire d’après votre volonté, mais que vous devez, d'accord avec un certain nombre de frères, vivre dans un couvent sous la direction d’un seul père. »
Afin donc de pouvoir conserver la concorde en toutes choses, il convient qu'il y ait une seule supérieure, à qui toutes les autres obéissent en tout. Au-dessous d'elle, et selon qu'elle l’aura ellemême décidé, quelques autres seront établies pour remplir certaines fonctions ; elles dirigeront les ministères dont elle les chargera, dans la mesure où elle le marquera; ce seront comme autant de chefs et de conseils dans l’armée du Seigneur; les autres formeront le corps de l’armée, les soldats qui, s’en remet-
perator unus, judex unus provinciæ. Roma ut condita est, duos fratres simul habere reges non potuit, et parricidio dedicatur. In Rebeccæ utero, Esau et Jacob bella gesserunt. Sioguli ecclesiarum episcopi, singuli archipresbyteri, singuli archidiaconi, et omnis ordo ecclesiasticus suis rectoribus nititur, In nave uaus gubernator, in domo unus dominus. In quamvis grandi exercitu unius signum spectatur. Per hæc omnia ad illud tendit oratio, ut doceam te non tuo arbitrio dimittendum, sed vivere debere in monasterio sub unius disciplina patris consortioque multorum, »
Ut igitur in omnibus concordia servari possit, uuam omnibus præesse convenit, cui per omniaomnes cbediant. Sub hac etiam quasi magistratus quosdam nonnullas alias personas, prout ipsa decreverit, constitui oportet. Quæ quibus officiis ipsa præceperit, et, quantum voluerit, præsint, ut sint videlicet istæ quasi duces vel consules in exercitu Dominico : reliquæ autem omnes tanquant
tant à leurs chefs de la direction, combattront librement contre le démon et ses satellites. Or, pour toute l’administration du monastère nous croyons qu'il faut sept maîtresses, autant et pas plus : la portière, la cellérière, la robière, l’infirmière, une chantre, une sacristine, enfin une diaconesse, qu'on nomme aujourd’hui abbesse. Dans ce camp donc, qui renferme, pour ainsi parler, une milice divine, ainsi qu'il est dit : « la vie de l’homme sur terre est une vie de combat; » et ailleurs: « elle est terrible comme une armée rangée en bataille, » — la diaconesse tient la place du général en chef à laquelle tout le monde obéit en tout." Les six autres sœurs appelées officières, qui commandent sous elle, ont rang de chefs ou de consuls. Toutes les autres religieuses, que nous appelons cloîtrières, sont les soldats qui accomplissent le service divin. Quant auxsŒurs converses qui, en renonçant au monde, ont fait vœu d’obéissance aux religieuses, semblables aux hommes de pied, elles tiennent, sous un habit de religion qui n’est pas l’habit monastique, le rang inférieur.
Il me reste maintenant, Dieu aidant, à déterminer le caractère de chacun des grades de cette milice, afin qu’elle soit véri-
milites vel pedites, istarum cura eis prævideute, adversus malignum ejusque
satellites libere pugnent. Septem vero personas ex vobis ad omnem monasterii
administrationem necessarias esse credimus atque sufficere : portariam scilicet, cellerariam, vestiariam, infirmariam , cantricem, sacristam, et ad extremum diaconissam, quam nunc abbatissam nominant. In his itaque castris, et divina quadam militia, sicut scriptum est : « militia est vita hominis super terram, » et alibi : « terribilis ut castrorum acies ordinata, » vicèm imperatoris, cui per omnia obeditur ab omnibus, obtinet diaconissa. Sex vero aliæ sub ea, quas dicimus officiales, ducum sive consulum loca possident. Omnes vero reliquæ moniales, quas vocamus claustrales, militum more, divinum peragunt expedire servitium. Conversæ autem , quæ etiam seculo renuntiantes, obsequio monialium se dicarunt, habitu quodam religioso, non tamen monastico, quasi pedites, inferiorem obtinent gradum.
Nunc vero superest, Domino inspirante, hujus militiæ gradus singulos ordinare, ut adversus impugnationes dæmonum vere sit quod dicitur « castrorum
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tablement une armée rangée en bataille. » Commençant, comme on dit, par la tête, qui est la diaconesse, examinons d’abord ce que doit être celle par qui tout doit être réglé. L’Apôtre saint Paul, dans la lettre à Timothée que nous avons précédemment citée, indique expressément combien sa sainteté doit être supérieure et éprouvée, quand il dit : « qu'on choisisse une veuve qui ne compte pas moins de soixante ans, qui n’ait eu qu’un mari, qui soit en possession d’une réputation de bonnes œuvres, qui ait élevé ses enfants, donné l'hospitalité, lavé les pieds des saints, assisté les malheureux, accompli toute espèce de bien ; quant aux Jeunes veuves, il faut les éviter. » Et plus haut, en réglant la vie des diacres, il avait dit, au sujet des diaconesses : « que les femmes soient également chastes, point médisantes, sobres, fidèles en toutes choses. » Quelle est la raison d’être, quel est le motif de toutes ces exigences ? Nous l'avons, je pense, suffisamment démontré dans notre lettre précédente; nous avons surtout assez expliqué pourquoi l’Apôtre veut qu’elles n’aient eu qu’un seul mari et qu’elles soient d’un âge avancé. Aussi ne sommes-nous pas peu surpris que l'Église ait laissé s’invétérer la dangereuse
acies ordinata.» Ab ipso, inquam, ut dictum est, capite, quod diaconissam die cimus, hujus institutionis ducentes exordium, de ipsa primitus disponamus, per quam sunt omnia disponenda. Hujus vero sanctitatem, sicut in præcedenti meminimus epistola, beatus Paulus apastolus, Timotheo scribens, quam eminentem et probatam oporteat esse diligenter describit, dicens : « vidua eligatur
non minus sexaginta annorum, quæ fuerit unius viri uxor, in operibus bonis © testimonium habens, si filios educavit, si hospitio recepit, si sanctorum pedes lavit, si tribulationem patientibus subministravit, si omne opus bonum subsecuta est. Adolescentes autem viduas devita. » Idem supra de diaconissis, quum etiam diaconorum institneret vitam : « mulieres, inquit, similiter pudicas, non detrahentes, sobrias, fideles in omnibns. » Quæ quidem omnia quid intelligentiæ vel rationis habeant, quantum æstimamus, epistola præcedente nostra satis disseruimus, maxime cur eam Apostolus unius viri et provectæ velit esse ætatis. Unde non mediocriter miramur quomodo perniciosa hæc in Eccle:ia consuctndo inolevit, ut quæ virgines sunt, potius quam quæ
coutume de choisir des filles plutôt que des veuves, si bien que ce sont les jeunes qui commandent aux vieilles. Et cependant l'Ecclésiaste dit : « malheur à toi, terre dont le roi est un enfant ; » et nous sommes tous du sentiment du saint homme Job :
« dans les anciens est la sagesse , la prudence est le fruit du temps. » D'où il est écrit dans les Proverbes : « la vieillesse est:
une couronne d'honneur qui se trouve dans les voies de la justice; » et dans l’Ecclésiaste : « que la justice est belle, entre les mains de la vieillesse ! qu'il est beau pour la jeunesse de prendre conseil des vieillards! que la sagesse sied bien aux personnes avancées en âge; l'intelligence et le conseil, à celles qui sont élevées en gloire! Une grande expérience est la couronne des vieillards, et leur gloire, c’est la crainte de Dieu. » Et encore : « parlez, vous qui êtes plus âgé; c'est votre rôle, jeune homme, même dans votre propre cause, de ne vous décider à parler que lorsqu'il y a nécessité de le faire. Vous interroge-t-on deux fois? que votre réponse soit brève; paraissez ignorant en beaucoup de choses; écoutez en silence et instruisez-vous. Au milieu des grands, n’ayez point de présomption, et là où sont des vieillards, ne parlez pas beaucoup. n ds
C'est de là que les prêtres qui, dans l’église, commandent
viros cognoverunt ad hoc eligantur, et frequenter juniores senioribus præfciantur; quum tamen Ecclesiastes dicat : « væ tibi, terra, cujus rex puer est, »
Et quumillud beati Job omnes pariter approbemus: « in antiquis est sapientia, .
et in multo tempore prudentia. » Hinc et in Proverbiis scriptum est: « corona dignitatis senectus, quæ in viis justitiæ reperietur. » Et in Ecclesiastico : « quam speciosum canitiei judicium, et a presbyteris cognoscere consilium! Quam speciosa veterani sapientia, et gloriosus intellectus, et consilium, corona senum! Multa peritia et gloria illorum timor Dei. » Item : « loquere, major natu, decet enim te... Adolescens, loquere in tua causa, vix quum necesse fuerit. Si bis interrogatus fueris, habeat caput responsum tuum. In multis esto quasi inscius, et audi tacens simul et quærens, et loqui in medio magnatorum non præsumas, et ubi sunt senes non multum loquaris. » Unde
RE
au peuple, sont appelés vieillards, afin que leur nom même indique ce qu'ils doivent être. Et ceux qui ont écrit les Vies des Saints appelaient vieillards ceux que nous appelons aujourd’hui abbés. | |
Il faut donc , dans l'élection et la consécration d’une diaconesse, prendre toutes ses mesures pour suivre le conseil de. l’Apôtre, et la choisir dans des conditions telles, que par sa vie et ses lumières elle puisse commander aux autres ; que son âge garantisse la maturité de ses mœurs; qu’elle se soit rendue, par son obéissance, digne de commander ; qu’elle ait appris la règle par la pratique plutôt que dans les livres, et qu’elle la connaisse à fond. Si elle n’est pas lettrée, qu’elle sache bien qu’elle n’a point à présider des discussions philosophiques et des entretiens dialectiques, mais qu'elle doit simplement se conformer à la pratique de la règle et donner l'exemple des œuvres, ainsi qu’il est écrit au sujet du Seigneur, « qui commença à faire et à enseigner; » à faire d’abord, et ensuite à enseigner, parce que la science de l’œuvre est meilleure et plus parfaite que celle du discours, celle des faits meilleure que celle des paroles. C’est un point qu’il faut bien observer ; l’abbé Ipitius. le recommande. ‘« Le
et presbyteri qui in écclesia populo præsunt seniores interpretantur, ut ipso quoque nomine quales esse debeant doceatur. Et qui sanctornm Vitas scripserunt, quos nunc abbates dicimus, senes appellabant. Modis itaque omnibus providendum est ut in electione vel consecratione diaconissæ consilium præcedat Apostoli, ut videlicet talis eligatur, quæ cæteris vita et doctrina præesse debeat, et ætate quoque morum maturitatem polliceatnr, et qnæ obediendo mecuerit imperare, et operando magis quam audiendo regulam didicerit, et firmius noverit. Quæ si litterata non fuerit, sciat se non ad philosophicas scholas, vel disputationes dialecticas, sed ad doctrinam vitæ et operum æhibitionem accommodari. Sicut de Domino scriptum est : « qui cœæpit facere et docere, » prius videlicet facere, postmodum docere. Quia melior atque perfectior est doctrina operis quam sermonis, facti quam verbi. Quod diligenter attendamus, ut scriptum est : dixit abbas [pitius : « ille est vere sapiens, qui
vrai sage, dit-il, est celui qui enseigne par ses actes, non par ses paroles. » Et sur ce point, il donne force et confiance. Remarquons aussi le raisonnement par lequel saint Antoine confondit les philosophes qui se riaient, sans doute, des leçons d’un ignorant et d’un homme illettré. « Répondez-moi, leur
disait-il : lequel vaut le mieux, du bon sens ou des lettres?
Est-ce le bon sens qui procède des lettres, ou les lettres qui procèdent du bon sens ? » Et ceux-ci reconnaissant que le bon sens est le père et le créateur des lettres, « celui dont le sens est sain, dit-il, n’a donc pas besoin de chercher les lettres. » Écoutons encore l’Apôtre, et que ses paroles nous fortitient dans le Seigneur : « Dieu n’a-t-il pas rendu insensée la sagesse du monde? » et ailleurs : « Dieu a choisi ce qu’il y avait de moins sage dans le monde pour confondre les sages ; Dieu a choisi les faibles pour confondre les forts ; Dieu a choisi les vils et les méprisables, pour que ce qui n’est rien détruise tout ce quise croit quelque chose, en sorte qu'aucun homme ne puisse se glorifier devant lui. » En effet, le royaume de Dieu n’est pas, ainsi qu’il le dit ensuite, dans les paroles, mais dans la vertu.
Que si, pour s’éclairer davantage sur certains points , la dia-
facto suo alios docet, non qui verbis. » Nec parum consolationis et confidentiæ super hoc affert. Attendatur et illa quoque beati Antonii ratio, qua verbosos confutavit philosophos, ejus videlicet tanquam.idiotæ et illitterati hominis magisterium irridentes : « et respondete, inquit, mihi quid prius est sensus, an litteræ? Et quid cujus exordium est? sensus ex litteris, an litteræ oriuntur ex sensu? » Illis asserentibus quia sensus esset auctor atque inventor litterarum, ait: « igitur cui sensus incolumis est, hic litteras non requirit. » Audiat quoque illud Apostoli et confortetur in Domino: « nonne stultam fecit Deus sapientiam hujus mundi? » Et iterum : « quæ stulta sunt mundi elegit Deus ut confundat sapientes, et infirma elegit Deus ut confundat fortia, et ignobilia mundi et contemptibilia elegit Deus, ut ea quæ non sunt tanquam ea quæ sunt destruat, nt non glorietnr omnis caro in couspectu ejus. » Non enim, sicut ipse postmodum dicit, in sermone est regnnm Dei, sed in virtute, Quod si de aliquibus melius cognoscendis ad
conesse croie devoir recourir à l’Écriture, qu’elle ne rougisse pas de s’adresser aux gens lettrés et de s’instruire; que loin de dédaïgner les leçons de la science, elle les reçoive, au contraire, avec un pieux empressement. Le prince des Apôtres lui-même ne reçut-il pas avec humilité la réprimande publique de saint Paul, apôtre comme lui? Aïnsi que l’a remarqué saint Benoît, souvent c’est au plus jeune que le Seigneur révèle le meilleur parti.
Mais pour mieux entrer dans les vues du Seigneur, telles que l’Apôtre les a exposées plus haut, que ce ne soit jamais qu’à la dernière extrémité et par des raisons pressantes que l’on fasse choix des femmes de haute naissance ou de grande fortune. Confiantes dans leurs titres, elles sont d'ordinaire glorieuses, présomptueuses , superbes. C’est surtout lorsqu'elles sont pauvres, que leur autorité est funeste au monastère : alors, en effet, il faut craindre que le voisinage de leur famille ne les rende plus présomptueuses ; qu'il ne devienne par les visites une charge ou une importunité pour le couvent; qu’il ne fasse porter atteinte aux règles de l'institut et’ n’expose la communauté au mépris des autres communautés, suivant le proverbe : « tout prophète est honoré, si ce n’est dans son pays. »
Scripturam revertendum esse censuerit, a litteratis hoc requirere et addiscere non erubescat, nec in his litterarum documenta contemnat ; sed devote et diligenter suscipiat, quum ipse quoque Apostolorum princeps coapostoli sui Pauli publicam correctionem diligenter exceperit. Ut enim beatus quoque meminit Benedictus, sæpe minori revelat Dominus quod melius est. Ut antem amplius Dominicam sequamur providentiam quam Apostolus quoque supra memoravit, nunquam de nobilibus aut potentibus seculi, nisi maxima incumbente necessitate, et certissima ratione, fiat hæc electio. Tales namque de genere suo facile confidentes, aut gloriantes, aut præsumpiuosæ, ant superbæ fiunt; et tune, maxime quando indigenæ sunt, earum prælatio perniciosa fit monasterio. Verendum quippe est ne vicinia suorum eam præsumptiorem reddat, et frequentia ipsorum gravet aut inquietet monasterinm, atque ipsa per suos religionis perferat detrimentum, aut aliis veniat in contemptum, juxta illud Veritatis : « non est propheta sine honore, nisi in patria sua. » Quod beatus quoque pro-
Saint Jérôme aussi avail bien prévu ces inconvénients, quand, dans sa lettre à Héliodore, après avoir énuméré tout ce qui nuit aux hommes qui restent dans leur pays, il ajoute : « de ce calcul il résulte donc qu’un moine ne saurait être parfait dans son pays; or, c’est un péché que de ne vouloir pas être parfait. » Quel scandale , que celle qui préside aux devoirs de la religion fût la plus tiède à les remplir ? A celles qui sont en sous-ordre, il suffit de faire preuve des vertus de leur état : une supérieure doit être un exemplaire éminent de toutes les vertus. Il faut qu’elle enseigne par son exemple tout ce qu’elle recommande par ses paroles, de peur que ses discours ne soient en contradiction avec sa conduite ; qu’elle veille à ne point détruire par ses actions l'édifice bâti par ses paroles, et à ne pas se retirer des lèvres, pouf ainsi dire, le droit de réprimander; cäâr , comment ne pas rougir de reprendre en autrui ce qu’elle aurait fait elle-même ? . C’est dans la crainte d’une telle inconséquence, que le Psalmiste adressait au Seigneur cette prière : « n’Ôtez jamais, en quoi que ce soit, la vérité de ma bouche. » Il ne connaissait pas de punition plus grave de la part du Seigneur, ainsi qu’il le rapporte lui-même ailleurs. « Le Seigneur dit au pécheur : pourquoi ra-
videns Hieronymus, ad Heliodorum scribens, quum pleraque annumerasset quæ monachis officiunt in sua morantibus patria : « ex hac, inquit, supputatione ïlla summa nascitur, monachum in patria sua perfectum esse non posse. Perfectum esse autem nolle delinquere est, » Quantum vero est animarum damnum, si minor in religione fnerit quæ religionis præest magisterio ? Singulis quippe subjectis singulas virtute exhibere sufficit. In hac autem omnium exempla debent eminere virtutum, ut omnia quæ aliis præceperit propriis præveniat exemplis; ne ipsa quæ præcipit moribus oppugnet, et quod verbis ædificat factis ipsa destruat, et de ore suo verbum correctionis auferatur; quum ipsa in aliis erubescat corrigere quæ constat eam committere. Quod quidem Psalmista ne ei eveniat Dominum precatur, dicens : « et ne auferas de ore meo veritatem usquequaque. » Attendebat quippe illam gravissimam Domini increpationem, de qua et ipse alibi meminit dicens: « peccatori autem dixit Deus: « quare tu enarras justitias meas, et assumis testamentum meum
contes-tu ma justice? pourquoi L’arroges-tu le droit de publier mon alliance, toi qui hais ma discipline et qui as rejeté mes paroles loin de toi? » L’Apôtre, craignant d’encourir le même reproche , disait : « je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de peur d’être réprouvé moi-même, après avoir réprouvé les autres. » En effet, quand on méprise la vie de quelqu'un, on en vient vite à mépriser ses préceptes et ses leçons ; et si l'on est atteint soi-même du mal que l’on doit guérir, le malade ne manque pas de vous dire : « médecin, guéris-toi toi-même, »
, Que celui-là donc qui doit commander dans l’Église songe à la ruine que cause sa chute, puisqu'il précipite du même coup dans l’abime tous ceux qui se trouvent au-dessous de lui. « Celui, dit la Vérité, qui violera le moindre de mes commandements, et qui apprendra aux autres à le faire, sera appelé le dernier dans le royaume des cieux.» Or, on viole les commandements de Dieu, quand on agit contre ses préceptes, et quand, corrompant les autres par son exemple, on devient dans la chaire un maître de pestilence. Si donc celui qui se conduit de la sorte doit être relégué au dernier rang dans le royaume des cieux, quel sera le rang du Supérieur à la négligence duquel le Seigneur, deman-
« per os tunm? Tu vero odisti disciplinam, et projecisti sermones meos retro. » Quod studiose præcavens Apostolus : « castigo, inquit, corpus meum, et ia servitutem redigo, ne forte, quum aliis prædicaverim, ipse reprobus efficiar. » Gujus quippe vita despicitur, restat ut et prædicatio vel doctrina contemnatur. Et quum curare quis alium debeat, si in eadem laboraverit infirmitate, recte ipsi ab ægroto improperatur : « medice, eura te ipsum. » Attendat sollicite quisquis Ecclesiæ præesse videtur, quantam ruinam casus ejus præbeat, quum ipse ad præcipitium secum pariter subjectos trahat. « Qui solverit, inquit Veritas, unum de mandatis istis minimis, et docuerit sic homines, minimus vocabitur in regno cœælorum. » Solvit quippe mandatum qui contra agendo infringit ipsum, et exemplo suo corrumpens alios, in cathedra pestilentiæ doctor residet. Qnod si quislibet hoc agens minimus habendus est in regno cœlorum, quanti habendus est pessimus prælatus
dera compte non-seulement de son âme, maïs de toutes celles qu’il avait à diriger? C'est à ce sujet que la Sagesse fait ces judicieuses remarques : « le pouvoir vous à été donné par Dieu, la vertu par le Très-Haut, qui interrogera vos œuvres et sondera vos cœurs, parce qu’étant les ministres de son royaume, vous avez jugé injustement et sans observer les lois de la justice. Il apparaîtra même soudain devant vous dans sa rigueur, son jugement étant très-sévère à l'égard de ceux qui sont les chefs. C’est au petit seul qu'est accordée sa miséricorde : aux grands sont réservés de grands PAppitee les forts sont menacés des peines les plus fortes, » | (
A chacun il suffit de veiller aux péchés de son âme ; le supérieur encourt la mort pour le péché d'autrui ; les dettes augmentent en raison des dons, et plus on a reçu, plus on nous demande. Les Proverbes nous avertissent de nous tenir en garde eontre ce grave péril, dans ce passage : « mon fils, si vous avez répondu pour votre ami, vous avez engagé votre main à un étranger; vous vous êtes mis, par vos propres paroles, dans le filet, vous vous êtes enchaîné par vos propres discours. Faites donc ce que je vous dis, mon fils, et délivrez-vous vous-même,
a cujus negligentia non suæ tantum, sed omnium subjectarum animarum sanguinem Domnus requirit? Unde bene Sapientia talibus comminatur : « Data est a Domino potestas vobis, et virtus ab Altissimo, qui interrogabit opera vestra, et cogitationes scrutabitur ; quoniam, quum essetis ministri regni illius, non recte judicastis, neque custodistis legem justitiæ. Horrende etiam cito apparebit vohis, quoniam judicium durissimum in his qui præsunt fiet. Exiguo enim conceditur misericordia; potentes autem potenter tormenta patientur, et fortioribus fortior instat cruciatio. » Sufficit quippe unicuique subjectarum animarum a proprio sibi providere delicto. Prælatis ‘autem et in peccatis alienis mors imminet. Quum enim augentur dona, rationes etiam crescunt donorum; et cui plus committitur, plus ab eo exigitur. Gui quidem periculo tanto maxime providere in Proverbiis admonemur, quum dicitur : « fili, si spoponderis pro amico tuo, defixisti apud extraneum manum tuam. Illaqueatus es verbis oris tui, et captus propriis sermonibus. Fac ergo quod dico,
parce que vous êles tombé dans les mains de votre prochain. Courez de tous côtés, hâtez-vous et réveillez-vous; ne permettez pas à vos yeux de dormir ni à vos paupières de reposer. »Or nous nous nous rendons caution pour un ami, lorsque notre charité reçoit quelqu'un dans une communauté. Nous lui promettons vigilance comme il nous promet obéissance ; nous lui engageons notre main, lorsque nous nous portons fort de consacrer notre sollicitude et nos soins à son salut,et, par là, nous tombons alors dans ses mains, en ce sens que, si nous ne nous tenons en garde contre lui, il deviendra le meurtrier de notre âme. C’est contre ce danger qu’on nous donne le conseil exprimé dans cette conclusion : « courez de tous côtés, hâtez-vous.., » 11 faut donc, à l'exemple d’un général prévoyant et infatigable, nous porter sans cesse çà et là, faire la ronde autour du camp, avoir l'œil partout, de peur que, par quelque négligence, l'accès du camp ne soit ouvert à celui qui, semblable au lion, rôde tout autour, cherchant qui il dévorera. [l faut qu’fne prieure connaisse avant tout le monde les vices de sa maison, afin d'y porter remède avant que les autres n’en soïent instruits et que les exemples les entrainent. Qu'il prenne garde d'encourir le reproche que saint Jé-
fli mi, et temetipsum libera, quia incidisti in manum proximi tni. Discurre, festina, suscita animura tuum : ne dederis somnum oculis tuis, nec dormitent palpebræ tuæ. » Tunc enim pro amico sponsionem facimus, quum aliquem charitas nostra in nostræ congregationis conversationem suscipit. Gui nostræ providentiæ curam promittimus, sicut et ille nobis obedientiam suam. Et sic quoque manum nostram apud eum defigimus, quum sollicitudinem nostræ operationis erga eum spondendo constituimus. Tum et in manum ejus incidimus, quia nisi nobis ab ipso providerimus, ipsum animæ nostræ interfectorem sentiemus. Gontra quod periculum adhibetur consilium, quum subditur : « discurre, festina, » etc. Nunc igitur hue, nunc ïilluc deambulans, more providi et impigri ducis, castra sua sollicite gerat, vel scrutetur, ne per alicujus negligentiam ei, qui tanquam leo circuit quærens quem devoret, aditus pateat. Omnia mala domus suæ prior agnoscat, ut ab ipsa prius possint corrigi quam a cæteris agnosci, et in exemplum trahi. Gaveat illud quod
rôme fait aux imprévoyants et aux paresseux : « d'ordinaire nous sommes. toujours instruits les derniers de ce qui se passe de mal dans notre maison, et nous ignorons les défauts de nos femmes et de nos enfants, quand déjà les autres les chantent. » Qu’une supérieure ait donc toujours l'œil sur sa communauté ; qu’elle sache qu'elle a à sa garde et des corps et des âmes.
La garde des corps lui est recommandée par ces paroles de l'Ecclésiaste : « vous avez des filles, conservez leur corps, et ne leur montrez pas un visage trop gai ; » et aïlleurs : « la fille du père est cachée; sa vigilance et sa tendresse lui ôtent le sommeil, Car il craint que sa fille ne soit souillée. » En effet, nous souillons nos corps, non-seulement par le commerce de la chair, mais par tout ce que nous commettons de contraire à la décence tant par la langue que par toute autre partie dont nous abusons pour quelque satisfaction de vanité, ainsi qu’il est écrit : « la mort entre par nos fenêtres, » c’est-à-dire le péché trouve accès dans notre âme par les cinq sens. Et est-il mort plus terrible, est-il garde plus dangereuse que celle de l'âme? « Ne craignez pas, dit la Vérité, ceux qui tuent le corps et qui n’ont aucun pouvoir sur l'âme. » D’après ce conseil, qui ne craindra la
stultis vel negligentibns beatus improperat Hieronymus : « solemus mala domus nostræ scire novissimi, ac liberorum ac conjugum vitia vicinis canentibus ignorare. » Attendat quæ sic præsidet, quia tam corporum quam animarum custodiam suscepit. De custodia vero corporum admouetur, quum dicitur in Ecclesiastico : « filiæ tibi sunt, serva corpus illarum, et non ostendas faciem tuam hilarem ad illas. ».Et iterum : «filia patris abscondita est, vigilia et sollicitudo ejus aufert somnum, ne quando pollnatur. » Pollnimus vero corpora nostra non solum fornicando, sed quodlibet indecens in ipsis operando tam lingua, quam alio membro, seu quolibet membro sensibus corporis ad vanitatem aliquam abutendo. Sicut scriptum est : « morsintrat per fenestras nostras, » hoc est peccatum ad animam per quinqne sensuum jinstrumenta. Quæ vero mors gravior, aut custodia periculosior, quam animarun! ? « Nolite, inquit Veritas, timere eos qui occidnnt corpus, animæ vero non habent quid faciant. » Si quis hoc audit consilium, quis non magis mortem
mort du corps plus que celle de l’âme ? Qui ne se gardera du glaive plus que du mensonge? Et cependant, il est écrit : « la bouche qui ment tue l’âme. »
En effet, quoi de plus facile à faire périr que l'âme? Quelle flèche peut être fabriquée aussi vite que le péché? Qui est seulement capable de se garantir de sa pensée ? Est-il quelqu'un qui soit de force à prévenir ses propres péchés, bien loin de prévenir ceux d'autrui? Quel pasteur temporel pourrait garder contre des loups spirituels des brebis spirituelles, un troupeau invisibe contre un ennemi invisible? Qui ne craindrait pas un ravisseur qui ne cesse de rôder, qu'aucun retranchement ne réussit à éloigner, qu'aucune épée ne saurait tuer ni même atteindre, qui est toujours là tendant ses piéges, et qui s'attache surtout à persécuter les religieux, suivant la parole d’Habacuc: « ses viandes sont choisies? » Aussi l’apôtre saint Pierre nous exhorte-t-il à nous en bien défendre : « votre ennemi, dit-il, c’est le démon qui, comme un lion rugissant, rôde cherchant celui qu’il dévorera. » Quelle ferme espérance il a de nous dévorer, le Seigneur lui-même la appris au saint homme Job. « 11 engloutira un fleuve, dit-il, et il n’en sera pas étonné, il a la confiance que le Jourdain passe-
corporis quam animæ timet? Quis non magis gladium quam mendacium cavet ? Et tamen scriptum est: « os quod mentitur occidit animam. » Quid tam facile interfici quam anima potest? Quæ sagitta citius fabricari quam peccatum valet? Quis sibi a cogitatione saltem providere potest? Qnis propriis peccatis providere sufficit, nedum alienis? Quis carnalis pastor spiritales oves a lupis spiri. talibus, igavisibiles ab invisibilibus custodire sufficiat? Quis raptorem non timeat, qui infestare non cessat, quem nullo possumus excludere vallo, nullo interficere vel lædere gladio? Quem incessanter insidiantem et maxime religiosos persequentem, juxta illud Habacuc : « escæ illins elect&, » Petrus apostolus cavendum adhortatur, dicens : « adversarius vester diabolus, tanquam leo rugiens, circuit quærens quem devoret, » Gujus quanta sit præsumptio in devoratione nostra, ipse Dominus beato Job dicit : « Absorbebit fluvium, et non mirabitur, et hahet fiduciam quod influat Jordanis in os ejus. » Quid
rait par sa bouche. » Et que ne se ferait-il pas fort d'attaquer, celui qui a osé attaquer le Seigneur lui-même ? qui, dès le Paradis, a réduit en esclavage nos premiers pères, et qui a enlevé à la compagnie des apôtres celui-là même que le Seigneur avait choisi ? Quel lieu serait assez sûr contre lui, quelles barrières ne franchirait-il pas? Est-il quelqu'un qui puisse se garder de ses embûches, résister à ses assauts ? C’est lui qui, ébranlant d’un seul coup les quatre coins de la maison, a écrasé et anéanti sous ses ruines les fils et les filles du saint homme. Que pourra donc contre lui le sexe faible ? Qui doit plus que les femmes craindre ses séductions? Car c’est la femme qu'il a séduite la première, c'est par elle qu’il a séduit l'homme et réduit en esclavage toute leur postérité ! Le désir d’un plus grand bien a privé la femme d'un plus petit qu’elle possédait. C’est par cette même ruse qu’aujourd'hui encore il séduira une femme, en lui faisant désirer de commander plutôt que d’obéir, et en lui suggérant des vues d'ambition ou de gloire. Mais les effets des sentiments en démontrent le mobile. Si une supérieure vit plus délicatement qu’une religieuse, ou si elle se permet quelque chose de plus que le nécessaire, il n’est pas douteux que c’est
enim aggredi non præsumat, qui ipsum quoque Dominum aggressus est tentare? qui de paradiso statim primos parentes captivavit, et de apostolico cœtu ipsum etiam, quem Dominus elegerat, apostolum rapuit? Quis ab eo locus tutus? Quæ claustra illi non sunt pervia? Quis ab ejus insidiis providere, quis ejus fortitudini valet resistere ? Ipse est qui uno impulsu concutiens quatuor angulos domus sancti viri Job, filios et filias innocentes oppressit et extinxit. Quid sexus infirmior adversus ipsum poterit? Gui seducti@ejus tantum timenda est, quantum feminæ? Hanc quippe ipse primum seduxit, et per ‘ipsam virum ejus pariter, et totara posterltatem captivavit. Cupiditas majoris boni possessioné minoris mulierem privavit. Hac quoque arte nunc facile mulierem seducet, quum præesse magis quam prodesse cupierit, rerum ambitione vel honoris ad hoc impulsa. Quod autem horum præcesserit sequentia probabunt. Si vero delicatius vixerit prælata quam subjecta, vel si supra necessitatem aliquid sibi peculiare vindicaverit, non dubium est hoc eam
parce qu'elle en avait le désir. Si elle recherche des ornements d’un plus grand prix que ceux qu’elle avait auparavant, c’est qu'elle a le cœur gonflé d'un vain orgueil. En un mot, ce qu’elle était au fond du cœur, les faits le feront voir, et sa dignité révélera si les sentiments qu'elle étalait étaient feinte ou vertu.
Il faut qu’on soit obligé de la pousser à la prélature plutôt qu’elle n’y vienne, suivant la parole du Seigneur : « Tous ceux qui viennent sont autant de voleurs et de larrons. » — « Ils sont venus, » dit à son tour saint Jérôme, « parce qu'ils ne sont pas envoyés. » Mieux vaut que la dignité vienne au-devant de vous que d'aller au-devant de la dignité. « En effet, dit l’Apôtre, personne ne doit s’attribuer la dignité suprême, il n'y a que celui qui est appelé par Dieu, comme Aaron. » Que celle qui est élue gémisse comme si elle était conduite à la mort ; que celle qui est repoussée se réjouisse, comme si elle était délivrée de 1a mort.
Nous rougissons lorsqu'on nous dit que nous valons mieux que les autres. Mais quand, comme lorsqu'il s’agit d’un choix, les faits mettent en lumière cette supériorité, nous sommes impu-
demment sans pudeur. Qui ne sait que ce sont les meilleurs auxquels il faut accorder la préférence? Aussi saint Grégoire
, concupisse. Si pretiosiora postmodum quam antea quæsierit ornamenta, profecto vana tumet gloria. Qualis prius extiterit postmodum apparebit. Quod prius exhibebat, utrum virtus fuerit an simulatio, indicabit prælatio. Trahatur ad prælationgm magis quam veniat, dicente Domino : « omnes qnotquot veniunt fures sunt et latrones. » — « Venerunt, inquit Hieronymus, non qui missi, sunt. » Sumatur potins ad honorem quam sibi sumat honorem. « Nemo enim, inquit Apostolus, sibi samit honorem, sed qui vocatur a Deo tanquam Aaron. » Vocata lngeat tanquam ad mortem deducta, repulsa gandeat tanquam a morte liberata. Erubescimus ad verba quæ dicimus cæteris meliores; quum autem in electione nostra rebus ipsis hoc exhibetur, impudenter sine pudore sumus. Quis enim nesciat meliores cæteris præferendos? Unde libro
dit-il au XXIVe livre de ses Morales : «il ne faut se charger de la conduite des hommes, que lorsqu'on connaît l’art de les diriger par de sages avis : il ne convient donc pas que celui qui est choisi pour reprendre les autres commette les mêmes fautes qu'eux. » |
Toutelois, si, par une feinte modestie, opposant au choix qu'on fait de nous un léger refus en paroles, nous acceptons en réalité la dignité qui nous est offerte, nous ne faisons qu’exciter contre nous l’accusation que cette modestie n’a d'autre but que de paraître plus vertueux et plus dignes. Combien en ai-je vu, le jour de leur élection, verser des larmes, qui au fond du cœur étaient ravis? Ils s’accusaient d’indignité : c'était une manière de capter la faveur et le crédit des hommes ; ils connaissaient ce qui est écrit: « le juste est le premier accusateur de luimême ; » et, plus tard, quand accusés l’occasion se présentait de se démettre, ils défendaient avec acharnement et sans pudeur cette prélature qu’ils n’avaient acceptée que malgré eux, de fausses larmes dans les yeux, et en se chargeant d’accusations qui n'étaient que trop sincères. Combien avons-nous vu de chanoines dans l’Église résister à leurs évêques, qui les pres-
Moralium XXIV : « non debet autem hominum ducaium suscipere, qui nescit homines bene admonendo increpare. Qui ad hoc eligitur ut aliorum culpas corrigat, quod resecari debuit ipse committat. » In qua tamen electione si forte hanc impudentiam aliquando levi verborum repulsa, tamen per aures oblatam recusamus dignitatem, hanc profecto in nos accusationem proferimus, quo justiores et digniores videamur. O quot in electione sua flere vidimus corpore et ridere corde! accusare se tanquam indignos, et per hoc gratiam sihi et favorem humanum magis venari! attendentes quod scriptum est : « justus prior accusator est sui. » Quos postea quum accusari contingeret, et se eis occasio cedendi offerret, importunissime et impudentissime suam sibi prælationem defendere nituntur, quam se invitos suscepisse fictis lacrymis et veris accusationibus sui monstraverant. Quot in ecclesiis vidimus canonicos episropis suis reluctantes, quum ab eis ad sacros ordines cogerentur, et se indignos tantis
saient d’accepter les ordres sacrés, proclamer qu'ils n’étaient point dignes d’un tel ministère et qu'ils ne pouvaient absolument se rendre : élevés ensuite, bien que simples clercs, à l'épiscopat, ils n'opposaient point de résistance ou à peine; la veille, ils refusaient le diaconat pour sauver leur âme, disaient-ils, et devenus justes en une nuit, ils ne craignaient plus le lendemain les abimes d'un grade supérieur ! C’est de ces hommes qu'il est écrit dans les Proverbes : « l’homme insensé battra des mains lorsqu'il aura répondu pour son ami. » Car ce malheureux rit alors de ce qui devrait le faire pleurer, puisque, se chargeant de la direction d'autrui, il se trouve obligé, par son engagement, à veiller sur ses inférieurs, dont il doit se faire aimer plutôt que craindre.
