‹ Lettres conchinchinoises sur les hommes et les choses du jourChapitre 6 sur 15 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

nrZ MARTIXON, RUE DU COQ-SAINT-HO\ORÉ, 4,

F.t flans lojs |ps dépôts de piuorojqaes.

Imprimerie Lange Lévy, rue du Croissant, 16.

Le Mandarin propose ;

La gendarmerie dispose.

Nous pensions avoir dit un éternel adieu à Paris , — à sa crotte , — à son gaz , — à ses maisons si hautes, — à ses habitans si petits

— à ses trottoirs où, vu l'encombrement, oi ne trotte pas du tout , — à son luxe mesquin

— à sa fastueuse misère , — et à son innom brable population de députés , de comédiens de boursiers, de filous, d'avocats, de funam buleset de pairs de France.

Nous coufîons riSfpm'wnîwt^ sur la rou-

te (Je Bordeaux , où nous atlénduit le navire qui devait nous ramener en Chine; — et telle était l'exlrème rapidité de notre course, que les arbres, les maisons , les prairies , les collines , les vallons et les rivières disparaissaient derrière nous sans que nous eussions le temps d'en distinguer la forme et d'en préciser la couleur.

Cette façon de voyager est celle des gens comme il faut.

En France , il n'y a guère que la canaille qui se donne la peine de remarquer les sites qu'elle rencontre et les lieux qu'elle parcourt; — et cela uniquement parce qu'elle voyage à pied.

. Donc, nous voyagions en vrais gens comme il faut.

Môme , pour compléter la ressemblance , chacun de nous occupait un angle de la voi ture^ — oi^i il dormait du sommeil des juges ,

— al non pas des justes , ce qui n'a aucun sens.

Déjà nous avions traversé sans encombre plusieurs villages d'un aspect très malpropre, lorsque notre voiture s'arrêta tout-à-coup.

Il était environ six heures du soir. — A la clarté mourante de quelques pâles rayons d'un soleil glacé, nous aperçûmes notre chaise de poste cernée par quatre cavaliers de fort mauvaise mine. — C'est une bande de voleurs ,

*pensàmes-nous en nous-mêmes.

\ L'un d'eux ouvrit brusquement la portière.

— Vos papiers! nous dit-il d'une voix menaçante.

— Quels papiers? fimes-nous en tremblant de tout notre corps.

— Vos passeports

— Qu'est-ce qu'un patsepoi t \*

— Une pancarte timbrée, sans laquelle nul n'a le droit de faire un pas en France, — Prix net : deux francs.

— Voici quarante sous ; et laissez-nous tranuilles.

— Ainsi , vous n'avez point de passeports?

— Non. — Et vous?

— Nous, c'est diiférent. Nous sommes gendarmes , et nous arrêtons les anarchistes assez osés pour se permettre un déplacement sans l'agrément de monsieur le préfet de police. "^

Décidément les quatre cavaliers de mau-^ valse mine n'étaient pas des voleurs. — C'étaient des gendarmes.

Nous nous prîme^ à trembler plus fort que jamais.

En effet , que serait-il advenu si nous avions eu affaire à des voleurs ?

Nous nous serions laissé prendre noire bourse et nous aurions tranquillement conti-

Mais par malheur ce n'étaient point des voleurs ; — c'étaient des gendarmes.

A titre de gendarmes, ils nous arrêtèrent ;

•- Ils nous firent descendre de notre voilure ;

Ils nous conduisirent chez le maire de l'endroit.

Le maire de Tend roit était occupé ; — il dînait en ville.

Les gendarmes nous enfermèrent dans un lieu infect appelé violon.

Ce lieu était c'iautfé par un poêle.

Le poêle n'était pas allumé.

i04 Le lendemain seulement , à nudi, nouo lûmes conduits devant M. le maire , qui nous lit subir un interrogatoire de deux heures.

Dans lous ces événemens, nous avions égaré notre interprète.

M. le maire ne comprenait que sa langue ; — nous ne parlons que la nôtre.

Notre silence forcé nous fut imputé à crime, ' et successivement M. le maire déclara que nous étions des agens

Du parti légitimiste ,

Du parti bonapartiste ,

Et du parti républicain.

En France , le gouvernement actuel passe pour être fondé sur le suffrage unanime.

Ceci tendrait a prouver que ledit suffrage

liY'st piib luut-à-1'ait ausbi uuauiine qu'on veut bien le dire.

Inimédiatenieijt, — immédiatement ^ en style jndiciaire , ne signifie pas autre clioàe que trente-six ou quarante-liuit heures apiès, — nous fûmes expédiés à Paris. — Là seulement nous nous sommes fait reconnaître et nous avons retrouvé notre liberté.

Mais sur ces entrefaites, le vaisseau qui nous attendait a levé l'ancre, et nous voilà condamnés à re{)rendre notre rôle. d'historiographes de la vie parisienne.

Et tout cela parce qu'au lieu de rencontrer des voleurs , nous avons rencontré des gendarmes.

A bas les gendarmes !

Vivent les \ oie urs!

