‹ Lettres conchinchinoises sur les hommes et les choses du jourChapitre 7 sur 15 · DEUX FILLES VACCINEES A MARIER · texte numérisé non relu

DEUX FILLES VACCINEES A MARIER

SR TROUVENT CHEZ ALliEP. , ÉDITEUlî.

M. Auber a reçu — et reçoit encore chaque jour — une foule de lettres où on lui demande des détails précis sur la position so- 'ciale, l'âge et la fortune des deux demoiselles qu'il est chargé d'établir.

On lui demande en outre si elles sont blondes ou brunes, grandes ou petites; — et en même lenipa un lui envoie des pièces de vers pouvant s'adressera une femme, de quelque couleur et de quelque taille qu'elle soit d'ailleurs.

156 ■ ^% Ce quiproquo est d'autant moins extraordinaire qu'il existe à Paris deux maisons autorisées et patentées pour cette sorte de commerce.

M. de Foy et Mme de Saint-Marc entreprennent les unions , organisent les byménées, — et vont en ville.

Il y a des gens qui n'osent pas se marier, effrayés qu'ils sont des ennuyeux préliminaires qui obstruent les abords du mariage. — Pour ces gens-là, M. de Foy est un Dieu , et Mme de Saint-Marc une Providence.

Jugez plutôt :

Vous écrivez à M. de Foy — ou à sa rivale Mme de Saint-Marc :

« Monsieur,

» Je désire une épouse d'un mètre cinq cent » vingt millimètres ; — ne pesant pas plus de^

t> quarante à quarante-cinq kilogrammes , — » écrivant correctement le français, — jouant » du piano , — blonde , — vertueuse , — et » sachant faire les confitures.

» J'aimerais assez qu'elle n'ait ni père ni » mère, et qu'elle jouisse de toute sa for- » tune,

j> Pour ce qui est de moi, j'ai quarante-trois » ans ; — j'ai bon pied, bon œil ; — je digère » facilement ; — et , si ce n'est que j'ai un » petit rhumatisme dans le bras gauche et » l'oreille droite un peu dure, je suis ce qu'on » appelle un homme bien conservé.

» Ma famille a tout perdu pendant la Révo- » lution. Je possède peu d'argent comptant; » mais j'ai un cœur d'or, — bien fait pour » rendre une femme heureuse. »

Vous joignez à votre épître cinquante, cent ou deux cents francs, suivant que vous désirez une femme aisée , riche ou millionnaire ,

et quinze jours après cet envoi , vous allez rendre une visite à l'entrepreneur de mariages .

Alors deux hypothèses se présentent : — ou vous n'épousez pas , ou vous épousez.

Dans le premier cas, vous perdez votie argent; dans le second, vous n'en êtes paquitte à si bon marché!

M. de Foy fait annoncer de tous les côtés que les mariages contractés sous ses auspices sont les seuls qui vaillent quelque chose.

A quoi Mme de Saint-Marc réplique effrontément que les unions formées par M. de Foy ne valent pas le diable.

^*^ Les pairs de France ont condamné à un mois de prison et à DIX mille francs- d'amende io gérant du National^ convaincu d'avoir fa,K sifié leurs extraits de naissance.

Désormais il demeure dûment établi que les pairs de France n'ont guère plus de-dix huit ans l'un dans l'autre.

Et pour peu qu'on y iieniie, nous nous ompiesserons de recoiinaitre qu'ils sont, ptjur la plupart, bien près de l'eniauLe.

^% La langue française, — la belle langue française, comme on dit — s'enrichit journellement d'une grande quantité d'expressions dont les allures sont toutes pittorjBsques mais dont l'origine est sans explication possible.

La réunion de ces expressions bizarres constitue une langue à part qu'on appelle argot

En termes d'argot , avoir un l'œh chez un marchand signifie avoir crédit chez ce même marchand.

Ceci posé, nous allons raconter l'histoire de LebidoiSj surnommé Polyphème.