Pour écarter, autant qu'il est en nous, un tel fléau, nous interdisons absolument à la diaconesse de vivre plus délicatement, plus mollement qu'aucune religieuse. Elle n'aura point d’appartements particuliers pour mänger ou pour dormir ; elle fera tout en commun avec le troupeau qui lui est confié ; elle connaîtra d'autant mieux ses besoins qu'elle ne cessera jamais d’y veiller. Nous savons bien que saint Benoît, dans un sentiment de
ministeriis profitentes, nec omnino velle acquiescere: quos quum forte clerus ad episcopatum postmodum eligeret, nullam aut levem perpessns est repulsam! Et qui heri, sicut aiebant, animæ suæ periculum vitantes, diaconatum refngiebant, jam quasi una nocte justificati, de altiore gradu præcipitium non verentur. De qualibus quidem in ipsis scriptum est Proverbiis : « homo stultus plaudet manibus, quum spoponderit pro amico. » Tunc enim miser gaudet unde potius ei lugendum esset, quum ad regimen aliorum veniens cura subjectorum propria professione ligatur, a quibus magis amari quam timeri debet. Gui profecto pestilentiæ quantum possumus providentes omnino interdicimus, ne delicatius aut mollius vivat prælata quam subjecta : ne privatos habeat secessus ad comedendum vel dormiendum, sed cum sibi commisso grege cuncta peragat, et tanto eis amplius provideat, quanto eis amplius præsens assistet. Scimus quidem beatum Benedictum de peregrinis et hospitibus maxime solli-
charité pour les pèlerins et les hôtes avait établi une table séparée pour eux et l'abbé. Mais cette mesure, fort respectable en elle-même, a été modifiée dans la suite par un règlement très-utile : pour que l'abbé ne sorte pas du couvent, c’est un économe fidèle qui a été chargé de pourvoir aux besoins des pèlerins.
En effet, c’est surtout à table que la faute est facile, et qu’il convient de veiller à l'observation de la règle. Certains abbés diocésains, sous prétexte de bien traiter leurs hôtes, ne songent qu'à se bien traiter eux-mêmes ; de là les soupçons qu’excite leur absence et les murmures qu'elle soulève. Plus la vie d’un prélat est inconnue, moins il a d’autorité. Et puis toute privation ést supportable, quand on voit tout le monde la partager et surtout les supérieurs. Caton lui-même nous l'enseigne : comme lui l’armée souffrait de la soif; on lui offrit un peu d'eau, il la refusa, la versa à terre, et tout le monde fut satisfait.
Puis donc que la sobriété est particulièrement nécessaire aux supérieurs, ils doivent vivre avec d’autant plus de simplicité que leur exemple Sert de règle aux autres. Pour ne point tirer vanité du don que Dieu leur a fait, c'est-à-dire de la prélature qui
citum, mensam abbatis cum illis seorsum constituisse. Quod licet tune pie sit constitutum, postea tamen utilissima moônasteriorum dispensatione jita est immutatum, ut abbas a conventu non recedat, et fidelem dispensatorem peregrinis provideat. Facilis quippe est inter epulas lapsus, et tuuc disciplinæ magis est invigilandum. Multi etiam, occasione hospitum, sibi magis quam hospitibus propitii sunt, et hinc maxima suspicione læduntur absentes et murmurant. Et tanto prælati minor est auctoritas, quanto ejus vita suis est magis | incognita. Tunc quoque tolerabilior omnibus quælibet habetur inopia, quum ab omnibus æque participatur, maxime vero a prælatis. Sicut in Catone quoque didicimus. His quippe, ut scriptum est, populo secum sitiente, oblatum sibi aquæ paululum respuit et efudit, suffecitque omnibus.
Quum igitur prælatis maxime sobrietas sit necessaria, tanto eis parcius est vivendum, quanto per eos cæteris est providendum. Qui etiam ne donum Dei, hoc est prælationem, sibi concessam in superbiam convertant, et maxime sub,
leur a été confiée, et ne s’en point faire un moyen d'insulter leurs inférieurs, qu'ils écoutent ce qui est écrit : « ne soyez pas comme un lion dans votre maison, brusquant tous les serviteurs, écrasant ceux qui vous sont soumis: car l’orgueil est également haïssable à Dieu et aux hommes. Le Seigneur renversa les siéges des superbes, et mit à leur place les doux de cœur; ils vous ont établi leur chef; ne vous enorgueillissez point; soyez parmi eux comme l’un d’eux. » Qu'ils écoutent l'apôtre Timothée traçant la conduite à tenir vis-à-vis des inférieurs : «ne maltraitez pas le vieillard, mais priez-le comme votre père; traitez les jeunes gens en frères, les femmes âgées en mères, les plus jeunes en sœurs. »
« Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, dit le Seigneur, c’est moi qui vous ai choisi. » Tous les autres prélats sont élus par les inférieurs ; ce sont eux qui.les nomment et qui les établissent, parce qu’ils ne sont pas élevés au rang de maitres, mais de ministres. Dieu est le seul Seigneur véritable; seul il a le don de se choisir des serviteurs parmi ceux qui lui sont soumis ; cependant il s’est montré plus ministre que maître; il a confondu par son exemple ses disciples qui déjà aspiraïient à l’honneur du premier rang. « Les rois des
jectis per hoc insultent, audiant quod scriptum est : « noli esse sicut leo in domo tua, evertens domesticos tuos, et opprimens subjectos tibi. Odibilis coram Deo et hominibus est superbia. Sedes ducum superborum destruxit Dominus, et sedere fecit mites pro eis. Rectorem te posuerunt, noli extolli. Esto in illis quasi unus ex ipsis. » Et Apostolus Timotheum erga subjectos instruens : « seniorem, inquit, ne increpaveris, sed obsecra ut patrem, juniores ut fratres, anus ut matres, juvenculas ut sorores. » — « Non vos me, inquit Dominus, elegistis, sed ego elegi vos. » Universi alii prælati a snbjectis eliguntur, et ab eis creantur et constituuntur; quia non ad dominium, sed ad ministerium assumuntur. Hic autem solus vere est Dominus, et subjectos sibi ab serviendum habet eligere. Nec tamen se dominum, sed ministrum exhibuit, et suos jam ad dignitatis arcem aspirantes proprio confutat exemplo, dicens : « reges gentium dominantur eorum, et qui potestatem
peuples sont leurs maîtres, dit-il, ét ceux qui ont le pouvoir sur eux sont appelés bienfaisants; mais il n’en est pas ainsi de vous. » C’est donc imiter les rois de la terre que de prétendre à être maîtres plutôt que ministres ; de vouloir se faire craindre plutôt qu’aimer, et, tout enorgueillis de l'autorité de la prélature, de rechercher la première place à table, le premier rang dans la synagogue, les saluts de la foule sur la place publique, d'aimer à s'entendre appeler Rabbi, Pour nous empêcher de nous glorifier de ces hommages et de ces titres, pour nous inviter à rester en toute chose fidèle à l'humanité, voici ce que nous dit le Seigneur : « ne vous laissez pas appeler Rabbi, ne vous laissez pas appeler père sur terre. » Enfin pour nous détourner de toute pensée d'orgueil, il ajoute : « celui qui s’élèvera sera abaissé. »
Il faut aussi prendre ses mesures pour que l'absence du pasteur ne compromette pas le troupeau, et que l'observation de la règle n’en soit pas suspendue. Nous ordonnons donc que la diaconesse , plus occupée du soin des âmes que de celui des corps, ne sorte Jainais du monastère pour vaquer aux affaires du dehors ; elle veillera d'autant mieux aux besoins des religieuses, qu’elle vivra plus assidûment au milieu d'elles,
habent super eos benefici vocantur. Vos autem non sic. » Reges igitur gentium imitatur quisquis in subjectis dominium appetit magis quam minislerium, et timeri magis quam amari satagit, et de prælationis suæ magisterio intumescens, amat primos recubitus in cœnis, et primas cathedras in synagogis, et salutationes in foro, et vocari ab hominibus Rabbi. Gujus quidem vocationis honorem, ut nec nominibus gloriemur, et in omnibus humilitati provideatur : a Vos autem, inquit Dominus, nqlite vocari Rabbi, et patrem nolite vocare super terram. » Et postremo universam probibens gloriationem : « qui se, inquit, exaltaverit, hnmiliabitur. » Providendum quoque est, ne per absentiam pastorum grex periclitetur, et ne prælatis extravagantibus intus disciplina torpeat. Statuimus itaque, ut diaconissa magis spiritalibus quam corporalibus intendens, nulla exteriore cura monasterium deserat, sed circa subjectas tanto
et elle sera d'autant plus respectée des hommes qu'elle sé montrera à eux plus rarement, ainsi qu'il est écrit : « éloignez-vous d’un puissant qui vous appelle ; il vous appellera d'autant plus. » Si les besoins du monastère exigent quelque mission , les moines ou les frères convers en seront chargés. C’est aux hommes de pourvoir aux nécessités des femmes. Plus la piété des femmes est grande, plus elles sont occupées de Dieu, plus elles ont besoin de recourir à l'assistance des hommes. C’est ainsi que l’ange avertit Joseph de prendre soin de la mère du Seigneur, qu’il ne lui fut pas cependant donné de connaître. Le Seigneur lui-même, en mourant, donne, pour ainsi dire, à sa mère un autre fils, chargé de pourvoir à ses besoins temporels. Quel soin les apôtres aussi ont pris des saintes femmes, on le sait et nous l’avons dit ailleurs: c’est pour elles qu'ils ont institué sept diacres. Suivant ces autorités, et conformément d’ailleurs aux exigences de la nécessité, nous ordonnons que les moines et les frères convers, à l'exemple des diacres, rendent aux monastères des femmes tous les services qui touchent à l'extérieur; les moines étant particulièrement employés
sit magis sollicita, quanto magis assidua; et tanto sit hominibus quoque præsentia ejus venerabilior, quanto rarior, sicut seriptum est: « Advocatus a potentiore discede. Ex hoc enim magis te advocabit. » Si qua vero legatione monasterium egeat, monachi vel eorum conversi ea fungantur. Semper enim viros mulierum necessitudinibus oportet providere. Et quo earum major religio, amplius vacant Deo, et majori virorum egent patrocinio. Unde et matris Domini curam agere Joseph ab angelo admonetur, quam tamen cognoscere non permittitur. Et ipse Dominus moriens quasi alterum filinm matri suæ providit, qui ejus temporalem ageret curam. Apostoli quoque quantam devotis curam irapenderent feminis dubium non est, ut jam satis alibi meminimus; quarum etiam obsequiis diaconos septem instituerunt. Quam quidem nos auctoritatem sequentes, ipsa etiam rei necessitate hoc exigente, decrevimus, monachos et eorum conversos, more apostolorum et diaconorum, in iis quæ ad exteriorem pertinent curam, monasteriis feminarum providere, quibus maxime propter
pour le service de l'autel, les convers pour les œuvres manuelles. |
Jl faut donc, ainsi que nous lisons que cela avait lieu à Alexandrie sous la direction de l'évangéliste saint Marc, au temps de la primitive Église, il faut qu’il y ait des monastères de femmes et d'hommes vivant sous la même règle, et qûe les hommes rendent aux femmes de leur communion les services extérieurs. Alors assurément les femmes observeront bien plus fidèlement leur règle, si des religieux pourvoient à leurs besoins, si le même pasteur conduit les béliers et les brebis, en sorte ‘que le chef des hommes soit aussi le chef des femmes, suivant l'institution apostolique : & que le chef de la . femme soit l'homme, comme Jésus-Christ est le chef de l’homme, et Dieu de Jésus-Christ. »
Ainsi le monastère de sainte Scholastique, situé auprès de celui de son frère, était-il soumis à sa direction et à celle de ses religieux, qui, dans leurs fréquentes visites, apportaient des lumières et des consolations.
Saint Basile nous parle aussi, dans un endroit de sa Règle, de la sagesse de ce gouvernement. « Demande : faut-il que celui
missas necessarii sunt monachi, propter opera vero conversi. Oportet itaque, sicut Alexandriæ, sub Marco evangelista, legimus esse factum in ipso Ecclesiæ nascentis exordio, ut monasteriis feminarum monasteria non desint virorum, et per ejusdem religionis viros omnia extrinsecus feminis administrentur. Et tunc profecto monasteria feminarum firmius propositi sui religionem observare credimus, si spiritalium virorum providentia gubernentur, et idem tam ovium quam arietum pastor constituatur; ut qui videlicet viris ipse quoque præsit feminis, et semper, juxta Apostolicam institutionem, « caput mulieris sit vir, sicut viri Christus, et Christi Deus. » Unde et monasterium heatæ Scholasticæ in possesSione fratrum monasterii situm fratris quoque providentia regebatur, et crebra ipsius vel fratrum visitatione instruebatur et consolabatur. De cujus quoque regiminis providentia beati Basilii regula quodam loco nos instruens, ita continet : « Interrogatio : si vporteteum qui præest extra eam quæ
qui dirige le couvent des frères ait, indépendamment de celle qui dirige les sœurs, des entretiens d’édification avec les vierges? — Réponse : oui, à condition qu’on observera ce précepte de l’Apôtre : « que tout se fasse avec ordre et saintement. » Et dans le chapitre suivant : « Demande : convient-il que celui qui dirige le couvent des frères s’entrelienne fréquemment avec celle qui dirige les sœurs, quand certains frères en sont scandalisés ? — Réponse : l’Apôtre dit qu’il ne convient pas aux autres de juger ce qui est libre. Il est bon cependant d'imiter l'Apôtre dans sa conduite : « je ne me suis pas servi de mon pouvoir, dit-il, de peur de porter la moindre atteinte à l'Évangile du Christ. » Autant que faire se peut, il faut donc voir rarement les sœurs, et Les entretenir brièvement. »
Le concile de Séville tient le mème langage. « D’un commun accord, dit-il, nous avons décidé que les monastères de femmes de la Bétique seront placés sous l'administration et le gouvernement des moines. Cest rendre un utile service aux vierges consacrées à Jésus-Christ que de leur choisir des pères spirituels qui non-seulement tiennent le gouvernail de leurs affaires, mais dont les lumières puissent les édifier. Toutefois les précautions
sororibus præest loqui aliquid quod ad ædificationem pertineat virginibus ? — Responsio : et quomodo servabitur illud præceptum Apostoli dicentis : « omnia vestra honeste et secundum ordinem fiant? » Item sequenti capitulo : « Interrogatio : si convenit eum qui præest cum ea quæ sororibus præest frequenter loqui, et maxime si aliqui de fratribus per hoc læduntur ? — Responsio : Apostolo dicente : « Ut quid enim libertas jndicatur ab aliena conscientia? » Bonum est imitari eum dicentem : « quia non sum visus poteslate mea uti, ne offendiculum aliquod ponerem Evangelio Christi, » Et quantum fieri potest, et rarius videndæ sunt, et brevius est sermocinatio finienda. » Hinc et illud est Hispalensis concilii: « consensu communi decrevimus, ut monasteria virginum in provincia Betica monachorum ministratione ac præsidio gubernentur. Tunc enim salubria Ghristo dicatis virginibus providemus, quando eis spiritales eligimus patres, quorum non solum gubernaculis tueri, sed etiam doctrinis ædifi-
suivantes sont recommandées aux moines : tenus loin de toute relation privée avec les religieuses, ils n’auront pas la liberté d'approcher même jusqu’au vestibule ; leur abbé ou celui qui le suppléera ne sera pas libre de parler aux vierges du Seigneur en l'absence de leur supérieure ; il ne s'entretiendra jamais seul à seule avec celle-ci, mais toujours en présence de deux ou trois sœurs : visite rare, discours bref. » A Dieu ne plaise, en effet, que nous tolérions la moindre familiarité entre les moines et les vierges! Conformément aux rites de la Règle et des Canons, nous les séparons d’elles, nous des tenons à l’écart, et nous ne leur déléguons que les soins de l'administration ; nous voulons seulement qu’un moine éprouvé soit chargé de gérer leurs biens de la ville ou des champs, survéille les constructions , et pourvoie à tous les autres besoins du monastère, en sorte que les servantes du Christ, n'ayant à songer qu'au saut de leur âme, appartiennent tout entières au culte divin, et se consacrent exclusivement à leurs œuvres. — Il importe que le moïue qui sera proposé par son abbé ait l'approbation de son évêque. .
En retour, les religieuses feront les habits des moines dont
cati possint : hac tamen circa monachos cautela servata, ut remoti ab eartm peculiaritate, nec usque ad vestibulum habeant accedendi permissum familiare; et neque abbatem vel eur qui præfcitur, extra eam quæ præest, loqui virginibus Christi aliquid, quod ad institutionem morum pertinet, licebit. Nec cum sola quæ præest frequenter eum colloqui oportet, sed sub testimonio duarum aut trium sororum, ila nt rara sit accessio, brevis locutio. » Absit enim ut ne monachos, quod etiam dictu nefas est, Ghristi virginibus familiares esse velimus, sed juxta quod jussa regularia vel canonum admonent, longe discretos atque sejunctos. Eorumn tantum gubernaculis easdem deputamus, constituentes, ut unus monachorum probatissimus eligatur, cujus curæ sit prædia earum rusticana vel urbana intendere, fabricas struere, vel si quid aliud, ad necessitatem monasterii providere, ut Christi famulæ pro animæ suæ tantum utilitate sollicitæ, solis divinis cultibus vivant, operibus suis inserviant. Sane is qui
ab abbate suo præponitur, judicio sui episcopi comprobetur. Vestes autem
elles attendent protection, et à qui elles devront, comme je Pai dit, les fruits de leurs travaux en même temps qu’une utile assistance.
Suivant donc cette sage disposition, nous voulons que les monastères de femmes soient toujours soumis à des monastères d'hommes, en sorte que les frères prennent soin des sœurs, qu'un seul abbé préside comme un père aux besoins des deux établissements, et qu'il n'y ait, dans le Seigneur, qu'une seule bergerie et un seul pasteur. Cette fraternité spirituelle sera d'autant plus agréable à Dieu et aux hommes qu'elle pourra, parfaite en elle-même, offrir un asile aux conversions des deux sexes, c'est-à-dire que les religieux recevront les hommes, les religieuses les femmes, et que la communauté pourvoira ainsi au sort de toute âme songeant à son salut : quiconque voudra se convertir avec sa mère, sa sœur, sa fille ou quelque autre dont elle a besoin, trouvera là pleine consolation ; car les deux monastères seront unis entre eux par une charité d’autant plus grande et d'autant plus disposés à s’assister l’un l’autre que les personnes qui les composeront auront déjà entre elles des liens de parenté.
illæ iisdem cœnobiis faciant, a quibus tuitionem expectant, ab iisdem denuo, ut prædictum est, laborum fructus, et procurationis suffragium recepturæ. Hanc nos itaque providentiam sequentes, monasteria feminarum monasteriis virorum ita semper esse subjecta volumus, ut sororum curam fratres agant, et uaus utrisque tanquam pater præsideat, ad cujus providentiam utraque spectent monasteria, et utrorurmque in Domino quasi unum sit ovile et unus pastor. Quæ quidem spiritalis fraterritatis societas tanto gratior tam Deo quam hominibus fuerit, quanto ipsa perfectior omni sexui ad conversionem venienti sufficere possit; ut videlicet monachi viros, moniales feminas suscipiant, et omni animæ de salute sua cogitanti possit ipsa consulere; et quicunque quum vel matre, aut sorore, vel filia, seu aliqua, cujus curam gerit, converti volue: rit, plenum ïibi solatium reperire possit; et tanto majoris charitatis affectui sibi utraque monasteria sint connexa, et pro se invicem sollicita, quanto quæ ibi sunt personæ propinquitate aliqua vel affinitate amplius sunt conjunctæ.
Mais si nous voulons que le supérieur des moines qu’on nomme abbé ait le gouvernement des religieuses, c’est en telle sorte qu’il reconnaisse pour ses supérieures les épouses de Jésus-Christ dont il'est le serviteur, et qu'il mette sa joie non à leur commander, mais à les servir. Il doit être ce qu'est dans une maison royale Vintendant, qui ne fait pas sentir son pouvoir à sa maîtresse, et ne se pique que de jouer à son égard le rôle de providence; il doitlui obéir sans tarder dans les choses justes; n’entendre pas ce qu’elle demande de nuisible; régler les affaires du dehors, et ne pénétrer, que si on l’y invite, dans celles du gynécée. C’est de cette façon que nous voulons que le serviteur du Christ veille aux besoins des épouses du Christ : qu’il s’acquitte fidèlement du soin qu'il en doit prendre, traite de chaque chose avec la diaconesse, ne décide rien au sujet des servantes du Christ et de tout ce qui les concerne qu'après avoir pris son avis; ne leur transmette ses instructions que par son intermédiaire, ne se risque jamais à leur parler. Toutes les fois que la diaconesse le mande, qu'il ne se fasse pas attendre, qu’il ne tarde pas à exécuter, autant que faire se peut, ce qu’elle lui aura demandé pour elle ou pour ses religieuses. Lorsqu'il sera appelé,
La
Præpositum autem monachorum, quem abbatem nominant, sic etiam monialibus præesse volumus; ut eas, quæ Domini sponsæ sunt, cujus ipse servus est, proprias recognostat dominas, nec eis præesse, sed prodesse gaudeat. Et sit tanquam dispensator in domo regia, qui non imperio dominam premit, sed providentiam erga eam gerit; ut ei de necessariis statim obediat, et in noxiis eam non audiat, et sic exterius cuncta ministret, ut thalami secreta nunquam nisi jussus introeat. Ad hunc igitur modum servum Christi sponsis Ghristi providere volumus, et earum pro Ghristo fideliter curam gerere, et de omnibus quæ oportet cum diaconissa tractare, nec ea inconsulta, quidquam de ancillis Ghristi, vel de iis quæ ad cas pertinent eum statuere, nec ipsum Cuiquam earum nisi per eam quidquam prætipere, vel loqui præsumere. Quotiens vero eum diaconissa vocaverit, ne tardet venire, et quæ ipsa ei consuluerit de iis, quibus ipsa vel ei subjectæ opus habent, non moretur exequi quantum valet. Vocatus autem:a diaconissa nunquam nisi in manifesto, et sub testimonio pro-
qu’il ne parle jamais à la diaconesse qu’en public, et en présence de personnes éprouvées; qu’il ne s'approche pas trop d'elle, et qu'il ne la retienne pas trop longtemps.
Tout ce qui concerne le costume, la nourriture, l'argent même, s’il y en à, sera réuni et conservé chez les religieuses : elles pourvoiront, de leur superflu, au nécessaire des frères.
Les frères s’occuperont donc de tous les soins extérieurs, et les sœurs de tout ce qu’il convient à des femmes de faire à l'intérieur, c’est-à-dire de coudre les habits des frères, de les laver, de pétrir le pain, de le mettre au four et de l'en tirer cuit ; elles auront le soin du laitage et de tout ce qui en dépend; elles donneront à manger aux poules et aux oies; elles feront enfin tout ce que des femmes peuvent faire mieux que des hommes. |
Le supérieur, dès qu'il aura été établi, jurera, en présence de
l'évêque et des sœurs, de leur être un fidèle économe en Jésus- Christ, et de veiller rigoureusement à ce que leur chasteté ne reçoive aucune atteinte. Si par hasard, ce dont Dieu le préserve, l'évêque le trouve en défaut sur quelque point, il le déposera aussitôt comme parjure. Tous les frères, en faisant leurs vœux,
batarum personarum ei loquatur, nec ei proximus adjnngatnr, nec prolixo sermone eam detineat. Omnia vero quæ ad victum aut vestitum pertinent, et si quæ etiam pecuniæ fuerint, apud ancillas Christi congregabuntur vel reservabuntur, et inde fratribus necessaria tradentur de iis quæ sororibus supererunt. Omnia itaque fratres exteriora procurabunt, et sorores ea tantum quæ intns a mulieribus agi convenit, componendo scilicet vestes etiam fratrum, vel abluendo, panem etiam conficiendo, et ad coquendum tradendo, et coctum suscipiendo. Ad jpsas etiam cura lactis, et eorum quæ inde fiunt, pertinebit, et gallinarum vel anserum nutritura, et quæcunque convenientius mulieres agere quam viri possunt. Ipse vero præpositus quando constitutus fuerit, in præsentia episcopi et sororum jurabit, quod eis fidelis in Domino dispensator erit, et earum corpora a carnali contagio sollicite observabit. In quo si forte, quod absit, episcopus eum negligentem deprehenderit, statim eum tanquam perjurii” reum deponat. Omnes quoque fratres in professionibus suis hoc se sororibus
prêteront aussi serment aux sœurs; ils jureront de ne les laisser souffrir en rien, et de veiller également, dans la mesure de leur pouvoir, à leur pureté charnelle. Aucun moine n’aura donc accès auprès des sœurs sans la permission du supérieur, et ne recevra que de la main du supérieur ce qui lui sera adressé par elles. Aucune sœur ne franchira l'enceinte du monastère ; tous les soins extérieurs, ainsi que nous l’avons dit, regarderont les frères : aux forts de s'occuper des travaux qui demandent de la force. D'un autre côté, aucun frère n’entrera dans l’enceinte du couvent des femmes, si ce n’est avec la permission du supérieur et de la diaconesse, et pour un motif de nécessité ou de bienséance. Celui qui entreindra cet ordre sera aussitôt expulsé,
De peur cependant que les hommes n’abusent de leur force pour opprimer les femmes, nous voulons qu'ils n’entreprennent rien contre la volonté de la diaconesse, et ne fassent rien qu'avec son consentement. Hommes et femmes, tous jureront obéissance à la diaconesse, en sorte que la paix soit d'autant plus solide et la concorde d'autant plus ferme, que les plus forts auront moins de pouvoir, et que les faibles, moins gênées par
sacramento astringent, quod nuüllatenus eas gravari consentient, et earum car: nali munditiæ pro posse suo providebunt. Nullus igitur virorum, nisi licentia præpositi, ad sorores accessum habebit, nec aliquid eis missum, nisi a præposito transmissum, suscipietur. Nulla unquam sororum septa monasterii egre: dietur, sed omnia exterius, sicut dictum est, fratres procurabunt, et in fortibus fortes sudabunt operibus. Nullus unquam fratrum septa hæc ingredietur, nisi obtenta præpositi et diaconissæ liceñtia, quum aliqua boc necessaria vel honesta exegerit causa. Si quis forte contra hoc præsumpserit, absque dilatione de mouasterio projiciatur. Ne tamen viri fortiores feminis in aliquo eas gravare præsumant, statuimus eos quoque nihil præsnmere contra volantatem diacouissæ, sed omnia ipsos etiam ad nutum ejus peragere, et omnes pariter tam -viros quam feminas ei professionem facere, et obedientiam promittere : ut tanto pax firmior habeatur, et melius servetur concordia, quanto fortioribus minus licebit; et tanto minuë fortes debilibus obedire graventur, quanto earum
l’obéissance, auront moins à craindre la violence : il est certain que plus on s’humilie devant Dieu, plus on s'élève.
En voilà assez pour le moment sur les diaconesses ; venons maintenant aux officières.
La sacristine, qui en même temps sera trésorière, aura soin de l’église; elle aura la garde des clefs et de tous les objets du culte ; elle recevra les offrandes, elle pourvoira aux ornements, se chargera de les faire réparer et d’en fournir de nouveaux. Ce sera à elle encore de préparer les hosties, les vases sacrés, les livres et la décoration de l'autel, les reliques, eNeenSs le luminaire, l’horloge, les cloches.
Ce sont les vierges, s’il est possible, qui feront les hosties, nettoieront le froment qui sert à les faire, et laveront les pales de l'autel. Quant aux reliques et aux pales des religieux, ni la sacristine ni aucune religieuse n’aura le droit d’y toucher, à moins qu’on ne leur donne les pales à laver ; on appellera et on attendra pour cela les moines ou leurs convers, et, s’il le faut, on en subordonnera pour cela à la sacristine quelques-uns qui soient dignes de les toucher : ils les prendront
violentiam minus vereantur, et quanto amplius hic humiliaverit se apud Deum, amplius exaltari certum sit. Hæc in præsenti de diaconissa dicta sufficiant. Nunc ad officiales stylum inclinemus.
Sacrifica quæ et thesauraria, toti oratorio providebit, et omnes quæ ad ipsum pertinent claves, et quæ ipsi necessaria sunt, ipsa servabit : et si quæ fuerint oblationes, ipsa suscipiet, et de iis, quæ in oratorio necessaria sunt, faciendis vel reficiendis, et de toto ejus ornatu curam aget. Ipsius quoque providere est de hostiis, de vasis et de libris altaris, et toto ejus ornatu, de reliquiis, de incenso, de luminaribus, de horologio, de signis pulsandis. Hostias vero, si fieri potest, virgines conficiant, et frumentum purgent unde fiant, et altaris pallas abluant. Reliquias autem, vel vasa altaris nunquam ei vel alicui monialium contingere licebit, nec etiam pallas, nisi quum eis traditæ ad lavandum fuerint. Sed ad hoc monachi vel eorum conversi vocabuntur, et expectabuntur. Et si necesse fuerit, aliqui sub ea ad hoc officium instituantur, qui hæc contingere quum opus fuerit digni sint, et arcis ab ea reseratis, hæc inde ipse su-
et les replaceront dans les armoires qu’elle aura ouvertes. II convient que celle qui a ainsi la garde du sanctuaire se distingue par sa chasteté; qu’elle soit, autant que possible, vierge de corps et d'âme, d’une abstinence et d’une continence éprouvées. Il est absolument indispensable qu’elle connaisse le comput de la lune, afin de parer l'église suivant l’ordre des temps. |
La chantre aura la direction du chœur et veillera à la disposition des divins offices; elle apprendra aux autres à chanter, à lire, à écrire et à dicter la musique. Elle aura aussi la garde de la bibliothèque, donnera et reprendra les livres, prendra soin des copies et des enluminures. Elle réglera la tenue du chœur, assignera les places, désignera celles qui devront lire ou chanter, et dressera la liste des semainières qui sera lue tous les samedis au chapitre. En vue de ces divers services, il convient donc qu’elle soit instruite et qu’elle connaisse particulièrement la musique. Sous les ordres de la diaconesse, elle tiendra la main à l'observation de la règle, et, en cas d’empêchement, c’est elle qui la remplacera dans ses fonctions.
mant, vel ibi reponant. Hæc quidem quæ sanctuario præsidet, vitæ munditia præeminere debet : quæ, si fieri potest, mente cum corpore sit integra, et ejns tam abstinentia quam continentia sit probata. Hanc præcipue de compoto Innæ instructam esse oportet, ut, secundum témporum rationem, oratorio provideat.
Cantrix toti choro providebit, et divina disponet officia, et de doctrina cantandi vel legendi magisterinm habebit, et de eis quæ ad seribendum pertinent vel dictandum. Armarium quoque librorum custodiet, et ipsos inde tradet atque suscipiet, et de ipsis scribendis vel aptandis curam suscipiet, vel sollicita erit. Ipsa ordinabit quomodo sedeatur in choro, et sedes dabit, et a quibus legendum sit vel cantandum providebit : et inscriptionem componet sabbatis recitandar in capitulo, ubi omnes hebdomadariæ describentur. Propter quæ maxime litteratam eam esse convenit, et præcipue musicam non ignorare. Ipsa etiam post diaconissam toti disciplinæ providebit; et si forte illa rebus alienis fuerit occupata, vices illius in hoc exequetur.
LETÈRE HUITIÈME 353
L'infirmière aura le soin des malades et veillera aux tentations de leur âme comme aux besoins de leur corps. Tout ce que leur état de santé exigera, aliments, bains ou toute autre chose, elle le leur donnera. On connaît le proverbe : « ce n’est pas pour les malades que la loi a été faite. » On ne leur refusera . donc jamais de la viande, si ce n’est les vendredis, les veilles des grandes fêtes, les Quatre-Temps et le Carême ; car il faut d'autant plus les préserver du péché qu’elles doivent davantage songer à leur salut. C’est alors surtout qu'il faut s’étudier à garder le silence, où l'excès n'est jamais un défaut, et se livrer à la prière, ainsi qu'il est écrit : « mon fils, ne vous abandonnez pas vous-même dans la maladie, mais priez le Seigneur, et il aura soin de vous. Détournez-vous du péché, élevez vos mains vers lui, et purifiez votre cœur de toute iniquité. » Il faut aussi que l'infirmière fasse une garde vigilante auprès des malades, qu’elle soit toujours prête ‘à. venir à leur aide, en cas de besoin; il faut que la maison soit fournie de tout ce qui est nécessaire aux malades. Elle doit s’approvisionner de médicaments, suivant les ressources de l'endroit : ce qu'elle fera d'autant mieux, qu’elle connaîtra la médecine,
Infirmaria ministrabit infirmis, et eas observabit tam a culpa quam ab indigentia. Quidquid infirmitas postulaverit, tam de cibis quam de balneis, vel quibuscunque aliis, est eis indulgendum. Notnm est quippe proverbium in talibus : « infirmis non est lex posita. » Carnes eis nullatenus denegentur, nisi sexta feria, vel præcipuis vigiliis aut jejuniis Quatuor Temporum, seu Qnadragesimæ. À pescato autem tanto amplius coerceantur, quanto amplius de exitu suo cogitandum incumbit. Maxime vero tunc silentio studendum est, in quo exceditnr plurimum, et orationi instandum, sicut scriptum est : « fili, in tua infirmitate ne despicias te ipsum, sed ora Deum, et ipse eurabit te. Avertere a delicto, et dirige manus, et ab omni delicto munda cor tuum. » Oportet quoque infirmis providam semper assistere custodiam,quæ, quum opus fuerit, statim subveniat :.et domum omnibus instructam esse, quæ infirmitatiilli snnt necessaria. De medicamentis quoque si necesse est, pro facultate loci providendum erit. Quod facilins fieri potest, si quæ infirmis præest non fuerit
À elle encore appartiendra de veiller à tout ce qui touche aux pertes périodiques des sœurs. Il faut qu’elle sache saigner, pour que cette opération ne nécessite l'accès d'aucun homme auprès des religieuses. L’infirmière réglera encore les heures des offices
-et la communion pour les malades, afin qu’elles n’en soient pas privées; le dimanche au moins elles doivent communier, après préparation par la confession et la contrition dans la mesure du possible. Au sujet de l’extrême-onction, on veillera avec soin à l'observation du précepte de l’apôtre saint Jacques. Pour administrer ce sacrement à une malade désespérée, on introduira dans le monastère les deux plus vieux prêtres d’entre les moines et le diacre ; ils apporteront avec eux les saintes huiles, et feront la cérémonie de l’onction, toute la communauté y prenant part, mais séparés de la chambre de la malade par une cloison. On fera de même toutes les fois qu’il sera nécessaire pour la communion. Il faut donc que l’infirmerie soit disposée pour l’administration des sacrements, de telle sorte que les moines puissent entrer et sortir sans voir la communauté ni en être vus.
Chaque jour, une fois au moins, la diaconesse, accompagnée
expers medicinæ. Ad quam etiam de iis quæ sanguinem minuunt cura pertinebit. Oportet autem aliquam flebolomiæ peritam esse, ne virum propter hoc ad mulieres ingredi necesse sit. Providendum est etiam de officiis horarum et communione, ne desint infirmis; ut saltem Dominico die communicetur, conessione semper et satisfactione quam potuerint præeuntibus. De unctione quoque infirmorum beati Jacobi apostoli sententia sollicite custodiatur, ad quam quidem faciendam tunc maxime quum de vita ægrotantis desperatur, inducanur ex monachis duo seniores sacerdotes cum diacono, qui sanctificatum oleum secum afferant, et conventu sororum assistente, interposito tamen pariete, ipsi hoc celebrent sacramentum. Similiter quum opus fuerit, de communione agae tur. Oportet itaque domum infirmarum sic aptari, ut ad hæc facienda monachi facilem habeant accessum et recessum, nec conventum videntes, nec ab eo visi. Singulis autem diebus semel ad minus diaconissa cum celleraria infir-
de la cellérière, visitera les malades, comme elle ferait le Christ, afin de s’éclairer sur leurs besoins temporels ou spirituels et d'y pourvoir. Ainsi mériteront-elles d'entendre ces paroles du Seigneur : « j'étais malade et vous m'avez visité. » Que si une malade approche de sa fin et tombe dans les angoisses de l’agonie, aussitôt une de celles qui la veillent, parcourant le couvent avec la crécelle et la faisant tourner, annoncera la fin de la sœur ; alors la communauté entière, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit, se réunira auprès de la mourante, à moins que la célébration des offices ne l’en empêche. Dans ce cas, comme le service de Dieu doit passer avant tout, il suffira que la diaconesse, accompagnée de quelques sœurs qu’elle choisira, fasse diligence: la communauté viendra ensuite. Lorsqu'elles auront été ainsi réunies à l'appel de la crécelle, elles réciteront les litanies, parcourant la liste entière des saints et des saintes ; g'is les psaumes et les prières des morts. Combien sont bonnes ces visites aux malades ou aux morts, l’Ecclésiaste le fait remarquer avec soin : « mieux vaut aller, dit-il, dans une maison où l’on pleure que dans une maison où règne la joie d’un festin; dans la première, on apprend quelle est la fin de tous les
mam tanquam Ghristum visitent, nt de necessitatibus ejus sollicitæ provideant tam in corporalibus quam spiritualibus, et illud a Domino audire mereantur : « Infirmus eram, et visitasti me. » Quod si ægrotans ad exitum propinquaverit, et in extasi agoniæ venerit, statim aliqua ei assistens ad conventum properet cum tabula, et eam pulsans exitum sororis nuntiet, totusque conventus, quæcunque hora sit diei vel noctis, ad morientem festinet, nisi ecclesiasticis præpediatur officiis. Quod si acciderit, quod nihil est operi Dei præponendum, satis est diaconissam cum aliquibus, quas elegerit, accelerare, et conventum pçostmodum sequi. Quæcunque vero ad hunc tabulæ pulsum occurrerint, statim litaniam inchoent, quousque sanctorum et sanctarum invocatio compleatnr; et tunc psalmi vel cætera, quæ ad exequias pertinent, subsequantur. Quam salubre vero sit ad infirmos ire sive mortuos, Ecclesiastes diligenter attendens, ait : « melius est ire ad domum lucius, quam ad domum convivii. In illa enim
hommes, et vivant, on pense à ce que l’on doit être un jour; » et encore: « le cœur du sage se plaît là où est la tristesse. »
Dès que la malade a expiré, son corps doit être lavé par les sœurs; on lui mettra une robe grossière, maïs une chemise propre, et des sandales ; puis on la placera sur un brancard, la tête couverte de son voile. Il faut que ses vêtements soient solidement cousus ou attachés au corps, de manière à ce qu'ils n’éprouvent aucun dérangement. Le corps apporté dans l’église, les moines, lorsqu'il en sera temps, l’enterreront, et ce pendant les sœurs ne cesseront de psalmodier dans l’église ou de prier dans leurs cellules. Le seul honneur de plus accordé à la diaconesse, c’est d’envelopper son corps dans un cilice, où elle sera cousue tout entière comme dans un sac.