,*^ On s'est beaucoup occupé , ces jours derniers, à Paris, de M. Chérubini, directeur du Conservatoire royal de Musique.

Et d'abord , qu'est-ce que c'est que le Conservatoire royal de Musique?

Le Conservatoire est un vaste établissement situé à l'entrée du faubourg Poissonnière , où l'on fabrique , suivant le goût de la pratique, de grands chanteurs, de grands musiciens, de grands tragédiens et de grands compositeurs.

^*^ Le Conservatoire, qui est, avant toutes

choses, un établissement nioial, e^t divisé en deux parties :

Côté des hommes ,

Côlé des femmes.

A droite , — côlé des femmes, — iRulent , chanletJt, crienl , déclament et se démènenl une foule déjeunes filles fort sales, mais très laides.

A gauche , — côté des hommes , — hurlent, chantent, crient, se démènent et déclament une foule de jeunes gens peu beaux , mais pas du tout soignés.

Ces jeunes gens et ces jeunes tilles passent auprès de leurs parens pour être tous appelés aux destinées les plus brillantes. Il n'en est pas un qui ne se voie, dans un avenir très prochain , chanteur à la mode , — compositeur en renom , — maître de chapelle d'une cour .quelconque , — décoré de plusieurs ordres.

•— et possesseur de trois douzaines de tabatières enrichies de diamans.

^"^^ Au Conservatoire , diaque instrumenta son professeur spécial. Il y a des professeurs de violon et de grosse caisse ; — de clarinette et do triangle ; — de piano et de cymbales ; — de contrebasse et de tambour. — Le chapeau chinois lui-même , notre instrument national, y est représenté par nn professeur aux appointemensde dix-huit cents francs paran. — Le pauvre homme ?

.J"^ Le gouvernement exige que, tous les ans, il soit distribué des prix aux élèves les plus remarquables du Conservatoire.

Qu'ont fait les professeurs?

''' Pour donner au gouvernement une grande idée des progrès de leurs élèves et de l'excellence de leurs méthodes, ils se sont mis sur le pied de couronner tout le monde. — On voit des

110, premiers prix de tambour partagés entre dixhuit personnes.

/^ Un élève du Conservatoire devant tout son temps à ses études musicales, il suit de là qu'à sa sortie de l'établissement, il ne sait ablument que jouer de la flûte ou filer des sons.

— Qu'est-ce que la géométrie? demandaiton un jour à un jeune homme de beaucoup d'avenir, qui venait de remporter, —lui quatorzième , — son premier prix de cornet à pistons.

— C'est une des nombreuses maîtresses du roi Louis XV, — répliqua-t-il sur-le-champ.

^"^^ Le Conservatoire possède en outre des classes de déclamation.

C'est dans ces classes-là qu'on enseigne aux jennes gens et aux jeunes filles l'art de représenter les rois et les reines de l'antiquité convenablement et sans fourrer ses doigts dans son nez.

L'un des professeurs affectés à ce soin est M. Saint-Aulaire, le plus myope des hommes, — ce qui explique pourquoi cet acteur n'a jamais vu les beautés de ses rôles.

Voilà ce que c'est que le Conservatoire royal de Musique.

^.% Parlons maintenant de M. Cliérubini , son directeur.

M. Chérubini est un petit vieillard italien qui passe dans le monde pour avoir quatrevingt-dix-huit ou quatre-vingt-dix-neuf ans.

C'estune erreur...— M. Chéruhini n'a point d'âge.

iM. Chérubini dirige le Conservatoire depuis qu'il y a un Conservatoire au monde ; — et il est probable qu'il le dirigera jusqu'à la fin des siècles.

Cette persistance que M. Chérubini met à ne pas mourir désole au plus haut point ses

confrères qui , tous, se croient (]>^>^ droitiS directs à sa succession.

Il y a quelques jours, le malin vieillard a imaginé de se mettre au lit; il a fait a|)pele^ deux médecins, et bientôt le bruit s'est répandu qu'il était dangereusement malade.

Aussitôt les abords du Conservatoire ont été encombrés de visiteurs. — Tous les musiciens de Parisetdelabanlieue sont venus s'informer, avec le plus vif intérêt, des nouvelles de leur illustre confrère.

Parmi les plus désolés, figurait, en première ligne, le chef d'orchestre de l'Opéra, M. Habeneck, lequel , depuis tantôt vingt ans, lorgne avec amour la direction du Conservatoire et les 10,000 iV. qui y sont attachés.

— Eh bien! cher maître, disait M. Habeneck, cela va-t-il un peu mieux aujourd'hui?

— Ah! c'est toi, mon cher, — mon plus cher ami... tu es bien bon... ça va mieux , —

infiniment mieux. - C'est égal , à ^lon âge , te pareilles secousses sout un avertissement den haut. — Aussi...

— Aussi vous allez vous démettre de V( fondions ?

— Aussi je ne compte guère exercer plus de dix ou douze ans encore ; — après quoi je verrai à me choisir un successeur, — qui sera probablement Halévy.

*** Un jour, un grand compositeur français, Hérold,— venait de mourir; —c'était un deuil général, une affliction universelle.