HISTOIRE DE LEBIDOIS SURxVOMMÉ POLYPHÈME.

Lebidois était un beau jeune homme comme il y en a trop dans la capitale du monde civilisé.

Il lui arrivait souvent d'avoir des bottes vernies, — et plus souvent encore de ne point avoir de chaussettes dans ses bottes.

Trois fois par semaine, Lebidois dinaît avec un cure-dents et un cigare de trois sous. — Le reste du temps il se faisait inviter par quelque camarade ennuyé de dîner seul.

Lebidois avait reçu de la nature une imagination très fertile en expédiens. — Il était

riiomme de France qui improvisait de l'argeai avec le plus de facilité.

Sans un liard vaillant, Lebidois avait touit l'apparence d'un fils de famille; — et cel^ grâce à un cet'/ qui ne sommeillait jamais.

Mais tant va !a crache à l'eau.,.. Le crédit de Lebidois a fini par se resserrer peu àpeiL, et aujourd'hui le malheureux, réduit auxderjiiers expédiens, est sur le point de s'engage? comme figurant au Cirque-Olympique,

Sesamisne l'appeltentplus que Polyphème — Parce que son œil est crevé.

/\^ En argot, on dit aussi faire chanter quelqu'un, pour lui soutirer de l'argent d'une façon plus ou moins honnête.

Un personnage, dont les tribulations pécu niairessont du domaine de l'histoire,— M. Har,.|^ avait souvent recours, pour satisfaire ses

créanciers, à un homme d'affaires nommé M. Trinquart.

Il y a quelque temps, les frères Cognard, — successeurs de M. Harel, — imaginèrent de faire chanter des chansonnettes entre les pièces, comme cela se pratique dans divers théâtres de vaudevilles.

On leur indiqua M. Trinquart, jeune homme dont les prétentions ne sont pas encore excessives.

La veille du début de ce jeune artiste, MM. Cognard firent venir dans leur cabinet Joseph, — le garçon avertisseur chargé de porter aux acteurs les bulletins de répétitions, — et lui tinrent ce langage.

— Joseph , savez-vous où demeure M. Trinquart ?

Joseph, qui a été attaché au théâtre du temps de M. Harel, et qui n'ignore pas quel genre

de services M. Tririquart a rendus à son ancien directeur; — Joseph lève les yeux au ciel, soupire et répond d'un air contrit :

— Je le sais , messieurs; — et il ajoute tout bas : Eh quoi ! déjà !

— Vous irez chez M. Trinquart.

— Oui, messieurs.

— Vous lui direz que nous l'attendons pour chanter, demain, à sept heures précises.

— Pour chanter ?... murmure Joseph consterné.

— Sans doute, pour chanter. — Allez !

Et le lendemain, Joseph se rend chez M. Trinquart, — le Trinquart qu'il connaît, — ce- 1 ni de M . Harel !

— C'est vous, Joseph, dit l'homme d'affai-

jes, il y a long-temps qu'on ne vou.< a vu.

— Depuis le départ de l'autre.

— Et qu'est-ce qui vous amène ?

— Je viens de la part des nouveaux directeurs, vous savez?

M. Trinquart se frotte les mains et sourit dans sa barbe.

— Ah! ah! fait-il, est-ce qu'il n'y a plus d'argent chez vous? J'en serais désolé... les temps sont si durs !

— Dam! monsieur, vous vous arrangerez 3\'ec MM. Cogiiard. Tout ce que je sais, c'est qu'ils comptent vous faire chanter ce soir, à sept heures précises.

^% Quiconque a travejsé le pont des Arts a jemarqué une espèce de guérite fermée, — àsA^i la porte n'a jamais été vu.3 ouverte, — et

dont nul ne peut expliquer la destination, ni

l'origine.

Voici ce qui nous a été rapporté ofiBciellement par l'un des invalides commis au péage du pont.