La robière aura le soin de tout ce qui concerne l'habillement, tant pour les chanoines que pour le reste. Elle fera tondre les brebis, et recevra le cuir ; elle recueillera et gardera le lin et la laine ; elle prendra soin de fa fabrication des toiles ; elle distribuera le fil, les aiguilles, les ciseaux ; elle aura la surveillance du dortoir et des lits ; elle sera chargée de diriger la taille, la couture, le lavage des nappes de table, des serviettes et de tout le linge du
finis cunctorum admonetur hominum, et vivens cogitat quid futurus sit. » Item : « cor sapientium ubi tristitia est. » Defunctæ vero corpusculum a s0roribus statim abluatur, et aliqua vili, sed munda interula et caligis indutum feretro imponatur, velo capite obvoluto. Quæ quidem indumenta firmiter corpori consuantur sive ligentur, nec ulterius moveantur. Ipsum corpus a sororibus in ecclesiam delatum monachi quum oportueritsepulturæ tradant, et sorores interim in oratorio psalmodiæ vel orationibus intente vacabunt. Diaconissæ vero sepultura id tantum præ cæteris habeat honoris, ut cilicio solo totum ejus corpus involvatur, et in eo quasi in sacco tota consuatur.
Vestiaria totum quod ad curam indumentorum spectat providebit, tam in calciamentis scilicet quam in cæteris omnibus. Ipsa tonderi oves faciet, coria calciamentorum suscipiet. Linum seu lanam excolet et colliget, et totam curam telarum habebit. Filum et acum et forfices omnibus ministrabit. Totam dormitorii curam habebit, etstratis omnibus providebit. De mantilibus quoque men-
monastère. C’est surtout à elle que s’appliqûe ce passage : « elle a recueilli le lin et la laine, et les a travaillés de ses mains. Sa main a pris la quenouille, et ses doigts ont fait tourner le fuseau. Elle ne craïndra pas le froid ou la neige pour sa maison, car tous ses serviteurs ont double vêtement; et le jour de sa mort elle sourira, car elle a toujours gardé le seuil de sa maison, et elle n’a pas mangé son pain dans l’oisiveté. Ses enfants se sont levés et ont annoncé qu'elle était bien heureuse. » Elle aura tous les instruments nécessaires à son emploi ; elle réglera la tâche de chacune des sœurs ; c'est elle qui prendra soin des novices, jusqu’à ce qu’elles soient admises dans la communauté.
La cellérière aura la charge de tout ce qui concerne la nourriture : cellier, réfectoire, cuisine, moulin, boulangerie, four, jardins, vergers et champs, ruches, troupeaux, animaux de toute sorte et oiseaux. C'est sur elle que l'on comptera pour tout ce qui touche à l’alimentation. Elle ne doit pas se montrer avare, mais toujours prête et-empressée à donner ce qui est nécessaire. « Dieu, est-il dit, aime celui qui donne gaiement, » Défense
sarum et manutergiis et universis pannis cnram aget, incidendis, suendis, abluendis. Ad hanc maxime ïillud pertinet : « quæsivit lanam et linum, et operata est consilio manuum suarum. Manum suam misit ad colum, et digiti sui apprehenderunt fusum. Non timebit domui suæ a frigoribus nivis. Omnes enim domestici ejus vestiti duplicibus, et ridebit in die novissimo. Consideravit semitas domus suæ, et panem otiosa non comedit, Surrexerunt filii ejus et beatissimam prædicaverunt eam.» Hæc suorum operum habebit instrumenta, et providebit de suis operibus, quæ quibus debeat injungere sororibus. Ipsa enim novitiarum curam aget, donec in congregationem suscipiantur.
Celleraria curam habebit de iis omnibus quæ pertinent ad victum, de cellario, refectorio, coquina, molendino, pistrino cum furno, de hortis etiam et viridariis, et agrorum tota cultura : de apibus quoyue, armentis et pecoribus cunctis, seu avibus necessariis. Ab ipsa requiretur quidquid de cibis necessarium erit. Hanc maxime non esse avaram convenit, sed promptam et voluntariamgd omnia necessaria tribuenda. «‘Hilarem enim datorem diligit Deus. »
Jui est faite de songer à elle-même plus qu'aux autres dans les soins de sa charge, de se préparer des mets particuliers, de se réserver des douceurs. « Le meilleur économe, dit saint Jérôme , est celui qui ne se réserve rien. » Judas, ayant : abusé de sa charge pour se faire une bourse, fut exclu du cénacle des apôtres. Ananias aussi et Sephire, sa femme, ayant retenu ce qui ne leur appartenait pas, furent condamnés à mort.
Quant à la portière ou à l’ostiaire, ce qui est la même chose, à elle appartient le soin de recevoir les étrangers et tous ceux qui se présentent, de les annoncer, de les mener où il faut, et de pourvoir à tous les besoins de l’hospitalité. 11 convient qu’elle soit d’un âge et d’un esprit sûrs, qu’elle sache donner et recevoir une réponse, et distinguer ceux qu'il faut de ceux qu’il ne faut pas recevoir. Placée à l'entrée du monastère comme dans le vestibule du Seigneur, c’est elle qui donnera la première impression : il est donc bon qu’elle fasse honneur à la tenue de la maison, qu’elle ait la parole douce, l’abord agréable, afin que ceux même qu'elle éconduira soient édifiés dans leur charité par la justesse des raisons qu’elle leur donnera. Car il est écrit: « une réponse
Quam omnino prohibemus, ne de administrationis suæ dispensatione sibi magis quam aliis sit propitia, nec privata sibi paret fercula, nec sibi reservet quæ aliis defraudet, « Optimus, inquit Hieronymus, est dispensator, qui sibi nihil reservat. » Judas suæ dispensationis abutens officio, quum loculos haberet, de cœtu periit Apostolico. Ananias quoque et Saphira uxor ejus retinendo sententiam mortis exceperunt. .
Ad portariam, sive ostiariam, quod idem est, pertinet de suscipiendis hospitibus, vel quibuslibet advenientibus, et de ïis nuntiandis vel adducendis ubi oporteat, et de cura hospitalitatis. Hanc æ&tate et mente discretam esse convenit, ut sciat accipere responsum et reddere, et qui vel qualiter suscipiendi sint, an nou sint, dijudicare. Ex qua maxime tanquam ex vestibulo Domini religionem monasterii decorari oportet, quum ab ipsa ejus notitia incipiat. Sit igitur blanda verbis, mitis alloquio, ut in his quoque quos exeluserit, convenienti reddita ratione charitatem studeat ædificare. Hinc enim scriptum est :.« res-
douce brise la colère, et une parole dure fait monter la fureur ; » et ailleurs : « une parole douce multiplie les amis et apaise les ennemis. » | |
Voyant plus souvent les pauvres et les connaissant mieux, c’est elle qui leur distribuera les aliments et les vêtements qu'on voudra leur donner. Dans le cas où elle aurait besoin, elle ou les autres officières, d'assistance et de soulagement, la diaconesse leur donnera des suppléantes qu’elle choisira particulièrement parmi les sœurs converses, pour qu'aucune sœur ne manque au service divin, au chapitre ou au réfec-
" toire.
La portière aura un petit logement auprès de la porte, afin qu’elle ou sa suppléante soit toujours prête à répondre aux arrivants. Elles n’y devront pas rester oisives, et elles s’attacheront d'autant plus à observer le silence que leur bavardage pourrait plus facilement arriver aux oreilles des personnes qui sont dehors. A la portière incombe le soin non-seulement d'écarter les hommes, mais de fermer la porte aux bruits qui pourraient pénétrer dans le couvent : elle sera responsable de tous les abus de cette sorte. Si elle entend quelque chose qui mérite d’être su,
ponsio mollis frangit iram, sermo durus suscitat furorem. » Et alibi : « verbum dulce multiplicat amicos, et mitigat inimicos. » Ipsa quoque sæpius pauperes videns, meliusque cognoscens, si qua eis de cibis aut vestimentis distribuenda sunt, distribuet : tam ipsa vero quam cæteræ ofliciales, si suffragio vel solatio aliquarum eguerint, dentur eis a diaconissa vicariæ. Quas præcipue de conversis assumi convenit, ne aliqua unquam monialinm divinis desit officiis, sive capitulo vel refectorio. Domunculam juxta portam habeat, in qua ipsa vel ejus vicaria præsto sit semper advenientibus, ubi etiam otiosæ non maneant, et tanto amplius silentio studeant, quanto earum loquacitas his quoque qui extra sunt facilius potest innotescere. Ipsius profecto est non solum homines, quos oportet, arcere; verumetiam rumores penitus excludere, ne ad conventum temere deferantur, et ab ipsa est exigendum quidquid in hoc quoque fuerit excessum. Si quid vero audierit quod scitu opus sit, ad diaconissam
elle ira en faire part secrètement à la diaconesse, qui prendra telles mesures qu’elle jugera oppurtunes.
Dès qu'on a frappé ou appelé à la porte, elle doit se présenter, demander aux survenants ce qu'ils sont et ce qu’ils veulent, et leur ouvrir aussitôt, s’il y a lieu, pour les recevoir. Les femmes seules pourront être reçues dans l’intérieur du couvent ; les hommes seront dirigés chez les moines. Pour quelque motif que ce soit, aucun ne sera adinis dans le couvent que sur l'avis et par l’ordre de la diaconesse. Quant aux femmes, elles auront immédiatement porte ouverte. Les fermes accueillies, les hommes entrés pour un motif quelconque, la portière les fera demeurer dans sa cellule jusqu’à ce que la diaconesse ou les sœurs, s'il y a nécessité ou convenance, viennent les recevoir. Si ce sont des pauvres à qui il faille laver les pieds, la diaconesse elle-même et les sœurs s'acquitteront avec empressement de ce devoir d’hospitalité. C’est en se livrant à cet humble service d'humanité que l’Apôtre a mérité le nom de Diacre, ainsi qu'il est dit dans la Vie des saints Pères : « l’'Homme- Dieu s’est fait diacre pour vous : il s’est ceint d’un linge pour laver les pieds de ses disciples, et il leur a fait la-
secreto referet, ut ipsa super hoc, si placet, deliberet. Mox autem ut ad portam pulsatum vel inclamatum fuerit, quæ præsto' est quærat a supervenientibus qui sint, aut quid velint, portamque, si oportuerit, statim aperiat, nt advenientes suscipiat. Solas quippe feminas intus hospitari licebit. Viriautem ad monachos dirigentur. Nullus itaque aliqua de causa intus admittetur, nisi consulta prius et jubente diaconissa. Feminis autem statim patebit introitus. Su$ceptas vero feminas, seu viros quacunque occasione introeunies portaria in cellula sua pausare faciet, donec a diaconissa vel sororibus, si necessarinm est vel oppor= tunum, eis occurratur. Pauperibus vero quæ ablutione pedum indigent, hanc quoque hospitalitatis gratiam ipsa diaconissa seu sorores diligenter exhibeant. Nam et Apostolus ex hoc præcipue humanitatis obsequio dictus est diaconus. Sicat in Vi/is quoque’ Patrum quidam ipsorum meminit, dicens : « propter te homo salvator factus diaconus, præcingens se linteo, lavit pedes discipulorum,
ver les pieds de leurs frères. » C’est ce qui a fait dire à l’Apôtre en parlant de la diaconesse : « .… si elle a donné l’hospitalité, si elle a lavé les pieds des pauvres... » Et le Seigneur lui-même : « J'étais étranger et vous m'avez reçu. » Toutes les officières devront être instruites de ces devoirs qui n'ont pas de rapport avec les lettres, excepté la chantre, et celles, s’il s'en trouve, qui se livrent à l'étude des lettres, el qui n’en doivent pas être distraites.
Que les ornements de l’église soient suffisants; qu'ils n'aient rien de superflu; qu'ils soient propres plutôt que précieux. Point de matière d’or ou d'argent, sinon un calice ou plusieurs, s’il le faut. Point d’autres ornements en soie que les étoles et les manipules. Point d'images taillées : une croix de bois sur l'autel ; une peinture de l’image du Sauveur n’est pas interdite, mais les autels ne doivent avoir aucune autre image. Deux cloches suffisent au monastère. Un vase d’eau bénite sera placé à l'entrée de l’église, au dehors, afin qu'avant d'entrer le matin, ou au moment de sortir, à complies, les religieuses puissent se sanciifier. Nulle ne peut s’absenter aux heures canoniales; au
præcipiens eis fratrum pedes lavare. » Hliue Apostolus de diaconissa meminit dicens : « si ho:pitio recepit, si sanctorum pedes lavit. » Et ipse Dominus : « hospes, inquit, eram, et collegistis me. » Officiales omues præter cantricem de his instituantur, quæ litteris non intendunt, ut si ad hoc tales reperiri possint idoneæ, littéris vacare liberius queant.
O:atorii ornamenta necessaria sint, non superflua ; munda magis quam pretiosa. Nihil igitur in eo de auro vel de argento compositum sit præter unum calicem argenteum, vel plures etiam si necesse sit. Nulla de serico sint ornamenta, præter stolas aut phanones. Nuila in eo sint imaginum sculptilia. Crux ibi lignea tantum erigatur ad altare, in qua si forte imnaginem Salvatoris placeat depingi, nou est prohibendum. Nullas vero alias imagines altaria cognoscant. Gampanis duabus monasterium sit contentum. Vas aquæ benedictæ ad introitum oratorii extra collocetur, ut ea sanctificentur mane ingressuræ, vel post completorium egressæ. Nullæ monialinm horis desint canonicis; sed sta-
. premier signal, toutes doivent tout quitter pour se rendre à l'office avec empressement, d’un pas modeste toutefois. En entrant dans l’église, que celles qui le pourront disent : «introibo ‘in domum tuam, adorabo ad templum sanctum tuum.... » On n'aura point d'autres livres au chœur que celui qui sera utile pour l'office du moment. Les psaumes seront récités à haute et intelligible voix, et la psalmodie ou le chant mis sur un ton qui permette aux voix les plus faibles de suivre. Il ne sera rien lu ni chanté dans l'église qui ne soit tiré des écrits canoniques, du Nouveau ou‘de l'Ancien Testament, et on aura soin de distribuer les lectures de façon à ce que les Écritures soient lues en entier à l'église dans le cours de l'année. Les sermons ou les exhortations des Pères de l’Église, tous les textes propres à l'édification seront lus particulièrement au réfectoire ou au chapitre, mais on en permettra la lecture partout où besoin sera. |
Aucune religieuse ne se hasardera à lire ou à chanter sans s’y être préparée; si par hasard, malgré cette précaution, elle laissait échapper quelque faute de prononciation à l’église, elle s’en. excusera aussitôt devant toutes ses sœurs en répétant elle-même
tim ut pulsatum fuerit signum, omnibus aliis postpositis ad divinum properetur officium, madesto tamen incessu. Introeuntes autem secreto oratorium, dicant quæ poterunt: « intrgibo in domum tuam, adorabo ad templum sanctam tuum, etc. » Nullus in choro liber teneatur, nisi officio præsenti necessa= rius. Psalmi aperte et distincte ad intelligendum dicantur, et tam moderata sit psalmodia vel cantus, ut quæ vocem habent infirmam sustinere valeant. Nihil in ecclesia legatur aut cantetur, nisi de authentica sumptum scriptura, maxime autem de Novo vel Veteri Testamento, quæ utraque sic per lectiones distribuantur, ut ex integro per aunum io ecclesia legantur. Expositiones vero ips sorum vel sermones doctorum, seu quælibet scripturæ aliquid ædificationis habentes ad mensam vel in capitulo recitantur : et ubicunque opus sitomnium lectio concedatur. Nulla autem legere vel cantare præsnmat, nisi quod prius præviderit. Si qua forte de iis aliquid in oratorio vitiose protulerit, ibidem supplicando coram omnibus satisfaciat, secreto dicens + « ignosce, Domine,
IETTRE HUITIÈME - 363
au fond de son cœur : « Seigneur, pardonnez encore cette fois à ma négligence. »
Au milieu de la nuit, on se lèvera pour chanter les matines, suivant l'instruction du prophète, et, à cet effet, on se couchera de bonne heure, afin que les santés délicates puissent supporter cet exercice. D'ailleurs, tout ce qui appartient aux devoirs du jour doit finir avec le soleil, selon la règle de saint Benoît. Après matines, on rentrera au dortoir pour n’en sortir qu'à laudes. Tout le reste de la nuït sera accordé aux exigences de la nature : le sommeil rafraîchit le corps, le rend propre au travail, le conserve sain et dispos. Celles qui ont besoin de méditer sur quelque psaume ou sur quelques lectures, suivant la règle de saint Benoît, doivent le faire sans troubler le sommeil des autres. Voilà pourquoi saint Benoît dit méditation et non lecture, de peur que la lecture n'empêche les autres de dormir. Au reste, 1l n’oblige personne à cet exercice, puisqu'il dit : « aux frères qui en ont besoin. » Si l'on a besoin d'apprendre à chanter, on devra s'imposer la même règle. Les laudes se chanteront à la pointe du jour, et on les sonnera, s’il est
etiam hac vice negligentiæ meæ. » Media autem nocte, secundum institutionem propheticam, ad vigilias nocturnas surgendum est, propter quod adeo tempestive cubandum est, ut bas vigilias ferre natura valeat infirma, et omnia quæ ad diem pertinent cum luce fieri possint, sicut et beatus Benedictus institnit. Post vigilias autem ad dormitorium redeatur, anteqnam hora matutinarum laudum pulsetur. Et si quid noctis adhuc superest, io£rmæ somnus non negetur naturæ. Maxime namque somnus lassatam recreat naturam, et patientem operis reddit, et sobriam conservat, et alacrem. Si quæ tamen Psalterii vel aliquarum lectionum meditatione indigent, ut beatus quoque meminit Benedictus, vacare ita debent, ut quiescentes non inquietent. Ideo namque meditationi hoc loco potius quam lectioni dixit, ne lectio aliquorum quietem impediret aliorum. Qui etiam quum ait, « a fratribus qui indigent, » profecto nec ad hanc meditationem compulit. Nonnunquam tamen si doctrina etiam cantus opus est, de hoc similiter providendum est iis quibus necesse est. Hora vero matutina, die statim illucescente, peragatur, et exorto lucifero, si provideri potest, ipsa
possible, dès le crépuscule. Cet office fini, on retournera au dortoir. En été, les nuits étant courtes et les matinées longues, nous u'interdisons pas de dormir jusqu’à l'heure de primes, pourvu qu'au premier coup de cloche on soit debout. Saint Grégoire fait mention de ce repos après laudes dans son chapitre des Dialogues, lorsqu'il dit, en parlant du vénérable abbé Libertinus : « on devait, ce jour-là, prendre une mesure importante pour le monastère: après laudes, Libertinus vint au lit de l’abbé pour lui demander humblement sa bénédiction. » 11 n’est donc pasinterdit de reposer après laudes, depuis la Pâque jusqu’à l’équinoxe d'automne, époque à partir de laquelle les jours diminuent.
Au sortir du dortoir, on se lavera les mains, on prendra les livres, et on restera dans le cloître à lire ou à chanter jusqu’au coup de primes. A l'issue de primes, on se rendra au chapitre, et là, toutes les sœurs élant réunies, on lira le martyrologe après avoir indiqué le jour de la lune; ensuite il sera fait quelque entretien édifiant ou quelque lecture commentée de la règle; enfin ce sera le moment de pourvoir aux réformes ou aux dispositions nouvelles, s’il y a lieu.
pulsetur. Qua completa revertatur ad dormitorium. Quod si æstas fuerit, quia tunc breve est tempus nocturnum, et longum matutinum , aliquantulum ante primam dormire non prohihemus, donec sonitu facto excitentur. De qua etiam quiete post matatinales videlicet laudes beatus Gregorius 11 Dialogorum capitulo, quum de venerabili viro Libertino loqueretur, meminit, dicens : « die vero altera erat pro utilitate monasterii causa constituta. Expletis igitur hymnis malutiualibus, Libertinus ad lectum abbatis venit, orationem sibi humiliter petiit. » Hæc igitur quies matutinalis a Pascha usque ad æquinoctium autumnale, ex quo incipit diem excedere, non denegetur. Egressæ autem de dormitorio abluant, et acceptis libris in claustro sedeant legentes vel cantantes, donec prima pulsetur. Post primam vero, in capitulum eatur, et omuibus ibi residentibus lectio Martyrologii legatur, luna ante pronuntiata. Ubi postmodum vel aliquo sermonis ædificio flat, vel aliquid de regula legatur et exponatur. Deinde si quæ corrigenda sunt, vel disponenda, prosequi oportet. |
On doit comprendre qu’un monastère, pas plus qu’une autre maison, ne passe pour mal ordonné parce qu'il s'y produit quelque désordre, mais parce que, le désordre produit, il n’y est pas diligemment forté remède. Quel est, en effet, le lieu où le péché n’ait sa place? Saint Augustin était bien convaincu de cette vérité, quand dans un certain passage de son instruction à son clergé, il disait : « quelque vigilante que soit la règle de ma maison, je suis homme, et je vis parmi les hommes, et je ne me flatte pas que ma maison vaille mieux que l'arche de Noé, où cependant sur huit hommes il y eut un réprouvé; mieux que la maison d'Abraham, à qui il a été dit : « chassez votre servante; » mieux que celle d’Isaac, où Dieu a dit : « j'ai aimé Jacob et haï Esaü: » mieux que celle de Jacob, où le fils a souillé le lit de son père; mieux que celle de David, dont un fils a couché avec sa sœur, tandis que l’autre s’est révolté contre son père; mieux que la compagnie de saint Paul, qui n'aurait pas dit, s’il n'eût habité que parmi «les justes : « au dehors les combals, au dedans les alarmes; » et encore : « il n’y a personne qui s'occupe cordialement de vous, chacun ne cherche que son bien ; » mieux que
Sciendum vero est, nec monasterium nec domum aliquam inordinatam dici debere, si qua ibi inordinate fiant, sed si quum facta fuerunt, non sollicite corrigantur. Quis enim locus a peccato penitus expers ? Quod diligenter beatus attendens Augustinns, qnum clerum suum instrueret, in quodam loco meminit, dicens : « quantum libet enim vigilet disciplina domus meæ; homo sum, et inter homines vivo. Nec mihi arrogare audeo ut domus mea melior sit quam arca Noe, ubi tamen inter octo homines uuus inventus est reprobus ; aut melior sit quam domus Abrahæ, ubi dictum est : « ejice ancillam et filium ejns; » aut melior quam domus Isaac : « Jacob dilexi, Esau odio habui; » aut melior quam domus Jacob, ubi lectum patris filius incestavit; ant melior quim domus David, cujus filius unus cum sorore concubuit, alter contra patris tam sanctam mansuetudinem rebellavit; aut melior quam cohabitatio apostoli Pauli, qui si inter bonos habitaret non diceret : « foris pugnæ, iutus timores; » nec loqueretur : « nemo est homo qui germane de vobis sollicitus sit : omnes quæ sua sunt quærunt; » ant melior qnam cohabitatio ipsins Christi, in qua un-
Ja compagnie de Jésus lui-même, auquel onze justes ont fait supporter la perfidie et les larcins de son douzième disciple, de Judas ; mieux enfin que le ciel dont les anges ont été précipités. » Le même Père qui nous encourage à suivre la règle du monastère ajoute : « j'avoue devant Dieu que, du jour où je me suis consacré à son service, je n’ai pas trouvé de meilleurs chrétiens que ceux qui vivent dans les monastères conformément à leurs vœux; mais je n’en ai pas non plus connu de pires que ceux qui ont failli dans les monastères. » En sorte que, si je ne me trompe, c’est de là qu’il est écrit dans l’Apocalypse : « le juste devient plus juste, et celui qui s’est souillé s'enfonce davantage dans la souillure. »
Il faut donc que la règle de la correction soit tendue de telle sorte, que si quelque religieuse a connu la faute d’une autre et l’a dissimulée, elle soit punie plus rigoureusement que la coupable. Nulle ne doit différer d’accuser son péché ou le péché d'autrui. Celle qui préviendra l'accusation des autres en s’accusant elle-même, ainsi qu’il est écrit : « le juste est le premier à s’accuser, » encourra une peine plus douce, pourvu qu’elle ne retombe pas dans la même faute. Nulle ne doit prendre sur soi d'en excuser une autre, à moins que la diaconesse ne lui de-
decim boni perfidum et furem Judam toleraverunt : aut melior postremo quam cœælum, unde angeli ceciderunt. » Qui etiam, nos ad disciplinam monasterii plurimum exhortans, annexuit dicens : « fateor coram Deo, ex quo Deo servire cæpi, quomodo difficile sam expertus meliores quam qui in monasteriis profecerunt, ita non sum expertus pejores quam qui in monasteriis ceciderunt. » Jta ut hinc, arbitror, in A pocalypsi scriptum : « justus justior fat, et sordidus sordescat adhuc. » Tanta igitur correctionis districtio sit, ut quæcuuque in altera viderit quod corrigendum sit, et celaverit, graviori subjaceat disciplinæ, quam illa quæ hoc commisit. Nulla igitur vel suum vel alterius delictum accusare differat. Quæcunque vero se accusans alias prævenerit, sicut scriptum est : « justus prior est accusator sui, » mitiorem meretur disciplinam, si ejus cessaverit neglisgentia. Nulla vero aliam excusare præsumat, nisi forte diaco-
LÉ
Let
mande de lui faire connaître une chose que les autres ne sauraient pas. Nulle ne doit s’arroger le droit de faire la leçon aux autres, si ce n’est de la part de la diaconesse, car il est écrit, au sujet du règlement de la correction : « mon fils, ne rejetez point la correction du Seigneur, et ne vous abattez point lorsqu'il vous châtiera. Dieu châtie celui qu’il aime, et il se complaît en celui qu’il châtie comme un père en son fils. » Et encore : « celui qui ménage la verge hait son fils; celui qui l'aime le corrige sans cesse. En voyant le corrompu châtié, l’insensé deviendra plus sage. Le fouet est fait pour le cheval, la corde pour l’âne, et la verge pour les hommes qui se conduisent mal. Celui qui en châtie un autre trouvera dans la suite auprès de lui plus de reconnaissance que celui qui le trompe par les caresses de ses éloges. Toute correction, sur le moment, semble pleine non de joie, mais d’amertume; mais un jour elle rapportera à ceux qui en auront subi l'épreuve les fruits
“les plus doux de la vertu. La confusion d’un père est dans
un enfant qui n’a pas été corrigé, et sa honte dans la mauvaise conduite de sa fille. Celui qui aime son fils le corrige sans cesse, afin d'être heureux dans sa vieillesse. Celui qui
nissa ab aliis ignotam rei veritatem interroget. Nulla unquam aliam cædere pro quacunque Culpa præsumat, nisi cui injunctum fuerit a diaconissa, Scriptum est autem de disciplina correëtionis : « disciplinam Domini, fili mi, ne abjicias. Ne deficias quum ab eo corriperis. Quem enim diligit Dominus corripit, et quasi pater in filio complacet sibi. » Item : « qui varcit virgæ, odit filium: qui autem diligit illum, instanter erudit. Pestilente flagellato stultus sapientior erit. Mulctato pestilente sapientior erit parvulus. Flagellum equo, et chamus asino, et virga dorso imprudentium. Qui corripit hominem postea inveniet apud eum, magis quam ille qui per linguæ blandimenta decipit, Omnis autem disciplina in præsenti quid videtur non esse gaudii, sed mœæroris. Postea autem fructum pacatissimum exercitalis per eam reddet justitiæ. Confusio patris est in filio indisciplinato, filia autem fatua in deminoratione erit. Qui diligit filium, assiduat illi flagella, ut lætetur in novissimo. Qui docet filium, lauda-
instruit son fils sera loué dans son fils et glorifié en lui au milieu de toute sa maison. Un cheval qu’on ne dompte pas devient | intraitable, un fils auquel on a lâché les rênes devient insolent. Flattez votre fils, et il vous fera trembler; jouez avec lui, et il vous contrislera, » | | Dans les délibérations du Conseil, chaque religieuse aura le droit de donner son avis; mais tout ce que la diaconesse aura décidé sera tenu pour immuable; c’est de sa volonté que tout . dépend, dût-elle même, ce dont Dieu la préserve, se tromper et s'arrêter au plus mauvais parti. C’est ce qui à fait dire à saint Augustin dans son livre des Confessions : « Celui-là commet un grand péché qui désobéit en quelque chose à ses supérieurs, alors même qu'il ferait mieux que ce qui lui est ordonné. » Mieux vaut, en effet, bien faire que faire le bien. Il faut moins se préoccuper de la chose en elle-même que de la façon dont elle est faite et de l'esprit dans lequel on la fait. Tout ce qui est fait par obéissance est bien fait, encore que cela ne paraisse pas un bien. En tous points il faut obéir aux supérieurs, quels que soient les inconvénients des choses, dès le moment qu'il n’y a point péril pour l’âme. C'est au supérieur de bien ordonner, puisqu'il suffit aux religieux de bien obéir, et de suivre, con-
bitur in illo, et in medio domesticorum in illo gloriatur. Equus indomitns evadet durus, et filius remissus evadet præceps. Lacta filium tuum, et paventem te faciet. Lude cum eo, et contristabit te. » In discussione vero consilii, cuilibet suam proferre sententiam licebit, sed quidquid omnibus videatur, diaconissæ decretum immobile teneatur, in cujus arbitrio cuncta consistunt ; etiam si, quod absit, ipsa fallatur, et quod deterins est ipsa constituat. Unde et illud est beati Augustini libro Confessionum : « multum peccat qui inobediens est suis prælatis in aliquo, si vel meliora eligat quam ea quæ sibi jubentur. » Multo quippe melius est nobis bene facere, quam bonum facere. Nec tam quod fat, quam quod quo modo vel animo fiat, pensandum est. Bene vera fit quidquid per obedientiam fit, etiam si quod fit bonum esse minime videatur. Per omnia itaque prælatis est obediendum, quantacunque sint damna rerum, si nullam apparet animæ periculnm. Provideat prælatus ut bene præ=
formément à leurs vœux, non leur propre volonté, mais celle de leurs supérieurs. Nous interdisons donc d’une manière absolue de jamais faire prévaloir la coutume sur la raison, et de rien défendre parce que c'est la coutume, non parce que c’est la raison; c'est sur ce qui est bien, non sur ce qui est en usage, qu’il faut se régler, en sorte qu’un ordre soit accueilli d'autant plus volontiers qu’il paraît meilleur; autrement, ce serait judaïser et préférer à l'Évangile l’ancienne loi.
Saint Augustin, s'appuyant du témoignage de saint Cyprien, dit en quelque endroit : « celui qui, au mépris de la vérité, prend sur lui de suivre la coutume, est assurément ou jaloux et envieux de ses frères auxquels la vérité a été révélée, ou ingrat envers Dieu, dont l'inspiration est la lumière de l'Église. » Et encore : « Jésus-Christ dit dans son Évangile : je suis-la vérité, et non : je suis la coutume. Lors donc que la vérité a été manifestée, il convient que la coutume s’efface devant elle. » Et encore, lorsque la vérilé a été révélée, il faut que l'erreur s’efface devant la vérité. Saint Pierre cessa de circoncire et céda le pas à Paul, lorsque Paul commença à prêcher la vérité. » Et ailleurs, dans son livre quatrième sur le baptême : «c’est en vain que
cipiat, quia subjectis bene obedire sufficit, nec suam, sicut professi sunt, sed prælatorum sequi voluntatem. Omnino enim prohibemus ut unquam consuetudo rationi præponetur, nec unquam aliquid defendatur, quia sit consuetndo, sed quia ratio; nec quia sit usitatum, sed quia bonum : et tanto libentins excipiatur, quanto melius apparebit. Alioquin jndaizanteslegis antiquitatem Evangelio præferamus. Ad qnod beatus Augustinus, de consilio Cypriani pleraque asserens testimonia, quodam loco ait : « qui, contempta veritate, præsnmit consuetudinem sequi, aut circa fratres invidus est et malignus, quibus veritas. revelatur, ant circa Deum ingratus est, cnjus insyiratione Ecclesia ejus instruitur. » Item « : in Evangelio Dominus : «a Ego sum, inquit, Veritas. » Non dixit : « Ego sum c insuetudo. » Itaque veritate manifestata, cedat consuetudoveritati. » Item : « Revelatione facia veritatis, cedat error veritati, qnia et Petrus qui prius circumcidebat cessit Paulo prædicanti veritatem. » Idem lib. IV ce Ba t'smo : « Frustra quidem qui ratione viucuntur, consuetudinem nobis
ceux qui sont vaincus par la raison nous opposent la coutume, comme si la coutume était supérieure à la vérité, comme si dans les choses spirituelles il ne fallait pas suivre ce que l’Esprit-Saint a révélé de meilleur. » C’est donc un point incontestable, qu'il faut faire passer la raison et la vérité avant la coutume. — « Assurément, » écrivait saint Grégoire à l’évêque Vimond, « assurément il faut, suivant la maxime de saint Cyprien, faire passer la vérité avant la coutume, quelque ancienne et quelque répandue que soit la coutume, et tout usage contraire à la vérité doit être détruit. » Avec quel amour nous devons, même dans nos paroles, nous attacher à la vérité, l'Ecclésiaste nous l’apprend dans le passage où il dit : « ne rougissez pas de dire la vérité pour le salut de votre âme. » Et encore : « ne contrariez en rien la parole de vérité. » Et ailleurs : « que la parole de vérité inspire toutes vos œuvres, et une ferme sagesse vos actions. » Ne vous ‘autorisez point de l'exemple de la foule, mais de l'approbation des sages. « Le nombre des insensés, dit Salomon, est infini, » et selon la parole de la vérité même, « beaucoup sont appelés et peu élus. » Tout ce qui est précieux est rare ; l’abondance d’une chose en diminue le prix. Ne suivons donc pas le
objiciunt, quasi consuetudo major sit veritate, aut non sit in spirituslibus se= quendum, quod in melius fuit a Spiritu sancto revelatum. » Hoc plane verum est, quia ratio et veritas consuetudini præponenda est. Gregorius VII Vuimuudo episcopo : « et certe, ut beati Cypriani utamur sententia, quælibet con suetudo quantumvis vetusta, quantumvis vulgata, veritati est omnino postponenda; et usus qui veritati est contrarius, abolendus. » Quanto etiam amore veritas quoque verborum amplectenda, admonemur in Ecclesiastico quum dicitur : « pro anima tua non confundaris dicere verum. » Item : « non contradicas verbo veritatis ullo modo. » Et iterum : « ante omnia opera verbum verax præcedat te, et ante omnem actum consilium stabile. » Nihil etiam in auctoritatem ducatur, quia geritur a maultis, sed quia probatur a sapientibus et bonis. « Stuliorum, inquit Salomon, infinitus est numerus. » Et juxta Veritatis assertionem, « multi vocati, pauci vero electi. » Rara sunnt quæque pretiosa, et quæ abuudant numero minuuntur pretio. Nemo enim in consilio ma
conseil du plus grand nombre, mais le meilleur. Ne considérons pas l’âge de l'homme, mais sa sagesse; ne consultons pas l’amitié, mais la vérité. De là cette pensée du poëte : « il est permis de profiter des leçons même d’un ennemi. »
Toutes les fois qu’il y a quelque résolution à prendre, il ne faut point perdre de temps, et si la délibération est grave, il faut assembler la communauté. Dans la discussion des affaires moins importantes, il suffit que la diaconesse réunisse quelquesunes des principales sœurs, car il est écrit au sujet du conseil : «où il n’y a personne pour gouverner, le peuple périt; le salut est là où il y a beaucoup de conseil; la route est toujours droite aux yeux de l'insensé, mais le sage écoute les conseils. Mon fils, ne faites rien sans prendre conseil, et vous n'aurez pas de regret. » Si quelque affaire réussit d'aventure sans qu’on ait pris conseil, la faveur de la fortune n’excuse pas la présomption de l'homme ; Si, au contraire, l'échec arrive après le conseil, le pouvoir qui a pris conseil ne saurait être accusé de présomption : car celui-là est moins coupable qui a eu confiance, que ceux sur le mauvais avis desquels il s'était reposé.
jorem hominum partem, sed meliorem sequatur. Nec ætas hominis, sed sapienua consideretur; nec amicitia, sed veritas attendatur. Unde et poetica est illa sententia :
e + + + + + Fas est et ab hoste doceri,
Quotiens autem opus est consilio, non differatur. Et si de rebus præcipuis est deliberandum, convocetur conventus. In minoribus autem rebus discutiendis, sufficiet diaconissa, paucis ad se de majoribus personis convocatis. Scriptum quoque est de consilio : « ubi non est gubernator, populus corruit. Salus autem ubi multa consilia. Via stulti recta in oculis ejus. Qui autem sapiens, audit consilia. Fili, sine consilio nihil facias, et post factum non pœnitehis. » Si forte sine consilio aliquid prosperum habet eventum, non excusat hominis præsumptionem fortunæ beneficium. Sin autem post consilium nonnunquam errant, potestas quæ consilium quæsivit rea non teneatur præsumptionis. Nec tam culpandus est qui credidit, quam quibus ipse errando acquievit.