— - M. Chérubini , vint-on dire au directeur du Conservatoire, on parle beaucoup du nouveau Requiem que vous venez de composer ; permettez-nous de l'exécuter à l'enterrement de ce, pauvre Hérold..— En vérité, il ne saurait y avoir une meilleure occasion.

— Ta, ta, la, —s'écria M. Chérubini avec

colère, laissez-moi donc tranquille. Hérold •mort, dites-vous? Qu'est-ce que ça prouve ii'avons-nous pas mon ami Paër qui n'a plii^ quelesouftle, mon camarade Berton qui ne vaut pas mieux, e tutti quanti? — Si je fais h Hérold le sacrifice de mon Requiem ^ qu'estce qui me restera pour enterrer convenablement tous les bons amis que je dois perdre avant peu ?

^\ Tout récemment, à la Chambre dès députés, l'ordre du jour était conçu comme il suit :

40 Discussion d'un projet de loi relatif à la pêche des morues;

2» Item d'un projet de loi relatif h la propriété littéraire.

Notre qualité de mandarins de première

classe nous faisait un devoir d'assister à cette

séance, — où devaient se débattre les intérêts

les plus chers de la littérature française.

'Long-temps avant l'ouverture de la discus-

MOU, nous avions pris place dans l'une de^ tribunes de la Chambre.

Et à ce sujet, il n'est peut-être pas inutile (le faire ici une observation dont, — probalilement, — il sera tenu d'autant moins compte qu'elle est parfaitement juste et on ne peut pas plus fondée.

Les séances du Palais-Bourbon sont puldiquos; — c'est pourquoi, abstraction faite de la tribune réservée au corps diplomatique, — de la tribune réservée aux journalistes, — de la tribune réservée aux femmes ou aux maîtresses de MM. les députés, — de la tribune réservée aux gardes nationaux de service, — et de deux ou trois autres tribunes qui ne sont accessibles qu'à certaines personnes et à certains titres,— il ne reste absolument au public, — au vrai public, — qu'une trentaine de places d'où Ton ne voit rien, — mais d'oi^i l'on n'entend pas d'avantage.

^\Gien que les séances de la Chambre soient censées commencer à une heure pré-

cise , il est toujours près de deux heures et demie lorsqu'elles commencent réellement.

Ce jour-là , par extraordinaire , les députés ^i^ montrèrent d'une exactitude remarquable. Bien avant l'heure indiquée, ils se pressaient dans les couloirs et dans la salle des conférences. — A en juger par leur empressement et leur agitation, il était facile de prévoir une séance remplie d'intérêt.

Et nous nous sentions pleins d'entraînemen t

et de sympathie envers ces braves députés qui , tous, avaient répondu à l'appel de la littérature, — pauvre agonisante dont la faible voix est si souvent méconnue!

Le secrétaire de la Chambre appela la discussion du projet de loi relatif à la pêche des morues.

— Bon ! pensâmes-nous; on commence par là, afin d'en avoir plus tôt fini avec toutes les misères qui pourraient entraver l'im-

portante discussion du projet de loi relalil à la propriété littéraire. — C'est bien vu.

Le secrétaire n'avait pas achevé sa phrase, et déjà huit députés se précipitaient vers la tribune ; ils portaient sous leurs bras des liasses énormes de papiei-s grifFonés.

Chacun des huit orateurs voulant se faire entendre le premier, il y eut une grande lutte, — dont la chambre n'eut-point l'air d'être du tout surprise.

— La parole m'appartient !

— J'ai retenu la tribune!

— Les morues, c'est mon fort !

— Je suis inscrit d'avant-hiei!

— Je parlerai !

— Vous ne parlerez pas !

— Je VOUS) dis que si !

— Je vous dis que non î

Après un conflit de quelques minules pendant lequel les honorables échangèrent nomhre (lii ruades et d'injures, la paix finit par se rétablir, et un orateur quelconque envahit la tribune.

— Bjii! pensàmes-nous, si les représentans delà morue française melleiit tant d'ardeur à représenter ses intérêts, qu'est-ce que feront donc les représentans de la littérature française ?

Le premier orateur passa la main dans ses cheveux, joua un instant avec les bouts de sa cravate, but un verre d'eau sucrée et commença en ces termes :

a Messieurs ,

B A une époque de civilisation avancée ,

» conjnie la uôlie, — dans un temps de lu- » mières, comme le nôtre, — dans un siècle de » progrès et de haute philosophie comme celui » oii nous vivons, — la question des morues » ne pouvait rester plus long-temps indécise. » f Mouvement en sens divers J

s Oui, messieurs! j'aurai le courage de mon » opinion ; et, je le répète, dussé-je attirer sur » ma tête la haine aveugle des partis, — la » question des morues ne pouvait rester plus » long-temps indécise! ^ f Jpplaiidisseinens prolongés. L'orateur reçoit les félicitations d'une grande partie de ses collègues et boit un second verre d'eau sucrée J

Les orateurs qui vinrent ensuite ne furent ni moins éloquens, ni moins applaudis, — ni moins altérés.