C'était en 1829. — L'Académie craquait de toutes parts sous un feu roulant d'épigrammes, de petits articles et de petits vers. — A cette époque , la tète des immortels était mise à prix, et l'épithète d'académicien rentrait dans la catégorie des injures passibles de la police correctionnelle. '

Sur ces entrefaites , un immortel vint à mourir, et personne ne se présenta pour lui succéder. Pourtant il fallait un candidat, n'en fùt-il plus au monde.

On était à l'avant-veille de l'élection. Pressée par le temps, l'Académie eut une idée^ et il fut décidé que la première personne qui se présenterait pour traverser le Pont-des-Arts,

serait appréhendée au corps, — et eufermée dans la guérite en question , — sans nourriture , — jusqu'au moment où , vaincu par la souflPance, le patient consentirait à se laisser élire académicien.

Aussitôt dit, aussitôt fait.

Le soir venu, — après douze heures de détention , — l'Académie se transporta en corps auprès de la guérite et interrogea le prisonnier; — mais celui-ci déclara qu'il aimait mieux mourir de faim que de se laisser faire académicien.

Le.lendemain, môme réponse.

Le surlendemain, seulement, exténué de besoin et de fatigue, l'infortuné qui n'avait plus sa raison, promit tout ce qu'on voulut.

Deux heures après on procédait à rélection, — et il était nommé à l'unanimité.

Après des élections comme celles de MM.

Flourens et Ancelot, l'Académie sera obligée de recourir à sa guérite ^ si elle tient à remplacer ses immortels moribonds.

^\ M. Soult, ministre de la guerre , a publié une circulaire d'après laquelle il est formellement défendu à l'armée :

1'^ D'avoir des pensées sur quoi que ce soit ; i" D'exprimer ces pensées de quelque façon que ce soit.

Tout soldat suspecté d'être autre chose qu'une bête brut(i et une machine à caporal, recevra la bastonnade. — jusqu'à ce que mort s'en suive.

Tout officier convaincu d'avoir critiqué les actes du gouvernement sera livré au bourreau qui lui coupera la langue, et lui tranchera le pojg.iet.

I/arméc reste libre de chauler l'air de circonstance :

Ah ! quel plaisir d'être soldat-al !

Ah! quel plaisir d'être îoldat-at!

/^ Un littérateur, — M. Mennechet, — écrivait des comédies qui ne se jouaient guère et des livres qui ne se lisaient pas.

Ne trouvai. t point de public pour ses œu vres, M. Mennechet a fait annoncer, à grands sons de trompes, qu'il allait ouvrir un cours de lecture.à l'usage des gens du monde, — qui ne savent pas lire.

Et il a ouvert <on cours de lecture.

Les premières séances ont été assez suivies,

— non pas à cause du mérite du professeur,

— mais uniquement parce qu'elles étaient gratuites et que le public parisien a un grand faible pour tout ce qui ne lui coûte rien.

Mais les auditeurs n'ont pas tardé à s'apercevoir que M. Mennechet ne lisait absolument que ses propres œuvres. — Et ils s'en sont allés.

^% Tout le monde se plaint de la position précaire où languit la littérature en France ; — chacun fait de grandes phrases contre la contrefaçon belge , — et personne ne songe a signaler l'une des causes les plus actives de ce marasme qui va croissant de jour en jour.

On dit que la France est le pays des institutions libérales: c'est possible ; — mais elle est surtout le pays des cabinets de lecture.

Paris fourmille de cabinets de lecture , et il n'est pas de province, — si reculée qu'elle soit, — qui ne compte cinq ou six établissemens de ce genre.

Or, les cabinets de lecture seront, dans un temps donné, la ruine de la librairie et de la littérature.

Moyennant huit sous, on se procure, dans une de ces boutiques, deux volumes cotés lo f. chez le libraire.

Il suit de Kl que le public n'achète plus au-

cune nouveauté. — Peu lui importe de lire un livre taché d'huile, de graisse et de tabac, — empreint de mille saletés, — orné de toutes sorte? d'annotations manuscrites. — Il ne dépense pas plus de 40 cent., et c'est le principal.