Au sortir du chapitre, les religieuses se remettront chacune à Jeur ouvrage, soit à la lecture, soit au chant, soit-à des travaux manuels, jusqu’à l'heure de tierce. Après tierce, on dira la messe : elle sera célébrée par un prêtre choisi à cet effet par les moines, pour la semaine, et assisté, si les moines sont en nombre, d’un diacre et d’un sous-diacre qui le serviront et .rempliront chacun leur office. Leur arrivée et leur départ auront lieu de telle sorte qu’ils ne soient point vus de la communauté. Dans le cas où un plus grand nombre de moines serait nécessaire, on y pourvoira, mais autant que possible de telle façon que les messes des religieuses n'empêchent pas les religieux d'assister aux offices divins dans leur couvent.
Pour la communion des sœurs, on choisira le prêtre le plus âgé, qui la leur donnera après la messe, après avoir fait sortir auparavant le diacre et le sous-diacre, pour supprimer toute occasion de tentation. La communauté entière communiera au moins trois fois l’an : à Pâques, à la Pentecôte, à Noël, ainsi que les Pères l’ont établi même pour les personnes qui vivent dans le siècle. Elle se préparera à cette communion générale par une pénitence de trois Jours précédée de la conféssion ; pendant ces
Egressæ vero capitulum jis quibus oportet operibus interdant, legendo scilicet vel cantando, sive manibus operando nsque ad tertiam. Post tertiam autem missa dicatur, ad quam quidem celebrandam unus ex monachis sacerdos hebdomadarius instituatur. Quem profecio si copia tanta sit, cum diacono et subdiacono venire oportet, qui ei qnod necessarium est administrent, vel quod
suum est et ipsi operentur, Quornm accessus vel recessus ita flant, ut sororum ° conventui nullatenus pateant. Si vero plures necessarii fuerint, et de his providendum erit, et ita semper, si fieri potest, ut monachi propter missas monialium nunquam conventui suo in officiis desint divinis. Si verocommunicaudum a sororibus fuerit, senior eligatur sacerdos, qui post missam eas communicet ; egressis inde prius diacouo et subdiacono, propter tollendam tentationis occasionem. Ter vero ad minus in anno totus communicet conventus, id est Pascha, Pentecoste, et natale Domini, sicnt a patribus est institutum de secularibus etiam hominibns. His antem communionibus ita se præparent nt tertio die ante
trois jours, les religieuses vivront de pain et d’eau, se purifieront incessamment par la prière avec humilité et tremblement, en se remettant devant l'esprit la terrible sentence de l'Apôtre : « quiconque aura mangé le pain ou bu le calice du Seigneur sans en être digne sera coupable du corps et du sang de Jésus-Christ. Que l'homme se mette donc à l'épreuve, avant de manger ce pain et de boire ce calice. Car celui qui mange et boit sans en être digne, mange et boit sa propre condamnation, pour n'avoir pas jugé que c'était le corps du Seigneur. C’est pour cela que l'on voit parmi nous tant de malades et de faibles, tant de gens endormis, Si nous nous jugeons nous-mêmes, nous y gagnerons de n'être pas jugés. »
Après la messe, les religieuses retourneront à leurs occupations jusqu’à sexte; elles ne doivent point être oisives un seul moment; chacunes d'elles doit faire ce qu’elle peut et ce qu'il faut. Après sexte on dinera, si ce n’est pas jour de jeûne, car alors il faudrait attendre après none, et daus le carême après vèpres. En tout temps, on doit faire la lecture au réfectoire. Lorsque la diaconesse l'aura trouvée assez longue, elle dira : assez, et aussitôt tout le monde se lèvera pour les grâces.
ad confessionem et cougruam satisfactionem omnes accedant, et terno se panis etaquæ jejunio et oratione frequenti purificent cum omni humilitate et tremore ; illam Apostoli terribilem apud se retractantes sententiam : « itaque, inquit, quicumque manducaverit panem vel biberit calicem Domini indigne rens erit corporis et sanguinis Domini. Probet autem seipsum homo, et sic de pane illo edat, et de calice bibat. Qui enim manducat et bibit indigne judicium sibi manducat et bibit, non dijudicans corpus Domini. Ideo inter vos multi infirmi et imbecilles, et dormiunt multi, Quod si nosmetipsos dijudicaremus, non utique dijudicaremur. » Post mjssam quoque ad opera redeant usque ad sextam, et nullo tempore otiose vivant, sed unaquæque id quod potest et.quod oportet operetur, Post sextam autem prandendum est, nisi jejunium fuerit. Tunc enim nona expectanda est, et in quadragesima etiam vespera. Nullo vero tempore conventus careat lectione. Quam quum diaconissa terminare voluerit, dicat : sufficit. Et statim ad grates Domino referendas ab omnibus surgatur. Æstivo
Dans l'été, après diner, on se retirera jusqu’à none au dortoir pour s’y reposer; après none, on reviendra à la besogne jusqu'à vêpres. Immédiatement après vèpres, on soupera ou l’on fera collation, suivant l’ordre des temps. Les samedis, avant la collation, on se purifiera , c’est-à-dire qu'on se lavera les pieds ct les mains. C’est la diaconesse qui s’acquittera humblement de ce service, avec les semainières de la cuisine. Après la collation, on se rendra aussilôt à complies, puis on ira se coucher.
Quant à la nourriture et à l'habillement, on observera le précepte de l’Apôtre qui dit : « contentons-nous de nos aliments ct de nos vêtements, » c'est-à-dire contentons-nous du nécessaire, sans chercher le superflu. On emploiera effectivement ce qu’il y a de moins coûteux, ce qu’on pourra se procurer le plus aisément et porter sans scandale. C’est seulement le scandale de sa propre conscience et de celle des autres que l’Apôtre recommande d’éviter- dans la nourriture : il savait que le mal n’est point à manger, mais à manger avec gourmandise. « Que celui qui mange, dit-il, ne méprise pas celui qui ne mange pas; que celui qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange; Dieu s'en
tempore post prandium usque ad nonam quiescendum est in dormitorio , et post nonam ad opera redeundum usque ad vesperas. Post vesperas autem vel statim cænandum est, vel potandum, Et inde etiam , secundum temporis consuetudinem, ad collationem eundum. Sabbato autem , ante'collationem munditiæ fiant, in ablutione videlicet pedum et manuum. Tu quo quidem obsequio diaconissa famuletur cum hebdomadariis, qua coquinæ deservierunt. Post collationem vero, ad completorium statim est veniendum, inde dormitum est eandum. |
De victu autem et vestitu Apostolica teneatur sententia, qua dicitur : « habentes autem alimenta et quibus tegamur, his contenti simus. » Ut videlicet necessaria sufficiant, non superflua quærantur. Et quod vilius poterit comparari, vel facilius haberi, et sine scandalo sumi, re concedatur. Solum quippe scandalum propriæ conscientiæ vel alterius in cibis Apostolus vitat, sciens quia non cst cibus in vitio, sed appetitus. « Qui manducat, inquit, non manducantem non sperrat. Qui non mandneat manducantem non judicet. Tu
est chargé. Qui êtes-vous, vous qui jugez le serviteur d’autrui ? Celui qui mange, mange pour plaire au Seigneur, car il lui rend grâces, et celui qui ne mangé pas, ne mange pas pour plaire au Seigneur, car il lui rend grâces aussi. Ne nous jugeons donc pas les uns les autres; mais pensez plutôt que vous ne devez offrir à votre frère ni pierre d’achoppement, ni scandale. Je sais et je crois en Jésus-Christ, qu'il n'y a rien d’impur par soi, mais seulement par l’impureté qu’on y met; car le royaume de Dieu ne consiste pas dans le boire et le manger, mais dans la justice, dans la paix et dans la joie que donne l’Esprit-Saint. Tout est pur; le mal est dans l’homme qui mange pour scandaliser les autres. Il vaut mieux ne point manger de chair et ne point boire de vin, ni rien faire qui puisse offenser vu scandaliser votre frère. » Le même Apôtre, après avoir parlé du scandale que l’on cause à son frère, ajoute, au sujet du scandale que l’on se cause à soi-même en mangeant contre sa conscience : «heureux celui qui ne se condamne pas lui-même en ce qu’il veut faire! Mais celui qui se demande s’il mangera, et qui mange, est condamné parce qu'il n’agit pas par un acte de foi; or, tout ce qui n’est pas acte de foi est péché. » | Nous péchons en tout ce que nous faisons contre notre cons-
‘quis es, qui judicas alienum servum”? Qui manducat Domino manducat : gratias enim agit Deo, et qui non manducat Domino non manducat, et gratias agit Deo. Non ergo amplius invicem judicemus, sed hoc judicate magis ne ponatis offendiculum fratri vel scandalum. Scio et confido in Domino Jesu, quia nihil commune per ipsum, nisi {ei} qui æstimat quid commune esse. Non est regnum Dei esca et potus, sed justitia, et pax, et gaudium in Spiritu sancto. Omnia quidem munda sunt, sed malum est homini qui per offendiculum manducat. Bonum non manducare carnem, et non bibere vinum, neque in quo frater tuus offendatur, aut scandalizetur « Qui etiam, post scandalum fratris de proprio scandalo ipsius qui contra conscientiam suam comedit, adjungit dicens : « beatus qui non judicat semetipsum in eo quod probat. Qui autem discernit si manducaverit damnatus est quia non ex fide : omne autem quod non est ex fide peccatum est. » 1n omni quippe quod agimus contra conscientiam nostram,
cience et notre croyance. Nous nous jugeons et nous nous condamnons nous-mêmes, au nom de la loi que nous avons reçue et acceptée, par cela seul que nous approuvons, c’est-à-dire que nous mangeons tels aliments que, suivant cette loi, nous rejetons et nous condamnons comme impurs. Telle est l’importance du témoignage de la conscience, qu’il suffit à nous excuser ou à nous accuser devant Dieu. C’est ce que rappelle saint Jean dans sa première épître. « Mes frères, dit-il, si notre cœur ne nous reproche rien, ayons confiance en Dieu, * et tout ce que nous lui demanderons, nous le recevrons, si nous sommes fidèles à ses préceptes, et si nous ne faisons rien qui ne lui soit agréable. » C’est aussi avec raison que saint Paul ‘avait dit auparavant qu'il n'y a rien de commun pour Jésus- Christ, si ce n’est ce qu’on croit devoir l’être, c'est-è-dire ce que l’on croit impur et interdit. En effet, nous appelons communs les aliments qui, selon la loi, sont appelés impurs, parce que la loï, les interdisant à ses fidèles, les expose, pour ainsi dire, et les met en vente pour ceux qui sont hors la loi. De là vient que les femmes communes sontimpures, et que tout ce qui est commun, tout ce qui est du domaine public est vil ou moins précieux. Saint Paul
et contra hoc quod credimus, peccamus. Et in eo quod probamus, hoc est per legem quam approbamus atque recipimus, jndicamus nosmetipsos atqne damnaraus, si illos videlicet comedimns cibos quos discervimus, hoc est per legem excludimus, et separamus tanquam immundos. Tantum enim est testimonium conscientiæ nostræ, ut hæc nos apud Deum maxime accuset vel excuset. Unde et Joannes in prima sua meminit epistola : « charissimi , si cor nostrum non reprehenderit nos, fiduciam habemus ad Deum. Et quidquid petierimus accipiemus ab eo, quoniam mandala ejns custodimus, et ea quæ sunt placita coram eo facimus. » Bene itaque et Paulus superius ait nihil esse commnne per Christum, nisi ei qui commune quid esse putat, hocest immundum et interdictum si sibi credit. Communes quippe cibos dicimus, qui secundum legem mundi vocantur, quod eos scilicet lex a suis excludens, quasi his qui extra legèm sunt exponat et publicet, Unde et communes feminæ immundæ sunt, et communia quæque vel publicata vilia sunt, vel minus chara. Nullum itaqne cibum
dit donc qu'il n’est point par Jésus-Christ de viande commune, c’est-à-dire impure, puisque la loi de Jésus-Christ n'en interdit aucune, si ce n’est, comme je lai dit, pour éviter le scandale de sa propre conscience et de celle d’autrui, Il dit ailleurs à ce sujet : « c'est pourquoi, si la viande que je mange scandalise mon frère, je n’en mangerai jamais, pour ne pas scandaliser mon frère. Ne suis-je pas libre ? Ne suis-je pas apôtre? » Soit, en d’autres termes : n’ai-je pas cette liberté que le Seigneur a donnée aux apôtres, de manger de toutes sortes de viandes et de recevoir toute espèce d'assistance? En effet, il dit quelque part, en envoyant ses apôtres prêcher sa doctrine : « Mangez et buvez ce que vous trouverez chez eux, » Il ne faisait aucune distinction entre les aliments. L’Apôtre, fidèle à cette doctrine, la maintient en disant qu’il est permis aux chrétiens de manger toute espèce d'aliments, fussent-ce même des aliments destinés aux infidèles ou offerts aux idoles, à la seule condition, je le répète, d'éviter le scandale. & Tout est permis, dit-il, mais tout n’est pas bon; tout est permis, mais tout n’édifie pas. Que personne ne cherche son bien propre, mais le bien d'autrui. Mangez de tout ce qui se vend au marché, sans scrupule. La
per Ghristum asserit esse communem, id est immundum, quia lex Ghristi nullum interdicit, nisi, ut dictum est, propter scandalum removendum, vel propriæ scilicet conscientiæ, vel alienæ. De qua et alibi dicit : « quapropter si esca scandalizat fratrem meum, non manducabo in æternum, ne fratrem meum scandalizem ? Non sum liber, non sum apostolus ? » Ac si diceret : nunquid non habeo illam libertatem quam Dominus apostolis dedit, de quibuslibet scilicet edendis vel de stipendiis aliornm sumendis ? Sic quippe quum apostolos mitteret, quodam loco ait : « edentes et bibentes quæ apud illos sunt, » nul- Jum videlicet cibum a ceteris distinguens. Quod diligenter Apostolus attendens, et omnia ciborum genera, etiamsi sint infidelium cibi et idolothyta, christianis ‘ esse licita studiose prosequitur; solum, ut diximus, in cibis scandalum vitans : « omnia, inquit, licent; sed non omnia expediunt. Omnia mihi licent, sed non omnia ædificant. Nemo quod suum est quærat, sed quod älterius. Omne quod in macello venit manducate, nihil interrogantes propter conscientiam.
terre et tout ce qu’elle porte en son sein est au Seigneur. Si quelque infidèle vous invite à sa table et qu’il vous plaise d'y aller, mangez de tout ce qu’on vous servira, sans scrupule. Si l'on vous dit : « ceci a été offert aux idoles, » n’en mangez pas, par respect pour le scrupule de celui qui fait la distinction, par respect pour la conscience d'autrui, dis-je, non pour la vôtre : ne blessez ni les Juifs, ni les Genlils, ni l’Église de Dieu. »
De ces paroles de l’Apôtre il ressort clairement qu'aucun aliment ne nous est interdit, si nous en pouvons manger sans blesser notre propre conscience ni celle &es autres. Nous agissons sans blesser notre propre conscience, si nous croyons de bonne : foi Suivre le genre de vie qui doit nous conduire au salut; sans blesser la conscience des autres, s’ils ont la confiance que notre genre de vie doit nous sauver. Et nous vivrons de cette manière, si nous satisfaisons les besoins de la nature en évitant le péché ; si, ne présumant pas trop de notre vertu, nous ne nous chargeons pas, par nos vœux, d’un joug sous lequel nous succomberions; chute d'autant plus grave que le degré auquel nous avaient élevé nos vœux serait plus haut. |
Prévenant cette chute, et les vœux d’un engagement irréfléchi,
Domini est terra, et plenitudo ejus. Si quis vocat vos infidelium ad cœnam, et vultis ire, omne quod vobis apponitur manducate, nihil interrogantes propter conscientiam. Si quis autem dixerit : hoc immolatum est idolis, nolite manducare propter illum qui judieavit, et propter conscientiam. Conscientiam dico non tuam, sed alterius. Sine offensione estote Judæis et gentibus, et Ecclesiæ Dei. » Ex quibus videlicet Apostoli verbis manifeste colligitur, nullum nobis interdici, quo sine offensa propriæ conscientiæ vel alienæ vesci possimus. Sine offensa vero propriæ conscientiæ tunc agimus, si propositum vitæ, quo salvari possumus, nos servare confidimus. Sine offensa autem alienæ , si eo modo vi- . vere credimur quo salvemur, Eo quidem modo vivemus, si omnibus necessariis naturæ indultis peccata vitemus, nec de nostra virtute præsumentes illi vitæ jugo professione nos obligemus, quo prægravati succumbamas : et tanto sit gravior Casus, quanto fuerat professionis altior gradus. Quem quidem casum et
l'Ecclésiaste dit : «si vous avez fait un vœu à Dieu, ne différez pas de vous en acquitter : tout engagement irréfléchi et que l'on ne tient pas lui déplaïit ; quels que soient les vœux que vous avez faits, accomplissez-les : mieux vaut de beaucoup ne point faire de vœux que de ne point tenir ceux qu’on a faits. » C'est aussi à ce péril que l’Apôtre veut remédier, quand il dit : € je veux que les jeunes veuves se marient, qu'elles aient des enfants, qu’elles tiennent une maison, et qu’ainsi elles ne donnent à l’ennemi aucune occasion de pécher; car il en est qui sont retournées à Satan. » Considérant la faiblesse de l’âge, au danger d’une vie meilleure il oppose le remède d’une vie plus libre. Il conseille de se tenir en bas, de peur d’être précipité d'en haut.
C'est également le sentiment de saint Jérôme, dans les instructions qu'il donne à Eustochie. « Si celles, lui dit-il, qui sont restées vierges sont néanmoins condamnées pour d’autres péchés, qu’adviendra-t-il de celles qui auront prostitué les membres de Jésus-Christ, et qui auront changé en lieu de débauche le temple de l’Esprit-Saint ? Mieux eût valu pour l’homme subir le mariage et suivre le chemin de la plaine, que de vouloir s’élever et d’être précipité dans les abîmes de l'enfer. » Repassons
stultæ professionis votum Ecclesiastes præveniens, ait : « si quid vovisti Deo, ne moreris reddere. Displicet enim et infidelis et stulta promissio. Sed quodcunque voveris redde. Melius est non vovere, quam post votum promissa non reddere, » Cui quoque periculo occurrens Apostolicum consilium : « Volo, inquit, juniores nubere, filios procreare, matresfamilias esse, nullam occasionem dare adversario maledicti gratia. Jam enim quædam conversæ sunt retro Satanam. » Ætatis infirmæ naturam considerans, remedium vitæ laxioris opponit periculo melioris. Gonsulit residere in imo, ne præcipitium detur ex alto. Quem et beatus secutus Hieronymus, Eustochium virginem institueus, ait: « si autem.et illæ quæ virgines sunt ob alias tamen culpas non salvantur, quid fiet illis quæ prostituerunt membra CGbristi, et mutaverunt templum Spiritus sancti in lupanar ? Rectius fuerat homini subiisse conjugium, ambulasse per plana, quam ad altiora tendentem in profundum inferni cadere. » Quod
en esprit tous les préceptes de l’Apôtre , nous verrons que c'est aux femmes seulement qu’il permet un second mariage; pour les hommes , il les engage à la continence. « Si un homme est appelé circoncis, dit-il, qu'il ne se fasse pas gloire de montrer son prépuce. » Et ailleurs : « êtes-vous veuf? ne cherchez pas femme. » Moïse, au contraire, plus doux aux hommes qu'aux femmes, accorde.à l’homme plusieurs femmes, tandis qu'il refuse à la femme plusieurs maris, et punil plus sévèrement l’adulière chez les femmes que chez les hommes. « La femme, dit l’Apôtre, à la mort de son mari, est affranchie du lien qui l’attachait à lui; elle n’est point adultère en s’unissant à un autre homme. » Et ailleurs : « je dis aux veuves et aux vierges qu’il est bon pour elles de rester dans cet état, ainsi que j'y reste moi-même. Mais si elles ne peuvent garder la continence, qu’elles se marient : mieux vaut se marier que d’être brûlé des ardeurs du désir. » Et ailleurs : « la femme dont le mari est endormi du sommeil éternel est affranchie; elle peut épouser qui elle voudra, pourvu que ce soit au nom du Seigneur; mais elle sera plus heureuse si, suivant mon conseil, elle reste veuve, » Ce n’est pas seulement un second mariage qu’il accorde aux femmes; il ne leur assigne pas de limites : dès que
si etiam universa revolvamus Apostoli dicta, nunquam eum reperiemus secunda matrimonia nisi feminis indulsisse. Sed viros maxime ad continentiam exhortans, ait: « circumcisus aliquis vocatus est? non adducat præputinm. » Et iterum : « solntus es ab uxore ? noli quærere uxorem. » Quum Moyses tamen viris magis quam feminis indulgens uni viro plures simul feminas, non uni feminæ plures viros concedat, et districtins adnlteria feminarum quam virorum puniat. « Mulier, inquit Apostolus, si mortuus fuerit vir ejus, liberata est a lege viri, ut non sit adultera , si fuerit cnm alio viro. » Et alibi : « dico autem non nuptis et viduis : bonum est illis, si sic permaneant sicut et ego. Quod si non se continent, nubant. Melius est enim nubere quam uri. Et iterum : « mulier, si dormierit vir ejus, liberata est. Gui vult nubat, tantum in Domino. Beatior autem erit si sic permanserit secundum consilium meum. » Non secunda tantum matrimonia infirmo sexui concedit, verum etiam ea nullo
celui qu'elles ont épousé est endormi du sommeil éternel, il les autorise à en épouser un autre. Il ne fixe pas le nombre de leurs mariages, pourvu qü'elles évilent la fornication. Qu'elles se marient plusieurs fois plutôt que de forniquer une seule fois, de peur qu'après s’être livrées à un, elles ne payent à beaucoup d’autres la dette du commerce de la chair. Le payement de cette dette, même dans le mariage, n’est jamais complétement pur de péché ; mais on tolère les moindres péchés pour éviter les plus grands. Qu’y a-t-il donc d’étonnant que, pour ne pas exposer au péché, on accorde une chose qui n’en renferme aucun, c'est-à-dire qu’on permette, en fait d'aliments, tout le nécessaire, à la seule exclusion du superflu ? Car, je le répète, il n’y a point de mal à manger; le mal est dans la gourmandise, c'est-à-dire qu’il consiste à vouloir ce qui n'est pas permis, à désirer ce qui est interdit, à prendre sans pudeur, comme il arrive parfois, ce qui peut causer un très-grand scandale.
Parmi les aliments des hommes, en est-il un d’aussi dangereux, d'aussi contraire à nos vœux et au repos de la sainteté, que le vin? Aussi le plus grand des sages nous détourne-t-il avec grand soin d’en user. « Le vin, dit-il, est une source
concludere audet numero, sed quum dormierint earum viri, nubere aliis permittit. Nullum matrimoniis earum præfigit namerum , dummodo fornicationis evadant reitum. Sæpius magis nubant quam semel fornicentur : ne si uni prostituantur , multis carnalis commercii debitum solvant. Quæ tamen dehiti solutio non est penitus immunis a peccato, sed indulgentur minora, ut majora viteatur peccata. Quid igitur mirum si id, in quo nullum est omnino, conceditur ne peccatum iucurrant, hoc est alimenta quælibet necessaria, non superflna? Non est enim, nt dictum est, cibus in vitio, sed appetitus : quum videlicet libet quod non licet, et concupiscitur quod interdictum est, et nonnunquam inpudenter sumitur, unde maximum scandalum generatur. Quid vero inter universa hominum aliment: tam pericnlosum est, vel damnosum, et religioni nostræ vel sanctæ quieti contrarium, quantum vinum ? Quod maximus ille sapientium diligenter attendens, ab hoc maxime nos dehortatur dicens : « lnxu-
d’intempérance ; l’ivrognerie est la mère du désordre. Quiconque se plaît à boire n’est pas sage. À qui malheur? au père de qui malheur ? à qui les querelles? pour qui les précipices ? pour qui les blessures sans sujet? pour qui les yeux battus? si ce n’est pour ceux qui s’attardent à boire et qui font étude de vider les coupes? Ne regardez pas le vin et ses reflets d’or quand son éclat resplendit dans le cristal. Il entre en caressant, mais il finit par mordre comme la couleuvre; semblable au basilic, il répand le poison. Vos yeux verront des bluettes, votre cœur parlera à tort et à travers. Et vous serez comme un homme endormi en pleine mer, comme un pilote assoupi qui a lâché le gouvernail, et vous direz : « ils m'ont accablé de coups, et je ne m'en suis pas aperçu; ils m'ont traïné, et je ne l'ai point senti. Et vous répéterez : quand me réveillerai-je et trouverai-je encore du vin?» Et ailleurs : « ne donnez pas, non, ne donnez pas du vin aux rois, Lamuel ; où règne l'ivresse, il n’y a plus de secret : le vin pourrait leur faire oublier la justice, et ils trahiraient la cause des enfants du pauvre. » Et dans l’Ecclésiaste : « l’ouvrier adonné au vin ne deviendra jamais riche; celui qui néglige les petites choses, tombera peu à peu. Le vin et les femmes font apostasier les sages et condamner les gens sensés. »
riosa res vinum, et tumultnosa ebrietas. Quicnnque his delectatur non erit sapiens. Gui væ, cujus patri væ, cui rixæ, cui foveæ, cui sine causa vulnera, cui suffosio oculorum ? nonne his qui morantur in vino, et student calicibus epotandis ? Ne intnearis vinum quando flavescit, quum splenduerit in vitro color ejus. Ingreditur blande, sed in novissimo mordebit ut coluber, et sicut regulus venena diffnndet. Ocnli tui videbunt extraneas, et cor tuum loquetur perversa, et eris sicut dormiens in medio mari, et quasi sopitus gubernator amisso clavo, et dices : verberaverunt me et non dolui; traxerunt me, et ego non sensi. Quando evigilabo, » rursus, « et vina reperiam ? » Item : « noli regibus, o Lamuel, noli regibus dare vinum , quia nullum secretum est ubi regnat ebrietas; ne forte bibant et obliviscantur judiciorum, et mittant causam fliorum panperis. » Et in Ecclesiastico scriptum est : « operarius ebriosus noa locupletabitur, et qui spernit modica paulatim decidet, Vinum et mulieres
Le prophète Isaïe, passant sur tous les autres aliments, signale seulement le vin comme une des causes de la captivité du peuple. « Malheur, dit-il, à vous qui vous levez dès le matin pour vous livrer à l'ivresse et pour boire jusqu’au soir, jusqu'à ce que le vin vous ait fait perdre le sens! Le luth et la harpe, le tambour , la flûte et le vin, voilà ce qui règne à vos tables, et vous ne songez pas à l’œuvre de Dieu; c'est pour cela que mon peuple a été conduit en captivité, parce qu'il n’a pas eu l'intelligence. Malheur à vous qui êtes puissants à boire et vaillants à vous enivrer! » Du peuple il étend ses reproches jusque sur les prêtres et les prophètes. « Eux aussi, dit-il, ils sont tellement aveuglés par le vin qu'ils ne se connaissent plus : l'ivresse les fait trébucher. Le prêtre et le prophète, dans leur ivresse, ne se connaissent plus; ils sont pris de vin, ils trébuchent, ils n’ont pas connu la prophétie, ils ont ignoré le jugement; toutes les tables sont souillées des traces de leurs dégoütantes orgies ; il n’y a pas une place propre. A qui le Seigneur enseignera-t-il sa loi? à qui donnera-t-il l'intelligence de sa parole? » Car il dit , par la bouche de Joël : réveillez- vous, ivrognes, et pleurez, vous qui buvez par plaisir. » Il ne défend
apostatare faciunt sapientes, et arguunt sensatos. » Isaias quoque universos præteriens cibos, solum in causam cantivitatis populi commemorat vinum, « Væ, inquit, qui consurgitis mane ad ebrietatem sectandam et potandum usque ad vesperam, ut vino æstuetis. Cithara et lyra et tympanum et tibia et viaum in conviviis vestris, et opus Domini non respicitis. Propterea captivus ductus #st populus meus, quia non habuit scientiam. Væ qui potentes estis ad bibendum vinum, et viri fortes ad miscendam ebrietatem. » Qui etiam de populo usque ad sacerdotes et prophetas querimoniam extendens , ait !: « verum ii quoque præ vino nescierunt, et præ ebrietate erraverunt. Sacerdos et prophelæ nescierunt præ ebrietate, absorpti sunt à vino, erraverunt in ebrietate, nescierunt videntem, ignoraverunt judicium. Omnes enim mensæ repletæ sunt vomi: tus sordiumque, ita ut non esset ultra locus. Quem docebit scientiam, et quem intelligere faciet auditum?» Dominus per Joel dicit : « Expergiscimini ebrii, et flete qui bibitis vinum in dulcedine. » Non enim uti prohibet vino in neces-
pas, en effet, de boire par besoin, ainsi que l’Apôtre le conseille à Timothée , « à cause des faiblesses fréquentes de son estomac. » Remarquez toutefois qu'il ne dit pas seulement faibles” ses, mais faiblesses fréquentes.
Noé, qui le premier planta la vigne, ignorait encore, sans doute, le mal de l’ivrognerie, et, s'étant enivré, il découvrit son corps : la honte de la luxure est attachée à l'ivresse. Un de ses fils s'étant raillé de lui s’attira sa malédiction, et il fut réduit en servitude; ce qui n'avait jamais encore élé fait auparavant , que nous sachions. Les filles de Loth avaient bien prévu que ce.saint homme ne pourrait être entraîné à un inceste que par l'ivresse. La bienheureuse veuve Judith savait bien qu'elle ne pouvait tromper et abattre que par ce moyen le superbe Holopherne. Nous lisons que, lorsque les anges apparurent aux anciens patriarches, qui leur donnèrent l'hospitalité, ils firent usage de viande, mais non de vin. Les corbeaux qui, matin et soir, portaient au grand Élie, notre chef, caché dans la solitude, du pain et de la viande pour se nourrir, ne lui portaient pas de vin. LL
Le peuple d’Israëél, qui, dans le désert, se nourrissait de la chair si délicate des cailles, n'avait pas de vin, et nous ne
sitate, sicut Apostolus inde Timotheo consulit : « propter stomachi frequentes infirmitates ; » non tantum infirmitates, sed frequentes. Noe primus vineam plantavit, nesciens adhuc fortassis ebrietatis malum, et inebriatus femora denudavit; quia vino conjuncta est luxuriæ turpitudo. Qui etiam snperirrisus a filio maledictionem in eum intorsit, et servitutis sententia illum obligavit : quæ antea nequaguam facta esse cognovimus. Loth virum sanctuin ad incestum
nullateous trahi nisi per ebrietatem filiæ ipsius providerunt. Et beata vidua
superbum Holophernum non nisi hac arte illudi posse et prosterni credidit. Angelos autiquis patribus apparentes, et ab eis hospitio susceptos , caruibus, nou vino, usos esse legimus. Et maximo illi et primo principi nostro Eliæ in solitudinem latenti corvi mane et vespere panis et carnium alimoniam, non vini ministrabant. Populus etiam Jsraeliticus delicatissimis in heremo cibis maxime coturnicum educatus, nec vino usus fuisse, nec ipsum appetiisse le-
LETTRE HUITIÈME JS5 lisons pas qu'il en ait même jamais désiré. C'est avec des pains et des poissons que Jésus-Christ nourrit le peuple et répara ses forces dans le désert : il n’avait pas de vin. C’est seulement aux noces, pour lesquelles on se relâche de la règle, que fut accompli le miracle du vin, source de la luxure. Mais le désert, qui est la demeure propre des moines, a connu le don de la chair plutôt que celui du vin.