* — Don! pensainos-nous, si, à propos de morues, i! se fait une telle consommation d'éloquence et d'eau sucrée, que sera-ce donc quand il s'agira de la loi sur la propriété lit-

r La loi sur les morues fut mise aux voix. — Plusieurs épreuves par assis et' levé furent déclarées douteuses.— Nous observâmes des membres qui se \e\a\entpour et contre, alternativement. — On passa au scrutin secret.

La loi une fois votée, la salle du Palais- Bourbon se vida presque entièrement. Il ne resta guère qu'une vingtaine de membres profondément endormis , et un honorable , — qu'on nous dit être M. Piscatory, — lequel s'amusait à briser tous les couteaux de bois qui lui tombaient sous la main.

— Bon! pensâmes-nous; avant d'entamer une matière aussi importante que la propriété littéraire, les députés ne sont pas fâchés de prendre un peu de repos; — et de fait, la question des morues est tout ce qu'on peut lever de plus abrutissant.

Un qiiarl d'heure d'entr'acte s'étant écoulé, un petit homme chauve parut à la tribune où il débita d'une voix enrouée quelques phrases sur la littérature, qui ne parvinrent pas

jusqu'à nous; — après quoi on réveilla les membres endormis , on pria M. Piscatory de se tenir un peu tranquille , on se compta; — et comme on reconnut que l'on n'était pas en nombre suffisant pour voter, le président , — qui s'était fait remplacer par un quatrième vice-président, — leva la séance et chacun s'en fut de son côté.

^% Comme nous manifestions un grand étonnement de la conduite des députés dans celte circonstance , un de nos voisins nous en a donné l'explication de la façon suivante :

— Voyez-vous, nous a-t-il dit, il n'est pas un pêcheur de morues, — pas mi marchand de mornes, plus connu sous le nom d'épicier, — qui ne soit électeur, et qui, par conséquent, n'ait le droit de îaire et de défaire son député. — De là le vif intérêt que l'on vient de témoigner à la pêche des morues.

— Mais les gens de lettres? demandâmesnous au voisin.

— Los gens de lettres, reprit le voisin, ii'oiU ni fortune , ni influence dans les élections. — Il n'est donc pas nécessaire de se gêner avec ce monde-là.

/^ Un mot encore sur la chambreet sur les députés.

11 va trois mois, la ville de Chàteau-Chinon choisit pour représentant un ôe ses citoyens, appelé M. Pelletier Dulac.

Iiien ne saurait peindre le bonheur de M. Pelletier Dulac et de la ville de Chàteau-Chinon. Autant Chàteau-Chinon était fier d'être représenté par M. Pelletier Dulac, autant M. Pelletier Dulac était heureux de représenter Chàteau-Chinon.

M. Pelletier Dulac faisait journellement à la ville de Ciiàleau-Chinon les plus séduisantes promesses.

Dans un temps donné,' la ville devait èli'

éclairée au gaz , -7- pavée en bitume , — posséder u!) jardin des plantes, — une académie, — trois chemins de fer, — une ligne d'omnibus, — et un opéra italien.

M. Pelletier Dulac s'engageait en outre à en faire un port de mer et à y transporter le siège

Moyennant quoi, la viîle deChàteau-Chinon prenait rengagement formel de ne jamais élire d'autre mandataire que M. Pelletier Dulac, — ou ses enfans, en cas de décès.

Nous l'avons dit précédemment : en France on ne peut être dé[)Uté qu'autant qu'on paie 500 francs de contributions annuelles.

Voyez la fatalité! — Vérification faite des jjiéces de M. Pelletier Dulac, on a reconnu que cet honorable ne paie que quatre cent quatrevingt-dix-neuf franccs et dix-neuf sous.

Cinq centimes de plus , et M. Pelletier Du-

lac représentait une partie de la France. — Tel qu'il est actuellement, il n'est pas bon à jetei aux chiens.

C'est pourquoi on l'a renvoyé devant seélecteurs.

On se demande avec angoisse ce que va devenir la ville de Château-Chinon réduite à ne plus être ni port de mer, ni siège du gouvernement?

^*^ C'est tout de même un singulierpaysque celui où^ faute d'un misérable sou, un homme de talent — nous ne disons point cela pour M. Pelletier Dulac — n'est pas jugé digne de s'asseoir dans une Chambre — où prennent place tant de riches imbéciltes î

^*^ On continue à beaucoup danser à Paris.

A l'une Jes dernières soirées de madame de T*^* — où l'on joue un jeu d'enfer — E. IV^"'^ l'un des membres les plus furieux du Club- Jockey, faisait une partie de bouillotte, — à un louis le jeton.

Déjà E. K**'' avait été décavé plusieurs fois, et sa mauvaise humeur, à peine conlt-nue, se trahissait par mille mouvemens perceptibles. — ïout-à-coup , poussé à bout par son infortune, R*** jette les cartes, quitte le jeu, et fait entendre un effroyable jurement.

On s'arrête, — ou se regarde, — on se coi: snlle. — Tnbleaii.