Et comme si ce n'était pas assez, les propriétaires de cabinets de lecture sont en train d'inaugurer une petite infamie qui , — pour cette pauvre littérature,— sera le coup depied de l'âne.

Avant de paraître en volumes, la plupart des romans paraissent en feuilletons dans les grands journaux.

On découpe les feuilletons, les colonnes se transforment en pages, et, grâce à un peu de colle et à une couverture, le journal revêt les apparences de l'in-octavo.

Moyennant quoi les livres, — qui ne se vendaient plus guère, — ne se vendront plus du tout.

^\ Les bals masqués n'existent plus qu'à l'étal de souvenir.

Le gentil débardeur qui vous a si fort intrigué, tout l'hiver, a repris sa position sociale de chamarreuse ; — M. Chicard, ce résumé de la gaîté française, est retourné à ses magasins de peaux, comme un Cincinnatus qu'il n'est pas ; — le postillon de Lonjumeau a fui comme une ombre ; — les malins de mauvais ton, les turcs et les bergères sont rentrés au bercail de Babin ; — on ne joue plus aux dominos que dans les estaminets du Palais-Royal; — le café Anglais éteint son gaz et renvoie son pu-

blic de clercs d'avoués à minuit sonnant ; — il règne dans l'atmosphère une odeur de vertu et de beurre rance combinée ; — bref, nous voici en carême, en plein carême, en pur carême .

L 3 carême n'est pas seulement une époque de Tannée où l'homme se nourrit d'œufs durs et de sermons qui ne sont pas tendres j — le carême n'est pas exclusivement consacré aux triomphes évangéliques de l'abbé Cœur, de l'abbé Lacordaire, de l'abbé de Ravignan ou de tout autre abbé à la mode ; — le carême est encore la saison par excellence des concerts.

J)e toutes les saisons de l'année , c'est évidemment la plus triste.

L'hiver a ses pluies et ses brouillards. — Le printemps, ses giboulées subites et ses faux espoirs de soleil. — L'été, son ciel dévorant et son horrible poussière. — L'automne, ses orages inattendus, ses tempêtes improvisées et sa détestable fièvre voyageuse qui dépeuple Paris

au profil des quatre parties du monde et de la banlieue. — Mais le carême a ses épidémies de concerts ! ! !

Sitôt cette époque venue, il fond sur Paris des nuées d'artistes de tout âge et de tout sexe. Dès-lors, la ville leur appartient; les murailles fléchissent sous le poids de leurs affiches colossales ; les rues sont pleines de gens employés à répandre leur nom et leur adresse; la poste n'a pas assez de tous ses facteurs pour distribuer les programmes de leurs ébouriffans concerts.

Et que parlons-nous de concerts! Grâce à eux , le concert proprement dit n'existe plus. — Le concert, cette réunion d'honnêtes appétits musicaux qui se rassemblaient à huit heures du soir et se séparaient à dix heures et demie , — suffisamment rassasiés de deux heures de mélodie — ce concert-là est tombé, sous leurs coups. — Ils lui ont substitué la matinée musicale , qui permet d'entrer en fonctions à midi et de ne sortir que le lendemain.

Au nombre des proverbes erronés , il faut citer celui-ci : Pierre qui roule n'amasse pas de mousse, — Cette maxime est, sans contredit , l'œuvre d'un philosophe cul-de-jatto. Consultez les grands artistes, et tous vous répondront que c'est en roulant qu'ils amassent de la mousse en grande quantité.

Or, ce qui s'applique aux grands, toute proportion gardée , s'applique également aux petits. — Il y a une foule d'artistes de treizième ordre, — qui mourraient de faim s'il leur fallait vivre à Paris, et qui, roulant en province, ont une existence dorée sur tranches. — C'est à eux qu'on est redevable de la saison des concerts. Ils viennent manger à Paris, en moins de six semaines, ce qu'ils ont mis onze mois à gagner — à Limoges, où ils enseignaient le cornet à pistons aux fils dé M. le préfet, — et à Brives-la-Gaillarde où ils donnaient, touchant l'accordéon , des leçons générales à l'épouse du receveur particulier.