C'était un point essentiel de la loi des Nazaréens , que ceux qui se consacraient au Seigneur évitaient le vin et tout ce qui peut enivrer. Est-il, en effet, une vertu, est-il une qualité que les ivrognes puissent conserver ? Aussi lisons-nous que le vin et tout ce qui peut enivrer était interdit aux prêtres de l’ancienne loi. Voilà pourquoi saint Jérôme, écrivant à Népotien sur la conduite des clercs, s’indigne si vivement de ce que les prêtres de l’ancienne loi, s’abstenant de tout ce qui peut enivrer, élaient par là supérieurs à ceux de la nouvelle. « Ne sentez jamais le vin, » dit-il, « de peur qu’on ne vous applique ce mot du philosophe : ce n’est pas tendre la joue, c’est présenter le COTPS. »
L’Apôtre condamne donc les prêtres adonnés au vin , et l’ancienne loi en interdit l’usage : « ceux qui sont attachés au ser-
gitur. Et refectiones illæ panum et piscium, quibus in solitudine populus sustentabatur, vinum nequaquam habuisse referuntur. Solummodo nuptiæ quæ indulgentiam habent incontinentiæ vini, in quo est luxuria, miraculum habuerunt. Solitudo vero, quæ propria est monachorum habitatio, carnium magis quam vini beneficium novit. Summa etiam illa in lege, Nazaræorum religio, qua se Domino consecrant, vinum et quod inebriare potest solummodo vitabat. Quæ& namque virtus, quod bonum in ebriis manet? Unde non solum vinum, verumetiam omne quod inebriare potest antiquis quoque sacerdotibus legimus interdici. De quo Hieronymus ad Nepotianum, de vita clericorum scribens, et graviter indignans, quod sacerdotes legis ab omni quod inebriare porest abstinentes nostros in hac abstinentia superent. « Nequaquam, inquit, vinum redoleas, ne audias illud philosophi : « hoc nou est osculum porrigere, sed « propinare. » -Vinolentos sacerdotes et Apostolus damnat, et lex vetns
vice de l'autel ne boiront jamais de vin ni de bière, » dit-elle. — Par bière, en langue hébraïque, on entend toute boisson qui peut enivrer, qu’elle soit le résultat de la fermentation de la levüre, du jus de la pomme ou du miel cuit, qu'elle soit tirée du suc des herbes, des fruits du palmier et des fraises , qui, étendues dans l’eau ou passées au feu, donnent une liqueur douce et onctueuse. — « Tout ce qui peut enivrer et ébranler la raison, fuyez-le à l'égal du vin. » D'après la règle de saint Pacôme, nul, à l'exception des malades, ne doit toucher au vin ou à une liqueur quelconque. Qui de vous ignore que le vin ne convient nullement aux moines, et que jadis les religieux l’avaient en telle horreur que, pour s’en détourner, ils l’appelaient Satan. Aussi , lisons-nous dans les Vies des Pères : « quelqu'un rapporta un jour à l’abbé Pasteur qu’un certain moine ne buvait pas de vin, et il leur dit : le vin ne convient nullement aux moines. » Et quelques lignes plus bas : « un jour qu’on célébrait des messes dans le monastère de l’abbé saint Antoine, on trouva un vase rempli de vin; un des vieillards en versa dans une coupe qu'il porta à l'abbé Sisoï et qu'il lui offrit; l’abbé Sisoï but; on lui offrit une seconde coupe, il but encore. Mais lors-
prohibet : « qui altario deserviunt, vinum et siceram non bibent. » — Sicera hebræo sermone omnis potio nuncupatur, quæ inebriare potest, sive illa quæ fermento conficitur, sive pomorum .succo, aut favi decoquuntur in dulcem et herbarum potionem, aut palmarum fructus exprimuntur in liquorem, coctisque frugibus aqua pinguior coloratur.— « Quidquid inebriat et statnm mentis ever= tit, fuge similiter ut vinum. » Ex regula sancti Pacomii, vinum et liquamen absque loco ægrotantium nullus attingat. Quis etiam vestrum non audierit vinum monachoram penitus non esse, et in tantum olim a monachis abhorreri, ut ab ipso vehementer dehortantes ipsum Satanam appellarent? Unde in Vitis Patrum scriptum legimus : « narraverünt quidam abbati Pastori de quodam monacho quia non bibebat vinum, et dixit eis : « quia vinum monachorum « omnino non est. » Item post aliqna : « facta est aliquando celebratio missarum in monte abbatis Antonii, et inventum est ibi cenidium vini, et tollens unus de senibus parvum vas, calicem portavit ad abbatem Sysoi, et dedit ei,
qu'on lui en offrit une troisième, il refusa, disant : assez, frère, ne savez-vous pas que c'est Satan qui est là-dedans? » Et ailleurs encore , au sujet de l’abbé Sisoï : « le vieillard dit à ses disciples, qui lui demandaient si ce ne serait pas beaucoup boire, un jour de sabbat ou le dimanche, à l'église, que de boire trois coupes de vin : Non, si ce n’était pas Satan, ce ne serait pas beaucoup. » Saint Benoît n'avait pas oublié ce principe , lorsqu’il permettait le vin aux moines dans une certaine mesure, « Nous lisons bien, sans doute, dit-il, que le vin ne convient nullement aux moines ; mais c’est une chose qu’aujourd’hui il serait difficile de leur persuader. »
I n’est donc pas étonnant que saint Jérôme, qui n’autorisait l’usage du vin pour les hommes qu'avec restriction, le défende absolument aux femmes dont la nature est plus faible, bien qu’elle résiste mieux à l'ivresse. En effet, dans les règles de conduite qu'il donne à la vierge Eustochie pour conserver sa virginité, il lui tient ce chaleureux langage : « si je suis capable de donner quelque conseil, et si l'expérience mérite confiance, voici le premier avis, la première prière que j’adresse à une épouse du Christ : qu’elle fuie le vin comme un poison. Ce sont les pre-
et bibit semel, et secundo et accepit et bibit. Obtulit ei etiam tertio, sed non accepit, dicens : « quiesce, frater, an nescis quia est Satanas ? » Et iterum de abbate Sysoi : « Dicit ergo Abraham discipulis ejus, si occurritur in sabbato et dominica ad ecclesiam, et biberit tres calices, ne multo est ? Et dixit senex : « Si non esset Satanas, non esset multum. » Hinc et beatus non immemor Benedictus, quum dispensatione quadam monachis vinum indulgeret, ait : « licet legamus vinum monachorum omnino non esse, sed quia nostris temporibus id monachis penitus persuaderi non potest. » Quid enim mirum si monachis penitus non sit indulgendum, quod feminis quoque, quarum in se est natura debilior, et tamen contra vinum fortior, ipsum omnino beatus interdicit Hieronymus? Hic enim Eustochium virginem (CGhristi de conservanda instruens virginitate, vehementer adhortatur, dicens : « si quid itaque in me potest esse consilii, si experto creditur, hoc primum moneo et obtestor, ut sponsa Ghristi vinum fugiat pro veneno. Hæc adversus adolescentiam prima sunt arma dæ-
mières armes des démons contre la jeunesse, La cupidité ébranle moins profondément, l'orgueil rend moins superbe, l'ambition a moins d’attraits. Nous nous débarrassons aisément des autres vices : celui-ci est un ennemi enfermé au cœur de la place ; partout où nous allons, nous le portons avec nous, Vin et jeu- nesse, double foyer de volupté. Pourquoi jeter de l'huile sur le feu ? Pourquoi alimenter un brasier ardent? » Cependant les expériences de la physique ont démontré que le vin a moins de prise sur les femmes que sur les hommes. Et Théodore Macrobe en donne la raison dans son livre des Saturnales, quand il dit : « selon Aristote, les femmes s'enivrent rarement, les hommes souvent. La femme a le corps très-humide; ce qui le prouve, c’est le poli et l'éclat de sa peau; ce qui le prouve surtout, ce sont les purgations qui la débarrassent périodiquement d'un excès d'humeur. Lors donc que le vin qu'elle a bu tombe dans ce large courant d'humeur, il perd sa force, ses vapeurs s’éteignent et ne montent plus au cerveau. » Et encore : « le corps de la femme, purifié par de fréquentes purgations, est un tissu rempli de pores qui facilitent l'écoulement, et qui offrent un passage à l'humeur qui s’amasse et Cherche à
monum. Non sic avaritia quatit, inflat superbia, delectat ambitio. Facile aliis caremus vitiis. Hic hostis intus inclusus est. Quocunque pergamus, nobiscam portamus inimicum. Vinum et adolescentia duplex incendium voluptatis. Quid oleum flammæ adjicimu:” Quid ardenti corpusculo fomenta ignium ministramus ? » Constat tamen ex eorum documentis qui de physica scripserunt, multo minus feminis quam viris virtutem vini prævalere posse. Gujus quidem rei rationem inducens Macrobius Theodosius IV Saturnaliorum libro sic ait: « Aristoteles : mulieres, iuquit, raro inebriantur, crebro senes. Mulier humectissimo est corpore. Docet hoc et levitas cutis et splendor, docent præcipne assidnæ purgationes, superfluo exonerantes corpus humore. Quum ergo epotum vinnm io tam largum ceciderit humorem, vim suam perdit, nec facile cerebri sedem ferit, fortitudine ejus extincta. » Item : « muliebre corpus crebris purgationibusdepuratun, pluribns consertam foraminibus, ut pateat in meatus, et vias præ-
sortir. C’est par ces pores que la vapeur du vin s’évapore en un instant. »
Pourquoi donc tolérer chez les religieux ce qu'on refuse aux religieuses ? Quelle folie d'autoriser l'usage du vin chez ceux auxquels il peut faire le plus de mal, et de l’interdire aux autres? Quoi de plus insensé que de ne pas inspirer à des religieux l'horreur d’une chose qui est , plus que toute autre, opposée à l'esprit de religion , et capable d’éloigner de Dieu? Quoi de plus imprudent que de ne pas exiger de s'abstenir, pour la perfection chrétienne , de ce qui est interdit aux rois et aux prêtres de l'ancienne loi, que dis-je? d’y laisser trouver les plus grandes délices ? Qui ne sait, en effet, quel soin les clercs et les moines d'aujourd'hui mettent à remplir leurs celliers de toute espèce de vins , à y mêler des plantes, du miel et d’autres ingrédients qui les enivrent d’autant plus aisément que le mélange est plus agréable, et qui les excitent d'autant plus à la luxure qu’ils les échauffent davantage? Ah! c’est plus qu'une erreur, c'est du délire, que ceux qui ont fait vœu de continence ne fassent rien pour observer ce vœu, que dis-je? fassent tout pour le rompre. Leurs corps sont retenus dans les cloitres, mais leur
beat humori in egestionis exitum conflnenti. Per hæc foramina vapor vini celeriter evanescit. » Qua igitur ratione id monachis indulgetur, quod infirmiori sexui denegatur? Quanta et insania id eis concedere , quibus amplius potest nocere , et aliis negare ? Quid denique stultius, id quod religioni magis est contrarinm, et a Deo plurimum facit apostatare, religionem non abhorrere ? Quid impudentius, quam id quod regibus quoque et sacerdotibus legis interdicitur, christianæ perfectionis abstinentiam non vitare, imo in hoc maxime delectari ? Quis namque ignoret quantum in hoc tempore clericorum præcipne vel monachorum studium cirea cellaria versetur , ut ea scilic:t diversis generibus vini repleant; herbis illud, melle, et speciebus condiant, ut tanto facilius se inebriant, quanto delectabilius potent ; et tanto se magis ad libidinem incitent, quanto amplius vino æstnent? Quis hic non tam error quam furor, ut qui se maxime per professionem €.ntinentiæ obligant, minus ad conservandum votum . se præparent, imo nt minime custodiri possit efficiant? Quorum profecto si
cœur est plein de libertinage; leur âme brûle de toutes les ardeurs de la furnication. « Ne buvez pas encore d’eau, mais prenez un peu de vin, à cause des faiblesses fréquentes de votre estomac, » écrivait l’Apôtre à Timothée. C'est à cause de sa délicatesse qu’un peu de vin lui est permis : il est clair qu’en santé il n’en prendrait point. Si nous faisons vœu de vivre suivant la règle apostolique, si nous nous engageons particulièrement à faire pénitence, si nous voulons fuir le siècle, pourquoi faire nos plus grandes délices de ce qui est particulièrement contraire à notre dessein et de ce qu’il y a de plus délectable dans tous les aliments? Saint Ambroise, ee grand peintre de la pénitence, ne blâme que le vin dans la nourriture des pénitents. « Est-il croyable, dit-il, qu’on fasse pénitence, quand on a l'ambition des honneurs, quand on use et abuse du vin, quand on se donne les jouissances du mariage ? IL faut renoncer au siècle. Il m’a été plus facile de trouver des hommes ayant conservé leur innocence, que des hommes faisant pénitence comme il faut. » Et ailleurs , dans le livre sur la Fuite du siècle : « vous le fuyez bien, dit-il, si vos yeux évitent les coupes et les bouteilles, de peur de prendre le goût de la luxure en s’arrêtant sur le
claustris retinentur corpora, corda libidine plena sunt, et in fornicationem inardescit aninus. Scribens ad Timotheum Anostolus : « noli, inquit, adhuc aquam bibere, sed vino modico utere propter stomachum tnum et frequentes infirmitates tuas, » Gui propter infirmitatem conceditur vinum modicum, constat utique quia sanus sumerei nullum. Si vitam profilemur Apostolicam, et præcipue formam vovemus pœnitentiæ, et fugere seculum proponimus, cur eo maxime delectamur, quod proposito nostro maxime adversari videmus, et universis est alimentis delectabilius ? Diligeus pœnitentiæ descriptor beatus Ambrosius nihil in victu pœnitentium præter vinumn accusat, dicens : « An quisquam putat illam pœnitentiam ubi acquirendæ ambitio dignitatis, ubi vini effusio, ubi ipsius copulæ conjugalis nsus ? Renuntiandum seculo est. Facilius inveni qui innocentiam servaverint, quam qui congrue pœnitentiam egerint, » Item in libro de Fuga Seculi : « bene, inquit, fugis, si oculus tuus fugiat calices, et phialas, ne fiat libidinosus, dum moratur in vino. » Solum de om-
vin. » Parmi les aliments à éviter, il ne cite, dans son ouvrage, que le vin : fuir le vin, c'est assez, il l’affirme, pour fuir le siècle ; il semble, à son sens, que toutes les voluptés du siècle dépendent du vin. Et il ne dit pas : si votre bouche évite de le goûter; mais : si vos yeux évitent de le voir ; de peur qu'à force de le regarder , les attraits de la débauche et de la volupté ne vous saisissent. C’est aussi ce que Salomon veut dire dans le passage que j'ai cité plus haut : « ne regardez pas le vin et ses retlets d'or, quand son éclat resplendit dans le cristal. » Que dirons-nous donc , je vous prie, nous qui, pour qu’il nous fasse plaisir à boire comme à voir, y mêlons du miel, des plantes, toute espèce d'ingrédients, nous qui voulons boire encore par l'odorat ? |
Forcé de tolérer l'usage du vin, saint Benoît disait : « nous n’y consentons qu'à la condition expresse qu’on ne boira pas jusqu’à l'ivresse, mais avec mesure ; car le vin fait apostasier même les sages. » Plût à Dieu que nous en fussions à nous contenter de boire jusqu'à satiété, et que nous ne nous laissions pas aller, par une transgression plus grave, jusqu'à l’excès! Saint Augustin, dans sa règle pour les monastères qu’il avait établis,
nibus alimentis in Fuga Seculi vinum commemorat, et hoc vinum si fugianus, bene nos seculum fugere asserit, quasi omnes seculi voluptates ex hoc uno pendeant. Nec etiam dicit, si gula fugiat cjus gustum , verumetiam oculus visam, ne libidine et voluptate ipsius capiatur, quod frequenter intuetur. Unde et illud est Salomonis quod supra meminimus : « ne intueamur vinum quando flavescit, quum splenduerit in vitro color ejus. » Sed quid et hic, quæso, dicemus, qui ut tam gustu ejus quam visu oblectemur, quum illud melle, herbis, vel speciebus diversis condierimus , phialis etiam ipsum propinari volumus ? Beatus Benedictus vini coactus indulgentiam faciens : « saltem vel hoc, inquit, consentiamus, non usque ad satietatem bibamus, sed parcius : quia vinum apostatare facit etiam sapientes. » O utinam usque ad satietatem bibere sufficeret, ne majoris rei transgressionis ad superfluitatem efferremnr ! Beatus etiam Augustinus monasteria ordinans clericorum, et eis regulam scribens :
dit : « le samedi seulement et le dimanche, selon la coutume, on donnera du vin à ceux qui en voudront. » C'était autant par respect pour le dimanche et pour les vigiles du dimanche, qui ont lieu le samedi, que parce que les frères ; dispersés d’ordinaire dans leurs cellules , Se réunissaient ce jour-là, ainsi que saint Jérôme le rappelle dans la Vie des Pêéres, où il dit en parlant d’un monastère qu’il appelle la Celle : « chacun reste dans sa cellule; le samedi et le dimanche seulement, on se rassemble à l'église, et là, tous se rangent comme réunis dans le ciel. » Voilà pourquoi c'était une tolérance convenable que celle qui procurait quelque plaisir à la communauté réunie, alors que les frères sentaient plus qu'ils ne disaient «combien c’est chose bonne et douce d'habiter sous le même toit! » |
Actuellement, si nous nous abstenons de viande, est-ce un si grand mérite, quand nos tables sont chargées d’une quantité superflue d’autres aliments? nous achetons à grands frais toute espèce de poissons; nous mélangeons les saveurs du poivre et des épices ; gorgés de vin, nous y ajoutons encore des boissons et des liqueurs fortes : l'excuse de tout cela, c’est l'abstinence des
« Sabbato tantum et Dominica, sicut consuetudo est, qni volunt, vinum accipiant ; » tum videlicet pro reverentia Dominicæ diei et ipsius vigiliæ, quæ est Sabbatnm, tum etiam quia tunc dispersi per cellulas fratres congregabantur. Sicat et in Vitis Patrim beatus commemorat Hieronymus, scribens de Joco quem Cella nominavit, his verbis : « singuli per cellulas manent, Die tamen Sabbati et Dominica in unum ad cc:lesiam coeunt, et ibi semetipsos invicem tanquam cælo redditos vident. » Ünde profecto conveniens erat hæc indulgentia, ut insimul convenivnles aliqua recreatione conganderent, non tam dicentes quam sentientes : « ecce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum. » Écce si à carnibus abstineamns, magnum quid nobis impu= tatur, quantacnnque superfluitate ceteris vescamur. Si multis expensis diversa piscium fercula comparemus, si piperis et specierum sapores misceanus, si quum inebriati mero fuerimus, calices herbatorum et phialas pigmentorum superaddamus, totunm id excusat vilium abstinentia carnium, dummodo eas pu-
viandes à vil prix, abstinence devant le monde, encore : comme si c'était la qualité et non la superfluité des aliments qui faisait la faute! Ce que Dieu nous défend, c’est la gourmandise.et l'ivrognerie, c'est-à-dire la supérfluité, et non la qualité de la nourriture et du vin.
Aussi saint Augustin ne craint-il dans la nourriture que le vin, et ne fait-il aucune distinction d'aliments; il lui suffit qu’on s'abstienne de vin, ainsi qu'il le recommande en peu de ‘mots. « Domptez votre chair par le jeûne et par l’abstinence dans le boire et le manger, dit-il, autant que votre santé vous le permettra. » I] avait lu, si je ne me trompe, ce passage des Exhortations de saint Athanase aux moines : « pour les jeûnes aussi, on ne doit pas les mesurer à la volonté, mais à la possibilité, qui s'étend en raison de l'effort. Que les jeûnes aient lieu tous les jours, sauf le dimanche ; qu'ils ne soient pas l'objet d'un vœu. » C'est comme s’il eût dit : si l’on a fait le vœu de jeûner, il faut le teniren tout temps, excepté le dimanche. Il n’assigne d’ailleurs aucune règle aux jeûnes : la mesure, pour chacun, c’est sa santé. « {ne regarde qu’à la force du tempérament, » est-il dits «il perinct à chacun de se fixer une règle, sachant qu’on ne pèche en
blice non voremus, quasi ciborum qualitas magis quam superfluitas in culpa sit : quum solam Dominus crapulam et ebrietatem nobis interdicat, hoc est cibi pariter et vini superflinitatem potius quam qualitatem. Quod et diligenter beatus attendens Augustinus, nihilque in alimentis præter vinum veritus, ec ullam ciborum qualitatem distinguens, hoc in abstinentia satis es:e credidit quod breviter expressit : « carnem, inquit, vestram domate jejuniis, et abstinentia escæ vel potns, quantum valetudo permittit. » Legerat, nisi fallor, illud beati Athanasii in exhortatione ad monachos : « jejuniorum quoque non sit volentibus certa mensura, sed in quantum possibilitas valet, nisi laborantis extensa : quæ præter Dominicam diem semper sint solemnia, non votiva sint. » Ac si diceret : si ex voto suscipiuntur, devote compleantur omni tempore, nisi in Dominicis diebus. Nulla hic jejunia præfignntur, sed quantum permittit valetudo. Dicitur enim : « solam naturæ facultatem inspicit et ipsam sibi modum præfgere permittit : sciens quoniam in nullis delinquitur, si modus in ormni-
rien, quand on observe la mesure en tout. » Il tient ce langage, sans doute, pour que nous ne nous laissions pas amollir par les voluptés, comme ce peuple nourri de la fleur du froment et du vin le plus pur, dont il est écrit : « ce peuple chéri s’est engraissé et s’est révolté. » Il ne veut pas non plus que nous macérions notre corps par des abstinences, qui, sous le poids de l'épreuve, pourraient nous faire succomber et perdre, par nos . murnfures, le fruit du sacrifice, ou éveiller notre orgueil. C'est l'excès que l’Ecclésiaste veut prévenir, quand il dit: « le juste périt dans sa justice. Ne soyez donc pas juste au delà de la mesure, ni sage plus qu’il ne faut; » c’est-àdire prenez garde de vous gonfler d’admiration pour votre vertu.
C'est à la sagesse, mère de toutes les vertus, de mesurer le poids des fardeaux ; de n’imposer à chacun que ce qu'il peut porter; de suivre la nature, non de la trainer; de ne jamais proscrire l'usage, mais seulement l'abus; de ne supprimer que le superflu en respectant le nécessaire; en un mot, de déraciner les vices sans blesser la nature. C'est assez, pour les faibles, d'éviter le péché : ils n’ont pas besoin d’atteindre la perfection. Il suffit d’avoir un coin dans le paradis pour
bus teneatur, » Ut videlicet nec remissius quam oportet voluptatibus resolvamur, sicut de populo medulla tritici et meracissimo vino educato scriptum est : « incrassatus est, dilatatus, et recalcitravit. » Nec supra modum abstinentia macerati vel omnino victi succumbamus, vel murmurantes mercedem amittamus, vel de singnlaritate gloriemur. Quod Ecclesiastes præveniens ait : « justus perit in sua justitia. Noliesse justus multum, neque plus sapias quam necesse est, ne obstupescas, » de tua quasi admirans singularitate intumescas. Huie vero diligentiæ sic omnium virtutum mater discretio præsit, ut quæ quibus imponat onera sollicite videat, unicuique scilicet secundum propriam virtutem, et naturam sequens potius quam trahens , nequaquam usum satietatis, sed abusum auferat superfluitatis; et sic extirpentur vitia nec lædatur natura. Satis est infirmis, si peccata vitent, et si non ad perfectionis camulum conscendart, Sufficit quoque paradisi angulo residere, si martyribus non possis
LETTRE HUITIÈME 395 ceux qui ne peuvent prendre place auprès des martyrs. Il est plus sûr de faire dés vœux mesurés , afin que la grâce, par ses effets, y puisse ajouter quelque chose. C'est pourquoi il est écril : « lorsque vous aurez fait tout ce qui est ordonné, dites : nous sommes des serviteurs inutiles; nous avons fait ce que nous devions. » — « La loi, dit l'Apôtre, produit la colère ; car où il n'y a point de loi, il n’y a point de prévarication. » Et ailleurs : « sans la loi, le péché était mort, et moi je vivais autrefois sans loi; mais, le commandement étant survenu, le péché est ressuscité, et moi je suis mort; et il s’est trouvé que le commandement, qui était fait pour me donner la vie, m’a donné la mort; car le péché, ayant pris occasion du commandement, m'a séduit et tué par ce commandement même; en sorte que le péché est devenu, par le commandement, une cause de péché. » Saint Augustin disait de même à Simplicien : « la défense a augmenté le désir , qui est devenu plus doux et par cela même nous a trompés. » Et dans le livre des Questions, question soixante-septième : « le charme du péché est plus entraînant et plus vif, lorsqu'il y a défense. »
Toujours nous tendons vers ce qui nous est interdit et nous désirons ce qu’on nous refuse.
considere. Tutum est vovere modica, ut majora debitis superaddat gratia. Hinc enim scriptum est : « quum feceritis omnia quæ præcepta sunt, dicite : servi inutiles sumus, quæ debuimus facerè fecimus. » — « Lex, inquit Apostolus, iram operatur. Ubi enim non est lex, nec prævaricatio. » Et iterum : « sine lege enim peccatum mortuum erat. Ego autem vivebam sine lege aliquando ; sed quum venisset mandatum, peccatum revixit. Ego autem mortuus sum, et inventum est mibi mandatum, quod erat ad vitam, hoc esse ad mortem. Nam peccatum, occasione accepta per mandatum, seduxit me, et per illud me ovcidit; ut fiat supra modum peccans peccatum per mandatum. » Augustinns a: Simplicianum : « ex prohibitione ancto desiderio dulcins factnm est, et ideo fefellit, » Idem in libro Quæstionum, quest. Lxvir : « suasio delectationis ad peccatum vehementior est quum adest prohibitio. »
Nitimur in vetitum semper cupimusque negala:
Que ces réflexions fassent donc trembler quiconque veut se soumettre au joug de quelque règle et s'engager dans les vœux | d’une loi nouvelle. Qu'il choisisse selon ses forces ; qu'il évite ce qui les dépasse. On n'est coupable envers la loi, que lorsqu'on a fait serment de lui obéir. Réfléchissez avant de vous engager ; une fois engagé, observez votre engagement. Avant, l'acte est volontaire; après, l’obéissance est nécessaire. « Dans la maison de mon Père, »a dit la Vérité, «il y a plusieurs demeures » Ainsi y a-t-il aussi plusieurs voies qui y conduisent. On n'est pas condamné par le mariage, seulement on est sauvé plus aisément par la virginité. Ce n'est pas pour nous sauver que les saints Pères ont institué des règles, mais pour que nous puissions faire plus facilement notre salut et nous consacrer plus pu-rement à Dieu. « Une ‘fille, dit l’Apôtre, ne pèche pas pour se marier; mais, mariée, elle souffrira dans sa chair des maux que je veux vous éviter. » Et encore : « une femme qui n’est point mariée et qui est vierge ne pense qu'aux choses du Seigneur, en sorte qu’elle est sainte de corps et d’âme ; mais celle qui est mariée pense aux choses de ce monde, elle cherche comment elle plaira à son mari. Je vousle dis donc dans votre intérêt, non pour vous tendre un piége; je vous le dis pour vous
Attendat cum tremore hæc quisquis se jugo alicujus regulæ quasi novæ legis professioni vult alligare. Eligat quod possit, timeat quod non possit. Nemo legis efficitur reus, nisi qui eam fuerit ante prdfessus. Antequam profitearis delibera. Quum professus fueris, observa. Ante est voluntarium quod postea sit neressarium. « In domo Patris mei, dicit Veritas, mansiones multæ sunt. » Sic etiam plurimæ sunt quibus illuc perveniatur viæ. Non damnantur conjuges, sed facilius salvantur continentes. Non ad hoc, ut salvaremur, sanctorum Patrum sunt additæ regalæ, sed ut facilius salvemur, et purius Deo vacare possimus. « Et si, inquit Apostolus, nupserit virgo, non peccavit : tribulationem tamen carnis babehunt hujusmodi. Ego autem vobis parco. » Item : « mulier quæ inoupta est et virgo cogitat quæ Domini sunt, ut sit sancta Corpore et spiritu. Quæ autem nupta est cogitat quæ sunt mundi, quomodo placeat viro. Purro hoc ad utilitatem vestram aœco, non nt laqueum vobis injiciam, sed ad
engager à ce qui est bien, à ce qui vous donnera la facilité de prier Dieu sans obstacle. »
Or, on n'est jamais plus libre de le faire, que lorsque, s’éloignant matériellement du monde, on se renferme dans les cloitres, de façon à ne plus être troublé par les bruits du siècle, Mais ce n’est pas seulement à celui qui se soumet à la loi, c'est à celui qui l’impose de prendre garde, en multipliant les commandements, de multiplier les péchés. En venant en ce monde, le Verbe de Dieu a abrégé la loi. Moïse l’avait dévelop-
pée, bien que, comme dit l’Apôlre, « ce ne soit pas la loi qui conduise à la perfection. » En effet, ses commandements étaient si nombreux et d'une observation si difficile, que l’apôtre Pierre déclare que personne n’a pu en soutenir le poids. « Mes frères, dit-il, pourquoi tenter Dieu en imposant sur la tête de vos disciples un joug que ni nos pères ni nous n’avons pu porter? Nous croyons que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ nous sauvera et CUX aussi. »
C’est en peu de mots que Jésus-Christ a prescrit à ses Apôtres les règles de la pureté des mœurs et de la sainteté de la vie, en peu de mots qu'il leur a enseigné la perfection. Écartant les préceptes austères et difficiles, il n'en a donné qué de doux et de
quod honestum est, et quod facultatem præbeat sine impedimento Deum observandi. » Tune vero facillime id agitur, quum a seculo corpore quoque recedentes, clausiris nos monasteriorum reclndimus, ne nos seculares inquietent tumultus. Nec solum qui legem suscipit, sed qui legem imponit, provideat ne, multiplicatispræceptis, transgressiones multiplicet. Verbum Dei veniens verbum abbreviatum fecit super terram. Multa Moyses locuntus est, et tamen , ut ait Apostolus, a nihil ad perfectum adduxit lex. » Multa profecto et in tantum gravia, ut apostolus Petrus ej1s præcepta neminem potuisse portare profiteatur, dicens : « viri fratres, quid tentatis Deum, imponere jugum super cervicem discipulorum , quod nec paires nostri neque nos portare potuimus? sed per gratiam Domini Jesu credimus salvari quemadmodum et illi. » Paucis Ghristus de ædificatione morum et sanctitate vitæ Apostolos instruxit, et perfectionem docuit. Austera removens et gravia, suavia præcepit et levia, quibus omnem
faciles, et il y a renfermé toute la religion. « Venez à moi, ditil, vous tous qui êtes fatigués et qui êtes chargés, et je vous réconforterai. Imposez-vous mon joug, apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes ; çar mon joug est doux et mon fardeau léger. »
En effet, il en est souvent des œuvres de sainteté comme des choses du siècle. Ce sont bien souvent ceux qui peinent le plus qui gagnent le moins ; de même, ce ne sont pas toujours ceux qui paraissent le plus éprouvés qui ont le plus de mérite devant Dieu : Dieu regarde les cœurs plutôt que les œuvres. Plus on est occupé aux choses du dehors, moins on peut vaquer au soin des choses du dedans ; d'autant que plus on est connu des hommes qui jugent sur les dehors, plus on acquiert de gloire parmi le monde, plus on se laisse égarer et epfler par l’orgueil, C’est pour prévenir cet égarement que l'Apôtre rabaisse grandement le mérite des œuvres ct augmente celui de la foi. « Si Abraham, dit-il, a été justifié par ses œuvres, il a de quoi se glorifier, mais non devant Dieu. En effet, que dit l’Écriture ? Abraham.crut en Dieu, et cela lui a été imputé à vertu. » Et encore : « que disons-nous donc? que les gentils, qui ne cher-
consummavit religionem : « Venite, inquit, ad me omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos. Tollite jugum meum super vos, et discite a me, quia mitis sum et humilis corde; et invenietis requiem animabus véstris. Jugum enim meum suave est, et onus meum leve. » Sic enim sæpë in operibus bonis, sicut in negotiis agitur seculi. Multi quippe in negotio plus laborant et winus lucrantur, et multi exterius amplius affliguntur, et minus interius apud Deun proficiunt, qui cordis potins quam operis inspector est. Qui etiam quo in exterioribus amplins oceupantur, minus ad interiora vacare possunt; êt quanto apud homiues, qui de exterioribus judicant, amplius innotescunt, ma= jorem gloriam apud eos assequuntur, et facilius per elationem seducuntur. Cui Apostolus occurrens errori, opera vehementer extenuat, et fidei justificationem amplificans ait: « si enim Abraham ex operibus justificatus est, habet sloriam, sed non apud Dominum. Quid enim dicit Scriptura ? « CGredidit Abraham Deo et reputatum est ei ad justitiam. » Et iterum : « quid ergo dici-
chaient point la justice, ont atteint la justice, cette Justice qui vient de la foi, tandis qu’Israël, en cherchant la loi de justice, n'est point parvenu à la loi de justice? Pourquoi? Parce que ce m'était pas par la foi, mais comme par les œuvres. » Ceux qui tiennent celte conduite ressemblent aux gens qui nettoient les dehors d’un plat ou d’un vase, mais qui ne s’occupent pas de la propreté de l’intérieur; plus occupés de la chair que de l'âme, ils sont plus charnels quespirituels. Pour nous, qui désirons que Jésus-Christ habite dans l’homme intérieur par la foi, nous faisons peu de cas des choses extérieures qui sont communes aux réprouvés comme aux élus, suivant ce qui est écrit : «j'ai en moi, Seigneur, tous les vœux et toutes les louanges que Je vous rendrai. » Aussi nesuivons-nous pas les préceptes d’abstinence extérieure de la loi, laquelle évidemment ne coutribue en rien à la vertu. Le Seigneur ne nous a rien interditen fait denourriture, mais seulement la gourmandiseet l'ivresse, c'est-àdire l’excès. Ce qu'il a toléré en nous, il n’a pas rougi de l’autoriser par son propre exemple, sans s'occuper de ceux qui se scandalisaient et s'emportaient en reproches. Ce qui lui a fait dire de luimême : « Jean est venu ne mangeant «ni ne buvant, et ils ont
mus, quod gentes quæ non sectabantur justitiam apprehenderunt justitiam ; justitiam autem, quæ ex fide est : Israel vero sectando legem justitiæ, in legem justitiæ non pervenit ? Quare ? Quia non ex fide, sed quasi ex operibus, » Illi quod catini est vel paropsidis de foris muudantes, de interiori munditia minus provident, et carni magis quam animæ vigilantes, carnales potius sunt quam spirituales. Nos vero Ghristum in interiori homine per fidem habitare cupientes, pro modico ducimus exteriora, quæ tam reprobis quam electis sunt communia, attendentes quod scriptuin est : « in me snnt, Deus, vota tua; quæ reddam laudaiiones tibi! » Unde et exteriorem illam legis abstinentiam non sequimur quam nihil jnstitiæ certum est conferre. Nec quidqnan ncbis in cibis Dominus interdicit, nisi crapulam et ebrietatem, id est superiluitatem. Qui etiam qüuod nobis iadulsit, in se ipso exhibere non erubuit : licet hinc multi scandalizati non mediocriter improperarent. Unde et per semetipsum loquens : « venit Joannes, inquit, non manducans et non bibens, et dixerunt : « Diæmonium
dit: ilest possédé du démon, Le Fils de l'homme est venu mangeant et buvant,et ils ont dit : voilà un gourmand, un ivrogne.»
Et même pour excuser ses disciples, qui ne jeûnaient pas comme
saint Jean, et qui, pour manger, ne se mettaient pas en peine de laver leurs mains, il dit : « les fiancés du Fils de l’homme ne peuvent prendre le deuil, tandis qu’il est fiancé avec eux. » Et ailleurs : «ce n’est pas ce qui entre dans la bouche de l'homme qui le souille, c’est ce qui en sort. Or, ce qui sort de la bouche vient du cœur, et voilà ce qui souille l'homme; mais de ne point se laver les mains pour manger, cela ne souille pas l’homme. »
Ce n’est donc pas la nourriture qui souille l'âme, c’est la convoitise de la nourriture défendue. Gar, ainsi que le corps ne peut être souillé que par des choses corporelles, l'âme ne peut être
souillée que par des choses spirituelles. Ce qui se passe dans
notre cerps n’est point à craindre, si l'âme n’y a point de part, et il n’y a pas à se glorifier de la pureté de son corps, lorsque l'âme est intentionnellement corrompue. C'est donc dans le cœur que réside tout entière la mort ou la vie de l'âme, Ce qui fait dire à Salomon, dans ses Proverbes : « gardez votre cœur avec toute la vigilance possible, car il est la source de la vie. » Suivant
a habet. » Venit Filius hominis manducans et bibens, et dixerunt : « ecce homo « vorax et potator vini. » Qui etiam suos excusans, quod non sicut discipuli Joannis jejunarent, nec etiam manducautes corporalem ïillam munditiam abluendarum manuum magnopere curarent : « non possunt, inquit, lugere filii sponsi, quandiun cum illis sponsus est, » Et alibi : « non quod intrat in os coinquinat hominem, sed quod procedit ex ore. Quæ autem procedunt de ore, de corde exeuut, et ea coinquinant hominem. Non lotis autem manibus manducare non coinquinat hominem. » Nullus itaque cibus inquinat animam, sed appetitns cibi vetiti. Sicut enim corpus non nisi corporalibus inquinatur sordibus, sic nec anima nisi spiritualibus. Nec timendum est quidquid agatur in corpore, si animus ad consensum non trahitur. Nec confidendum de munditia carnis, si mens voluntate corrumpitur, In corde igitur tota mors, animæ consistit et vita. Unde Salomon in Proverbiis : « omni custodia serva cor tuum, quoniam ex ipso vita procedit. » Et juxta prædictam Veritatis assertionem, ex
cette déclaration de la Vérité, c'est du cœur que sort ce qui souille l’homme, parce que l’âme se perd ou se sauve par ses bons ou ses mauvais désirs. Mais comme l'âme et le corps sont intimement unis dans la même personne, il faut bien prendre garde que le plaisir du corps n’entraïine le consentement de l’âme , et que, par trop d’indulgence pour la chair, la chair, abandonnée à elle-même, n'entre en lutte avec l'esprit et ne domine là où elle doit obéir. Or, nous éviterons ce danger si, comme je l’ai dit, donnant satisfaction à tous les besoins du corps, nous en retranchons le superflu, et si nous accordons au sexe le plus faible l’usage de toute nourriture, ne lui en interdisant que l'abus. Qu'il soit permis de manger de tout, mais qu'il ne soit permis de manger de rien avec excès. « Tout ce que Dieu a créé, dit l’Apôtre, est bon, et il ne faut rien rejeter de ce qui est reçu avec des actions de grâce; car la parole de Dieu et la prière le sanctifient. En donnant cette règle à vos frères, vous vous montrerez bon ministre de Jésus-Christ, nourri des paroles de la foi et de la bonne doctrine à laquelle vous vous êtes attaché. » Nous donc, suivant avec Timothée la doctrine de l’Apôtre, et, selon le précepte du Seigneur , n'évitant rien dans les aliments que la
corde procedunt quæ coinquinant hominem : quoniam bonis vel malis desideriis anima damnatur vel salvatur. Sed quoniam animæ et carnis in unam conjunctarum personam maxima est unio, sammopere providendum est ne carnis delectatio ad consensum animam trahat, et dum nimis indulgetur carni, ipsa lasciviens reluctetur spiritui, et quam oportet subjici incipiat dominari. Hoc autem cavere poterimus, si necessariis omnibus concessis, superfluitatem , ut sæpins dictum est, penitus amputemus, et intirmo sexui nullum ciborum usum, sed omnium denegemus abusum. Omnia concedantnr sumi, sed nulla immoderate consumi. « Omnis, inquit Apostolus, creatura Dei bona, ec nihil rejiciendum quod cum gratiarum actione percipitur. Sanclificatur enin per verbum Dei et orationem. Hoc proponeg8 fratribus, bonus eris minister Christi Jesu, enutritus verbis fidei, et bonæ doctrinæ quam asseculus es, » Lt nos igitur cum Timotheo hanc Apostoli insecuti doctrinam, et juxta dominicam sententiam nihil in cibis nisi crapulam et ebrietatem vitantes, sie omnia tem-
La
gourmandise et l’ivresse, usons de tous dans une mesure telle qu'ils servent à soutenir en nous la faiblesse de la nature, non à nourrir les vices. Portons surtout cette mesure dans l'usage de ceux qui, par leur superfluité, peuvent être les plus dangereux : il est plus grand et plus louable de manger sobrement que de jeûner tout à fait. Ce qui fait dire à saint Augustin dans son livre des liens du Mariage, là où il parle des aliments qui doivent soutenir le corps : « on n’use bien que des choses dont on peut se passer. Beaucoup, en effet, trouvent plus aisé de n'en pas user du tout, que d’en régler sagement l'usage ; il n’y a pas sagesse cependant là où il n’y a pas continence. ». C’est de cette mesure que saint Paul disait : « je sais supporter l’abondance et la privation. » Souffrir la privation, c'est affaire à tous les hommes; mais savoir souffrir la privation, est le trait des grands hommes. De même, il n’est personne qui ne puisse commencer à vivre dans l'abondance; mais savoir supporter l'abondance est le propre de ceux que l'abondance ne corrompt point. Quant au vin, qui, je le répète, est une source de luxure et de désordre, et qui, par là-même, est aussi contraire à la continence qu’au silence, ou bien les femmes s’en abstiendront abso-
peremus, ut ex omnibus infirmam naturam sustentemus , non vitia nutriamus, Et quo quæque amplius sua superfluitate possunt nocere, temperamenti magis accipiant. Majus quippe est ac laudabilius temperate comedere, quam omnino abstinere. Unde et beatus Augustinus in libro de Bono conjugali, quum de corporalibus ageret sustentamentis : « nequaquam, inquit, eis bene utitnr, ni$i qui et uti non potest. Multi quidem facilius se abstinent ut non utantur, quam temperant ut bene ntantur. Nemo tamen potest eis sapienter uti, nisi potest et continenter non nti. » Ex hoc habitu et Panlus dicebat : « scio et abundare et penuriam pati. » Penuriam quippe pati, quorumeunque hominum est : sed scire penuriam pati magnorum.est. Sic et abundare quisquam hominum incipere potest. Scire autem abundare non nisi eorum est, quos abundanlia non corrumpit. De vino itaque, quia, sicut dictum est, luxuriosa res est et tumultuosa, ideoque tam continentiæ quam silentio maxime contrarium, aut omnino feminæ abstineant propter Deum, sicut uxores gentilium ab hoc inhibentur
lument pour l'amour de Dieu, comme les femmes des gentils s’en abstenaient par la crainte des adultères; ou bien elles le tempéreront avec de l’eau, afin de pourvoir en même temps et à leur soif et à leur santé, sans se faire de mal; et il en sera ainsi, si le mélange contient au moins un quart d’eau. Le plus difficile est de se ménager de façon à ne pas boire jusqu'à la satiété, ainsi que le recommande saint Benoît. Aussi pensonsnous qu’il est plus sûr de ne pas interdire la satiété pour ne pas nous exposer à un autre danger; car ce n'est pas dans la satiété, je le répète, c’est dans la superfluité qu’est le mal. Quant à composer du vin avec des”plantes comme médicament, ou à prendre du vin pur, nous ne l’interdisons point; mais à la condition que les maladesseuls en goûtent, et que lacommunauté n’en use point.