R***, qui s'aperçoit de l'efiet produit par son exclamation, revient sur ses pas:

— Messieurs, dit-il, je vous demande pardon. J'aurais dû dire F et passer outre.

^\M. de La Salle, officier d'ordonnance du Roi , a donné un bal improvisé , le jour du m-ardi-gras, — à la demande du duc d'Aumale et du prince de Joi)i ville.

Comme rien n'était préparé à l'avance , il a été impossible au maître de la maison de se procurer un orchestre etdesrafraîchissemens, ^ — tous i.'srafraîdiissemens et tous les orchestres étant occupés ailleurs.

On a dansé au son d'un orgue de Barbarie et de quelques vielles désorganisées.

A deux heures, on a servi un médianoclic

composé (le pains de seigle et Je fromage Jt- Brie.

On s'est infiniment amusé.

/^ Il y a à Paris un fonctionnaire très ricbement rétribué , qu'on appelle le préfet de la Seine.

Le préfet de la Seine a pour mission d'entretenir l'antique gaîté française et de ressus- ■ citer, à des époques fixes , les joyeuses traditions du carnaval.

C'est M. de Rambnteau qui remplit ce posle tout de confiance. — Le gouvernement ne pouvait faire un meilleur cboix.

Depuis que M. Romicu s'est voué au blanc et à la préfecture, M. de Rambnteau pa^^se pour l'homme le plus gai de France.

Les bals du préfet de la Seine participent du caractère de celui qui les donne. — On s'y livre à des pirouettes équivoques et à des entre-clia's

à double sens. Le demi-cancan y est à peine toléré : mais le cancan et demi s'y déploie dans toute sa splendeur.' — Une mise décente n'est pas de rigueur.

Aux bals-Rambuteau , il y a immensément d'appelés; — mais il y a encore plus d'élus. Pour peu que vous possédiez un habit à peu près uoir et une cravate à peu près blanche, vous avez le droit d'aller , tous les samedis, prendre un bain russe dans les salons de TIiùlel-de-Ville.

^*^ Le maire d'une petite localité du njiiii de la France, venu à Paris pour un procès. manifesta auprès de son coiffeur le désir d'assister à un bal-Rambuteau.

Le le!ide:i;ain, M. Durand, — le maire en question , — recevait sa lettre d'admission.

Arrive le jour du bal; M. Durand fait une toilette somptueuse et sort de son hôtel garni, l'air radieux , le coeur gonflé d'orgueil.

i29 — Bail ! bc dit M. Durand ; il fait beau , ce soir , et je me suis bien fait expliquer le chemin : je m'en vais y aller à pied , — ça me promènera , et puis ça sera toujours trentedeux sous d'épargnés.

M. Durand, qui demeure dans le faubourg Saint-Honoré, prend la rue Royale, traverse la place de la Révolution et suit les quais dans toute leur longueur.

Après avoir marclié pendant long-temps, M. Durand aperçoit une grande place, — et sur cette place un édifice dont tout le premier étage est illuminé. — Six lampions flamboient à la porte ; — des gardes municipaux à cheval font ranger les voitures ; — des décrotteurs se tiennent à l'entrée et sont occupés à nétoyer la société.

— Plus de doute, s' dit M. Durand ; voici la place de Grève et l'IIôtel-de-Viile ; entrons! Et il entre.

M. Durand reste un moriieni ébloui. — - Son

entrée s'est effectuée au beau milieu d'uu galop infernal. Il ne tarde pas à être emporté dans le tourbillon universel.

— Mazetle ! comme on s'amuse ici ! se dit M. Durand, lancé dans l'espace avec la rapidité d'un wagon sur les rails d'un cihemin de fer.

Le galop terminé , M. Durand s'essuie le front et cherche à se reposer sur un coin de banquette. Au moment où il va s'asseoir, un, homme le saisit au collet.

— Avez-vous payé votre cotisation , de-j mande l'inconnu ?

— Je n'ai rien payé du tout.

— Alors, ayez l'obligeance de me donner vos dix francs.

M. Durand met la main à la poche et donne la somme qu'on lui réclame , — tout en trouvant fort étrange qu'un préfet de la Seine

fasse contribuer les personnes qu'il invile à ses bals.

La fête continue. — Le laisser-aller et la chaleur parviennent à un degré tel que les danseurs dénouent leurs cravates et déboutonnent leurs gilets. — Quelques uns se débarrassent de leurs habits.

Il se fait tard. — M. Durand commence k s'endormir. — Pourtant il ne veut pas s'en aller sans prendre congé de M. de Rambuteau. — Il ne l'a jamais vu. — Comment faire?

M. Durand s'approche d'un invité.

— Monsieur, dit-il, je ne tarderai pas à me retirer.

— Moi de même , monsieur.

— Mais avant de partir , je ne serais pas fâché de saluer M. le préfet de la Seine.

— Pourquoi ça ?

— Pour le remercier de sa gracieuse invitation.

— De quelle invitation voulez-vous parler?

— Parbleu ! de l'invitation qu'il m'a adres-

— Sans doute. — Et à vous aussi, je pense?