Mais aussi quelles semaines bien employées! quel argent noblement dépensé! Rien ne leur

eoùte ; il n'est pas de sacrifices qui les effraient,— aussi ne tardent-ils pas à devenir des génies du premier calibre. — La réclame verse sur leurs têtes ses parfums les plus odorans. — Le puff les prend par la main et les élève à des hauteurs incroyables. — Sont-ils compositeurs? Ils ont l'esprit d'Auber , le génie de Rossini , la science de Meyerbeer; — instrumentistes? ils se transforment en Thaiberg, en Tulou, en Bériot ou en Batta, — le tout à raison de deux francs, d'un franc, voire même de douze sous par ligne.

Ce manège dure quinze jours. — Ce temps écoulé, et lorsqu'on a suffisamment répété au public que M. Amynthas est le premier triangle des temps modernes ; — qu'il a été décoré de l'ordre de l'arrosoir de la main de l'empereur des Patagons; — que son altesse le roi de Lahore lui a fait liommage d'une paire de bretelles, etc., etc.; — alors on lance la dernière annonce. Tan nonce-bouquet , et, le lendemain, on lit dans les journaux.

« C'est décidément samedi prochain que

» notre célèbre triangle Amynihas donne sa » grande matinée musicale dans les salons de » M. HerZj rue de la Victoire. — Nul doute » qu'il n'en remporte une signalée. — M. Amyn- » thas est impatiemment attendu par Méhé- » met-Ali qui désire faire participer à sa gloire » de réformateur notre illustre compatriote, , y> en qualité de triangle modèle. »

Le samedi venu , les salons de M. Herz, — cet omnibus philarmonique, — s'ouvrent au public qui accourt avec sa badauderie habituelle , et ne tarde pas à s'apercevoir qu'il a été victime d'un mystification. — Xota. On ne rend jamais l'argent.

D'où vient que le gouvernement, qui a limité le nombre des salles de spectacle , n'a pas songé à limiter celui des salles de concert? — On a fermé les salons deFrascati sous prétexte qu'on y jouait , mais on joue bien davantage, et d'une façon bien plus désagréable, dans les salons de M. Herz.

/^ Ainsi que nous l'avons dit ci-desàus,

! carême est, en outre , la saiaon des serions. — On va entendra prêcher, comme on a voir jouer la comédie.

— Allez-vous au Gymnase , ce soir?

~ Non ; Bouffé ne joue pas.

— Alors venez à Saint-Sulpice; Lacordaire rèchera.

^% Voici une anecdote horrible — qui peint merveille une certaine classe de la populaion parisienne.

Un homme vivait maritalement avtc une ^mme. — La femme tombe malade. — Les essources diminuent, s'épuisent; il n'y a ►lus d'argent pour acheter les remèdes et pour layev le médecin. — La femme est portée à 'hospice.

La maladie fait d'effroyables ravages.— -La raîcheur s'en va ; — le front se plisse ; — les reux se cavent; les cheveux tombent. — La

femme meurt,— n'ayant conservé que ses dents 3e toutes ses beautés passées.

L'homme ne possédait pas de quoi faire ensevelir sa maîtresse; — un infirmier prête un drap, à condition que le prix lui en sera payé ayant un mois.

Le mois s'écoule. — On ne paie pas. — îTinfirmier déterre le cadavre, reprend son clrap, et, rencontrant son débiteur , il lui reproche durement son manque de foi.

— De quoi vous plaignez -vous ? répond cefeii-ci, vous aviez les dents de Louise pour vous payer.

^*^ Il vient de s'ouvrir un nouveau restaurant sur le boulevart.

Le propriétaire de cet établissement , en bommequi sait son monde, ^ — et qui apprécie l'influence de la presse à sa juste valeur , — a signalé son arrivée au comptoir par un acte

[jui témoigne d'une grande habileté et d*UB€ profonde diplomatie.