Défense absolue de faire le pain avec du pur froment; lorsqu'on aura du froment, on y devra mêler au moins un tiers de farine plus grossière. Point de pain tendre; du pain qui soit cuit au moins de la veille. Quant aux autres aliments, la diaconesse y pourvoira ; c'est, comme je l'ai dit, en achetant les choses les moins chères et les plus faciles à se procurer, qu’elle
metu adulteriorunm; aut ita ipsum aqua temperent, ut et siti pariter et sanitati consulat, et vires nocendi non habeat. Hoc autem fieri credimus, si hujus mixturæ quarta pars ad minus aquæ fuerit. Difficillimnm vero estut adpositum nobis potum sie observemus, ut non usque ad satietatem inde bibamus, sicut de vino beatus præcipit Benedictus. Idcoque tutins arbitramur, nt nec satictatem interdicamns, ne inde periculum incurramus; non enim satietas, nt sæpe jam diximus, sed superfluitas in crimine est. Ut vero pro medicamento herbata vina conficiantur, aut etiam vinum purnm sumatur, non prohibendum est; quibus tamen conventus nunquam utatur, sed separatim ab infirmis hæc degnstentur. Triticeæ quoque medullæ similaginem omnino prohibemus, sed semper quum habuerint tritienm, tertia pars ad minus grossioris annonæ misceatur. Nec calidis unquam oblectentur panibus, sed qui ad minus uno die ante cocti fuerint. Cæterorum vero alimentorum providentiam sic habeat diaconissa, nt sicut jam præfati sumus, quod vilius poterit comparari, vel facilius haberi, in-
devra subvenir aux besoins de votre sexe. Quelle folie, en effet, d'acheter aux autres, quand ce qu’on à soi-même suffit? de chercher au dehors le superflu, quand on a chez soi le nécessaire? de se donner de la peiné pour avoir au delà du suffisant, quand on a le suffisant sous la main? |
Ces sages habitudes de mesure, ce sont moins les hommes que les anges, que dis-je? c’est Dieu lui-même qui nous les enseigne, et qui nous montre que ce qu’il faut pour cette vie de passage, ce n’est pas de rechercher la qualité des aliments, c’est de se contenter de ceux qu’on a près de soi. Les anges mangèrent des viandes qu’Abraham leur servit; c’est avec des poissons trouvés dans le désert que Jésus-Christ rassasia une multitude à jeun. Ce qui prouve clairement que l’usage de la chair ou du poisson n’a rien de répréhensible en soi, et qu’il faut prendre la nourriture qui est pure du péché, s'offre d'elle-même et est de l'apprêt le plus facile, du prix le moins coûteux. Sénèque, le plus grand des sectateurs de la pauvreté et de la continence, le plus éminent des prédicateurs de morale parmi les philosophes, disait : « notre but est de vivre selon la nature. Or, il est contre la na-
firmi sexus naturæ subveniat. Quid enim stultius quam, quum sufficiant nostra , emamus aliena? et quum sint domi nevessaria, quæramus extra superflua ? et quum sint ad manum quæ sufficiant, laboremus ad illa quæ superflaunt? De qua quidem necessaria discretionis moderatione non tam humano quam Angelico, seu etiam Dominico instructi documentn, noverimus ad hujus vitæ necessitudinem transigendam non tam qualilatem ciborum exquirere, quam his quæ præsto sunt contentos esse. Unde et Abraham carnibus apparatis Angeli vescuntur, et inventis in solitudine piscibus jejunam maultitudinem Dominus Jesus refecit. Ex quo videlicet manifeste docemur indifferenter tam carnium quam piscium esum non esse respuendum, et eym præcipue sumendum, qui et offensa peccati careat, et sponte se offerens faciliorem habeat apparatum, et m:norem exigat expensam. Unde et Seneca maximus ille paupertatis et continentiæ sectalor, et summus inter universos pbilosophos morum ædificator : « provositum, inquit, nostrum est secundnm naturam vivere. Hoc contra naturam
ture de tourmenter son corps, de fuir la propreté qui ne coûte rien, dé se plaire dans la saleté, d’user d'une nourriture, non grossière, mais dégoûtante. Et si chercher les choses délicates est le propre de la mollesse, c'est folie de se priver de celles dont tout le monde use et qui coûtent peu. La philosophie exige qu'on soit sobre, non qu’on se martyrise. Il peut y avoir une sage frugalité ; c'est celte mesure qui me plaît. » C'est ce qui fait aussi que saint Grégoire, dans son trentième livre des Morales, pour montrer que les hommes pèchent moins par la qualité des aliments que par celle des sentiments, distingue ainsi les tentations de la gourmandise : « tantôt elle cherche les aliments les plus délicats ; tantôt elle prendra la première chose venue, mais à la condition que la préparation en soit tout particulièrement soignée. C’est quelquefois ce qu'il y a de plus grossier qu’elle désire, et cependant par la violence même de ce désir, elle pèche encore. »
Le peuple tiré d'Égypte succomba dans le désert parce que, au mépris de la manne, il demanda des viandes qu'il croyait plus délicates. Esaü perdit la gloire de son droit d’ainesse, pour avoir ardemment désiré une nourriture grossière, un plat de lentilles.
est, torquere corpus suum , et faciles odisse munditias, et squalorem appctere, et cibis non tantum vilibus nti, sed tetris et horridis. Quemadmodum desiderare delicatas res luxuriæ est, ita et usilatas et non magno parabiles fugere ‘dementiæ. Frugalitatem exigit philosophia , non pœnam. Potest tamen esse non incomposita frugalitas. Hic mihi modus placet, » Unde et Gregorius Moralium libro XXX, quum ipsis hominum moribus non tam ciborum quam animorum qualitatem attendendam esse doceret, ac gulæ tentationes distinguere : « aliquando, inqnit, cibos lautiores quærit, aliquando quælibet sumenda prxparari accuratins appetit. Nonnunquam vero et abjectius est quod desiderat, et tamen ipso æstu immensi desiderii peccat. » Ex Ægypto populus eductus in heremo occubuit, quia despecto manna cibos carnium peliit, quos launtiores putavit. Et primogeniiorum gloriam Esau amisit, quia maguo æstu desiderii vilem cibun, id est lenticulam concupivit, quam dum vendendis etiam primogenitis
En vendant à ce prix son droit d’aînesse, il a trahi la violence de sa convoitise. Ce n’est pas dans la nourriture, c’est dans la convoitise qu'est le péché. Aussi pouvons-nous bien souvent manger les mets les plus délicats sans péché, tandis qu'il en est de grossiers auxquels nous ne pouvons toucher sans que notre conscience nous accuse. Ésaü donc, je le répète, a perdu son droit d’aînesse pour un plat.de lentilles, et Élie, dans le désert, a conservé la pureté de son corps en mangeant de la viande. Aussi l'antique ennemi du monde, sachant bien que ce n’est pas l'aliment, mais la convoitise de l'aliment qui est la cause.de la condamnation, s’est assujetti le premier homme, non avec des viandes, mais avec une pomme. Le second, c’est également avec du pain, non avec de la viande qu’il l’a tenté. Ainsi commettons-nous bien souvent le péché d'Adam, alors mênie que nous prenons des aliments vils et grossiers.
Il faut donc prendre ce que réclame le besoin de la nature, non ce que la passion de manger suggère. On désire avec moins d'ardeur ce qui a moins de prix, ce qui est moins rare et moins cher. Telles sont les viandes communes, qui, valant mieux que le poisson pour soutenir des tempéraments faibles, sont moins coûteuses et d’un plus facile apprêt.
prætulit, quo in illam appetitn anhelaret indicavit. Neque enim cibus, sed appetitus in vitio est. Unde et lautiores cibos plerumque sine culpa sumimns, et
abjectiores non sine reatu conscientiæ degustamus. Hic qnippe quem diximus |
Esau primatum per lenticulam perdidit, et Elias in heremo virtutem corporis carues edendo servavit. Unde et antiquus hostis, quia non cibum, sed cibi cor cupiscentiam esse causam damnationis intelligit, et primum sibi bominem non carne, sed pomo subdidit; et secundum non carne, sed pane tentavit. Hinc est
quod plerumque Adam culpa committitur, etiam quum abjecta et vilia
sumuntur. Ea itaque sumenda sunt, quæ naturæ necessitas quærit et non quæ edendi libido suggerit. Miuori vero desiderio concupiscimus quæ miuus prætiosa esse videmus, et quæ magis abundant, et vilius emuntur : sicut est communium cibus carnium,. qui et infirmam naturam multo validius quam pisces confortat, êt minores expensas, et faciliorem habet apparatum. Usus autem car-
Il en est de la viande-et du vin comme du mariage : ce sont choses intermédiaires entre les bonnes et les mauvaises, c’està-dire indifférentes, bien que le commerce de la chair ne soit pas tout à fait sans péché, et que le vin soit le plus pernicieux de tous les aliments. Or si, pris avec mesure, le vin n’est pas interdit au régime religieux, qu’avons-nous à craindre pour les autres aliments, dès le moment que nous ne dépassons pas la mesure? Si saint Benoit, tout en reconnaissant que le vin ne convient pas aux moines, se croit cependant obligé, en vue du refroidissement de [a foi, d’en tolérer l'usage dans une certaine mesure, que ne devons-nous pas permettre aux femmes, auxquelles aucune règle encore n’interdit rien? Si les évêques euxmêmes, si les chefs de la sainte Église, si, enlin, les communautés religieuses peuvent, sans pécher, manger de la viande parce qu'ils n’ont pas fait de vœux qui les en empêchent, qui pourra nous blâmer d'être aussi tolérants pour des femmes, quand surtout elles sont soumises en tout le reste à une plus grande austérité? Il suffit sans doute au disciple de faire comme le maitre ; el ce serait une grande inconséquence que de refuser à des communautés de femmes ce qu’on accorde à des commu-
nium ac vini, sicut et uuptiæ, intermedia boni et mali, hoc est indifferentia computantiur, licet copulæ nuptialis ususomnino peccato non careat, et vinum omnibus alimentis periculosius existat.. Quod profecto si temperate sumptum religioni non interdicitnr, quid aliorum timemus alimentorum, dummodo in eis modus non excedatur? Si beatus ipsum Benedictus quod monachorum non esse profitelur, quadam tamen dispensatione monachis hujus temporis, jam refrigescente pristinæ charitatis fervore, concedere cogitur; quid cætera non indulgere feminis debeamus, quæ adhuec eis nulla professio interdicit ? Si pontificibus ipsis et Ecclesiæ sanctæ rectoribns, si deuique monasteriis clericorum sine offensa carnibus etian vesci licet, quia nulla scilicet professione ab eis religantur, quis has culpet feminis indulgeri, maxime si in cæteris majorem tolerent districtionem ? Sufficit quippe discipulo ut sit sicut magister ejus, et magna videtur credulitas, si quod monasteriis clericorum indulgetur, monasteriis fe-
nautés d'hommes. Il n’est même -que juste qu'avec la règle sévère de leur couvent, les femmes, jouissant de la permission de manger des viandes, n'aient pas, dans leur zèle pieux, de moindres avantages que les pieux laïques, puisque, au témoignage de saint Jean Chrysostome, rien n’est permis aux séculiers qui ne soit permis aux réguliers, sauf le droit de se marier. Saint Jérôme aussi, jugeant que la conduite des clercs ne doit pas être inférieure à celle des moines, dit : « c’est comme si l’on prétendait que tout ce qui est enjoint aux moines ne s’élend pas aux clercs, qui sont les pères des moines. » Et qui peut méconnaître qu'il est contraire à toute règle de discernement d'imposer aux. faibles la même charge qu'aux forts, et d’obliger les femmes à la même abstinence que les hommes? En veut-on une preuve, indépendamment des enseignements de la nature? Que l’on consulte saint Grégoire; ce chef, ce docteur éminent de l’Église, éclairant sur ce point les autres docteurs de l’Église, au chapitre vingtquatrième de son Pastoral, s'exprime ainsi : « autres sont les instructions à donner aux hommes, autres celles qui conviennent aux femmes. Aux uns, on peut imposer un joug pesant, aux
minarum prohibeatur, Nec parvum etiam æstimandum est, si feminæ quum cætera monasterii districtione, in hac una carnium indulgentia religione fidelium laicorum inferiores non sint; præsertim quum, teste Ghrysostomo, nihil licet secularibus, quod non liceat monachis, excepto concumbere tantum cum uxore. Beatus quoque Hieronyraus, clericorum religionem non inferiorem quam monachorum judicans, ait: « quasi quidqnid in monachos dicitur non redundet in clericos , qui sunt patres monachorum. » Quis eliam ignoret omnino discretioni contrarium esse, si tanta debilibus quanta fortibus imponantur onera? si tanta feminis quanta viris injungatar abstinentia ? De quo etiam si quis supra ipsum uaturæ documentum auctoritatem efflagitet, beatum quoque. super hoc Gregorium consulat. Ilic quippe magnus Ecclesiæ tam rector quam doctor de hoc quoque cæteros Ecclesiæ doctores diligenter instruens, libri Pas{oralis capitulo xxiv, ita meinit: « aliter igitur admonendi sunt viri, atque aliter feminæ : quia illis gravia, istis vero sunt injjngenda leviora; et illos
autres, il faut un joug plus doux ; à ceux-ci les grandes épreuves, à celles-là des épreuves légères qui les convertissent doucement. Ce qui est peu de chose pour les forts est beaucoup pour les faibles. » Au reste, l'usage des viandes communes flatte moins que celui de la chair : des poissons ou des oiseaux. Cependant saint Benoît ne nous les interdit pas, et l'Apôtre, en faisant la distinction de toutes les espèces de viandes, dit : «toute chair n'est pas même chair; celle des hommes n’est pas celle des animaux; autre est celle des oiseaux , autre celle des poissons. » La loi du Seigneur a mis au nombre des chairs à lui offrir en sacrifice celle des animaux, celle des oiseaux, et point celle des poissons, afin qu'on ne croie pas que Ja chair du poisson est plus pure à ses yeux que celle des animaux. En effet, le poisson est une chair d'autant plus dispendieuse et plus onéreuse pour les pauvres, qu'elle est moins abondante et moins fortifiante ; elle coûte davantage et ne nourrit pas autant.
Prenant donc en considération les ressources des hommes et leur nature, nous n'interdisons, je le répète, que le superflu. Nous recommandons l’usage modéré des viandes et de tous les autres aliments, en telle sorte que l’abstinence soit plus sévère
mäbna exerceant, istas vero levia demulcendo convertant. Quæ enim parva sunt in fortibus, magna reputantur in debilibus. » Quamvis hæc quoque vilinm licentia carnium minus habeat oblectamenti quam ipsæ piscium vel avium carnes, quas minime tamen nobis beatus interdicit Benedictus. De quibus etiam Apostolus, quum diversas species carnis distingueret : « non omnis, inquit, caro eadem caro, sed alia hominum, alia pecorum, alia volucrum, alia piscium. » Et pecorum quidem et avium carnes in sacrificio Domini lex ponit ; pisces vero nequaquam : ut emo piscium esum mundiorem Deo quam carnium credat, Qui etiam tanto est onerosior paupertati vel carior, quanto piscium minor est copia quam carnium, et minus infrmam corroborat naturam ; ut in altero magis gravet, in allero minus subveniat. Nos itaque fortunæ pariter et naturæ hominum constilentes, nihil in alirnentis, nt diximus, nisi superfluitatem interdicimus, Jpsum itaque carnium sive cæterorum esum temperamus, ut omnibus
chez. les religieuses, tous les aliments leur étant permis, que
chez les religieux, à qui certains aliments sont interdits. Nous voulons que l'usage de la viande soit réglé de telle façon qu'elles n’en mangent qu’une fois par jour; qu’on ne serve jamais deux portions de viandes différentes à .la même personne; qu'on n'y ajoute aucune garniture de légumes, et qu’on ne
puisse user de chair plus de trois jours par semaine, savoir: le di-
manche, le mardi et le jeudi, quelles que soient les fêtes qui tombent dans les intervalles ; car plus grande est la solennité, plus il la faut célébrer par l’abstinence. C’est à quoi saint Grégoire de Nazianze, ce remarquable docteur, nous engage vivement dans son troisième livre de la Chandeleur ou de la seconde Épiphanie. « Célébrons, dit-il, cette fête, non en nous livrant aux plaisirs de la table, mais en nous abandonnant aux pures joies de l'esprit. » Et ailleurs, au quatrième livre de son traité sur la Pentecôte et l'Esprit saint : « ce jour est le jour de notre fête, dit-il; amassons dans le trésor de nos cœurs quelque chose de durable, d'éternel, non de ces choses qui passent et se dissolvent. Le corps a assez de ses mauvais penchants, il n’a que faire de plus de matière; c’est une bête insolente, gardons-
concessis, major sit abstinentia monialium, quam quibusdam interdictis, modo sit monachorum. Igitur ipsum quoque carnium esnm ita temperari volumns, ut nou amplius quam semel in die sumant, nec diversa inde fercula eidem personæ parentur; nec seorsum aliqua superaddantur pulmenta , nec ullatenus ei vesci liceat plusquam ter in hebdomada, prima videlicet feria, tertia, et quinta feria, quantæcunque etiam festivitates intercurrant. Quo namque solemnitas major est, majoris abstinentiæ devotione est celebranda. Ad quod nos egregius doctor Gregorius Nazianzenus vehementer exhortans, lib. IIL de Luminibus vel secundis Epiphaniis, ait; « diem festum celebremus non ventri indalzentes, sed spiritu exultantes. » Idem lib. IV de Pentecoste et Spirilu sanclo : « ethic est ‘ noster festns dies, ait; in animæ thesauros perenne aliquid et perpetuum recondamus, non ea quæ pertranseunt et dissolvuntnr. Sufficit corpori malitia sua, non indiget copiosiore materia, nec in-olens beslia abundantioribus cibis
nous de Ja rendre plus insolente par une abondante nourriture : elle nous tourmenterait plus violemment. » 1] faut donc célébrer les fêtes tout spirituellemént.. C'est aussi ce que recommande, dans sa lettre sur la manière de recevoir les présents, saint Jérôme, fidèle à la doctrine de son maître. « Nous devons moins nous inquiéter, dit-il, de célébrer les fêtes par l'abondance de la chère que par les joyeux tressaillements de l'esprit : il serait absurde d'honorer par des excès de table un martyr qui s’est rendu agréable à Dieu par ses jeûnes, » Et saint Augustin sur le remède de la pénitence : « considérez ces milliers de martyrs : pourquoi célébrer leurs fêtes par des repas de débauche, et ne pas plutôt imiter leur vie par une honnête conduite ? »
Les jours où on ne mangera pas de viande, il y aura deux portions de légumes quelconques : on pourra ajouter du poisson. Point d’assaisonnement recherché ; on se conténtera de ceux qui sont produits par le pays. Point de fruits que le soir. Quant à celles qui ont besoin d'un régime, nous ne défendons point qu’on leur serve des herbes, des racines, des fruits, ou autre chose de ce genre. |
ut insolentior fiat, et violentius urgeat. » Idcirco autem spiritualiter magis est agenda solemnitas, quam et beatus Hieronymus, ejns discipulus, secutus, in epistola sua de acceptis Muneribus ita quodam loco meminit : « unde nobis sollicitius providendum , ut so'emnem diem non tam cibornm abundantia, quam spiritus exultatione celebremus : quia valde absurdum est nimia saturitate honorare velle martyrem, quem sciamus Deo placuisse jejuniis. » Augustinns de Pænitrntie Medicina : a attende tot martyrum millia. Our enim natalitia eorum conviviis turpibus celebrare delectat, et eorum vitam sequi honestis moribus non delectat ? » Quotiens vero carnes decrunt, duo eis fercula qualiumeunque puimentorum concedimus, nec superaddi pisces prohibemus. Nulli vero preciosi sopares cibis apponantur in conventn, sed iis contentæ sint, quæ in terra, quam inhabitant, nascuntur; fructibns vero non nisi in eœna vescantur. Pro medicamento autem quibus opus fuerit, vel hrrbas vel radices seu fructus aliquot, vel alia hujusmodi nunquam prohibemus mensis apponi. Si qua forte pe-
Si quelque religieuse étrangère à laqnelle on aura donné l’hospitalité prend part au repas, on lui offrira quelque portion supplémentaire, pour lui donner une idée de la charité de la maison. Elle sera libre de partager cette portion avec qui elle voudra. On la fera asseoir à la grande table, elle et les autres, si elles sont plusieurs. La diaconesse les servira ; elle prendra ensuite son repas avec les servantes de table.
Si quelque sœur veut dompter en elle les ardeurs de la chair en diminuant la quantité de sa nourriture, qu’elle ne prenne point sur elle de rien faire sans permission ; cette permission ne devra jamais lui être refusée, si ce n’est point un caprice, mais un sentiment de vertu qui lui a inspiré ce désir de privation, et si son tempérament est de force à la supporter. Mais il ne sera jamais permis à qui que ce soit de demeurer un jour sans manger. | |
Les vendredis, ‘on ne mangera jamais rien d’accommodé au gras ; on se contentera de la nourriture des jours de Carème, sorte d’abstinence qui sera comme une marque de sympathique compassion pour les souffrances de l’époux mort ce jour-là. Il est encore une chose qu'il faut non-seulement défendre, mais avoir en horreur, bien qu’elle soit en usage dans la plupart des
regrina monialis hospilio recepta mensis intererit, ferculo ei aliquo superaddito, charitatis sentiat humanitatem. De quo quidem si quid distribuere voluerit, licebit. Hæc autem, vel si plures fnerint, in majore mensa residebunt, et eis diaconissa ministrabit, postea cum aliis, quæ mensis ministrant, comestura. Si qua vero sororum parciori cibo carnem domare voluerit, nullatenus hoc ipsa nisi per obedientiam præsumat, et nullatenus hoc ei denegetur, si hoc non le-
vitate, sed virtute videtur appetere, quod ejus firmitudo valeat tolerare. Nulli
temen unquam permittatur, ut per hoc conventu... nec ut aliquam diem sine cibo transigat. Sagiminis condimento sexta feria nunquam utantur, sed quadragesimali cibo contentæ, sponso suc ea die passo quadam gompatiantur abstinentia. Tllud vero non solum probibendum, sed vehementer est abhorrendum, quod in plerisque monasteriis agi solet, quod videlicet parte aliqua panis, quæ super-
monastères : c’est que les religieuses essuient leurs mains ou leurs couteaux avec les morceaux de pain qui restent du diner et qui sont la part des pauvres : pour ménager le linge de table, on ne doit point salir le pain des pauvres, que dis-je ? le pain de celui qui a dit en parlant des pauvres : « ce que vous faites au moindre des miens, c'est à moi que vous le faites. »
Relativement aux jeûnes, il suffira de suivre la règle générale de l’Église; car nousne prenons pas sur nous d'imposer aux religieuses des pratiques plus sévères que celles des pieux laïques; nous ne voulons pas mettre la faiblesse des femmes au-dessus de la force des hommes. Depuis l’équinoxe d'automne jusqu’à Pâques, à cause de la brièveté des jours, nous pensons qu'un seul repas suflit; nous disons à cause de la brièveté des jours, et non eu égard à l’abstinence monastique. Nous ne ferons point ici de distinction d’aliments.
Quant aux vêtements, on évitera par-dessus tout les vêtements de prix, qui sont absolument condamnés par l'Évangile. Le Seigneur lui-même nous en détourne, en condamnant l’orgueil du mauvais riche, eten exaltant l’humilité de Jean. C’est ce qu'explique saint Grégoire dans sa quatrième Homélie sur les Évangiles.
est esui et pauperibus est reservanda, manus et cultellos mundare et extergere solent, et nt mappis parcant mensarum', panem polluunt pauperum, imo ejus qui se attendens in pauperibus ait : « quod uni ex minimis meis fecistis, mihi fecistis, » |
De abstinentia jejuniorum géneralis institatio Ecclesiæ illis sufficiat, nec supra fidelium laicorum religionem in hoc eas gravare præsumimus, nec virtuti virorum earum infirmitatem in hoc præferre andemus. Ab æquinoctio vero autumnali usque ad Pascha, propter dierum brevitatem, unam in die comestionem sufficere credamus. Quod qua non pro abstinentia religionis, sed pro brevitate dicimus temporis, nulla hic ciborum genera distinguemus.
Pretiosæ vestes, quas omnino Scriptura damnat, sammopere fugiantur. De quibus nos præcipue Dominus dehortans et damnati divitis superbiam de iis accusät ; et Joannis humilitatem e contrario commendat. Quod beatus diligente” attendens Gregorius homilia Evangeliorum 1v. « Quid est, inquit, dicere :
« Pourquoi, dit-il, se sert-il de ces paroles : « les gens qui sont délicatement vétus dans les maisons des rois, » si ce n’est pour démontrer clairement que ceux-là combattent pour le royaume de la terre, non pour le royaume des cieux, qui refusent de souffrir pour Dieu, et qui, adonnés tout entiers aux biens extérieurs, ne cherchent que les douceurs et les délices de la vie présente ? Et le même, dans sa onzième Homélie : « il en est qui pensent que le goût des vêtements délicats et de grand prix n’est pas un péché. Si ce n'était pas une faute, la parole du Seigneur n'indiquerait pas aussi expressément que le riche qui souffrait . les tortures de l’enfer était couvert de lin et de pourpre, Or, on ne recherche des vêtements de luxe que pour la satisfaction d'une vaine gloire, que dans l’idée de s’aitirer plus d'hommages. Ce qui le prouve, c’est qu’on ne se revêt d’habits de prix là l’où on ne peut être vu du monde. » Saint Pierre détourne également de cet abus les femmes séculières et mariées dans sa première Épitre : « que les femmes soient soumises à . leurs maris, en telle sorte que si les maris ne croient pas à la parole des femmes, ils soient gagnés par les exemples de leur commerce , et envisagent avec crainte ce que leur im-
a qui mollibus vestinntur, in domibus regum sunt; » nisi aperta sententia demonstrare quod non cælesti, sed terreno regno militant, qui pro Deo perpeti aspera fugiunt, sed solis exterioribus dediti, præsentis vitæ mollitiem delectationemque quærunt ? » Idem homilia xt : « sunt nonnulli qui cultrm subtilium pretiosaramque vestium non putant esse peccatum. Quod videlicet si culpa non esset, nequaquam sermo Dei tam vigilanter exprimerct, quod dives, qui torqnecbatur ad inferos, bysso et purpura indutus fuisset. Nemo quippe vestimenta præcipua nisi ad inanem gloriam quærit, videlicet ut honorabilior cæteris esse videatur, Nam pro sola inani gloria vestimentum pretiosius quæritur. Res ipsa testalur, quod nemo vult ibi pretiosis vestibus indui, ubi ab aliis non possit videri. » À quo et prima Petri epistola seculares et conjugatas feminas dehortans, ait : « similiter et mulieres subditæ sint vitis suis, ut et si qui non credunt verbo, per mulierum conversationem sine verho Incri-
LS
pose la pureté de ce commerce. Point de tresses de cheveux postiches, point de ceintures d'ur, point de ruh2s somptueuses ; qu’elles s'attachent à parer l'honneur qui est caché dans le cœùr par l’incorruptibilité d’un esprit calme et modeste, ce qui est le plus riche des vêtements devant Dieu. »
C’est avec raison qu’il a cru devoir détourner de cette vanité les femmes plutôt que les hommes, parce que leur esprit faible les y pousse d'autant plus que la luxure a plus de prise sur elles. Or si les femmes qui vivent dans le monde doivent être arrêtées sur cette pente, que convient-il de faire à l'égard des femmes vouées à Dieu, elles dont Le véritable ornement est de n’en avoir pas ? Pour elles, rechercher ces ajustements ou ne pas les rejeter si on les leur offre, c’est perdre leur réputation de chasteté; c'est se préparer moins à la religion qu'à la fornication ; c’est se mettre au rang, non des religieuses, mais des courtisanes. Pour elles la parure est comme l’insigne du libertinage, elle trahit la corruption de l’âme , ainsi qu'il est écrit : « l’habillement, le rire, la marche, révèlent l’homme. »
Nous voyons que le Seigneur a loué et exalté dans Jean-Bap-
fiant, considerantes in timore castam conversationem vestram. Quarum sit non extrinsecns capillatura, aut cireumdatio auri, aut indumenti vestimentorius cultus, sed qui absconditus corde est homo, incorruptibilitate quieti et modesti spiritus, quod est in conspectu Domini locuples. » Bene autem feminas potius quam viros ab hac vanitate censuit dehortandas, quarum infirmus animus id amplius appetit, quo per eas et in eis amplius imitari luxuria possit. Si autem seculares hinc inhibendæ sunt feminæ. quid Christo devotes convenit providere ? quarum hoc ipsum illis est cultus, quod sunt incultæ. Quæcunque igitur hunc appetit cultum vel non renuit oblatum, castitatis perdit testimonium. Et quæcunque talis est, non se religioni præparare, sed fornicationi credatur, nec tam monialis quam meretrix censeatur, cui et ipse cultns est tanquam lenonis præeconium, qui incestunm prodit animum, sicut seriptum est : « amictus corporis, ct risus denttum, ct ingressus hominis ennntiant de illo.» Legimus Dominum in Joanne, -ut jam supra meminimus, vilitatem seu asperi-
tiste la grossièreté des vêtements plutôt que l’austérilé des aliments. « Qu’êtes-vous allé voir, dit-il, dans le désert? un homme vêtu d’habits délicats? » Pärfois, en effet, la recherche dans les aliments peut avoir quelque utilité, mais dans les vêtements, jamais; plus les vêtements sont précieux, plus on les conserve ; moins ils servent, plus ils coûtent à celui qui les a achetés ; leur finesse même fait qu'ils se détériorent plus aisément et procurent au corps moins de chaleur.
Les habits seront d’étoffe de laine noire ; point d'autre couleur, c’est celle qui convient au deuil de la pénitence, et aucune fourrure ne convient mieux que celle des agneaux aux épouses du Christ; ce vêtement leur remettra en mémoire qu'elles doivent toujours paraître revêtues ou se revêlir de l’'Agneau, époux des vierges.
Les voiles ne seront pas de soie, mais de toile ou d’étoffe teinte, Il y en aura de deux sortes: les uns pour les vierges qui auront prouoncé les vœux, les autres pour les novices. Les voiles des vierges consacrées seront marqués du signe de Ja croix, qui témoignera par sa blancheur que leur corps est entièrement voué à Jésus-Christ, et que la différence qui existé entre
tatem vestium potins quam escæ commendasse atque laudasse. « Quid exiistis, inquit, in desertum videre? hominem mollibus vestitum ? » Habet enim nonnunquam usus pretiosorum ciborum utilem aliquam dispensationem, sed vestium nullam. Quæ videlicet vestes quanto sunt pretiosiores, tanto carius custodiuutfr , et minus proficiant, et ementem amplius gravant, et præ subtilitate sui facilius possunt corrumpi, et minus corpori præbent fomenti. Nulli vero panni magis quam nigri lugubrem pœnitentiæ habitum decent, nec adeo sponsis Ghristi pelles aliquæ conveniunt, sicut agninæ : ut ipso quoque habitu agnum sponsum virginum indutæ videantur, vel induere moneantur. Vela vero earum non de serico, sed de tincto aliquo lineo panno fiant. Duo autem velorum genera esse volumus, nt alia sint scilicet virginum jam ab ipso consecratarum, alia vero mirime. Quæ vero pudicarum sunt virginnm crucis sibi signum habeant impressum; quo scilicet ipsæ integritate quoque corporis ad Christum maxima pertinere mon:trentur, et sicut in conse-
leur habit et celui des autres est en raison de leur consécration : en sorte qu'arrêtés par ce sigue, les fidèles aient moins l’idée de porter sur elles un œil de concupiscence. Mais ce n'est qu'après la consécration de l’évêque que la vierge pourra porter sur le sommet de la tête cette croix faite de fil blanc, en signe de la pureté virginale : nul autre voile n'aura celte marque. Elles porteront sur la peau des chemises de toile, qu’elles ne quitteront pas même pour dormir. Nous ne refusons pas à la délicatesse de leur nature l’usage des matelas et des draps. Elles mangeront et coucheront chacune séparément. Nulle ne trouvera mauvais que l'on passe à une de ses sœurs qui en à un plus pressant besoin les habits qui lui auraient été donnés à elle-même, les habits ou autre chose, Elle sera particulièrement heureuse, au contraire, d'avoir eu un témoignage de sympathie à offrir à sa sœur en peine, et de penser qu’elle vit non pour elle, mais pour les autres; autrement, elle n’aurait plus droit d'appartenir à la communauté, elle serait coupable du sacrilége de propriété. Nous croyons qu'il suffit, pour couvrir le corps, d’une che- . mise, d’une peau d'agneau et d’une robe, en ajoutant pardessus, pendant la rigueur du froid, un manteau qui
cratione distare a cæteris, ita et hoc habitus signo distinguantur, quo et quique fidelium territi, magis abhorreant in concupiscentiam earum exardescere. Hoc autem signum virginalis munditiæ in summitate capitis candidis expressum flis virgo gestabit, et hoc nullatenus, antequam ab episcopo consecretur, gestare præsumat. Nulla autem alia vela hoc signo insignita $int. Interulas mundas ad carnem habeant, in quibus etiam cinctæ semper dormiant. Culcitrarum quoque mollitiem vel linteaminum usum infrmæ ipsarum non negamus naturæ. Singnlæ vero dormiant et comedant. Nulla penitus indignari præsumat, si vestes’ vel quæcunque alia sibi ab .aliquibus transmissa, ali, quæ amplius indiget, concedautur sorori : sed tune maxime gaudeat, quum in sororis necessitate fructum habuerit cleemosynæ, vel se respexerit non solum sibi, sed aliis vivere. AJioquin ad sanctæ societatis fraternitatem non pertinet, nec proprietatis sacrilegio caret, Sufficere anteih ad corpus contegendum credimus interulam, pelliceam, togam, et quum multum exasperaverit frigus, insuper
serve de couverture, au lit. Pour prévenir par le lavage l'invasion de la vermine et l’encrassement, elles auront tous ces vêtements en double, ainsi que Salomon a dit, à la louange de la femme forte et sage : « elle ne craint pas pour sa maison le froid de l'hiver , car tous ses serviteurs ont double vêtement. » La taille de l’habit sera mesurée ; il ne devra pas descendre au-dessous du talon, pour ne pas soulever la poussière, Les manches n’excéderont pas la longueur des bras et des mains. Les Jambes seront couvertes de chausses, et les pieds de chaussons et de souliers. Jamais elles ne marcheront pieds nus, même sous prétexte de dévotion. Chaque lit aura un matelas, un traversin, un oreiller, une courte-pointe et un drap. La tête sera couverte d’urre bandelette blanche avec un voile par-dessus; lorsqu'il sera nécessaire, à. cause de la tonsure, on ajoutera un bonnet de peau d'agneau.
Ce n’est pas seulement dans la nourriture et l'habillement qu’il faut éviter le superflu, c’est aussi dans les bâtiments et tous les autres biens. Quant aux bâtiments, s'ils sont plus spa- cieux ou plus beaux qu’il n’est nécessaire, si nous les ornons de
mantellum. Quo videlicet mantello pro opertorio quoque uti jacentes poterunt. Oportebit autem pro infestatione vermium vel gravamine sordium abluendaruin, hæc omnia esse duplicia indumenta, sicut ad litteram in laude fortis et providæ mulieris Salomon ait : « non timebit domui suæ a frigoribus nivis. Omnes enim domestici ejus vestiti duplicibus. » Quorum ita sit moderata lon gitudo, ut ultra oram sotularium non procedant, ne pulverem moveant. Manicæ vero extensionem brachiorum et manunm non excedant. Crura vero et pèdes caligæ pedules et sotulares muniant, Nec unquäm occasivone religionis nudæ pedes incedant. In lectis culcitra una, pulvinar, auriculare, lodix ct linteolum suffciant. Caput vero muniant vitta candida, et velum desuper nigrum, et pro tonsura capillorum pileum agninum , quum opus fuerit, suppo: natur, : |
Nec in victu tantum aut vestitu superfluitas evitetur, verum et in ædificiis ant qnibuslibet possessionibns. In &dificiis quidem hoc manifeste dignoscitur, si ea majora vel pulchriora quam necesse sit componantur, vel si nos jpsa sculp-
peintures ou de sculptures, ce ne sont plus des asiles de pauvres, ce sont des palais de rois. « Le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête, dit saint Jérôme, et vous avez de vastes portiques et des bâtiments immenses? » Se plaire à avoir de beaux chevaux, des chevaux de prix, ce n’est pas seulement de la su-perfluité, c’est évidemment une vanité pure. Multiplier ses troupeaux, étendre ses domaines , c’est donner carrière à l’ambition des biens extérieurs; et plus nous possédons sur cette terre et plus nous sommes forcés de penser à ce que nous possédons, plus nous sommes détournés de la contemplation des choses du ciel. Notre corps a beau être enfermé dans un cloître, l'âme, attachée à ces possessions du dehors, est forcée de les suivre; elle se répand çà et là avec elles ; nous sommes d'autant plus en proie à la crainte, que nous possédons plus de choses qui peuvent être perdues; plus elles ont de valeur, et plus nous les aimons, plus elles tiennent notre misérable cœur enchaîné à leur poursuite.