— Je n'ai pas eu cet honneur.

— Alor^ comment se fait-il que \ous vous trouviez dans ses salons ?

-— Les salons de qui ?

F— Du préfet de la Seiiie,

— Comprends pas !

— Comment ! je ne suis pas ici à l'Hôtelle-Ville?

— Non ; vous êtes au restaurant du ï^eau }ui lé te.

Peu familier avec les rues de Paris , M. Du- 'and avait pris la place du Châtelet pour la jlace de Grève et confondu rHùtel-de-Vilie ivec le Peau qui tête, — Du reste il ne regrette pas son argent.

^% Les pairs de France font un procès au journal le National.

Quel est donc le nouveau crime de celle feuille révolutionnaire?

A-t-elle renversé le gouvernement actuel pour proclamer un gouvernement de son choix?

A-t-elle suspecté la bonne foi des ministres?

A-t-elle révoqué eu doute le désinléressemeut de certains fonctionaires?

Bah! si l'on s'en était tenu à des pécadilles . de cette nature, la société n'eut point été ébranlée jusques dans ses fondemens les plus reculés !

Apprenez donc quel est le crime commis par le National; — et couvrez votre tête de cendres.

Le National n'a pas rougi d'imprimer que les pairs de France ne sont pas tous de la première jeunesse.

Bien plus! il a poussé l'impudeur jusqu'à insinuer que quelques uns portent de faux râteliers et de faux toupets. — Quelle fausseté ! '

Le Luxembourg s'est ému. — Immédiatement l'irrévérent journal a été cité — par les pairs de France — à comparaître devant la barre — des pairs de France — pour s'entendre juger — par les pairs de France.

Le tout, à raison de cet axiome de droit

humain : nul ne pourra être juge dans sa propre cause.

Le National ayant prouvé que son gérant est à l'article de la mort, le tribunal a daigné accorder au moribond unesemaine — pour guérir ou pour crever — au choix.

Et afin de montrer au pays combien on les a odieusement calomniés, les pairs de France. se livrent chaque jour aux exercices les plus violens.

Ils montent à cheval, — sans selle et sans bride ;

Ils font des armes pendant trois heures;

Ils grimpent à des mâts de cocagne;

Ils enlèvent des poids de cinquante livres à bras tendu ;

Ils plongent dans la Seine du haut du pont Neuf;

Et font douze fois le tour du Champ-de- Mars, toujours courans, — sans se reposer.

^*^ On n'appelle plus les pairs de France que les grandes coquettes du Luxembourg.

^\ Par malheur, les grandes coquettes se suivent et ne se ressemblent pas.

On annonce que W^^ Mars, — la grande coquette de la Comédie-Française, — consent à la fin à disparaître de la scène théâtrale.

Quand donc les pairs de France disparaîtront-ils de la scène politique?

^*^ M'i« Pauline Leroux est une danseuse de rOpéra — qui a du talent, — mais qui n'a pas de santé.

A la dernière représentation du Diable amoureux, elle a été prise d'une douleur subite à la jambe et n'a pu achever son rôle.

Nous étions venus voir le Diable amoureux,

— nous n'avons vu que le Diable boiteux.

^\ L'Opéra, — plus généralement connu sous le nom d'Académie royale de Musique, et cela parce que c'est le peuple qui fait tous les frais du théâtre, — l'Opéra est un vérita ble royaume au petit pied.

On y trouve un roi constitutionnel, des ministres, des sujets, et, — pour compléter la ressemblance, — une favorite qui gouverne plus que les ministres et règne plus que le roi.

Cette favorite est une chanteuse très maigre qui a souvent des extinctions de voix, — mais qui n'a jamais des extinctions d'esprit. — Elle est mariée, et dit volontiers que c'est l'unique sottise qu'elle ait faite de sa vie.

Quoique très maigre et, pour ainsi dire, impalpable, cette dame tient l'emploi des fortes chanteuses, — à la satisfaction unanime de son directeur.

^*^ Il y a encore, en France, des localités

primitives oii les mères de famille disent à leurs enfans, le soir, — à la veillée, — auprès du foyer domestique :

— Surtout, ô mon fils! quand tu seras à ■ Paris, seul, abandonné à toi-même, méfie-loi des femmes d'opéra î

Qu'est-ce que c'est donc que cette femme d'Opéra dont on fait une si étrange peinture? — Elle est donc bien séduisante, bien fasci^ nante, bien entraînante ? — Participe-t-elie de la nature des goules, ces monstres à tête de jeune fille, qui dévorent, le soir, les victimes qu'elles ont faites pendant le jour?

Vaincu par nos pressantes sollicitations , M. Duponchel, — dont nous avons fait la con" naissance dans un bal masqué, — nous a introduits chez une femme d'opéra.

En chemin, M. Duponchel nous dit :

— J'espère que vous serez contens de moi.

H y a, voyez-vous, femme d'opéra el femme d'opéra.

Un autre vous mènerait chez quelque malheureuse figurante, employée aux espaliers , à raison de vingt-cinq sous par soirée ; — moi, je vous conduis chez la première chanteuse du théâtre.