II a donné un souper auquel la plupart des journaux en crédit assistaient dan s la personne Je leurs principaux rédacteurs.

Et comme la mémoire de l'estomac est la noins ingrate de toutes, nous allons voir^d'icià quelques jours, le nom et l'adresse du caféea question habilement intercalés dans les feuilletons de ces messieurs.

A propos d'une pièce nouvelle , l'iin écrira : :< Après beaucoup de traverses , les deur imans se marient, et le repas de noces se fait m restaurant de..., l'endroit de Paris où l'on nange le mieux. »

De son côté , un autre ne manquera pas de lire : u Le boudoir de l'héroïne était sur- ;hargé de tentures bleues d'un haut goût; — - 1 était pavé en mosaïques vertes et roses , — ;omme on en remarque au restaurant de...^ ni l'on boit du si bon vin de Champagne. »

Piiis un troisième de s'écrier : a Oh ! le printemps! voici le printemps! nous tenons le printemps! gai printemps! doux printemps! bon printemps ! — Le soleil ii de la force , savez-vous? donc , nous entrons dans la saison des violettes , des roses , des glaces et des lilas. — Les lilas? — vous les trouverez toujours aux prés Saint-Gervais et ailleurs ; — mais les glaces , les vraies glaces , les seule: glaces, c'est au restaurant de..., et non ailleurs, qu'on les rencontre. »

Et ainsi des autres.

/^ Un feuilletoniste du grand format dé buta dans la carrière par un petit volume in titulé VJrt d'aimer. — Il y a de cela quelque dix ou douze ans.

Ce rival du poète Ovide, — qui a oublii jusqu'au titre de son ouvrage, — devint subi tement épris, la semaine passée, d'une de plus charmantes actrices des théâtres secon dairgs.

Jugeant bien d'après les désirs tumultueux Je son cœur que sa passion n'était pas exclusivement platonique, notre homme prit son :ourage à deux mains, se coiffe sur Poreille it s'achemina chez Tactrice en question.

— Qui me vaut l'avantage de vous voir? demanda celle-ci au visiteur, en lui tendant !a main. M'apportez-vous un bon rôle? — Le 'euilletoniste fait aussi des pièces à ses momens perdus.

— Je xit'us, madame, vous dire que je vous aime!

— Pas possible !...

— Je vous aime comme l'abeille aime la leur , comme l'exilé aime sa pairie. . . :omme...

Ici l'actrice ne put réprimer un éclat de l'ire.

— Vous rîez, madame, reprit le journaliste ;

vous riez quand je pleure... vous riez quand je souffre !

— Bravo ! bravissimo ! allez toujours, interrompit l'actrice en se pâmant d'aise.

— Qu'est-ce à dire?

— Je connais ça... page 57... Allez donc... mais allez donc , de grâce ! '

— De la raillerie; c'en est trop! — il faut que tu sois à moi î

— Le tutoiement... chapitrelX... page 118...

— Plutôt que de continuer à souffrir ce que j'endure, je me tuerai..., entendez-vous bien, madame , je me tuerai !

— Oh î la page 290 et dernière !

Et en parlant ainsi , l'actrice prit sur son

étagère ud petit Art d'aimer^ fort proprement relié en veau , — qu'elle ouvrit — à la page indiquée — sous les yeux de l'auteur, — son amoureux confus.

^% Tout Paris se porte en foule dans la plaine de Grenelle.

Il s'agit de voir couler dans un baquet une eau très sale, très noire et très infecte , qu'on a été chercher à dix-huit cents pieds sous terre, — et pour la découverte de laquelle on a dépensé trois ou quatre cent mille francs, — tandis qu'on avait la Seine , — un fleuve=qui passe tout à côté.

A cette occasion , on fait circuler dans Paris des billets de faveur pour visiter {''intérieur du puits.

En voici \e/ac-simi/c.

THIiilstère de l'intérieur.

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