Il faut donc songer à fixer une mesure aux dépenses de notre maison, de façon à ne rien chercher au delà du nécessaire, à ne recevoir aucune offrande, à ne garder aucun dépôt. Tout ce qui
toris vel picturis ornantes, ‘non habitacula pauperum ædificemus, sed palatia regum erigamus. « Filius hominis, inquit Hieronymus, non habet ubi caput reclinet, et tu amplas porticus et ingentia tectorum spalia metiris ? » Quum pretiosis vel pulchris delectamur equitatur:s, non solum superfluitas, sed elationis vanitas innotescit. Quum autem animalum greges vel terrenas multiplicamns possessiones, tune se ad exteriora dilatat ambitio : et quanto plura possidemus in terra, tanto amplius de ipsis cogitare cogimur, et a con. témplatione cælestium devocamur. Et licet corpore claustris recludamus, hæc taméo quæ foris sunt, et diligit animus , sequi cogitur, et se pariter huc et illuc cum illis difundit; et quo plura pôssidentur quæ amitti possunt, majori nos metu cruciant; et quo pretiosiora sunt, amplius diliguntur, et ambitione sui miserum magis illaqueant animum. Unde omnino providendum est, ut domui nostræ sumptibusque nostris certum præfigamus modum, nec supra necessaria vel appetamus aliqua, vel recipixmus oblata, vel retineamus suscepta,
dépasse le nécessaire, nous ne le possédons qu’à titre de vol, et tious sommes coupables de la mort d'autant de pauvres que nous aurions pu en secourir avec ce superflu. Chaque année donc, après la récolte, il faudra assurer les besoins de l’année ; : le reste, on le donnera, ou plutôt on le restituera aux pauvres. :
Il en est qui, ignorant la mesure de la sagesse, se font honneur d'avoir une maison nombreuse, n'ayant que peu de revenus ; el pour subvenir à -ces lourdes charges, ils vont impudemment mendier, quand ils n’arrachent pas violemment ce qu'on ne leur veut point donner. Tels nous voyons aujourd’hui certains supérieurs, qui, fiers du nombre de leurs religieux, tiennent moins à en avoir de bons qu’à en avoir beaucoup, et s'estiment d'autant plus grands qu'ils sont grands au milieu d’un plus grand nombre. Pour attirer les novices dans leurs maisons, au lieu de leur annoncer des austérités, ils leur promettent toutes sortes de douceurs, et, les recevant sans examen ni épreuve, ils les perdent par l'apostasie. C'est contre eux sans doute que Jésus-Christ s'élevait par ces paroles : « malheur à vous qui parcourez la mer et la terre pour faire un prosélyte, et qui, l’ayant
Quidquid euim necessitati superest, in rapina possidemus; et tot pauperum mortis rei sumus, quot inde sustentare potuimus. Singulis igitur annis quum collecta fuerint victualia, providendum est quantum sufficiat per annum; et si qua superfnerint, pauperibus non tam danda sunt quam reddenda. Sunt qui providentiæ modum ignorantes, quum redditus paucos habeant, multam habere familiam gaudent. De cujus quidem procuratione dum gravantur, impudenter hanc quærentes mendicant, vel quæ non habent violenter ab aliis extorquent. Tales etiam jam nonnullos monasteriorum patres conspicimus, qui de multitudine conventus gloriantes , non tam honos fiMos quam multos habere student, et magni videntur in oculis suis, si inter multos majores babeantur. Quos quidem ut ad suum trahant dominium, quum aspera deberent eis prædicare, lenia promittunt, et nulla examinatione antea probatos ques indiscrete suscipiunt, facile apostatantes perdunt. Talibus, ut video, improperabat Veritas, dicens : «a væ vobis qui circuitis mare et aridam, ut faciatis unum prosel;tum! Quem
fait, le rendez deux fois plus que vous digne de l'enfer! » Certes ils seraient moins fiers de la multitude de leurs religieux, s’ils cherchaient le salut des âmes plutôt que le nombre des prosélytes, els’ils présumaient moins de leurs forces dans la conduite de leur communauté. Le Seigneur avait choisi un petit nombre d’apôtres, et parmi ceux qu'il avait choisis, il se trouva un apostat, ce qui lui fait dire: «ne vous ai-je pas choisis tous les douze ? et cependant il se trouve parmi vous un démon. » Tel avait été Judas parmi les disciples, tel fut Nicolas parmi les sept diacres. Lorsque les apôtres n’avaient encore réuni qu’un petit nombre de fidèles, Ananias et Saphira, sa femme, méritèrent d'être frappés d’une sentence de mort. De tous ceux qui s'étaient d’abord attachés à suivre le Seigneur, beaucoup l'abandonnèrent et il n’en resta qu’un bien petit nombre; car étroite est la voie qui conduit à la vie, et il en est peu qui savent y marcher ; large et spacieuse, au contraire, est la voie qui couduit à la mort, et il en est beaucoup qui s’y engagent. C’est que, selon la parole du Seigneur, «il est beaucoup d’appelés et peu d'élus. » — « Le nombre des insensés, dit { Salomon, est infini, » |
quum feceritis, facitis illum filium gehennæ duplo quam vos. » Qui profecto mious de multitudine gloriarentur, si safutem animarum magis quam numerum quærerent, et de suis viribus in ratione sui regiminis reddenda minus præsumerent. Paucos Dominus elegit apostolos, et de ipsa electione sua unus in tantum apostatavit, ut pro ipso Dominus diceret : « nunquid ego duodecim vos elegi, et unus ex vobis diabolus est ? » Sicut autem de apostolis Judas, sic et de septem diaconibus Nicoiaus periit. Et quum paucos adhuc Apostoli congregassent, Ananias et Saphira, uxor ejus, mortis excipere sententiam meruerunt. Quippe et ab ipso antea Domino quum multi abiissent discipulorum retrorsum, pauci cum ipso remanserunt. Arcta quippe via est, quæ ducit ad vitam, et pauci ingrediuntur per eam. Sicut e contrario lata est et spatiosa quæ ducit ad mortem, et multi sunt qui se ultro ingerant. Quia sicut ipse Dominus testatur alibi : « multi vocati, pauci vero electi. » Et juxta Salomonem : « stullorum
Qu’il tremble donc celui qui se réjouit de la multitude de ses religieux ; qu’il éraigne que, selon la parole du Seigneur, il ne se trouve parmi eux peu d'élus, et que, multipliant sans mesure son troupeau, il ne puisse suffire à le garder, en sorte qu’il mérite cette parole du prophète : « vous avez multiplié ce peuple, mais vous n’avez pas augmenté sa joie. » Tels sont, en effet, ceux qui sont fiers du nombre : obligés pour leurs propres besoins et pour ceux de la communauté de sortir, de rentrer dans le siècle et de courir çà et là en mendiant, ils s’embarrassent bien plus du soin des corps que du soin des âmes, et s’attirent plus de mépris que de gloire.
Une telle conduite serait pour des femmes une honte d'autant plus grande qu’il y a moins de sûreté pour elles à courir par le monde. Quiconque veut vivre honnêtement, tranquillement, se donner au service du Seigneur, se rendre cher à Dieu et aux hommes, doit craindre de rassembler plus de frères qu’il n’en peut soigner; ne point compter, pour ses dépenses, sur la bourse d'autrui, songer à faire, non à demander l'aumône. L'apôtre saint Paul, le grand prédicateur de l'Évangile, avait, au nom de l'Évangile, le droit de recevoir assistance : il travail-
infinitus est numerus. » Timeat itaque quisquis de multitudine gaudet subjectorum, ne in eis, juxta Dominicam assertionem, pauci reperiantur electi, et ipse immoderate gregem suum multiplican$, minus ad custodiam ejus sufficiat, ut ei recte a spiritalibus illud propheticum dici possit : « multiplicasti gentem, non magnificasti lætiliam. » Tales utique scilicet de multitudine gloriantes, dum tam pro suis quam suorum necessitatibus sæpius exire, atque ad seculum redire, et mendicando discurrere coguntur, curis se corporalibus magis quam spivitalibus implicant, et infamiam sibi magis quam gloriam acquiruut. Quod quidem in femiuis tanto magis est erubescendum, quanto eas per mundum discurrere minus videtur tutum. Quisquis igitur quiete vel honeste cupit vivere, et officiis vacare divinis, et tam Deo quam seculo charus haberi, timeat aggregare qués non possit procurare, nec in expensis suis de alienis confidat marsupiis; nec eleemosynis petendis, sed dandis invigilet. Apostolus, ille maguus Évangelii prædicator, et habens potestatem de Evangelio sumptus ac-
lait de ses mains, pour n'être à charge à personne et ne point porter atteinte à sa gloire. Pour nous, dont le devoir est non de prêcher, mais de pleurer les péchés, quel serait notre aveuglement, notre honte d’aller mendier notre subsistance ! Comment pourrions-nous soutenir ceux que nous aurions inconsidérément réunis ? N'est-ce pas déjà assez de folie d’aller soudoyer des prédicateurs, faute de savoir prêcher, et conduisant à la ronde ces faux apôtres, de porter partout nos croix et nos reliques pour vendre aux simples et aux imbéciles non la parole de Dieu, mais les mensonges dorés du diable, pour leur tout promettre afin de leur escroquer leur argent? Ah! c'est déjà cette cupidité impudente à* chercher les biens de ce monde et non ceux de Jésus-Christ qui fait, ainsi que personne ne l'ignore, qu'on n’a plus de respect ni pour cet ordre, ni pour la prédication de la parole de Dieu.
Aussi les abbés, les supérieurs des monastères qui se glissent avec importunité chez les puissants du siècle et dans les cours des rois passent-ils plutôt pour des gens charnels que pour des cénobites. Tandis qu’ils poursuivént par tous moyens la faveur des hommes, ils s’habituent à converser avec le monde plutôt
cipere, laborat manibus, ne quos gravare videatur, et gloriam suam evacuet. Nos ergo, quorum non est prædicare, sed peccata plangere, qua temeritate vel impudentia mendicantes quærimus? Unde hos, quos inconsiderate congregamus, sustentare possumus ? Qui etiam sæpe in iantam prorumpimus insaniam, ut quum præd'care nesciamus, prædicatores conducanmus; et pseudoapostolos nobiscanm circumducendo, cruces et philacteria reliquiaram gestemus, ut tam hæc quam verbnm Dei , Seu etiam figmenta diaboli simplicibus et idiotis vendamus christianis, et eis promittamus quæcunque ad extorquendos nummos proficere credimus. Ex qua quidem impudenti cupiditate, quæ sua sunt, non quæ Jesu Ghristi quærente, quantum jam ordo noster et ipsa divini prædicatio verbi viluerit, neminem jam latere arbitror. Hinc et ipsi abbates vel qui majores in monasteriis videntur, potentibus seculi et mundanis curiis sese importune ingerentes, jam magis carnales esse quam cœnobitæ didicerunt; et favorem hominum quacunque arte venantes, crebrius cum hominibus fabulari,
qu'à parler avec Dieu. Ils ont lu plus d’une fois sans doute, mais ils ont mal lu, ils ont entendu, mais ils n’ont pas compris cet avertissement de saint Antoine : « les poissons qui demeurent longtemps sur le sable meurent ; de même les moines qui vivent trop longtemps hors de leurs cellules et dans le commerce des séculiers rompent leur vœu de retraite. »
Nous devons donc retourner en toute hâte à la cellule comme le poisson à la mer, de peur que restés dehors trop longtemps, nous n'oubliions l’habitude de vivre au dedans. Convaincu de cette vérité, l’auteur de la Règle monastique, saint Benoît, a catégoriquement enseigné par son exemple comme par ses écrits, qu'il veut que les abbés soient assidus au couvent et restent à veiller avec sollicitude à la garde de leur troupeau. Îl avait un jour quitté sa maison pour rendre visite à sa chère sœur sainte Scholustique, et celle-ci voulait le retenir auprès d'elle seulement une nuit pour profiter de ses instructions ; il déclara qu’il ne pouvait absolument rester hors de sa cellule; il ne dit même pas: ‘« nous ne pouvons, » mais : « je ne puis pas, » parce que les frères pouvaient le faire avec: sa permission, tandis que lui ne le pouvait que sur l’ordre de Dieu, comme il l’a fait plus tard.
. quam cum Deo loqui, consueverunt : illud sæpe frustra legentes, atque negligentes, vel audientes, sed non exaudientes quod beatus ‘Antonins admonet, dicens : « sicut pisces si tardaverint in sicco moriuntur : ita et monachi tardantes extra cellulam, aut cum viris secularibus immorantes, a quietis proposito resolvuntur. » Oportet ergo sicut piscem in mari, itaet nos ad cellam recurrere, ne forte foris tardantes obliviscamur interioris eustodiæ. Quod ipse quoque monasticæ scriptor regulæ, scilicet beatus Benedictus, diligenter attendens, quam in monasteriis assiduos velit esse abbates, et super custodiam sui gregis sollicite stare, tam exemplo quam scripto patenter edocuit. Hic enim quum a fratribus ad sacratissimam sororem suam visitandam profectus, quum ipsa enm pro ædificatione saltem nocte una vellet retinere, aperte professus est mauere extra cellam nullatenus se posse. Nec ait quidem, « non possumus, » sed, « non possum, » quia hoc per eum fratres, non ipse posset, nisi hoc et a Domino, sient postmodum actum est, revelante, Unde et quum regnlam scriberet,
Aussi, dans sa Règle, ne parle-t-il nulle part des sorties de l’abbé, mais seulement de celles des frères. Il a, au contraire, si bien pris ses mesures pour assurer sa présence assidue, qu'aux vigiles des dimanches et des jours de fête, il veut que la lecture de l'Évangile et des instructions qui y sont jointes ne soit faite que par l'abbé. Dans son règlement sur la table à laquelle l'abbé doit s'asseoir avec les pèlerins et les hôtes, il lui permet, à défaut d’hôtes, d'inviter les frères qu'il lui plaît, en ayant soin seulement de jaisser un ou deux des anciens avec les frères ; par là il fait entendre clairement que l'abbé ne doit jamais être absent du monastère à l'heure des repas, de peur qu'une fois habitué à la chère délicate des grands, il ne laisse le pain grossier aux religieux. C'est de ces abbés que la Vérité a dit: «ils lient des fardeaux pesants et au-dessus des forces humaines, et ils les mettent sur le dos des autres; tandis que, pour eux, ils n’y veulent pas toucher du bout du doigt. » Etailleurs, parlant des faux prédicateurs : « gardez-vous des faux prophètes qui viennent vers vous. Ils viennent d'eux-mêmes, dit-il, sans que Dieu les envoie et les ait chargés d'une mission. » Jean-Baptiste, notre chef, à qui le pontificat revenait par héritage, s’éloigna de la ville pour se re-
nusquam de abbatis, sed solummodo fratrum egressu meminerit; de cujus etiam assiduitate ita caute providit, ut in vigiliis dominicorum et festorum dierum evangelicam lectionem, et quæ illi adjuncta sunt, non nisi ab abbate præcipiat dici. Qui etiam instituens, ut mensa äbbatis cum peregrinis et hospitibus sit semper, et quotiens minus sunt hospites cum eo, quos voluerit de fratribus vocare, seniore uno tantum aut duobus dimissis cum fratribus, patenter insinuat nunquam in tempore mensæ abhatem monasterio debere deesse, et ut delicatis principum ferculis jam assuetus, cibarium panem monasterii subjectis derelinquat. De qualibus quidem Veritas : « alligaut, inquit, onera gravia, et importabilia, et imponunt in humeros hominum : digito autem suo nolunt ea movere, » Et alibi de falsis prædicatoribus : « attendite a falsis prophetis qui veniunt ad vos. Veniunt, inquit, per se, non a Deo missi, vel expectantes ut rro eis mandctur.» Joannes Baptista princeps noster, cui pontificatus hæreditate cedebat, semel ab urhe recessit ad heremum, ponti-
tirer dans le désert, c’est-à-dire qu'il abandonna le pontificat pour le monastère, la vie des cités pour la solitude. Le peuple venait à lui, ce n’était pas lui qui allait chercher le peuple. I] était si grand qu'il fut pris pour le Christ et eut le pouvoir de réformer certains abus dans les villes. Il était déjà dans le petit lit d’où il était prêt à répondre au bien-aimé frappant à sa porte : « je me suis dépouillé de ma robe, comment la reprendrai-je ? J'ai lavé mes pieds, puis-je les salir ? »
Quiconque désire vivre dans la solitude de la paix monastique doit donc se réjouir d’avoir un petit lit plutôt qu’un grand, car c’est de ce lit que la Vérité a dit: «qu'on prenne l’unet qu'on laisse l'autre.» C’est, ainsi que nous le lisons, que le petit lit de l'épouse n’est autre chose que le lit d’une âme contemplative étroitement unie au Christ et s’attachant à lui d’un souverain désir. Et ce lit, dès qu’on v est entré, on n’est jamais abandonné. « En veillant toute la nuit dans mon petit lit, » dit-elle elle-même, « J'ai cherché celui que chérit mon âme. » C'est de ce petit lit que dédaignant ou craignant de se lever, elle fait au bien-aimé qui frappe la réponse que j'ai rappelée tout à l'heure; loin de son lit elle ne voit que des souillures dont elle craint de salir ses pieds.
ficatum scilicet pro monachatu , civitates pro solitudine deserens. Et ad enm popuins exibat, nec ipse ad populum introibat. Qui qunm tantus esset ut Christus crederetur, et multa in civitatibus corrigere posset : in illo jam erat lectulo, unde pulsanti dilecto respondere paratus erat : « expoliavi me tunica mea. quomodo induar illa ? Lavi pedes meos, qnomodo inquinabo illos ? » Quisqu's itaque quietis monasticæ secretum desiderat, lectulum magis quam lectum se habere gaudeat. « De lecta quippe, ut Veritas ait, unus assumetur, et alter relinquetur.» Lectulnm vero sponsæ esse legimus, id est animæ contemplativæ Christo arctius copulatæ, et snmmo ei desiderio adhærentis. Quem qnicunque intraverit, neminem esse relictum legimus. De quo et ipsamet loquitur : « in ectulo meo peruoctans, quæsivi quem diligit anima mea. » A quo etiam lectulo ipsa snrgere dedignans, vel formidans, pulsanti dilecto quod supra meminimus respondet. Non enim sordes nisi extra lectum suum esse credit, quibus inqui- +
Dina n'est sortie qu’une fois pour aller voir des étrangers, et elle s’est perdue; et, comme un moine cloïtré nommé Malchus l’entendit un jour dire à son abbé, comme il en fit lui-même l'expérience, la brebis qui sort de la bergerie tombe bientôt sous la dent du loup. Ne formons donc pas une communauté trop nombreuse. dont les besoins nous invitent à sortir, que dis-je? nous y obligent et nous fassent faire le bien des autres à notre détriment, semblables au plomb qu’on met dans le creuset pour conserver l'argent. Craignons au contraire qu’une fournaise trop ardente de tentations ne consume à la fois le plomb et l'argent. On objectera que Jésus-Christ a dit : « je ne rejetterai pas celui qui sera venu à moi. » Ni nous non plus nous ne voulons pas rejeter ceux qui sont admis, mais nous ‘voulons qu’on regarde à ceux qu’on recevra, en sorte qu'après les avoir admis, nous ne soyons pas exposés à être rejetés nousmêmes à cause d'eux. Car si nous ne croyots pas que le Seigneur ait rejeté aucun de ceux qu'il avait admis, il en a repoussé qui se présentaient, puisqu'à celui qui lui disait: « Maître, je vous suivrai partout où vous irez, » il a répondu : & les renards ont des tanières, etc. »
mari pedes metuit. Egressa est Dina, ut alienigenas videret, et corrupta est. Et sicut Malchoilli captivo monacho ab ahbatesuo prædictum est, et ipse postmo« dum est expertus ovis quæ de ovili egreditur cito lupi morsibus patet. Ne igitur multitudinem congregemus, pro qua egrediendi occasionem quæramus, imo et egredi compellamur, et cum detrimento nostri lucrum faciamuns aliorum : ad modum videlicet plumbi, quod ut argentum servetur in fornace, consumitur. Verendum potius est ne et plumbum pariter et-argentnm fornax vehemens consumat tentatiounm. Veritas, inquiunt, ait : « et eum qui venit ad me non ejiciam foras. » Nec nos ejici susceptos volumus, sed de suscipiendis providere : ne quum eos intus susceperimus," nos ipsos extra pro eis ejiciamus. Nam et ipsum Dominum non susceptum ejecisse legimus, sed offerentem se respuisse, Cui qnidem dicenti : « Magister, sequar te quocunque ieris ; » respondit : « vulres foveas habent, » etc. Qui etiam de sumptibus nos ante pro-
Il nous avertit encore de calculer les dépenses de toute entreprise, avant de l’exécuter. « Quel est, dit-il, celui d'entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne compte de sang-froid ce qu'elle Jui coûtera et s’il aura de quoi la mener à ‘bonne fin, de peur que, ne pouvant l’achever après en avoir jeté les fondements, tous ceux qui la verraient ne se moquent de lui et ne disent : cet homme a commencé de bâtir et il n’a pu aller jusqu’au bout? » C'est beaucoup pour chacun de faire son propre salut ; il est dangereux de prendre à sa charge le salut de plusieurs, quand c’est à peine si l’on peut suffire à la garde de soi-même. On ne garde, d’ailleurs, avec sollicitude, que lorsqu'on a pris l'engagement de le faire avec tremblement. Nul ne persévérera dans une entreprise, autant que celui qui a hésité et réfléchi avant de s’y lancer, Les femmes y doivent donc mettre d'autant plus de réflexion que leur faiblesse est moins à l'épreuve des lourds fardeaux, et que les douceurs de la vie tranquille leur sont plus nécessaires.
L'Écriture sainte est, sans contredit, le miroir de l’âme ; quiconque se nourrit de sa lecture, et profite de ce qu'il y voit, connaît la beauté de ses mœurs ou en découvre la laideur, en
videre, quum aliquid facere meditamur, cui sint ipsi necessarii, diligenter admonet, dicens : « quis vestrum volens wurrim ædificare, nonne prius sedens computat sumptus qui necessarii sunt, si habet ad perficiendum ? Ne postea quam posuerit fundamentum, et non potuerit perficere, omnes qui viderint incipiant illudere ei, dicentes : « quia hic homo cæpit ædificare, et non potuit consummare. » Magnum est si vel se unum quis salvare sufficiat, et periculosum est mnltis eum providere qui vix ad custodiam sui sufficit vigilare. Nemo vero sludiosus est in custodiendo, nisi qui pavidus fuerit in suscipiendo. Et nemo sic perseverat. in cœpto, sicut qui tardus est et providus ad incipiendum. In quo quidem tanto feminarum sit providentia, quanto earum infirmitas magua minvs tolerat onera, et quiete plurimum est fovenda.
Speculum animæ Soripturam sacram constat esse, in quam quilibet legendo vivens, intelligendo proficiens , morum suorum pulchritudinem cognoscit, vel
sorte qu’il peut accroître l’une et diminuer l’autre. C'est ce miroir que saint Grégoire, dans son Traité des Morales, livre second, nous rappelle dans le passage où il dit : « l'Écriture sainte est pour les yeux de l’âme un miroir qui nous est présenté afin que nous voyions notre visage intérieur. C’est là, en effet, que nous connaissons nos actions honteuses, là que nous envisagcons nos bonnes actions, là que nous jugeons ce que nous avons fait de progrès et combien nous sommes éloignés d'en avoir fait. » Or celui qui regarde l’Écriture sans la comprendre est comme un aveugle qui aurait un miroir sous les yeux. Il ne peut y voir ce qu'il est, ni y chercher les lumières qu’elle renferme. Il est devant l’Écriture, faute d'en savoir profiter, comme serait un âne devant une lyre. C’est un affamé auquel est servi un pain dont il ne sait pas manger : incapable de pénétrer par lui-même le sens de la parole de Dieu, et n'ayant personne pour lui en préparer l'intelligence par ses instructions, il est pourvu d’une nourriture qui lui est absolument inutile.
Aussi l’Apôtre dit-il, nous engageant tous en général à l'étude de l’Écriture sainte: « tout. ce qui est écrit a été écrit pour
deformitatem deprehendit : nt illam videlicet augere, hanc studeat removere. Hoc nobis speculum beatus commemoraus Gregorius in II Moralium ait : « Scriptura sacra mentis oculis quasi quoddam speculum opponitur, ut interna nostra facies in ipsa videatur. Ibi etenim fœda cognoscimus, ibi pulchra nostra conspicimus. fbi sentimus quintum proficimus , ibi a profectu quam longe distamus. » Qui autem Scripturam conspicit quam non intelligit, quasi cæcus ante oculos [ speculum ? ] tenet, in quo qualis sit cognoscere non valet, nec doctrinam quærit in Scriptura, ad quam ipsa est tantummodo facta, et tanquam asinus applicatur ad lyram, sic otiosus sedet ad Scripturam, et quasi panem. appositum habet, quo jejunus non reficitur, dum verbum Dei nec se per intel ligentiam penetrante, nec alio ei docendo frangente, inutiliter cibum habet qui ei nullatenus prodest. Unde et A postolus generaliter ad Scripturarum studium nos adhortans : « quæcunque, inquit, scripta sunt, ad nostram doctrinam
notre instruction ; en sorte que les Écritures nous donnent palience, consolation, espoir. » Et ailleurs: « remplissez-vous de l'Esprit saint, en vous entretenant vous-même dans les psaumes, les hymnes et les cantiques spirituels. » Or, c’est s’entretenir soi-même, que de comprendre ce que l’on dit et de savoir tirer le fruit de ses paroles. Le même apôtre dit à Timothée : « en attendant que je vienne, appliquez-vous à la lecture, à l’exhortation, à l'instruction. » Et aïlleurs : « quant à vous, demeurez ferme dans tes choses que vous avez apprises et qui vous ont été confiées ; sachant de qui vous les avez apprises, et que vous avez été nourri, dès votre enfance, dans les lettres saintes qui peuvent vous instruire pour le salut, par la foi qui est en Jésus-Christ. Toute Écriture inspirée de l'Esprit saint est utile pour instruire, pour reprendre, pour corriger, pour s’élever dans la vie de la justice, en sorteque l’homme de Dieusoit parfait, étant formé à toute espèce de bonnes œuvres. » Et dans sa lettre aux Corinthiens, il les invite à se pénétrer de l'intelligence de. l'Écriture sainte, afin de pouvoir expliquer les passages qui seraient cilés devant eux: « attachez-vous, dit-il, à la charité; cherchez à gagner les dons spirituels, surtout le don des
scripta sunt; ut per patientiam et consolationem Scripturarum spem habeamus, » Et alibi : « implemini Spiritu sancto, loquentes vobismetipsis in psalmis, et hymnis, et canticis spiritualibus. » Sibi quippe vel secum loquitur, qui quod profert intelligit, vel de intelligentia verborum suorum fructum facit. Idem ad Timotheum : « dum venio, inquit, attende lectioni, exhortationi, doctrinæ. » Et iternm : « tu vero permane in iis quæ didicisti, et credita sunt tibi; sciens a quo didiceris, et quia ab infantia sacras litteras nosti, quæ te possunt instruere ad salutem, per fidem quæ est in Christo Jesu. Omnis Scriptura divinitus inspirata, ntilis est ad docendum, ad arguendum, ad corripiendum, ad erudiendum in justitia, ut perfectus est homo Dei ad omne opus lonum instrnctus. » Qui etiam ad intelligentiam Scripturæ Corinthios admonens, ut quæ videlicet alii de Scriptura loquuntur exponere valeant : « seciamini, tnquit, charitatem, æmulamini spiritualia: magis autem spiritns ut
prophéties ; car celui qui parle de la langue parle non pour les hommes, mais pour Dieu, tandis que celui qui prophétise édifie l’Église, C’est pourquoi celui qui parle de la langue demande qu'elle soit entendue. Je prierai en esprit, je prierai aussi de façon à être entendu. Je chanterai en esprit, je chanterai aussi de façon à être entendu. Au surplus, si vous bénissez de cœur, qui pourra prendre le rôle du peuple? Comment répondra-t-il amen à votre bénédiction, s’il ne sait ce que vous dites? Votre action de grâces est bonne, mais nul n’en est édifié. Je rends grâces à Dieu de ce que je parle une langue que vous entendez tous, mais j’aimerais mieux, quant à moi, dire dans l'église cinq paroles intelligibles qui instruiraient les autres, que dix mille dans une langue étrangère. Mes frères, ne soyez pas enfants par l'intelligence, soyez enfants par la méchanceté; par l’intelligence soyez parfaits. »
Parler une langue c’est former des sons, et non pas en donner l'intelligence aux autres. Prophétiser ou interpréter, c'est, à l'exemple des prophètes qu’on appelle voyants, c’est-à-dire intelligents, comprendre ce que l’on dit et en donner l'explication. Celui-là prie ou chante de cœur seulement, qui forme des
prophetetis, Qui enim loquitur lingua, non hominibus loquitur, sed Deo. Qui autem prophetat, Ecclesiam ædificat. Et ideo qui loquitur lingua, oret ut interpretetur. Orabo spiritu, orabo et mente. Psallam spiritu, psallam et mente, Cæterum si benedixeris spiritu, quis implebit locüm idioiæ ? Quomodo dicet amen super tuam benedictionem, quoniam quid dicas nescit? Nam tu quidem bene gratias agis : sed alter non ædificatur. Gratias ago Deo, quouiain omnium vestrum lingua loquor. Sed in ecclesia volo quinque verba sensu meo loqui, ut et alios instruam, quam decem millia verborum. Fratres, nolite effici parvi seusibus, sed malitia parvuli estote, sensibus autem perfecti. » Loqui lingna dicitur qui ore tantum verba format, non intelligentia exponendo ministrat. Prophetat vero sive interprelatur qui more prophetarum, qui védenles dicuniur, id est intelligentes, ea quæ dicit intelligit, ut ipsa exponere possit. Orat ille - spiritu sive psallit, qui solo prolationis flatu verba format, non mentis intelli-
mots, et en profère le bruit sans y appliquer son intelligence. Ainsi, lorsque c'est la bouche qui prie en nous, c'est-à-dire lorsque nous nous bornons à articuler des sons par le souffle de la prononciation, sans que le cœur conçoive ce qu'émettent les lèvres, notre âme n’en reçoit pas l'impression nécessaire pour que la prière nous élève, par l'intelligence des paroles émises, à l'amour de Dieu. C’est pour celte raison que l’Apôtre nous recommande-de nous attacher à ce que nous disons, en sorte que nous ne sachions pas seulement proférer des mots, comme beaucoup d’autres, mais que nous en ayons pleinement l'intelligence ; autrement, il le déclare, prière et chant seraient sans profil. Saint Benoît était aussi de cet avis. « Appliquonsnous à chanter, dit-il, de façon à ce que notre âme soit en harmonie avec notre voix. » C’est aussi le précepte du Psalmiste : « chantez avec intelligence. » Il veut qu’à l'expression des mots l’assaisonnement de l'intelligence, qui donne le goût, ne manque pas, et que nous puissions en toute sincérité dire au Seigneur : « que vos paroles sont douces à mon gosier ! » Et ailleurs : « ce n’est pas avec des flûtes que l’homme se rendra agréable à Dieu. » La flûte, en effet, émet des sons qui char-
gentiam accommodat. Cum vero spiritus noster orat, id est nostræ prolationis . flatus solammodo verba format, nec quod ore profertur corde concipitur,-mens nostra sine fructu est, quem in oratione videlicet habere debet, ut ipsa scilicet ex intelligentia verborum in Deum compungatur atque accendatur. Unde hanc in verbis perfectionem nos admonet habere , ut. non more plurisorum verba tantum sciamus proferre, verum etiam intelligentiæ sensum in iis habere ; atque aliter nos orare vel psallere infructuose protestatur. Quem et beatus sequens Beuedictus : « sic stemus, inquit, ad psallendum, ut mens nostra concordet voci nostræ.» Hoc et Psalmista præcipiens, ait : « psallite sapienter, » ut videlicet verborum prolationi sapor et conditrrentum intelligentiæ non desit, et cum ipso veraciter Domino dicere valeumus : « quam dulcia faucibus meis eloquia tua! » Et alibi : « non in tibiis viri beneplacitum erit ei.» Tibia quippe sonitum emittit ad delectationem voluptatis, non ad intelligentiam
ment les sens, mais qui ne pénètrent pas dans l'intelligence ; aussi dit-on que ceux-là jouent bien de la flûte, mais ne sont pas agréables au Seigneur, qui se plaisent à produire des sons mélodieux, sans que l'intelligence en soit édifiée. Et comment, dit l’Apôtre, comment à la bénédiction, dans les cérémonies de l'4glise, répondra-t-on amen, si la formule de la bénédiction n’est pas comprise, si l’on ne sait si ce que demande la prière est bon ou non? Ainsi voyons-nous souvent dans les églises des gens simples et ignorants faire, faute de savoir, des prières qui leur sont plus nuisibles qu’utiles. Quand on dit par exemple : ué sic transeamus per bona temporalia, ut non amitlamus æterna, etc., il en est que l’affinité des mots presque semblables induit en erreur, et qui disent : uf nos amitlamus œæterna, où encore : ut non admittamus æterna. C'est ce danger que l’Apôtre veut prévenir, quand il dit : « au reste, si vous béuissez de cœur, » c’est-à-dire si vous vous bornez à émettre des lèvres les mots de la bénédiction, sans prendre lu peine d’en faire arriver le sens à l'intelligence de l'auditeur, « qui prendra le rôle du peuple » ? c'est-à-dire qui parmi les assistants, dont le rôle est de répondre, se chargera de répondre pour le peuple, qui
mentis. Unde bene in tibiis cantare, nec iu boc Deo placere dicuntur, qui melodia sui cantus sic oblectantur, ut nulla hinc ædificentur intelligentia. Qua etiam ratione, inquit Apostolus, quum benedictiones in ecclesia fiunt, respoudebitur amen, si quod oratur in illa benedictione nou intelligatur, utrum videlicet bonum sit qnod oratio postulat, aut non. Sic enim sæpe multos idiotas et litterarum sensum ignorantes videmus in ecclesia per errorem uonnulla sibi nociva { magis?] quam utilia precari, veluti quum dicitur : « Ut sic transeauus per bona temporalia, ut non amittamus ælerna; » facile ipsa cousimilis vocis affinitas nonnullos sie decepit, ut vel sic dicant : « ut nos amittamus æterna, » vel ita proferant : « ut non admittamus æterna. » Gui etiam periculo Apostolus providens ait : « cæterum si benedixeris spiritu, » id est prolationis tantumn flatu verba benedictionis formaveris, non sensu meutein audientis iusiruxeris, a quis supplet locum idiotæ ? » Id est, quis de assistentibus , quorum est res-
ne peut pas, qui ne doit pas le faire? Comment dira-t-il amen, ne sachant si c’est dans une bénédiction ou dans une malédiction que vous l’engagez ? Enfin, comment ceux qui ne comprennent pas les Écritures pourront-ils se permettre des discours édifiants, exposer, interpréter la règle, ou en corriger les abus ? | .
” Aussi ne sommes-nous pas peu étonnés, — c’est une inspiration du démon, — qu'il ne se fasse dans les monastères aucune étude pour l'intelligence des Écritures, qu’on s'occupe d’exercer au chant et à la prononciation des mots, et point d’en donner la compréhension ; comme, si pour la brebis, paître était plus utile que bêler. L'intelligence de la divine Écriture est l'aliment et la nourriture spirituelle de l'âme. C’est ainsi que le Seigneur, destinant Ézéchiel à la prédication, le nourrit d'un livre qui découla aussitôt de ses lèvres comme un doux miel. Nourriture dont il est écrit dans Jérémie : « les enfants ont demandé du pain, et il ne s’est trouvé personne pour le leur rompre. » Car c'est rompre le pain aux enfants que de donner aux simples l'intelligence des lettres. Et ces enfants
pondere, id aget respondendo, quod idiota non valet, imo nec debet ? « Quomodo dicet amen? = quum videlicet nesciat utrum in maledictionem potius quam benedictionem inducas. Denique qui Scripturæ non habent intelligentiam, quomodo sermonis ædificationem sibi ministrabunt, aut etiam regulam ‘exponere vel intelligere, aut vitiose prolata corrigere valebunt? Unde non mediocriter miramur quæ inimici suggestio in monasteriis hoc egit, ut nulla ibi de intelligendis Scripturis sint studia, sed de cantu tantum vel de verbis solummodo formandis, non intelligendis, habeatur disciplina : quasi ovium balatus plus utilitatis habeat, quam pastus. Cibus quippe est animæ et spiritalis refectio ipsi divina intelligentia Scriptnræ. Unde et Ezechielem prophetam ad prædicandum Dominus destinans, eum prius volumine cibat, quod statim in ejus oré factum est mel dulce. Le quo etiam cibo scriptum est in Jeremia : « parvuli petierunt panem, et non erat qui frangeret eis. » Panem quipype parvulis frangit; qui litter& sensum simplicioribus aperit; Hi vero parvuli panem
qui demandent du pain sont ceux qui désirent nourrir leur âme de l'intelligence de l’Écriture, ainsi que le dit ailleurs le Seigneur : « j'enverrai la faim sur la terre, non pas une faim de pain ni une soif d'eau, mais la faim d'entendre la parole de Dieu. »
Le démon, au contraire, a envoyé dans les cloîtres des monastères la faim et la soif d'entendre les paroles des hommes el les bruits du monde, en sorte qu'occupés d’un vain parlage, nous repoussions d'autant plus la parole divine, que faute des doux assaisonnements de l'intelligence, elle nous paraît sans goût. C'est de là que David disait, ainsi que je l’ai rapporté plus haut : « que ces paroles sont douces à mon gosier ! elles sont plus douces que le miel à mes lèvres. » Et il explique aussitôt en quoi consiste cette douceur : « vos préceptes m'ont donné l'intelligence ; » c’est-à-dire : « c'est par vos préceptes et non par ceux des hommes que j'ai reçu l'intelligence ; ce sont eux qui m'ont instruit et éclairé. » Quelle est l'utilité de cette intelligence, il n'oublie pas de la montrer : «c’est pour cela, ajoute-t-il, que j’ai haï toutes les voies d’iniquité. » Il est, en effet, beaucoup de voies d’iniquité si manifestement ouvertes,
frangi postulant, quum de intelligentia Scripturæ animani saginari desiderant, sicut alibi Dominus testatur : «a emittam famem in terra, non famem panis neque sitin aquæ, sed audiendi verbum Domini. » Hinc autem e contrario antiquus hostis famem et sitim audiendi verba hominum, et rumores seculi, claustris monasteriorum immisit, ut vaniloquio vacantes divina tanto amplius fastidiamus eloquia, quanto magis sine dulcedine vel condimento intelligentiæ nobis fiunt insipida. Unde et Psalmista, ut supra meminimus : « quam dulcia faucibus meis eloquia tua! super mel ori meo. » Quæ quidem dulcedo in quo consisteret statim annexuit dicens : « a mandatis tuis intellexi. # Id est; a mandatis tuis potius quam humanis intelligentiam accepi ; illis videlicet eruditus atque instructus. Gujus quidem intelligentiæ quæ sit utilitas non prætermisit, subjungens : « propterea odivi omnem viam iniquitatis. 5 Multæ quippe iniquitatis viæ ita per se sunt apertæ, ut facile omnibus in odium vel contem-
qu'il est difficile que tout le monde n’en vienne pas à les haïr ou les mépriser; mais ce n'est que par l'intelligence de la parole divine que nous pouvons connaître toutes celles qui existent, et les éviter. C’est de là que David dit encore: « j'ai caché mes paroles dans mon cœur, afin de ne pas vous offenser. » Elles sont cachées dans notre cœur plutôt qu'elles ne résonnent sur nos lèvres, lorsque la méditation en a fixé l'intelligence. Ainsi moins nous nous appliquons à cette intelligence, moins nous connaissons, moins nous évitons les voies d’iniquité, et moins nous pouvons nous prémunir contre le péché.