D'un peu plus , nous aurions embrassé M. Duponchel. — Nous nous contentâmes de serrer avec eHusiou son lorgnon sur nos cœurs.

Nous arrivâmes rue Ollivier-Saint-Georges, n» 6 , la maison qui touche celle de M. Scribe. — C'est ici, nous dit M. Duponchel.

UXE FEMME D'OPÉRA EX 18 il.

La femme d'Opéra demeurait à un troisième clage, au dessus de l'entresol.

Il y avait à la porte un paillasson ci une patto le biclîo, — Nous sormâmeg.

Nos cœurs battaient violemment, et une vive rougeur colorait notre front et nos joues.

— Qui est là? fit une voix aigre.

— Amis, répondit M. Duponchel.

On nous introduisit dans le sanctuaire.

— Madame est-elle visible ?

— Elle travaille avec sa cuisinière ; mais si vous voulez attendre un moment, je vais la prévenir.

Nous restâmes seuls dans une petite salle à manger, décorée d'un poêle en faïence. — La table était couverte d'une toile cirée.

A notre droite se trouvait la cuisine.

— EUle est là, nous dit M. Duponchel.

On causait très fort dans cette cuisine. — Voici, entre autres choses, ce qu'on y disait.

— Marguerite?

— Madame.

— Avez-vous fait vos provisions ?

— Oui, madame.

— Qu'avez-vous acheté ?

— Dix livres de veau.

— C'est bien.

— Voyez, madame, comme il est blanc et rose ; on dirait le camélia de M. Lautour-Mézeray.

— Comment me l'accommoderez -vous aujourd'hui , mon veau ?

— A votre choix, madame.

— Si vous le mettiez aux carottes?

— Je le mettrai aux carottes.

— Oui, c'est ça ; mettez-le aux carottes , —

la carotle lui doiiiie uu parfum exquis, au veau.

— Ainsi, c'est entendu, je le mettrai aux carottes.

— Un instant, Marguerite...

— Plaît-il, madame?

— Si vous le mettiez aux petits oignons, mon veau?

— Va pour les petits oignons.

— Je -trouve que les petits oignons lui [trèlent un goût ravissant, — au veau.

— Je 1q trouve aussi , madame. *

— Décidément, nous le mettrons aux petite oignons.

— C'est convenu , madame.

(Monienl de silence.)

—^MarguerUe?...

— Madame !

— Une idée...

— Laquelle, Madame?

— Vous dites que vous aveis dix livres de veau ?

~- Oui, madame.

— Alors vous en ferez ( uire cinq livres aux carottes et cinq livres aux petits oignons.

La femme d'opéra sortit enlin de sa cuisine et vint à nous le sourire sur les lèvres.

— Eh bien î madame, demanda M. Duponchel ; qu'est-ce qu'il y a de neuf?

— On dit que le pain va augmenter.

— Ah î le pain va augmenter.

— D\in liard par kilogramme !

JU

— Diable ! mais c'est beaucoup. I

— El puis, vous ne savez pas ?

— Quoi donc?

— La récolte s'annonce comme très mauvaise. Je m'en vais m'approvisioimer à l'avance. J'ai déjà fait marché pour cinq douzaines de sacs de pommes de terre. — Je vous en céderai quelques uns si ça vous fait plaisir.

— Vous êtes liop bonne.

— Que voulez-vous? — Moi, jtj suis |)our l'économie. — Pardon, si je lie vous reconduis pas.

^% Il y a, à la Comédie-Frauçaise , une actrice juive, — M'^*^ Rachel, — qui a beaucoup de talent et beaucoup d'appointemens.

Le père, — qui vendait jadis des lorgnettes— tous les juifs vendent des lorgnettes;

— excepté pourtant lorsqu'ils sout banquiers millionnaires, comme MM. Rotschild ; — compositeur millionnaire, comme M. Meyerbeer;

— compositeur en train de devenir millionnaire, comme M. Halévy; — avocat célèbre, comme maître Crémieux ; — vaudevillistepropriétaire comme M. d'Ennery; — directeur-rentier, comme. M. Cerfbeer; — chanteuse fort bien rétribuée, comme M^^^ Heineffetter ; — etc., etc., etc., etc., etc. — Le père, disons-nous, s'est tout de suite accoutumé à la vie heureuse , à l'existence confortable que lui procurent les appointemens de sa fille.

Il s'y est même tellement bien accoutumé, qu'à la seule idée d'un mariage , ce modèle des tendres pères, fronce le sourcil et jure entre ses dents.

Le père de M'i^ llachel emploie régulièrement ses journées à congédier les innombrables amoureux des appointemens de sa fille,

— L'enfant est encore trop jeune pour qu'on la marie , répond-i! invariablement à tous lo^

gendres qui se présentent. — Repassez à sa majorité.

Souvent Mi^"^ Rachel est tentée d'envoyer promener l'autorité paternelle. Une pensée la retient, c'est cet état de minorité dont elle espère sortir incessamment.

— Papa, a-t-elle demandé l'autre jour à M. son père, quand donc serai-je majeure pour faire mes volontés et me marier tout à mon aise?

