‹ Lettres complètes d'Abélard et d'Héloïse, texte latin soigneusement revu, traduction nouvelle précédée d'une étude philosophique et littéraireChapitre 81 sur 98 · QUARANTIÈME QUESTION D'HÉLOISE · texte numérisé non relu

QUARANTIÈME QUESTION D'HÉLOISE

D'où vient que les animaux seuls et les oiseaux sont cités comme ayant été amenés dans le Paradis à Adam, afin qu'il vit à leur donner un nom, et qu'il n’est pas question des reptiles de terre comme les serpents, ou des reptiles d'eau comme les poissons ?

Réponse d'Abélard.

Nous croyons que c'est un symbole mystérieux parfaitement exact. En effet, dans l’Église présente, les religieux que l'ardeur du désir soulève le plus vivement vers les cieux et qui

ratione id Dominus ordinavit, ut ad primam statim negationem Petri, statim gallus, quasi Petrum arguendo, cantaret, nec sic Petrus negando desisteret, nt veritas ipsa appareret, Quum itaque Dominus prædixerit Petrum ter negaturum, antequam gallus cantaret, horam naturalis cantus galli intellexisse videtur. Marcus vero qui solus apposuit « bis, » tam naturalem quam accidentalem cantum galli indifferenter accepit.

PROBLEMA HELOISSÆ XL.

Quid est quod solæ bestiæ, vel aves commemorantur adductæ esse in paradisum ad Adam, nt videret, qui vocaret ea: et non etiam reptilia terræ, ut serpentes, vel reptilia aquæ, ut pisces?

Solutio Abælardi,

Bene quidem, quantum ad mysterium, hoc credimus actum. In Ecclesia namque præsenti, continentes qui se maxime per desiderium ad cœlestia snble-

sont comme les êtres ailés qui volent dans les espaces des airs, sont comparés aux oiseaux; les gens de bien mariés sont les animaux qui en partie, c’est-à-dire par les pieds, touchent la terre, et en partie n’y tiennent pas, leur corps ne s’y roulant point. Celui qui est marié, en effet, est, pour ainsi parler, divisé en deux : il sert Dieu et il est attaché au siècle par les nécessités pressantes du mariage. Il tient donc à la terre par les pieds, c’est-à-dire par la partie inférieure de son être, en ce sens qu'il est l'esclave des soins de la terre, à cause des occupations du mariage qui appartiennent à la vie passagère. Quant aux reptiles dont le corps tout entier traîne sur la terre, et qui ne peuvent, en aucune façon, s’en soulever, ce sont les réprouvés attachés, corps et âme, aux désirs de la terre et plongés dans l’abîme des vices, les réprouvés desquels il est écrit : « lorsque le pécheur est tombé dans l’abime des vices, il le méprise.» Voilà pourquoi aussi il n’est pas permis, dans un sacrilice, d'ofirir des poissons à Dieu. C’est donc avec raison qu’on dit que les oiseaux et les animaux qui marchent furent seuls amenés dans le Paradis à Adam pour qu'il les nommât, et pofnt les reptiles : en effet, de tout le peuple de l’Église actuelle dans

vant, et quasi volucres in altum volant, avibus comparantur; boni vero conjugati bestiis, quæ terram ex parte contingunt, pedibus videlicet, et ex parte ab ea separantur, cum corpore in ea non volutentur. Qui enim matrimonio conjunctus est, divisus est; partim Deo serviens, partim sæculo intentus, propter instantes conjugii necessitates. Quasi ergo p2dibus, hoc est, inferiori parte sui terrain contingit; quia terreuis curis, propter occupationem matrimonii, quoi lapsioris vitæ est, deservit. Reptilia vero, quæ toto corpore in imo jacent, mec se uilatenus erigere possunt, reprohi sunt terrenis desideriis penitus vacantes, et in profundo vitiorum commorantes. De qualibus scriptum cst : « peccator quom in profundum vitiorum venerit, contemnit. » Unde nec pisces unquam in sacrificio Dei permissi sunt offerri. Récte igitur volatilibus tantum et gressilibus animantibus in paradisnm adductis, non etiam reptilibus, Adam nomina imposuisse dicitnr : quia de toto præsehtis Ecclesiæ populo, in qua granis paleæ adhuc sunt permixtæ, soli continentes, et boni conjugati ad verum cœlestis

laquelle la paille est encore mêlée au grain, les religieux et les gens mariés honnètes doivent seuls parvenir au vrai Paradis de la patrie céleste, et être dignes de l'appel de Dieu (leurs noms sont déjà écrits au livre de vie). Sur cet appel de Dieu, voici ce que dit l'Apôtre : « ceux que Dieu prédestinait, il les a par là même appelés, et ceux qu’il a appelés, il les a justifiés. »

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