Cette négligence est d'autant plus coupable chez des moines qui aspirent à la perfection, que la science leur est plus facile, grâce à l’abondance des livres saints dont ils sont pourvus, et aux loisirs dont ils jouissent. Aussi, dans les Vies des Pères, l’auguste vieillard accusait-il vivement ceux qui se glurifient de la multitude des livres qu'ils possèdent et qui ne prennent aycun soin de les lire. « Les prophètes ont écrit des livres, dit-il; nos pères, qui sont venus ensuite, ont beaucoup travaillé sur ces livres, leurs successeurs en ont rempli leur mémoire ; puis est venue cette génération, la nôtre, qui les transmet sur des parche-
ptum veniant, sed omuem iniquitatis viam non nisi per eloquia divina cognoscamus, ut omnes evitare possimus. Hinc et illud est : « in corde meo abscondi eloquia tua, ut non peccem tibi. » In corde potius recondita sunt quam in ore sonantia, quum eorun intelligentiam meditatio nostra retinet. Quorüm quidem intelligentiæ quanto minus studemus, minus has iniquitatis vias cognoscimus atque vitamus, et minus a peccato nobis providere valemus. Quæ quidem negligentia tanto anplius in monachis, qui ad perfectionem aspirant, est arguenda, quanto hæc eis facilior esset doctrina, qui et sacris abundant libris, et quietis otio perfruuntur. Ques quidem de multitudine scriptorum gloriantes , sed ab ‘eorum lectivne vacantes, senex ille in Vétis Palrum egregie arguit, dicens : « Prophetæ scripserunt libros, patres autem nostri venerunt post eos, et operati sunt in eis plurima. Etenim successoresillorum commendaveruntillos memoriæ. Venit autem generatio quæ nuuc est, et scripsit in chartis atque membranis, et
mins et des peaux, mais qui les laisse reposer dans les vitrines des bibliothèques ! » C’est pour cela que l'abbé Palladius aussi nous engage vivement à apprendre et à enseigner. « Il faut qu'une âme qui veut vivre selon la volonté de Jésus-Christ, dit-il, apprenne fidèlement ce qu’elle ignore, ou enseigne clairement ce qu'elle sait.» Or, si elle ne sait ni l'une ni l’autre de ces choses, le pouvant, mais ne le voulant pas, c'est qu’elle est atteinte de folie.
En effet le premier principe de l'éloignement de Dieu, c’est le manque de goût pour sa doctrine. Et comment peut-on l'aimer, quand on ne désire pas ce dont l'âme a toujours besoin ? Aussi saint Athanase, dans son Exhortation aux moines, leur recommande-t-il le soin de la lecture et de l'étude jusqu’à leur permettre, pour s’y livrer, d'interrompre l'exercice de la prière : « Je vais, dit-il, traçer le chemin de notre vie. D'abord l’abstinence, le jeûne, la prière et la lecture assidues, ou pour ceux qui ne seraient pas encore versés dans les lettres, le soin d'écouter, inspiré par le besoin d'apprendre; voilà pour les nouveau-nés encore nourris à la mamelle, si je puis ainsi dire, les premiers éléments de la connaissance de Dieu; » et après quelques explications : « il faut, ajoute-t-il, incessamment
reposuit in fenestris otiosa. » Hinc et abbas Palladius ad discendum pariter et docendum nos vehementer adhortans, ait : « Oportet animam secundum Christi voluntatem conversantem aut discere fideliter quæ nescit, aut docere manifeste quæ novit. » Si autem utrumque,quum possit, non vult, insaniæ morbo Jaborat. Initium enim recedendi a Deo fastidium doctrinæ est, et quum non appetit illud quod semper anima esunrit, quomodo diligit Denm ? Hinc et beatus Anastasius in exhortatione monachorum, in tantum discendi vel Jegendi studium commendat, ut per hoc etiam orationes intermitti suadeat. « Pergam, inquit, per tramitem vitæ nostræ. Primum abstinentiæ cura, jejunii patientia, orandi assiduitas, et legendi, vel si quis adhnc litterarum expers sit, audiendi sit desiderium cupiditate discendi. Hæc enim prima sunt quasi lactantium cunabuloram in Dei agnitione crepundia. » Et post aliqua quum præmisisset :
prier : d’une prière à l’autre, qu'il y ait à peine l’intervalle d’un moment. Il ne ‘doit y avoir d'interruption, dit-il ensuite, que pour la lecture. » Et saint Pierre ne dit pas autrement : « soyez toujours prêts à rendre raison de votre foi et de vos espérances à qui vous interroge. » Et saint Paul : « nous ne cessons de prier pour vous, afin que vous soyez remplis de Ja connaissance de Dieu en sagesse et en intelligence spirituelle. » Et encore : « que la parole de Jésus-Christ demeure en vous avec la plénitude de sa sagesse. »
Dans l'Ancien Testament ,: la loi recommande aussi aux hommes de s’instruire des préceptes sacrés. « Heureux Phomme, dit David, qui ne s’est pas laissé aller au conseil des impies, qui ne s’est pas arrêté dans la voie des pécheurs, qui ne s’est pas assis dans les chaires de pesfilence, mais dont la volonté repose sur la loi du Seigneur. »
Dieu lui-même dit à Jésus-Christ : « ce livre ne sortira pas ‘
de:vos mains, et vous le méditerez jour et nuit. »
Parmi les occupations du monastère s’introduisent souvent les mauvaises pensées, dont la pente est glissante ; et bien que notre application tienne notre esprit tendu vers Dieu, l’idée des choses
« orationibus vero ita instandum est, quod vix-eas aliquod tempus interpolet, » postea subjecit : « has, si fieri potest, sola legendi iutercapedo disrumpat. »
Neque enim alias Petrus apostolus admoneret : « parati semper estole ad ratiouem reddendam ad omnes poscentes vos de verbo fidei vestræ et spei. » Et Apostolus : « Non cessamus pro vobis orantes, ut impleamini agnitione ejus in omni sapientia et intellectu spirituali. » Et rursum : «Verbum Christi habitet in vobis abundanter in omni sapientia. » Nam in Veteri Testamento similem hominibus curam sacræ præceptionis inculcavit eloquium. Sic enim David ait : « Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum, et in via peccatorum non stetit, et in cathedra pestilentiæ non sedit; sed in lege Domini voluntas ejus. » Et ad Jesam Nave Deus loquitur : « Non recedet liber iste de manibus tuis, et meditaberis in eo die ac nocte. » His quoque negotiis malarum cogitationum lubrica frequenter se ingerunt, et quamvis ipsa sedulitas animum ad Deum præstet in-
du siècle a toujours prise sur nous et nous tourmente. Que si celui qui se livre avec zèle aux exercices religieux est exposé à ces tentations, comment celui qui ne fait rien y échappera-t-il ? Le pape saint Grégoire, dans son dix-neuvième livre des Morales, dit : « nous gémissons de voir déjà arrivé le temps où nous trouvons dans l'Église tant de prélats qui ne veulent pas exécuter ce qu’ils comprennent, ou qui dédaignent même de connaître et de comprendre la parole divine. Car ils détournent leurs oreilles de la vérité pour écouter des fables ; ils cherchent tout ce qui est de ce monde, non ce qui est de Jésus-Christ. Partout on trouve les écrits qui renferment la parole de Dieu, partout on peut les lire. Mais les hommes dédaignent de les connaître, et nul, pour ainsi dire, ne cherche à savoir ce qu'il croit. »
Et pourtant la Règle de chaque monastère et les exemples des saints Pères nous y exhortent. Saint Benoît ne donne aucun précepte sur l’enseignement ou l'étude du chant, et il en donne un grand nombre sur la lecture ; il fixe même exactement lesmoments de lire comme ceux de travailler ; il règle si bien l’enseignement de la dictée et de la composition, que parmi les objets nécessaires que les moines ont le droit d'attendre de l'abbé, il n’oublie ni le
tentum, efficit tamen in se mordax seculi cura sollicitum. Quod si hoc frequenter importune patitur religioso labori deditus, nunquam profecto illis carebit otiosus. Et beatus papa Gregorius, lib. Moral. XIX : « Quæ tempora, inquit, jam nunc inchoasse ingemiscimus, quum multos intra Ecclesiam positos cernimus, qui aut nolunt operari quod intelligunt, aut hoc ipsum quoque sacrum eloquium intelligere ac nosse contemnunt. A veritate enim avertentes auditum , ad fabulas convertuntur : dum « omnes quæ sua sunt quærunt, non « quæ Jesu Christi. » Scripta Dei, ubique reperta, opponuntur oculis ; sed hæc cognoscere homines dedignantur. Pene nullus scire quærit quod credidit.» Ad quod etiam plurimum jpsos et professionis suæ regula et sanctorum Patrum adhortantur exempla. Nihil quippe de doctrina vel studio cantus admonet Benedictus, quum ipse plurimum de lectione præcipiat, et ipsa legendi tempora, sicut et laborandi, diligenter assignet, et in tantum de ipsa quoque dictandi seu scribendi doctrina provideat, ut inter necessaria quæ ab abbate monachi spe-
papier ni les plumes. Bien plus, il prescrit entre autres choses, au commencement du Carème, que tous les moines reçoivent un certain nombre de livres de la bibliothèque pour les lire à la suite et d’un bout à l’autre. Or, quoi de plus ridicule que de donner du temps à la lecture et de ne pas prendre le soin de comprendre ce qu'on lit? On connait le proverbe du Sage: « lire sans entendre, c’est perdre son temps. » C'est à un tel lecteur qu’on peut appliquer avec justesse ce mot du philosophe : « un âne devant une lyre. » C’est, en effet, un âne devant une lyre qu’un lecteur qui tient un livre et qui n'en comprend pas le sens. Mieux vaudrait pour ceux qui lisent ainsi porter leur effort sur quelque chose d’utile que de perdre leur temps à regarder des lettres et à tourner des feuillets. Ces sortes de lecteurs accomplissent bien la prophélie d’Isaïe : « toutes les visions des prophètes vous seront comme les caractères d'un livre fermé qu'on donnerait à un homme qui sait lire en lui disant : « lisez ce livre, et il répondra : « je ne puis, ce livre est fermé .p alors on donnera le livre à un homme qui ne sait pas lire, en. lui disant : « lisez, » et il répondra : «je ne sais pas lire. » C'est
rare debeant, tabulas etiam et graphium non prætermittat. Qui quum inter cætera jubeat, quod in capite Quadragesimæ omnes monachi singulos accipiant codices ex bibliotheca, quos per ordinem ex integro legant : quid hoc magis ridiculosum quam lectioni vacare, et intelligentiæ operam non dare? Notum quippe est illud Sapientis'proverbium : « Legere et non iutelligere, negligere est. » Tali quippe lectori merito illud philosophi : "AXX ôvos Abpaç, improperandum est. Quasi enim asinus est ad lyram lectorlibram tenens, id ad quod liber est factus agere non valens. Multo etiam salubrins tales Jectores alias intenderent, ubi aliquid utilitatis inesset, qnam otiose vel scripturæ litteras inspicerent, vel folia versarent. In quibus profecto lectoribus illud Isaiæ compleri manifeste videmns : « Et erit, inquit, vobis visio omnium sicut verba libri signati. Quem quum dederint scienti litteras, dicent : « lege istum, » et respondebit : « non possnm; signatus est enim. » Et Gabitur liber nescient . litteras. diceturque ei : « lege,» et respondebit : « nescio litteras.» Et dixit
pourquoi le Seigneur a dit : « ce peuple s'approche de moi, mais seulement de bouche; il me glorifie, mais seulement des lèvres ; quant à son cœur, il est éloigné de moi; il ne me craint que parce que les hommes l'ordonnent et l’enseignent ainsi. Voici donc que je frapperai encore ce peuple d’admiration et d'étonnement en accomplissant un grand prodige : la sagesse de ses sages périra, et l’entendement de ses habiles sera obscurci. »
On dit dans les cloîtres que ceux-là connaissent les lettres qui savent les prononcer. Pour ce qui est de l'intelligence, ils avouent qu'ils ignorent la loi ; et le livre qu'on leur donne est pour eux un livre fermé, comme pour ceux qu'ils appellent illettrés. Eh bien, ce sont ceux-là que le Seigneur accuse de s’approcher de lui de la bouche seulement et des lèvres, puisqu'ils ne peuvent comprendre les mots qu’ils savent, tant bien que mal, prononcer. Étrangers à la science des révélations divines, ils suivent plutôt, dans leur obéissance, la coutume des hommes que l'utilité de l'Écriture. C’est pour cela que le Sei-
gneur menace d'aveugler ceux qui parmi eux passent pour sages et siégent comme docteurs.
Le grand docteur de l’Eglise, l'honneur de la vie monastique,
Dominus : « Eo quod appropinquat populus iste ore suo, et labiis suis glorificat me, cor autem ejns longe est a me, et timuerunt me mandato hominum et doctrinis : ideo ecce ego addam ut admirationem faciam populo huic miraculo grandi ei stupendo. Peribit enim sapientia a sapientibns ejus, et intellectns prudentinm ejus abscondetur. » Scire quippe litieras in claustris dicenntur quicunque illas proferre didicerunt. Qui profecto, qantum ad intelligentiam spectat, se nescire legem profitentes, librum qui traditur habent signatum æque ut illi quos illitteratos ibidem dicunt. Quos quidem Dominus arguens dicit eos ore et labiis potius quam corde sibi appropinquare; quia quæ proferre utennque valent, intelligere minime possant. Qui dum divinorum eloquiorum scientia careant, magis consuetudinem hominum quam utilitatem Scripturæ obediendo sequuntur, Propter hoc Dominus eos quoque qui sapientes inter eos videntur et doctores resident, excæcandos esse comiminatur. Maximus Ecclesiæ doctor et
saint Jérôme, nous exhorte à l’amour des livres, quand il dit : « aimez la science des lettres : c’est le moyen de ne pas aimer les péchés de la chair. » Combien il leur a consacré lui-même de temps et de peine, son témoignage nous l’apprend. Entre les différentes révélations qu’il nous fait sur ses propres études, sans doute pour que son exemple nous serve de leçon, il dit, en certain passage, à Pammachus et à Oceanus : « quand j'étais jeune, j'étais dévoré d’une ardeur d'apprendre extraordinaire. Et je n’ai pas fait moi-même mon éducation, suivant les présomptueuses prétentions de quelques-uns; j'ai suivi les leçons d’Apollinaire à Antioche, je me suis attaché à lui, et il m’instruisait dans les saintes Écritures. Déjà des cheveux blancs parsemaient ma tête, et le rôle de maître me convenait moins que celui de disciple : j'allai néanmoins à Alexandrie, je suivis les leçons de Didyme, et je lui rends grâces de m'avoir appris bien des choses que j'ignorais encore. On croyait que j'en avais fini d’apprendre : je retournai à Jérusalem et à Bethléem pour assister (au prix de quel travail et de quelles dépenses !) aux cours du docteur hébreu Barannias; il les faisait la nuit, car il craignait les Juifs, et il se montrait pour moi comme un autre Nico-
LS
monasticæ professionis honor, Hieronymus, qui nos ad amorem litterarum adhortans, ait : « ama scientiam litterarum, et carnis vitia non amabis, » qnantum laborem et expensas in doctrina earum consumpserit ejns quogne testimonio didicimus. Qui inter cætera quæ ipsemet de proprio scribit studio, ut nos etiam videlicet suo instruat exemplo, ad Pammachinm et Oceanum quodam loco sic meminit : « dum essem juvenis, miro discendi fervebam amore. Nec, jnxta quorumdam præsumptionem, ipse me docui; Apollinarem audivi frequenter Antiochiæ, et colui, quum me in Scripturis sanctis erudiret. Jam canis sparge- “batur caput , et magistrum potins quam discipulum decebat. Perrexi tameñ Alexandriam. Audivi Didymum ; in multis ei gratias ago, quod nescivi didici. Putabant me homines finem fecisse discendi. Rursus Hierosolymæ et Bethlehem, quo labore, quo pretio Baranniam Hebræum nocturnum habui præceptorem ! Timebat enim Judæos, et mihi alterum sese exhibebat Nicodemum. » Memori
dème. » Il avait, sans doute, gravé dans la mémoire ce qu'il avait lu dans l’Ecclésiaste : « mon fils, commencez à vous instruire dès votre jeunesse, et jusqu’en vos vieux ans vous trouverez la sagesse. » Et ce n'étaient pas seulement les paroles de l’Écriture, c'étaient aussi les exemples des saints Pères qui l'avaient instruit: car parmi les éloges qu’il doune à cet excellent monastère, il ajoute ceci au sujet de l'étude particulière qu'on y faisait des saintes Écritures : « nous n'avons jamais vu tant d'application à la méditation, à l'intelligence, à l'étude des divines Écritures ; on les aurait pris pour autant d’orateurs appelés à l’enseignement de la sagesse divine. »
Saint Bède aussi, reçu fort jeune dans un monastère, disait, ainsi qu'il le rapporte dans son histoire d'Angleterre : « pendant tout le temps de ma vie que j'ai passé dans le même monastère, je me suis livré à la méditation de l’Écriture, et dans les intervalles de loisir que me laissaient l’observance de la règle et le soin quotidien de chanter à l'église, j'ai fait mes délices d'apprendre, d'enseigner ou d'écrire, » Et aujourd'hui ceux qui sont élevés dans les monastères se complaisent dans une telle ignorance, que, se bornant à émettre des sons, ils ne prennent aucun
profecto mente hic recondiderat quod in Ecclesiastico legerat : « fili, a juventute tua excipe doctrinam, et nsque ad canos invenies sapientiam. » In quo ipse non solum Scripturæ verbis, verumetiam sanctorum Patrum instructus exemplis, inter cæteras excellentis illius monasterii laudes hoc de singulari exercitio ejus in Scripturis divinis adjecit : « Scripturarum vero divinarum meditationem et intellectum, atque scientiæ divinæ, nunquam tanta vidimus exercitia, ut singulos pene eorum oratores credas in divinam esse sapientiam. » Sanctus etian Beda, sicut in Historia refert Anglorum, a puero in monasterium susceptus : « cunctum, inquit, ex eo tempus vitæ in ejnsdem monasterii habitatione peragens, omnem meditans Scripturis operam dedi; atque inter observantiam disciplinæ regularis et quotidianam cantandi in ecclesia curam, semper aut discere , aut scribere dulce habui. » Nunc vero qui in monasteriis erudiuntur adeo stulti perseverant ut litterarum sono contenti nnllam de intel-
souci de comprendre; ce n’est pas leur cœur, c’est leur langue qu’ils s’attachent à former. C’est à eux que s’adresse clairement Salomon dans ses Proverbes, lorsqu'il dit : « le cœur &u sage cherche la science, et la bouche de l’insensé se repaît d'ignorance ; » cela, sans doute, quand il se plaît à répéter des paroles qu'il ne comprend pas; « et certes , ils doivent d’autant moins aimer Dieu et s’enflammer pour lui, qu’ils sont plus éloignés de le comprendre et d'entendre l’Écriture qui nous le fait comprendre. » |
Deux causes particulièrement ont, selon nous, contribué à cette ignorance : d’abord l'envie des frères laïques ou convers, et même des supérieurs; ensuite le vain parlage et l’oisiveté que
nous voyons aujourd’hui régner dans la plupart des monastères. |
Dans leur désir de nous attacher avec eux aux choses de la terre | plutôt qu’aux choses du ciel, ces moines ressemblent aux Philistins qui persécutaient Isaac tandis qu’il creusait des puits, et qui comblaient ces puits avec de la terre pour l'empêcher d'avoir de l’eau. C'est ce que saint Grégoire définit dans son seizième livre des Morales, lorsqu'il dit: « souvent, tandis que nous nous appliquons aux saintes Écritures, nous avons à lutter contre
ligentia curam assnmant, nec cor instruere, sed linguam student. Quos patenter illud Salomonis arguit proverbium : « cor sapieutis quærit doctrinam, et os stalturum pascetur imperitia ; » quum videlicet verbis quæ non intelligit oblectatur. a Qui profecto tanto minus Deum amare et in eum accendi possunt, quanto amplius ab eju#intelligentia et a sensu Scripturæ de ipso nos erudientis absistunt. » Hoe autem dnabns maxime de causis in monasteriis accidisse credimus, vel per laicorum, scilicet conversorum, seu etiam ipsorum præpositorum invidiam : vel propter vaniloquium otiositatis, cui hodie plurimum claustra mo. nastica vacare Videmus. Isti profecto nos terrenis magis quam spiritalibus secum inten-{ere cupientes, illi sunt qui tanquam Allophyli fodientem puteos Isaac persequuntur, et eos replendo congerie terræ aquam ei satagnnt prohibere. Quod beatns exponens Gregorius, lih. Moral. XVI, ait: « sæpe quum eloquiis sacris intendimus, malignornm spiritunum insidias gravius toleramus, quia menti nostræ
les embûches des esprits malins, qui jettent dans nos yeux la poussière des pensées de la terre et les ferment à la lumière de la vue intérieure, » Ce que David n’avait que trop éprouvé, quand il disait : « éloignez-vous de moi, esprits: méchants, et je scruterai les commandements de mon Dieu : » faisant entendre par là clairement qu’il ne pouvait scruter les commandements de Dieu, tandis que son esprit était en lutte avec les embüches des malins esprits.
C'est ce que marque aussi dans l’œuvre d'Isaac la méchanceté des Philistins, qui remplissaient de terre les fossés qu'il avait creusés.
En effet, nous creusons des puits, lorsque nous pénétrons dans les profondeurs du sens des divines Écritures, et les Philistins les comblent secrètement, quand, parmi nos méditations profondes, ils nous suggèrent les pensées terrestres de l'esprit du mal, et nous ferment, pour ainsi dire, les sources de la science divine que nous avons découvertes. Et comme personne ne peut triompher de tels ennemis par sa propre vertu, il est dit par Éliphas : «le Tout-Puissant sera contre vos ennemis, et vous amasserez des trésors. » C’est comme s'il était dit : tandis que le Seigneur, par sa puissance, éloignera de vous les
terrenarum cogitationum pulverem aspergunt ut intentionis nostræ ocnlos a luce intimæ visionis obscurent. Quod nimium Psalmista pertulerat quum dicebat : « declinate a me, maligni, et scrutabor mandata Dei meïi. » Videlicet patenter insinuans, quia mandata Dei perserntari non poterat, quum malignorum spirituum insidias in mente tolerabat: Quod etiam in Isaac opere Allophylorunm pravitate cognoscimus designari, qui puteos quos Isaac foderat, terræ congerie replebant. Hos enim nimirum puteos fodimus, quum in Scripturæ Ssacræ abditis sensibus alta penetramus. Quos tamen occulte replent Aïlophyli, quando nobis ad alta tendentibus immundi spiritus terrenas cogitationes ingerunt, et quasi inventam divinæ scientiæ aquam tollunt. Sed quia nemo hos hostes sua virtute superat, per Eliphaz dicitur : « eritqne omnipotens contra hostes tuos, et argentum coacervabitur tibi. » Ac si diceretur : dnm malignos spiritus Dominus
malins esprits, le trésor de la divine parole s’augmentera en vous. Il avait lu, sans doute, les homélies sur la Genèse du grand philosophe des Chrétiens, d'Origène, et il y avait puisé ce qu’il nous dit de ces puits. Car non-seulement c'était un foreur ardent des puits spirituels, non-seulement il nous engageait à venir boire de leur eau, mais il nous exhortait à en forer nous-mêmes, ainsi qu'il le dit dans le développement de sa douzième Homélie : « essayons de faire ce que la sagesse nous enseigne en disant : « buvez de l’eau de vos fontaines et de vos « puits, et ayez une fontaine à vous. » Et vous aussi, mon cher auditeur, tâchez d’avoir un puits, une source à vous, afin que, lorsque vous aurez pris un livre des saintes Écritures, vous puissiez de vous-même en interpréter le sens, conformément aux leçons que vous avez reçues dans l'Église. Tâchez, vous aussi, d’étancher votre soif à la source de votre esprit. Vous avez en vous.un fonds d’eau vive, une source intarissable, un courant d'intelligence et de raison : ne les laissez pas combler par la terre et les pierres. Creusez votre terrain d'une main ferme, nettoyezle, c’est-à-dire cultivez votre esprit, écartez-en la mollesse et
sua a te virtute repulerit, divini in te eloquii talentum lucidius crescet. Legerat iste, ni fallor, magni christianorum philosophi Origenis homelias 2n Genesi, et de ejus hauserat puteis quod nunne de ïis loquitur puteis. Ille quippe spiritualium puteorum fossor studiosus, non solum ad eorum potum, sed etiam effosionem nos vehementer adhortans, expositionis prædictæ homelia x11 ita loquitur : « Teutemus facere etiam ïillud quod Sapientia commonet dicens : « Bibe aquam de tuis fontibus, et de tuis puteis. Et sit tibi fons tuus proprius. » Tenta ergo et tu, o auditor, habere proprium puteum et proprium fonten, ut ettu quum apprehenderis librum Scripturarum, incipias etiam ex proprio sensu proferre aliquem intellectum, et, secundnm ea quæ in Ecclesia didicisti, tenta et tu bibere de fonte ingenii tui. Est intra te natura aquæ vivæ, sunt venæ perennes et irrigua fluenta rationabilis sensus, si modo non sint terra et rudibus completa. Sed satage fodere terram tuam, et purgare sordes, id est ingenium , amovere desidiam, et torporemn cordis excutere. Andi enim quod
l'engourdissement. Écoutez, en effet, ce que dit l'Écriture : « piquez votre œil et il en sortira des larmes; piquez votre cœur, et . il en sortira de l'intelligence. » Purifiez donc votre esprit, afin d'arriver à boire de l’eau de votre source, à puiser de l’eau vive à votre puits. Si vous recueillez la parole de Dieu, si vous recevez l’eau vive de Jésus et si vous la gardez fidèlement, elle deviendra pour vous une source jaillissante dans la vie éternelle. » Et encore dans l’Homélie suivante sur les puits d’Isaac : «ces puits, dit-il, qui avaient été comblés par les Philistins, ceux-là Îles comblent évidemment qui ferment l’intelligence spirituelle, en sorte qu'ils n’y boivent pas eux-mêmes et qu'ils ne permettent pas aux autres d'y boire. » Écoutez plutôt le Seigneur : « malheur à vous, scribes et pharisiens qui avez perdu la clef de la science, qui n'êtes pas entrés vous-mêmes et qui n’avez pas laissé entrer ceux qui le voulaient. » |
Pour nous, ne nous lassons pas de creuser des puits d’eau vive, approfondissons les anciens, creusons-en de nouveaux, prenons pour modèle ce scribe de l'Évangile dont le Seigneur a dit « qu'il tira de son trésor des pièces de monnaie anciennes et nouvelles. » Et encore : « imitons Isaac, et creusons avec lui
dicit Scriptura : « punge oculum, et profert lacrymam ; punge cor, et profert sensuam. » Purga etiam et tu ingenium tuum, ut aliquando etiam de tuis fontibus bibas, et de tuis puteis haurias aquam vivam. Si enim suscepisti in te verbum Dei, si accepisti ab Jesu aquam vivam, et fideliter accepisti, fiet in te fons aquæ salientis in vitam æternam. » Idem homelia sequente de puteis Isaac supra memoratis : « quos, inquit, Philistini terra repleverant, illi sine dubio qui intelligentiam spiritalem elaudunt , nt neque ipsi bibant, neque alios bibere permittant. » Audi Dominum dicentem : « væ vobis, scribæ et pharisæi, quoniam tulistis elavem scientiæ , non ipsi introistis, neque volentes permisistis. » Nos vero nunquam cessemus puteos aquæ vivæ fodiendo, et nunc quidem vetera, nunc etiam nova discutiendo, efficiamur similes illi evangelico scribæ de quo Dominus dixit : « qui profert de thesauro suo nova et vetera. » Item : « redeamus ad Isaac, et fodiamus cum ipso puteos aquæ vivæ, etiam si obsi-
des puits d’eau vive : les Philistins dussent-ils s’y opposer et nous
chercher querelle, n’en persévérons pas moins à creuser des puits avec lui, afin qu'il nous soit dit, à nous aussi : « buvez de l’eau de vos vases et de vos puits. »
Creusons jusqu’à ce que l’eau déborde dans nos places publiques; que la science des divines Écritures ne donne pas seulement satisfaction à nos propres besoins, éclairons les autres, apprenons-leur à boire. Que les hommes boivent et les animaux aussi, suivant cette parole du Prophète : « Seigneur, vous sauverez les hommes et les bêtes de somme. » Et quelques lignes plus bas : « celui qui est Philistin et qui n’a que le goût de la science terrestre ne saurait ni trouver de l’eau dans le monde entier, ni trouver le sens intelligent des choses. » |
A quoi bon la science, pour n’en pas faire usage ? A quoi bon la parole, pour ne s’en point servir ? C’est ressembler aux enfants d’Isaac qui creusaient des puits d’eau vive dans quelque terrain que ce fût. Qu'il n’en soit pas ainsi de vous. Fuyez tout vain parlage , et que celles d'entre vous auxquelles est échue la grâce d'apprendre s’attachent à s’instruire des choses de Dieu, ainsi qu’il est écrit du saint homme : « sa volonté repose sur la loi de
stunt Philistini, etiam si rixantur, nos tamen perseveremus cum ipso puteos fodiendo, ut et nobis dicatur : « Bibe aquam de tuis vasis, et de tuis puteis. » Et in tantum fodiamus, ut snperabundent aqnæ putei in plateis nostris, ut non soluin nobis sufficiat scientia Scripturarum, sed et alios doceamus et instruamus nt hibant. Homines bibant et pecora, quia et Propheta dicit : « Homines et jumenta salvos facies, Domine. » Et post aliqua : « qui Philistinus est, inquit, et terrena sapit, nescit in omni terra invenire aquam, invenire rationabilem seusu.n. » Quid tibi prodest habere eruditionem, et nescire ea uti ? habere sermonem , et nescire loqui ? Istud proprie pnerorum est Isaac, qni in * omni terra fodiunt puteos aquæ vivæ. Vos autem non sic, sed viniloquio penitus supersedentes, quæcunque discendi gratiam assecutæ sunt, de iis quæ ad Deumn pertinent erudiri studeant. Sicut de beato scriptum est viro : « Sed in
Dieu, et jl inédilera sur sa loi nuit et joùr. » Pour prouver Putilité de cette étude assidue de la loi du Seigneur, il est dit ensuite: « et il sera comme un arbre planté au bord d'un ruisseau. » En effet, ce qui n’est point arrosé par les eaux de la divine parole est comme un arbre sec et stérile. « Il coulera de son sein des fleuves d'eau vive, » est-il écrit de la sainte Ecriture. |
Ce sont ces fleuves que l'Épouse, dans le Cantique des cantiques, célèbre à la louange de l’Époux, quand elle dit : « ses yeux sont comme des colombes sur le bord des ruisseaux, des colombes qui se baignent dans le lait et qui séjournent près des fleuves au large cours. » Et vous aussi, vous baignant dans ce lait, c'est-à-dire resplendissant du pur éclat de la chasteté, demeurez comme les colombes auprès des fleuves, afin qu'y buvant à longs traits la sagesse, vous puissiez non-seulement apprendre, mais enseigner, et indiquer la route aux autres du regard, pour ainsi dire, voir le divin Époux et le montrer.
Nous savons qu’au sujet de l’Épause qui mérita l'honneur singulier de concevoir l'Époux par l'oreille du cœur, il est écrit : « Ma-
lege Domini voluntas ejus, et in lege ejus meditabitur die ac nocte. » Cujus quidem assidui studii in lege Domini quæ sequatur utilitas statim adjungitur : «et erit tanquam lignum quod plantatnm est secus decursus aquarum. » Quasi enim lignum aridum est et infructuosum, quod fluentis divinorum eloquiorum non irrigatur. De quibus scriptum est : « flumina de ventre ejus fluent aquæ vivæ. » Hæc illa sunt fluenta, de quibus in laude sponsi canit spousa in canticis eum describens : « oculi ejus sicut columbæ super rivulos aquarum, quæ lacte sunt lotæ, et resident juxta fluenta plenissima. » Et vos igitur lacte lotæ, id est candore castimoniæ nitentes juxta hæc fluenta quasi columbæ residere, ut hine sapientiæ haustus sumentes, non solum discere, sed et docere, et alii° tanquam oculi viam possitis ostendere, et sponsum ipsum non solum conspicere, sed et aliis valeatis describere. De cujus quidem singulari sponsa, quæ ipsum aure cordis concipere meruit, scriptum esse novimus : « Maria autem conser-
rie conservait toutes ces paroles et les amassait dans son cœur. » Cette Mère du Verbe éternel avait donc, non sur les lèvres, mais dans le cœur, les paroles divines, et elle les gardait précieusement, méditant chacune d’elles avec zèle, les rapprochant les unes des autres, étudiant leur harmonie. Suivant le mystère de la loi, elle savait que tout animal est impur, sauf celui qui rumine et qui a la corne fendue.
En effet, il n’y a d'âme pure que celle qui rumine autant qu'elle peut, par la méditation, les divins préceptes, et qui applique son discernement à les suivre, en sorte que nonseulement elle fasse le bien, mais qu'elle le fasse bien, c’est-àdire avec une intention droite. Quant à la corne du pied fendue, c'est le discernement dont il est écril : « si vous offrez justement, mais que vous ne partagiez pas de même, vous péchez. »
« Celui qui m'aime, dit la Vérité, conservera ma parole. » Or, qui pourra garder par l’obéissance les paroles ou les enseignements du Seigneur, s’il n’a commencé par les comprendre? On n’a de zèle pour exécuter que lorsqu'on a été attentif à écouter, ainsi qu'il est écrit de cette sainte femme qui, dédaignant
vabat omnia verba hæc, conferens in corde suo. » Hæc igitur summi Verbi Genitrix verba ejus in corde potius hahens quam in ore, ipsa etiam diligenter conferebat; quia studiose singula discutiebat, et invicem sibi ea conferebat quam congrue scilicet inter se convenirent omnia. Noverat juxta mysterium legis omne animal immundum dici, nisi quod ruminat, et ungulam findit. Nulla quippe et anima munda, nisi quæ meditando, quantum capere potest, divina ruminat præcepta, et in iis exequendis discretionem habeat; nt non solum bona, sed et bene, hoc est recta faciat intentione. Divisio quippe ungulæ pedis discretio est animi, de qua scriptura est : « si recte oferas, recte autem non dividas, peccasti. » — « Si quis diligit me, inquit Veritas, sermonem meum servabit. » Quis autem verba vel præcepta Domini sui servare ohediendo poterit, nisi hæc prius intellexerit ? Nemo studiosus erit in exequendo, nisi qui attentus fuerit in audiendo. Sicut et de beata illa legitur muliere, quæ, cæteris
tout le reste, s’assit aux pieds du Seigneur, pour entendre sa parole, sans doute avec les oreilles de cette intelligence qu'il demande lui-même, quand il dit: « que celui-là écoute qui a des oreilles pour écouter. » |
Que si vous ne pouvez être enflammés de la même ferveur de piété, imitez du moins, dans l'amour et l'étude des saintes lettres, ces bienheureuses disciples de saint Jérôme, Paule et Eustochie, à la demande desquelles ce grand docteur a, par tant d'ouvrages, éclairé l'Église.
omnibus postpositis, sedens secus pedes Domini, audiebat verbum illius : illis videlicet auribus intelligentiæ, quas ipsemet requirit dicens : « qui habet aures audiendi, audiat. » Quod si in tantæ fervorem devotionis accendi non valetis, imitamini saltem et amore et studio sanctarum litterarum beatas illas sancti Hieronymi discipulas Paulam et Eustochium, quarum præcipue rogatu tot voluminibus Ecclesiam prædictus doctor illustravil.
DU
Nos instructions ont pour principe la doctrine du Christ, prèchant et observant la pauvreté, l'humilité et l’obéissance. D'autre part, nous suivons la voie des Apôtres vivant en commun. Dans notre tenue, nous observons la pauvreté et l’humilité; dans notre hiérarchie, l’obéissance; dans notre régime, la vie en commun à l’exemple des Apôtres; de quelque source que viennent les biens temporels, on les partage entre toutes également, s’il est possible; s’il n’y a pas assez pour toutes, on donne la plus forte part à celles qui ont le plus besoin. Et comme nous renonçons au siècle et que nous combattons pour le service de Dieu,