— Jamais , a répliqué naïvement le père , Rachel. I

Puis, s'apercevant de sa bévue , il a ajouté aussitôt :

— Ou du moins le plus lard possible.

/^ Paris renferme de magnifiques promenades. — Déjà nous avions vu les boulevarts , les Champs-Elysées , le Luxembourg , le Jardin-des-Plantes et les Tuileries , — et nous étions émerveillés.

Toutes ces promenades sont jolies , nous a-t-on dit; mais elles ne sont pas belles. — On y est à l'étroit. — On n'y respire pas à pleins poumons. — Ce sont de grandes rues , avec de grands arbres , et voilà tout. — En fait de promenades vraiment dignes de ce nom, parlez-nous du bois de Boulogne! Voilà une promenade avec de Pair , de l'espace et des oiseaux qui chantent î

Immédiatement nous nous sommes fait conduire au bois de Boulogne , — où nous avons trouvé des bûcherons qui abattaient les arbres;— des terrassiers qui fouillaient le terrain;— des goujats qui gâchaient du plâtre ; — des maçons qui élevaient des murailles crénelées.

Ce n'était point une promenade, — c'était un vaste chantier de démolition, — où l'on démolissait précisément tout ce qui constitue une promenade.

— Est-ce que nous ne sommes pas au bois de Boulogne? avons-nous demandé à un monsieur qui passait.

Le monsieur a tiré une carte de son chapeau , l'a déployée , et, promenant son doigt sur différentes petites lignes à l'encre rouge , il nous a répondu :

— Vous êtes dans le premier tracé de la deuxième enceinte de la troisième contrescarpe d^ la quatrième demi-lune.

Mous n'avons pas compris.

^\ A présent nous comprenons parfaitement.

Il est question de fortifier Paris.

Il y a quelques années, — les partis donlant de sérieuses inquiétudes au gouvernernent, — on essaya de construire tout autour \e la ville une ceinture de ibrts détachés.

Il ne s'agissait de rien moins que de tenir es Parisiens en respect. — Au premier symplûme de désordre, le gouvernement donnait un signal, et, de toutes parts, une grêle de boulets, de bombes et d'obus fondaient sur les révoltés.

Jamais projet plus malencontreux ne fut mis à l'ordre du jour.

La France tout entière n'eut pas assez de sarcasmes et d'indignation. — Vovant l'ar-

ciieil fait à ses forts détachés, le gouvernement iit semblant de se détacher de ses forts.

Tout récemment — et sur un prétexte quelconque, — un ministre est monté à la tribune i et s'est exprimé à peu près en ces termes :

— Qu'est-ce que Paris? Paris, c'est mieux que le cœur du pays; c'est le pays lui-même. Or, Paris n'est pas fortifié; donc le pays n'est pas fortifié. Or, Paris n'est pas à l'abri d'un coup de main; donc le pays peut être envahi, un beau matin, par nos ennemis. — Fortifions donc Paris, et la France n'aura plus rien à | craindre de l'Europe coalisée ! ^

Quel a été le résultat de cette harangue nationale?

Personne ne voulait des forts détachés; — tout le monde a adopté avec enthousiasme le projet de fortifier Paris. — Absolument comme ce fou qui se révoltait aux seuls motsde bonnet blanc ^ et à qui les mots de bktnc bonnet ntfaisniont rien ijii tout.

^''i Eu 1789, il y avait une Bastille dans Paris.

Le peuple français se rua sur cette Bastille , qu'il démolit de fond en comble, et dont il ne laissa pas une pierre debout.

A l'avenir , c«î n'est plus une Bastille qu'il y aura dans Paris. — Paris sera circonscrit entre cent bastilles. — Ce qui est bien différent.

Ltce même peuple français criera « Vive la cliarte î >

i\ Au Palais-Bourbon , la loi sur les fortifications a été emportée d'assaut.

A tort , ou à raison , le ministère redoute infiniment le vole du Luxembourg.

C'est pourquoi les pairs de France sont devenus l'objet des attentions les plus délicates, des prévenances les plus flatteuses de la part

On a mis à leur flisposition toutes les croix d'honneur et tous les bur.^aux de tabac disponibles.

Un pair de France, le général C..., ayant manifesté quelques velléités opposantes, on s'est enipressé de faire réengager à l'Opéra , pour quinze ans , deux danseuses d'un âge mùr, dont le général s'est , depuis long-temps, constitué le champion envers et contre tous.

Les petits engagemens entretiennent l'ami lié.

^% Un marchand d'estampes, bien connu a Paris, M. Auber^ publie des album comiques qui obtiennent beaucoup de succès.

Le dernier album par lui mis en vente a pour titre : Deux filles vaccinées à marier. '-— C'est l'histoire bouffonne de deux vieilles demoiselles qui ont horreur du célibat.

Selon l'habitude des marchands parisiens, M. Aubera fait des aononces pour faire con-

naître sa nouvelle publication ; — et l'on a pu voir durant une semaine celle phrase, stéréotypée en gros caractères, à la quatrième page des journaux :

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